Mon père. C'est maintenant à lui que je songe. Et pourquoi ? Je suis assis, là, je rembobine et me revois marchant tout à l'heure en train de penser à lui. Et à ce que j'aime chez lui. Un rapport avec le leadership ? Oui et non. Une grappe de choses [1] survient au sujet de mon père. Ce sont ses qualités qui me viennent facilement. (Pour le leadership, on voit après.)
Ses qualités. (Oui.) Je hiérarchise tout ça, je fais des blocs. Et me dis : Qu'est-ce que j'aime le plus chez mon père ? C'est évident, ce sont ses qualités morales. Le primat ? Je le mets, j'admets, sur des choses qui touchent au caractère, à l'attitude, à l'éthique des gens (placement de soi dans le monde [2] et comportement). Et mon père, il a ça : il est fidèle, dévoué, confiant. Il est intelligent et il est là. Il connaît sa place : il sait ce qu'il a à faire. Il y a là un lien avec la sagesse et avec la connaissance de soi : pourquoi je suis là. Pourquoi je persévère aussi. En quoi j'ai confiance [3].
Ensuite ? Ensuite il y a les qualités émotionnelles. C'est-à-dire l'empathie, la finesse, la compréhension de l'autre, la capacité à rire avec autrui quand il rit ou à pleurer quand il souffre. Ma mère, par exemple, avait ça.
Je termine. Les qualités intellectuelles. C'est savoir bien y voir. C'est savoir cerner : savoir ce qui relève du détail (verticalité) ou - au contraire - du régime général, du système, de la grande mécanique, du vaste tissu des choses (horizontalité). Savoir switcher de l'un à l'autre [4] : détails ou bien globalité mobile (articulations).
Un, la morale. Voilà mon palmarès. Deux, la gentillesse [5]. Trois, le discernement intellectuel : la bonne focale, la juste appréciation des interconnexions, des répercussions, des lois de cause à effet. J'ajoute, si possible dans le temps (cf. scénarisations, comme en stratégie).
Est-ce que je vais loin en disant qu'un bon leader (fût-il - regardez - économique, émotionnel ou organisationnel), eh bien qu'un bon leader il a tout ça ? et dans cet ordre là ?
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[1] La grappe, c'est - à mes yeux - l'une des jolies trouvailles de la psychologie des profondeurs d'expression francophone. Vous savez ? Gilbert Durand ou Georges Romey. La grappe est, pour l'esprit humain, le mot qui désigne les bouquets de neurones qui s'agrègent autour d'une idée.
[2] Il y a toute une théma sur l'éthique... des affaires - look.
[4] Façon Blaise Pascal (esprits de finesse et de géométrie), Edgar Morin, Joël de Rosnay ou encore Edward De Bono. Mettre à profit les choses sur le cerveau.
[5] Me revient une expression du dessinateur Paul Renaud - Finesse (considération, diplomatie, prévenance) : capacité à ménager les susceptibilités.
[ Au sujet de la morale du leader, je vous mets le lien de Voiture-réalité (conversation) | photo, le travail sublime de Jon Madison | rouh, que c'est compliqué de taper avec un MacBook - Un avis là dessus ? ]
[ < 18e partie | thémas Leadership, Hongrie & Foi | archivage automatique du billet sur les Démotivasinges en stratégie et en management | 20e partie > ]
Le soleil revient
J'en vois deux. En ce moment, travail oblige, deux billets d'Absara.com me parlent. Je retourne à leurs idées, qui me sont utiles. Il y a GTE, avatar prêt à manger de Getting things done, et puis aussi les Démotivasinges. GTE, c'est ma cuisine mentale : c'est le restaurant imaginaire où je priorise... mes idées. Mes actions aussi (quand mon contexte le permet). Et Démotivasinges, c'est Dispersion, Faux-bond, Montée en charge et Sécheresse. En clair les périodes, les points de vigilance (stratégique et humaine) que j'anticipe pour les start-ups.
Alors quoi ?
Alors beaucoup. Beaucoup de choses sur le plan professionnel, forcément. Je travaille à présent au cœur de l'Europe, ce que l'auteure d'Histoire de Budapest appelle (pour réactivation) la Mitteleuropa. C'est pour moi un centre de vie. Un lieu qui pulse. Un pulsar balkano-danubien. Un volcan frais. Un... Waw! (cf. théma). Et là, tiens c'est marrant, un opérateur immobilier, spécialisé dans la négociation et le ré-aménagement d'immeubles professionnels, en clair S. (un Français), me montre à l'instant (ah, il s'en va) un truc propre à Budapest. Un plan. Plan de ré-aménagement d'un ensemble classé. Une rencontre entre la tradition féconde (bâtiment traditionnel) et la modernité... qui l'est tout autant. Féconde, ouverte et riche.
J'aime la France (évidemment). J'aime sa langue et sa culture. J'aime aussi le projet européen français, cette extraversion génétique. Tout ça je l'aime. Et en même temps j'aime le côté juvénile et ancien de Budapest. Vous savez ? Qui fait des remous. L'Europe des trente prochaines années, je la situe ici. Pourquoi ? Pourquoi pas.
Bien.
Qu'est-ce qui m'amène dans ce billet ? Deux choses encore. L'International church of Budapest (ICB - minisite direct et intelligent, bravo à Onestudio). Oui. L'ICB et son culte, là, ce matin. J'y vais, moyen convaincu, moyen ouvert. C'est loin de tout, à Óbuda. Et j'en tire de la paix, de ce culte. L'église a un positionnement particulier : fidéliser les résidents et, en même temps, accueillir les Budapestois de passage. Comme moi. En version anglophone. Et alors ? Après des semaines de doutes, de tristesse et de stress, je comprends une chose. C'est la vie spirituelle (quand elle est bonne) qui mène tout. S'ensuit la confiance. Donc la réussite, celle à long terme. Celle qui consiste à vivre en vrai, façon Jean10:10.
J'ai pleuré un bon tiers du culte, tiens.
(Soulagement.)
Je finis avec le leadership, histoire de boucler sur quelque chose de pro. (Avant ça, j'ajoute que la vraie Budapest m'est revenue : merci aux nombreux euro-, franco-, anthropophiles d'ici, je ferme la parenthèse). Alors, ok : leadership. Dites-moi comment c'est pour vous. Moi, les auteurs sur le leadership, j'en trouve rarement de bons [1]. Alors je me console, et je me récapitule soit les points saillants des modèles qui me semblent efficients. Soit je plonge le sujet dans mon quotidien. Dans ce que je ressens du travail.
Trois catégories me viennent.
Trois catégories de profils (ou de ressentis) du leader. Et peut-être trois architectures de jeux :
| leader économique, c'est celui qui vous envoie des signaux du type : C'est moi qui te paie ou te mets à la porte [2] ;
| leader technique : C'est moi qui t'aide ou t'alourdis les journées ;
| leader socio-émotionnel (psychologique) : C'est moi qui te motive ou te stresse dans ton confort, ton parcours, ton estime de toi.
Comment gagner-gagner -
Synthèse des Rapoport-s de force
Re-parlons des cons. Ils le sont particulièrement ceux qui oublient autrui, le voient d'après leurs yeux, évacuent le fait qu'autrui soit différent : vivant. À part. Normal. Et là, sachant que la réponse est oui, est-ce que la théorie des jeux nous aide à y voir clair ?
(Pause.)
Allons-y, messieurs-dames.
La théorie des jeux, entre autres choses, emprunte à l'économie, à la biologie, à la psychologie (cf. théma psycho). La théorie des jeux, entre autres choses, se penche sur Mmh, je fais quoi ? sachant que je joue, comme bien souvent, une partie de poker avec quelqu'un. Cartes cachées. Avec ou sans flop. Alors, rapports de force ? Oui. Et recherche égoïste (court-termiste) - ou alors commune - d'un état stable voire gagnant. Gagnant-perdant, perdant-gagnant, perdant-perdant. Ou mieux : gagnant-gagnant. (Beaucoup mieux.)
Gagnant-gagnant, mécaniquement (au fil des parties, donc de la vie), découle de son petit frère : donnant-donnant (tit for tat). Qui est un programme. Historiquement, une émanation du biologiste et mathématicien d'origine russe Anatol Rapoport. Et dans la vie de tous les jours, un comportement-type, pour les intelligences artificielles, pour les colonies d'animaux, pour les humains, pour ce qu'on veut (vie en général).
Donnant-donnant, nous relate le grand Robert Axelrod, c'est quand un opérateur (un groupe ou bien vous) entame une partie (négociation, travail, discussion d'un contrat). Avec une idée simple à la clé :
1. Je commence en mode ok-ok (cf. Positions de vie). Si je joue en premier, je commence à tendre la main à l'autre (ex. : l'écouter, jouer le jeu, demeurer favorable),
2. Je persiste avec un bon esprit, s'il me re-tend la main le coup d'après, je fais pareil (donnant-donnant), et ainsi de suite,
3. S'il me tend un couteau, je lui en tends un aussi (donnant-donnant bis),
4. Dès qu'il se calme et re-tend la main, j'évacue volontairement son côté agressif et coopère à nouveau (gros challenge).
Look :
Fig . 1 - L'excellent boulot du cybernéticien Philippe Mathieu,
instigateur du projet Prison au Laboratoire d'informatique fondamentale de Lille
Ce qui peut faire dire que mon patron est un con s'il me tend au départ un couteau (1.), s'il me tend des couteaux aléatoires (2.), si je choisis de mieux faire et qu'il me tend à nouveau un couteau (4.).
Court-termiste. Un brin parano. Fierté mal placée ? raisonnements tordus ? rancune ?
Le couteau systématique, ou capricieux, c'est l'outil du con. Le couteau qui discerne (il sépare et trie), c'est l'outil du sage.
Regardons bien.
Si mon patron a du discernement, ce qui est le propre du bon manager, il me tend le couteau si et seulement si j'en tends un. Tous les autres moments, son ok-ok m'enseigne et me fait du bien. Il me renforce. Mieux : il me sécurise.
C'est le soupçon de l'autre qui m'insécurise donc me donne envie de montrer les dents. Au contraire, s'il sait (c'est tout un art) me saisir en flagrant délit de bonnes choses (voir Kenneth Blanchard), le patron me fait du bien. Me surprend. Me donne envie de grimper en compétences. De mieux faire. D'avancer.
C'est humain.
Reprenons donnant-donnant. Axelrod en tire des leçons. Pour lui, s'il est efficace, c'est que donnant-donnant :
1. Met sa foi dans l'autre et dans le jeu (c'est précieux la foi, c'est d'ailleurs du courage car ça annonce des claques possibles - je serre les fesses et me focalise sur les visées de long terme),
2. Observe et laisse l'autre jouer, délivre de la bienveillance donc bâtit sa réputation et sa légitimité (J'en ai le droit) en cas de riposte,
3. Discerne et rend les coups, donc corrige les cuistres et les outrecuidants (parce que les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les r'connaît), il les sort progressivement du jeu,
4. Se rend volontairement lisible, simple dit Axelrod, et persuasif. Compréhensible donc facile à suivre, à agréger parmi ses amis. Son mode d'emploi est clair. Sa relation ? Saine, rassurante. Sévère (capable de recadrages immédiats) et conciliante en cas de besoin (intervention du pardon).
Courageux ? Sage ? Exemplaire et capable de dépasser ?
Mmh.
L'a bien la pêche, ce donnant-donnant.
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Faible. (Évidemment.) Il est faible en communication (en mise en commun), celui qui frappe au lieu de parler [1] : celui qui agresse. Et il est faible en boxe aussi. En boxe !? (Bien sûr.) En boxe, est fragile celui qui abandonne sa garde pour frapper. Il devient vulnérable. C'est simple : si je vous donne un coup, c'est automatique. J'ouvre ma garde, pour libérer mes bras. Et donc c'est obligé, j'ouvre mon thorax et ma tête... à vos coups. Si donc vous êtes rapide : 1. vous esquivez mon coup, 2. vous en profitez, dans la fraction de seconde, pour m'assener un punch ravageur pile dans la zone que j'ouvre. C'est redoutable et surprenant. Ça marche aux réflexes ; c'est ce qu'on appelle un contre (counter) :
Fig. 1 - Counter-punch
Et alors ? Eh bien je quitte à l'instant une émission sur Arte, qui parle des réflexes (forcément décisifs) dans le sport de haut niveau. On raisonne là, tenez-vous bien, en dessous du 20e de seconde. Quand deux adversaires rivalisent de technique, c'est soit l'endurance, soit ici la fulgurance qui l'emporte (vitesse de diagnostic, vitesse d'exécution, vitesse de correction et d'ajustement). Témoin, ce génie de la boxe (20 combats, 18 victoires) qu'est Eagle 'Akakura' Kyowa. Une équipe japonaise de scientifiques se penche sur son cas. Eagle, de son vrai nom Den Junlaphan, ancien champion WBC des Minimumweights (poids-pailles), est un alien de la vitesse. Ou du réflexe. Comprenez que ce Japonais d'origine thaïlandaise peut descendre en dessous du traitement normal (biologique) de l'information. Il agit plus rapidement qu'un humain normal, qui passe par le cerveau. Son secret ? Eagle passe (inconsciemment) par le cervelet [2]. Incroyable. Incroyable et, semble-t-il, inédit :
Fig. 2 - Documentaire scientifique
du Japonais Tetsuji Miyagawa
Waow.
Croyez-le si vous voulez, et j'en termine, c'est en se douchant qu'Eagle vous fait du mal. Non qu'il vous jette du shampooing dans les yeux. C'est juste que ses yeux à lui, sous la douche, il les travaille (Fig. 2 - 8'43'') : il s'exerce.
Une étude de ses combats, à la caméra de haute précision, montre certes qu'il enchaîne des contres comme un virtuose [3], mais surtout qu'il garde en permanence les yeux ouverts. C’est normalement impossible puisque, par réflexe de protection, les yeux humains se ferment quand un coup semble venir. (Faites-en l’expérience.) C’est bien par la volonté et la tenacité qu’Eagle tient ce regard de tour de contrôle, qui fait la différence : sous la douche il se force, sous la pluie du pommeau, à garder les yeux ouverts.
C’est ce qu’on appelle un secret d’excellence : simple et redoutable.
Eagle est un cogneur intelligent. Et les yeux, eh bé [4] il vous poche les vôtres.
Fig. 3 - Eagle fly freeeee (désolé)
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[1] Aah, la communication. Le psychiatre et psychanalyste français Boris Cyrulnik (je crois que c’est lui) rappelle que si un adulte dit à un petit garçon : Attention ! un loup rôde derrière la fenêtre, le marmot s'exclame qu'il va chercher un fusil pour le tuer. Quand vient le tour de la petite fille, elle dit : Un loup ? ah bon. Alors je sors et je vais discuter avec lui. [ Pause ] Tenez, au fait, une théma sur le loup.
[2] Le cervelet, c'est la banque du système nerveux. Qui emmagasine les informations et déclenche certains réflexes. On parle ici d'actions explosives et adaptées : Bam ! le cervelet coiffe au poteau... le cerveau.
[3] Eagle confie qu'il lui suffit, pendant le 1er round, d'assimiler en direct le mouvement des pieds (et le rythme) de son adversaire - annonciateur des coups - pour ensuite déployer (et pendant tout le match) les réflexes de contres inconsciemment. En pilotage automatique.
[4] Interjection méridionale. (Eh oui, pôvre.)
[ Le sous-titre, en gras, complète élegamment le titre de ce billet : ensemble, ils composent le nom d’un chanteur nord-américain | question bon goût, je vous préviens, j'aurais pu mettre en sous-titre Être contre, tout contre, façon Sacha Guitry (un humoriste que les Baby-boomers, ch'ais pas pourquoi, citent tout le temps) | We measured Eagle's reaction speed during a fight and found that he also reacts to incoming punches in less than 0.2 seconds (Reacting: brain and body miracle) | le contre, c'est - souvenez-vous - ce qui fait gagner le Manouche, ce boxeur clandestin que Brad Pitt incarne dans le fameux Snatch de Guy Ritchie (2000) – Attention, extrait à voir seulement (et pour le bien-être de l'histoire) si vous connaissez le film (dans ce cas, curseur plein pot sur 0' 48'') | en aimant aussi on s'expose, on ouvre les bras (revoir ça) ]
[ < thémas Vie & Optimums | archivage automatique du billet sur cette notion culturelle de territoire et sur Edward Twitchell Hall ]
Moments sublimes
Deux : j'en vois deux. Deux principaux. Et des quoi ? Des catégories de moments. Moments bons : vous savez ? Où vous ressentez du bonheur (vous êtes heureux), cette complicité, ce beau lien vibrant, de vous aux autres, de vous au monde, de vous à vous. Bref... Tout alors est bon. Et l'intellect reste en dehors de tout ça. Là. C'est plus fort (c'est mieux) que l'interprétation. Ça englobe un moment (ou un état). Et juste ça se vit : en vrai, en simple.
En fort.
Deux, donc. Il y a les strokes et puis les optimums. Les deux sont des sensations, des vécus [1]. Des conforts personnels. Ou des griseries.
Les intellectualiser, dans un billet, les fait partir : comme des papillons. Pour autant, c'est bien de partager aussi.
L'un me revient. Ou plutôt, il est là : mieux qu'un souvenir.
On y va ?
Ça se situe la semaine dernière. Je consulte Twitter et la page d'un gazouilleur, Jit Uppal, affiche une citation qui me fait forte impression. Je vous la donne (les caractères en gras sont de mon fait) : Vous pouvez, dans la vie, obtenir ce que vous voulez si simplement vous aidez les autres à obtenir ce qu'ils désirent. Je trouve ce principe d'une grande sagesse. Tout est vrai, là dedans. Il y a là pour moi une clé. Ça me parle.
Et la citation ? Elle provient d'un grand bonhomme : l'entrepreneur, motivateur et conférencier Zig Ziglar, ami du regretté Tremendous. Il fait partie des gens que le grand (et successful) Ken Blanchard prend pour modèle en affaires. En affaires [2] et en style de vie (tous ces gens là sont protestants).
Un grand.
Puis passe le temps. Je me rends à Gaillac, pour vivre quelque chose d'important. J'emporte avec moi, notamment, l'indispensable The One Minute Entrepreneur. Auteur : Ken Blanchard. Éditeur (avec dédicace à la main [3]) : le Tremedous. Et citations multiples de Zig Ziglar. Je dors sur place. C'est la veille de mon combat. Dormir sur place ? Comme un général qui tâte le terrain, ici instinctivement. En repérant les lieux [4], dormir sur place permet de faire les rêves qui inspirent. Une chambre d'hôte, somptueuse. Et puis mes livres, qui portent conseil. Ce One Minute, tellement facile à lire, a des effets appaisants. Comme une voix.
Je m'endors.
Et me réveille, là, dans la nuit, dans ces draps doux. Avec le Tarn qui bruisse fraîchement en contre-bas. Et c'est, vous savez ? comme quand vous vous réveillez avec votre aimé(e). (Vous êtes un peu drogué(e) :) Le monde est bon. Plein, doux, serein. Je ressens de la confiance (façon Psaume 37).
Et un mot-clé me vient, comme une clé-de-voûte, ou un résumé personnel : « Zig Ziglar ».
Je me sens bien. Je me rendors.
Je vais tellement bien que le lendemain, je réussis mon pari (pourtant éprouvant).
J'ai appris une chose : les moments Z existent.
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[1] Relire Antonio Damasio (L'Erreur de Descartes). Il y explique le lien organique entre pensées et ressentis (émotions, sentiments). Pour lui, penser et ressentir sont des expériences (nerveuses) d'un même tenant, des vécus de même rang. Qui plus est nécessaires l'un à l'autre.
[2] Le style de vie, l'ethos, c'est ce qu'étudie l'éthique ou art de modéliser la façon dont le comportement se profile sous la pression. Pression des besoins intrinsèques, pression de soi (tensions intrapsychiques), pression des autres (cf. regard).
[3] J'ai de la chance.
[4] La PNL conseille ça. Investir un contexte, un lieu, en vrai. Avec le corps : en y allant au calme, avant le fracas. De là, s'ancrent les sensations positives (vous êtes encore au calme, voire en maîtrise, voire en liberté complète, mieux : en créativité) face à un défi qui va venir plus tard, dans le stress. L'expérience montre que votre calme a imprégné les lieux : mieux, que le lieu s'est déjà encarté dans votre esprit, sous de bons auspices. Avec des ressentis intéressants. Le revivre plus tard panache les choses. Les PNListes (et avant eux les ericksoniens) estiment que le cerveau, dans la mélange bon-mauvais, privilégie le positif. Un même contexte, déjà vécu en bon, prend une tournure qui sent bon votre essence, votre imprégnation. Vous le connaissez et l'avez déjà caressé dans le sens du poil. Façon Daniel.
[ À l'instar du Tremendous ou de Ziglar, mon grand-père aussi était un orateur d'exception | L'Entrepreneur Minute, désormais disponible en français | à propos du livre de Daniel, Wikipedia parfois m'affole ; j'aime ce grand work in progress, mais me sentir obligé de corriger l'article et de préciser que la lecture qu'en ont les Témoins de Jéhovah les regardent eux et eux seuls (et valent seulement pour eux - puisque beaucoup d'autres tendances en ont des visions différentes), eh bien ça m'affole - Help, les modérateurs, help ! ]
[ < thémas Anthropologie, Taibi Kahler, Communication et Besoins | archivage automatique du billet sur cette expectation négative (Si mon boss me propose quelque chose, c'est forcément pour me coller une pression supplémentaire, voire me dévaloriser), en clair cette indifférence ou cette maladresse ou cette malice qu'on voit se profiler derrière toute promesse... de promotion | 2e partie > ]
Tellement humaine, cette histoire de con, que Gustave Courbet lui a consacré un tableau
(Anonyme)
Le temps ne fait rien à l'affaire : c'est Brassens qui le ploum-ploum-ploume. (Le con.) Non pas Brassens : je veux dire le con de la chanson. (Moui.) Parlons-en, et de larges plages le font, ci ou là. Mais le con, c'est qui ? Un peu comme le bobo, enchaîne Renaud. Chanteur sympatoche-aphone qui, par certains côtés, s'imagine qu'il fait aussi partie du lot. Quand j'étais môme, quelqu'un (ch'ais plus qui) me disait : On est toujours le con de quelqu'un. Première réaction : quel propos con ! La deuxième ? Mmh, ça comporte un sens. Réflexion, donc. Ré-flèc-cheun. Et croyez-moi si vous voulez, c'est Kahler et Axelrod qui débrouillent le mieux l'affaire [1] : on y va ?
Dans la catégorie communication (identifier, rassembler, pratiquer ensemble [2] ce que les gens différents ont... de commun), Taibi Kahler chamboule tout. Donc fait du bien (il explicite avec beaucoup de profondeur).
Kahler dit deux choses.
Et d'un, pour l'autre, la forme de ce qu'on lui dit a plus d'importance que le fond. On est clairement dans l'aphorisme percutant, voisin de ceux de Palo Alto (Bateson, Watzlawick, Erickson). C'est donc du lourd ; j'ajoute que ça taille un costard à la poussiéreuse tradition européenne, qui - en bon petit soldat platonicien - place les idées avant tout. Hé, guys, il faut s'y résoudre : le socius c'est la guerre et comme l'homme est parano, dans l'acte d'être et de palabrer, c'est la forme qui prévaut. Le contenant renferme une logique. Logique interne, logique magnétique, frénétiquement agglutinante (revoir Congruence ou Gestalt). L'homme écoute les lèvres autant que le flux qui en sort. Mieux : la façon d'incarner quelque chose a, pour lui, plus de sens que le coeur du débat. Gandhi ou Martin Luther King l'ont prouvé (revoir Minorités persuasives). N'en déplaise aux poètes, être (ou signifier) l'emporte sur dire. La forme rend compte d'un fond. Mieux : elle le modèle et lui donne à vivre. À exister. Dans son ivresse, l'autre retient surtout votre flacon. C'est ce dernier qui lui parle. Et non l'abstraction de votre flux mental, trop léger. La façon... façonne une intention. Elle adresse les choses.
Et de deux, dixit Kahler, l'homme change d'énergie au cours sa vie (ce qui botte le croupion, en psychologie, aux tenants des profils humains fixes).
On reprend : le ton, le climat, le non-dit, l'enveloppe et l'adresse du propos influent sur l'autre. Tout autant, sinon plus, que ce qu'on lui dit en vrai. Ça nous remémore que l'homme pense et ressent... à la fois (cf. Damasio). En outre, ce qu'on est intrinsèquement change : la source de satisfaction évolue. C'est ce que l'honorable docteur en psychologie, et son école de process-communicants, appelle le changement de phase [3]. Roseau pensant, roseau éprouvant, et maintenant roseau changeant ? (Revoir théma Changement.) L'homme est une surprise. Tant mieux, ai-je envie d'dire.
Forts de tout ça, que dire du con ? Les pieds ancrés dans les acquis de Kahler, on peut risquer : le con, c'est celui qui me donne ce qu'il a dans l'magasin, et non pas ce que je recherche, fût-ce inconsciemment. Minie-pause. Quand quelqu'un s'adapte à ce qui me constitue (envie de ci, passé comme ça, intelligence de tel type, préférences cérébrales de telle tendance), je le kiffe. Je l'aime, oh-oui-oh-oui. Il me stimule et me valorise (en plein dans les strokes). À l'inverse, quand il me peigne dans le sens de ses poils et non des miens, je ramasse. Je stresse. Je dégoupille : il y a danger. Danger pour la relation avec mon vis-à-vis, danger pour cette écharpe, dirait Jacques Salomé, que lui et moi tenons.
Pourquoi ? Parce que l'autre - analyse Kahler - parle simplement une langue qui diffère de la mienne. La grammaire de son cerveau, donc de sa bouche, m'oblige à faire des efforts fatiguants. Me mettre au diapason me coûte. Alors que s'il s'adapte, le coco me fait un bien fou : il m'appaise (revoir théma Paix). Je ressens du confort, de la mise en mouvement (cf. note [2]). C'est intrinsèquement humain.
Le con ? C'est ç'ui qui : 1. me stresse, et 2. me dévalorise (en me montrant combien venir à moi lui coûte, le contorsionne, le fait grimacer). Différent de moi... il le reste. Le con, c'est les autres façon Sartre [4].
Allez :
Fig. 1 - Omar & Fred, SAV des émissions
Le con versant Théorie des jeux, maintenant.
(Oh, puis non : plus tard. Dans la deuxième partie.)
Excellente soirée alors - Be seeing you.
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[1] C'est même l'étymologie du mot analyser : défaire des noeuds. (Avec le con, on reste dans la théma.)
[2] Ce qui revient à définir l'homme. Et mieux : à modéliser ses comportements (dans la complexité), en fonction de ce qu'on sait de lui. L'homme a un développement avec des caps (psychogenèse biologique, affective, sociale, psychanalytique), un bassin culturel qui le conditionne (principes, croyances, valeurs), un milieu familial (donné) et un potentiel de rencontres humaines qui pétrit son inconscient. Il a, encore et surtout, des besoins. Selon qu'il les satisfait d'une part et les maintient en tension d'autre part (création d'un désir, d'une énergie, d'une saine frustration), l'homme est en mouvement (même racine que motivation) - il est en quête - et l'homme est en confort. Il est en recherche et en satisfaction plus ou moins durable (oasis, ou ruisselets volatils). C'est le souvenir des conforts du passé qui motive sa quête, comme des ancrages dans le système nerveux (revoir cerveau), des souvenirs ou des annonces (préfigurations, imagination, projections) d'un mieux potentiel. L'inconscient de l'homme se fraie des biais vers le confort, chemins qui évoluent, se tordent, s'assouplissent (s'optimisent - cf. procrastination) ou se durcissent (conservatisme, lascitude), bref vivent et se travaillent dessus en fonction du flux changeant de la vie (la névrose, c'est un trop-plein voire une saturation des deux : trop de recherche donc un métabolisme à vif, inquiet, qui peut finir par se rentrer en lui-même, donc s'étioler, et trop de confort donc faible incitation à changer). Ces deux forces sont nettes et diffuses. Comme deux puissances complémentaires (dialogiques), ces deux polarités (revoir les schèmes vertical et digestif de Gilbert Durand ou encore les pulsions d'évolution et de maintien de Georges Romey), bref ces deux tendances font de l'homme ce qu'il est : un être tout d'abord. Un être qui éprouve, évidemment. Et qui marche avec deux jambes. Il est en prise avec le monde et il le marque. L'homme se met en groupe, ou tout seul, puis il agit. L'anthropologie, c'est tout ça. La communication, qui étudie comment c'est possible, au nom de quoi, et surtout pour procurer quoi à l'homme (en fonction de ce qu'il est), c'est une anthropologie. Une anthropologie, bel et bien, comme tout ce qui envisage les besoins. L'anthropologie est l'étude des besoins humains : Dis-moi de quoi tu as besoin, je te dirai qui tu es. Or, on l'a vu, trouver - par la pratique - le dénominateur commun de gens différents, c'est-à-dire leurs besoins, c'est communiquer. Dernier truc : les besoins sont peut-être les mêmes, ils diffèrent en tout cas selon les dosages. Un peu comme les crêpes de la Jeanne à Picherande (si !), si elle dose différemment les ingrédients, les crêpes elles changent. (Cette crêperie, c'est mon enfance. Tiens, voilà que TeteChercheuse en parle.)
[3] Pourquoi changer de mode de motivation ? Parce qu'on enterre quelqu'un, parce qu'on gagne au loto (émotions fortes et reconfigurations existentielles), parce que les gens autour de nous nous donnent à jouir quelque chose de fort différent de ce que nous sommes. Adaptation, en clair. Ou plutôt évolution : changement de phase. La vie, par moments, fait feu de tout bois.
[4] Alors qu'autrui, pour le grand Lévinas, c'est le Visage. Beaucoup plus classe. Et plus ouvert. (Quel con, ce Jean-Sol Partre !)
[ La musique est de Franz Treichler, dans l'excellent Great Jewish Music: Serge Gainsbourg | Monsieur Connard, en téléchargement | les irrésistibles Requins Marteaux savent généralement bien camper les cons | un billet du blog de P'tit buisson-Nimu | BD piochée chez Virginie d'Edensland | débat fond-forme, ce qui est terrible c'est que la communication fait un effort : elle adresse les choses et soumet le fond à une forme livrée, compréhensible ; en psychanalyse, c'est le mouvement inverse : tout fourche et se bouscule, l'inconscient (le fond) reprend la main, habite la langue, parle à un Autre totalisant - presqu'illogique - plutôt qu'à une cible, c'est le propos de certaines glossolalies ]
[ < thémas Défection, Vie & Pardon | archivage automatique du billet sur l'étiquette et le gain sûr, immédiat ]
Bim ! dans ta(rn) tronche...
Billet exceptionnellement (c) – Le livre d'un con-frère peu regardant vient de m'« emprunter » un élément central, en oubliant (volontairement ou non)... de citer la source, acte de civilité pourtant basique (yep)
36 chandelles. C'est généralement ce qu'on voit quand on s'en prend une. Une quoi ? Une claque. (Ouais.) Et tout le monde le sait : c'est quand elles sont morales qu'elles font le plus mal – Mal de chien. De sorte que ça monte, et ça monte. Les étoiles grimpent au compteur : on en voit tout à coup pléthore. Et ces étoiles, quiconque est attentif peut en dénombrer 81. (Facile : c'est 3 x 3 x 3 x 3.) Échelle de notation de 1 à 3, sur 1, 2, 3 et finalement 4 critères, juxtaposés. C'est ça [1]. Je vous propose aujourd'hui une échelle, pour évaluer combien ça fait mal. Combien ça pique. Histoire de voir aussi que, quand ça chiffre autant, c'est un bagage utile de savoir pardonner. Pardonner, pas oublier. En clair : libérer l'autre, se libérer soi, dépasser. (C'est tout sauf recommencer, cf. Discernement.) Eh oui. L'expérience enseigne que c'est plus qu'utile de savoir pardonner... 77 fois 7 fois. C'est puissant : ça soigne.
(Voilà.) On y va ?
81... reprenons ça. Vous, ça vous évoque quoi ? Moi, c'est le numéro du Tarn : département qui m'a vu naître. Et département à beigne(s) : ça remonte à samedi. (Grossebeigne [2].) Là, j'ai eu le temps de digérer. (Comprendre ? Oui et non.) Le temps de pardonner : certes. Et de réfléchir (je suis comme ça ; besoin de comprendre).
Alors, il y a quoi ?
Si on consulte le travail des psychiatres américains Thomas H. Holmes et Richard H. Rahe [3], on voit que la vie, selon l'expression, fait parfois sa chienne. Ou plus exactement que la réception d'événements éprouvants (stressants, anxiogènes ou choquants) va de « bof » à « oui, ça fait clairement mal » :
Fig. 1 – Look, à 3' : J'ai beau être matinal...
Ça tamponne [4]. Y compris dans l'intériorité, dans le dedans, interconnection oblige entre le corps et l'esprit [5]. Donc boum. Ça bouge les ressentis : de soi, des autres et de la vie [6]. Et des fois de manière durable (relire Anna Freud).
Normal...
Si donc je prends 4 critères, j'ai rapidement :
| la surprise, la soudaineté, la vitesse de la beigne (par exemple imprévisible),
| la précision (vous savez ? de celle qui vous fait mouche, dans des vérités cachées, comme dans des méridiens vitaux),
| la proximité de la personne qui vous administre la tarte (un proche fait évidemment plus mal, dixit la mafia dans les films de gangsters, où on finit assassiné par un proche),
| l'humiliation et la trace du geste (certaines claques vous sapent aux yeux des autres, vous culpabilisent, vous désarçonnent, vous brûlent, et vous démolissent socialement, vous les ruminez, les haïssez, les ressassez, façon Zeigarnik – C'est le fameux : Je m'en veux, j'aurais pu ou j'aurais dû dire et faire ça, pour me préserver de cette relation, de ce coup, du regard des autres, des conséquences éventuelles sur ma vie personnelle ou publique...).
J'ai donc Soudaineté (ou « mauvaise surprise », de 1 à 3) x Précision (ou malveillance ciblée, ou malice calculatrice, précise comme le laser, de 1 à 3) x Proximité (de 1 à 3) x Durée sociale (ou traces, ou effets quant à l'estime de soi : effets réels ou supposés – là aussi de 1 à 3).
Allez, j'en termine : ma beigne de samedi, je la chiffre à... mettons 3 x 1,5 x 2,5 x 1,5 soit 17 / 81. Si 1 c'est la piqûre de moustique et 81 le massacre à la vieille tronçonneuse rouillée, je suis à la fin du premier quart de mon échelle d'impact.
Ce qui me semble peu, dans l'absolu. Mais viril quand j'y repense...
Anyway : que ça m'apprenne un truc.
Et que les gens qui frappent me voient (ou me ressentent) leur pardonner : c'est tenir compte et c'est délibérément accepter de dépasser. Les yeux dans les yeux [7]. Peut-être est-ce la vraie force.
D'ailleurs, j'ai moi aussi motif à demander pardon.
(Ça tombe bien.)
Be seeing you.
__
Mmh, claque en anglais, c'est slap, qui désigne aussi une façon de jouer de la basse. Chez Marcus Miller, par exemple :
[1] Ce genre de formule rappelle, en analyse des systèmes, : 1. les scorings de situation (évaluations, « photographies »), 2. les mesures de points de bascule (seuils, passages de caps, clivages et paroxysmes, acmes, melting points), 3.. les inéquations sociales mesurant les rapports de force (sociométrie dynamique) comme celle de David Gleicher.
[2] Vous cliquez là ? Voyeurs ;)
[3] À vrai dire, tout parle ici de la découverte – chez le sujet (1970) – d'une intimité (contiguïté) entre ses sphères psychique, sociale et physique (étroit coefficient de corrélation entre indices de stress et développements somatiques ; voir en complément les indispensables travaux de Taibi Kahler, qui montrent – sur un campus – le lien évident entre développement de maladies psychosomatiques et apprentissage contraignant, stressant, pauvre en strokes, calibré pour complètement différer des besoins psychosociaux fondamentaux des personnes empathiques, généralement présentes à 30 % dans les sociétés occidentales). Retournons à Holmes et Rahe : il faut bien sûr consulter (1967) la Social readjustment rating scale (SRRS) ou fameuse Échelle du stress (cf. théma). Échelle citée par les frères Linn – Voir ceci. Et, pour le contenu de ladite Échelle, ce document : pdf.
[4] Duele, comme l'a un jour dit – en guise de constat ardent – Ejo Takata à son disciple Jodo, écrasé par la perte d'un enfant. Douleur, réalité ultime : on ressent, on est. C'est là.
[5] Relire Antonio Damasio et ses travaux sur l'énigmatique Eliott. Et, plus généralement, mettre à profit les riches apports des tenants d'un nouveau paradigme pour comprendre l'âme et le corps. Que relie entre eux l'étonnant inconscient (psychique, métabolique, endocrinal, nerveux : ce qui est la même chose puisque nous avons un corps, qui éprouve, stocke, réagit, attribue – évidemment).
[7] Vu à la TV : les militaires français qui entraînent les reporters de guerre leur enseignent, s'ils ont un fusil déterminé sur la nuque, à encourager leur bourreau – au dernier moment – à les regarder dans les yeux. La proportion d'assassinats diminue.
[ Vous pouvez passer le test Rahe-Holmes en ligne | Rahe-Holmes, le point de vue de Judith A. Scully trente ans après | la défection, concept-pilier de la théorie des jeux | autre sujet – pour ce qui est de la protection de reporters, une autre technique consiste à se (ou à les) protéger des balles qui sifflent, derrière l'épaisseur de l'équivalent d'un tronc d'arbre ou d'un sac de sable (jamais d'un mur), de laisser en outre les robinets, les boîtes de conserves ou les portes de placard (souvent piégés) | Puisque nous parlons d'efficience dans l'adversité, et que ce thème intéresse la théorie des jeux, saviez-vous que les Templiers tiraient l'épée si et seulement s'ils recevaient une blessure ? ou... deux, lorsqu'il s'agissait d'adversaires issus de la chrétienté ? Autant dire, si c'est vrai, qu'ils pratiquaient une non-violence radicale, voire un sacrifice systématique (on le sait, dans le christianisme, le sang du juste est transformatoire et d'emblée vainqueur) | ici ou bien dans le forum dédié ]
[ < 17e partie | thémas Absara, Coopération, Vrac, Zoodo & Jeux | billet interactif, commentez en cliquant sur le bandeau de son titre | 19e partie > ]
La poooorte !
Mille choses... Vous vous en doutez. Bon, par étapes. (Ok.) Je vous dis plusieurs trucs, qui vont venir comme une grappe [1] : on y va ?
1.Crème de violette, pour commencer. Que dire ? Au ralenti. Dans l'institution avec qui nous travaillons parfois, je sens une pause, comme un ronron. À l'envie d'innover, que nous aimions, nous voyons se substituer des choses... classiques. (Du calme.) À nous de convaincre ? ou de faire autre chose à la place (c'est-à-dire ailleurs) ? À voir. La bonne nouvelle, c'est qu'Absara fait des choses exportables. Transportables. Si c'est en lien avec le territoire, évidemment, c'est mieux. Pour autant, apporter des pratiques innovantes, de la vivacité, du format ouvert et producteur de valeur, ça peut se faire ailleurs.
(La vie est un torrent.)
2.Toulrezo.biz, ensuite. Absara prend une coloration internationale. Le groupe est en lien avec les réseaux économiques de plusieurs grandes villes. Tendance à venir : après l'intra pur et dur (qu'il fallait historiquement charpenter), les synergies inter-territoriales. Toulouse, évidemment, c'est bien. Mais Toulouse en circuit fermé... c'est fermé. La vocation de notre groupe, c'est d'ouvrir. Alors ça a du sens de cultiver les amitiés transfrontalières (mon père appellerait ça l'heterogenesis - c'est la synergie). L'économie, l'homme et l'action, c'est - en 2009 - mondial. Les connexions ? Quelque chose de dynamique et de normal.
Dans le même ordre d'idées, nous vous proposons de rejoindre la communauté Facebook d'Absara. Il existe aussi le groupe Toulrezo. Et, pour les amateurs de microbloguage en temps réel, il y a désormais le Twibe (Twitter, versant mini-réseau) pour Absara et Toulrezo : c'est ici.
Oui.
3. Ce blog, aussi. (Ouais.) Que jespère plus simple et plus intuitif. Les icônes remplacent les menus d'antan (certains me disent aimer). De plus, les liens montrent avec plus de force la relation entre Absara (communauté d'innovation en pratiques d'affaires), Crème de violette (un produit), et Toulrezo (à la fois produit et réseau).
Voilà.
4. Parlons de jeux maintenant. C'est quoi ? Les jeux viennent toujours parler d'intérêts. Et de territoires, fussent-ils virtuels (de jouissance - revoir besoins). Le grand Edward de Bono (voir théma) le dit clairement : à première vue, les intérêts des uns divergent de ceux des autres. Ils ont une nature polémique [2]. Les vues divergent. Mais, la bonne nouvelle, c'est que les vues, ça peut se changer. Ça peut s'associer (elles se ressemblent souvent). Edgar Morin le martelle depuis longtemps : en Occident, les pensées trient et divisent. La pensée dialectique, héritée des Grecs, fâche plus qu'elle assemble. Là où j'ai besoin de forces avec moi, je démobilise. Je vexe. Travailler devient dur. La communauté (force groupale), je l'effrite. Cf. syndrome Apollo.
Sortie : la pensée dialogique, qui combine, ressent, étudie au calme et mobilise les forces, les vues, les gens. Je m'appuie sur les autres. Et je convoque à peu près tout ce qui existe.
Là, je comprends.
Là, j'agis.
Les jeux sont un fait humain. Le plus gros, peut-être. C'est la friction de vues. À découvert, de manière tacite ou encore larvée, ou encore dans le secret de l'inconscient ou des quartiers généraux d'équipes. Les jeux ? Une discipline aussi. Qui étudie, eh bien, les jeux. Mots-clés : coopération, défection, intrigue, stratégie, Robert Axelrod, scénarios, gagnant-gagnant, donnant-donnant, Tragédie des communs, tactique, dynamique de groupe.
Oui.
5. Tout ça pour quoi ? Pour vous parler de la porte. C'est celle d'un établissement scolaire. Je vois ça, ce matin, et ça m'interroge. Vous savez ? Le sas est sécurisé et les gens se tiennent mutuellement la porte (question de politesse, cf. rituel). Si on pose les choses à plat, tout le monde (mettons 25 personnes) passent 30 secondes à tenir la porte à la personne d'après. Regardons les fruits : je perds 30 secondes, c'est-à-dire 0,5 minute multipliée par 22 jours ouvrés, multipliés par 11 mois de l'année. Je dépense à l'année 121 minutes à tenir la porte à quelqu'un de différent de moi. Soit 2 h et 1 minute. Que dire ? C'est grosso modo ce que dépensent annuellement 25 personnes. Le package ? Une cinquantaine d'heures en tout. De sorte que le collectif passe à l'année 50 heures à s'inter-servir, prenant pour cela 30 secondes par jour et par personne. Le gain ? Quand on me tient la porte, je gagne, voyons voir... les 10 secondes du digicode, les 5 secondes de l'ouverture de la porte (qui est lourde), les 3 de celle d'après, avec la manoeuvre de tout mon matos (3 secondes de plus). Bilan : je gagne 21 secondes.
Plusieurs seuils (c'est le cas de le dire) :
| Combien de fois est-ce que je tiens la porte ? combien de fois me la tient-on, à l'année ?
| Quel impact cette porte tenue a-t-elle sur mon moral et donc sur l'entame de ma productivité journalière ? voire sur ma collaboration éventuelle - et plus poussée - avec la communauté de ces teneurs de porte ?
| Combien de fois à l'année, par exemple sous la pluie, le fait qu'on me tienne la porte me délivre-t-il un gain supérieur aux 30 secondes (porte tenue plus longtemps, mise à l'abri rapide, etc.) ?
On le voit : si les rituels et la coopération émergent d'une situation groupale, c'est que - sur le long terme - ce que je perds, eh bien c'est comme avec les assurances : je le récupère amplement. C'est comme avec les mutuelles.
M'est avis que c'est positif. (M'est avis en outre que la question de la productivité d'une équipe se considère toujours à l'aune des jeux, de la communication, du management.)
Allez, je termine. Et puisqu'on évoque ces histoires de coopération, d'entraide - voire quand c'est plus spontané d'empathie -, c'est le moment de reparler de Zoodo. L'ONG familiale anime à présent deux centres de formation : alphabétisation de personnes handicapées à Ouagadougou, artisanat d'art et tourisme équitable à Bobo-Dioulasso. Et il y a, en plus d'un nombre croissant de familles (19 salariés, désormais), un gamin boiteux et un gamin aveugle. Je veux dire qu'ils peuvent espérer (nous allons tout faire pour), en clair ils vont pouvoir s'appuyer sur Zoodo. Oui. Mon père et ma belle-mère, de retour de Ouagadougou, sont passés nous voir mercredi et jeudi. Fatigue. Et troubles physiques (là-bas, il faisait 48°). Mais sérénité. C'est une bénédiction de recueillir, chaque année, les primeurs de leur voyage, là, en direct.
[1] Notion durandienne. Et une belle, que j'aime (très moderne). Revoir d'ailleurs l'important apport de la psychologie des profondeurs d'expression francophone (Charles Baudoin, Gilbert Durand, Georges Romey) aux sciences cognitives (cf. entre autres cerveau ou encore pensée latérale voire cartographie mentale).
[2] La polémique (importation de ferments de guerre, de division - cf. diabolos), est tellement culturelle que l'immense René Girard voit dans le conflit l'unique et bien triste moyen de bâtir des civilisations. Structurer, c'est se jalouser, c'est s'opposer... et c'est bien bête. Voilà un vieux réflexe. La cité devient le refuge contre la violence, mais elle provient de la violence. Et l'entretient parfois. (Souvent.) Cf. facteur Caïn.
[ Coopération, histoire de la carte grise | ah, rien à voir : salutations, Shirley ]
[ < 10e partie | thémas Profils, Yves Enrègle et Dynamique de groupe | | archivage automatique du billet sur entrepreneuriat, pragmatisme et frustration | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre pour commenter ]
Réunir des opposés, vérifier la tolérance (ouverture joyeuse) qu'ils ont à travailler ensemble
Yves Enrègle, psychanalyste,
consultant en performance humaine et dynamique de groupe -
université d'été du groupe de gestion privée Financière de l'échiquier (2008)
[ < thémas Anthropologie, Livres, Paradigmes, Émergence & Complexité | | archivage automatique du billet sur l'agressivité groupale, le Triangle dramatique, le recours à un Mobilisateur-moins, ainsi que des trucs sur le leadership ou sur la civilisation telle que l'envisagent René Girard et André Bonnard | réagissez à ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre ]
Pff, waow, etc. Ouais...
On le voit. À l'évolution linéaire des choses, comme une courbe qui croît, comme une globalité qui progresse, eh bien les sciences sociales et humaines préfèrent désormais le modèle du paradoxe ou du tissu [1]. Le monde ? Imprévisible et capricieux, tout juste bon à scénariser - Et encore. Modèle de joyeuse transversalité [2], où tout communique, où tout s'inter-contamine (capillarité), s'effiloche mutuellement (dominos, ruptures, cascades), où des choses enfin, en friction les unes avec les autres, en bref où des choses émergent. Viennent à la vie. Liées au flux, liées aux rencontres, aux sympathies [3] (procréation). Ces choses ? Idées ou faits. Ressentis, pensées, formes de vie. (Phénomènes.) Qu'on ait prévu tout ça... ou non. C'est réaliste et c'est proche de la vie, de sa façon d'innover, de bondir, de fabriquer, de combiner, de rejaillir partout. Comme un creuset magmatique. Comme un réseau de neurones. Un tissu d'étoiles. Ou comme un arbre gorgé de sève. Certes : puissant, continu, vif et sourd.
Dans le registre des ovnis, il y a un homme de poids. Que peu de gens lisent. Pourtant, son L'Éternité dans leur coeur (1981, Regal Books) est une bombe. Une stimulation fraîche et passionnante. Le champ : anthropologie et questions transculturelles (cross-cultural) (religions, représentations, identification de piliers, de principes humains communs - les « cages flexibles »). En France, ce type de recherches - fût-il empirique et simple à lire - reçoit des faveurs confidentielles. Témoin, l'accueil timoré des travaux à ciel ouvert antiparadigmatiques (pionniers, libres, perturbants, anti-consensuels) de Rupert Sheldrake, de Jeremy Narby, voire d'Alexandro Jodorowsky (savoirs traditionnels). Ces chantiers ? Résolument protéïformes et transversaux. Sacrément stimulants.
Que dire de Don Richardson ? Son travail, fondé sur les observations de plusieurs générations de missionnaires (dizaines de sources), développe des perspectives hallucinantes. Forcément riches. Et religieusement incorrectes. (Quel plaisir !)
Don Richardson
(c) Don Richardson & Carol Joyce
Je continue ici ? Non, je préfère vous recommander chaudement le bouquin. Et vous proposer de commenter à l'envi.
Excellente fin de semaine.
__
[1] Côté francophone, cf. Joël de Rosnay ou Edgar Morin. C'est Reda Benkirane qui, de mon point de vue, fait l'état des lieux le plus avancé. Voir, en outre, et côté anglophone, l'étonnant Max Sandor.
[2] Je rappelle que l'érudition transversale était une vertu à la Renaissance (Jean Pic de la Mirandole, ici, ou Giulio Camillo, là). Comme le dit le sociologue François Dubet, l'hyperspécialisation occidentale (de même que l'organisation individualiste de la recherche - cf. Institutions), en clair toutes ces travées resserrées (quoique sérieuses et porteuses de fruits) contribuent à brouiller le corpus de connaissances tout autant qu'à l'enrichir... de chapelles. C'est particulièrement vrai pour l'homme, décortiqué médicalement, socialement, psychologiquement, économiquement, géographiquement, religieusement, etc. En ce siècle de défis (Edward de Bono le rappelle ô combien), il existe heureusement des initiatives, typiquement ouvertes, typiquement moriniennes, telles que celle-ci.
[3] Métaphore du fleuve, viaHéraclite (IVe et Ve s. av. J.-C.). Cf. Fragments, pdf.
[ La religion ? On se souvient de la fascination que provoquaient au XXe siècle les travaux du grand spécialiste (et francophone) d'origine roumaine, Mircea Eliade (1907-1986) - Le meilleur panorama éliadien est peut-être celui du Cahier de L'Herne n° 33 (1978, pdf) ]
[ < 13e partie | théma Motivation | | archivage automatique sur théologie et pensée complexe | réagissez à ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre 15e partie > ]
10 questions courtes
Des grilles. Il en existe de multiples pour cartographier la motivation (souvent, une trentaine de questions suffit - cf. théma). Motivation ? D'une entreprise, d'une équipe, d'un individu : c'est de ça qu'on parle. Et plusieurs critères sont parlants - Vous connaissez ça :)
Nous sommes mardi, je vous propose aujourd'hui un court sondage, simplissime, pour donner à ce blog votre couleur personnelle.
[ < 12e partie | thémas Guerre, Radio & Bon Manager | | archivage automatique du billet sur les parts de marché et le poker | réagissez à ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre | 14e partie > ]
Manager quand ça pète
Qu'est-ce qu'un bon manager ? (Mmh.) Faut-il passer par les champs de bataille pour répondre à ça ? Faut-il envisager les éternels rapports de force ? La nature conquérante et violente [1] de l'homme ? L'Histoire coloniale ? l'Histoire de France ?
Moi, je dis oui. Car, dans la vie, tout est management. (Et tout est jeu.) Ben oui : tout est friction, tout est compréhension de l'autre (en théorie). Et tout est motivation : mise en mouvement de soi et d'autrui, en contexte tendu. Cf. vie et travail, version dynamique.
Regardons ça.
Le contexte ? France culture. J'allume, ce matin, la radio. Et là, le journaliste Emmanuel Laurentin [2], producteur et animateur de La Fabrique de l'Histoire, donne la parole à des descendants. Il s'agit de la famille du général Alain Fauveau, qui témoigne de la vie de son ancêtre : Charles de Berterèche de Menditte [3], militaire et homme d'honneur.
Menditte est officier dans le Haut Tonkin (actuel Vietnam) entre 1895 et 1897.
Outre les anecdotes ébouriffantes, l'homme apparaît comme un manager : il en a le profil et les pratiques. C'est ce que pense sa famille, avec ce propos incroyable :
Charles de Menditte était ce qu'on nommerait maintenant un manager, qui faisait passer ses hommes avant tout. Il était comptable [ responsable, nda ] de la vie de chacun. Un vrai manager fait passer l'intérêt de ses hommes avant tout. Et surtout avant lui-même. Contrairement au carriériste, qui est un individualiste. Le manager, lui, prend des risques personnels pour les autres. Et garde leur bien-être en tête, à tout moment.
[3] Menditte et ses carnets : quelques extraits (pdf). Il s'agit, cette fois-ci pour la Première Guerre mondiale, du récit d'un homme de terrain, passé par le feu.
[ Voir aussi Roger J. Morneau, ancien vendeur d'encarts publicitaires en BtoB pour une grande compagnie canadienne d'édition d'annuaires-papier - Il explique préférer le terrain, en contact avec ceux qui peuvent avoir besoin de lui, aux promesses d'une promotion personnelle, pourtant alléchante (responsable régional des ventes) ] Read More
Et c'est reparti. Contexte : une soirée chez des voisins (ambiance personnelle). Et toujours la même question, pour le coup très pro : C'est quoi motiver ?
Je réponds par l'opposé : démotiver, c'est couper l'envie de bien faire, c'est saper l'envie de s'impliquer. C'est démobiliser, par les actes et par les propos (souvent juste par le ton).
Encore et surtout, comme dans la soirée, je dis que démotiver, c'est :
1. Manager seulement par e-mail (ambiguïté et confusion des propos ; interactions figées, délayées dans le temps ; côté charnel et strokes minuscules [*] ; côté impersonnel, protocolaire et bâclé en revanche très fort), c'est le mail-management, froid, technique et... très en vogue,
2. Mobiliser ses collaborateurs tous de la même manière (par exemple de manière exclusivement cérébrale), c'est le management-tous pareils, lointain héritier de la pédagogie-tous pareils, prétendument équitable (en vérité maladroite, rigide et monobloc),
3. Répéter les consignes d'une seule et même manière, quitte à aller dans l'infiniment petit (croyance selon laquelle les détails précisent, vendent et renforcent un propos ; mythe du rabâchage comme moyen de faire adhérer), c'est le management-perroquet ou - pire - le management-je répète pour ceux qui n'ont pas compris,
4. Signaler seulement les erreurs, c'est le management-pas confiance ou management-je t'ai eu, et oublier les progrès, considérés comme normaux donc secondaires,
5. Imposer un coach (par exemple un ami du big boss) aux collaborateurs sentis comme faibles, c'est le management intrusif,
6. Dévaloriser un collaborateur au lieu de lui dire ce qu'il faut améliorer, c'est le management sardonique,
7. Négliger le management et croire que les gens le font très bien tous seuls, c'est peut-être le plus dangereux, qui fait naître une multitude de poches de management parallèles, où des petits chefs font appliquer leurs propres règles, parfois tacites (donc anxiogènes), parfois arbitraires, souvent proches de la jungle (les assertifs croquent les introvertis) - c'est le management-sans management voire management-débrouillez-vous (avec son corolaire pas le temps, sous entendu « pour ça »).
En conséquence de quoi, manager c'est adapter les ordres, les objectifs, les félicitations, les encouragements, les délégations, le ton des échanges.
Manager, c'est mobiliser les individus. C'est connaître ce qui les stimule en propre, pour couler ces aspirations puissantes dans une activité au jour le jour.
[*] Par ordre croissant d'intérêt pour le collaborateur, il y a l'inexistant management fantôme (un manager... absent) ; le faible e-mail du boss ; le très correct coup de fil (déjà un peu plus sensoriel, donc adressé, donc intense, donc mémorisable) ; l'intéressant entretien informel, fût-il entre deux portes au calme ; le valorisant face à face avec regard chaleureux, amicale pression de l'épaule ou de la main. (Avec tact, discernement, respect.)
[ À la suite du grand Ken Blanchard, tout bon manager doit pouvoir dire que manager, ça prend une minute par jour et par personne, soit 40 minutes pour une PME d'autant d'individus : un scoring correct de ses activités permet au boss de dégager du temps pour ça - c'est vital ] Read More
[ < 2e partie | thémas Cerveau, Émotions & Damasio | catégorie Sciences humaines | archivage automatique du billet sur Obama | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre pour commenter ou naviguer par thèmes ]
Éprouver, c'est déjà s'impliquer
Eh oui. À la base de notre style, de notre façon (si personnelle) de nous placer dans le monde et d'interagir constamment avec lui, il y a le cerveau. Si on étudie la bête, si on se penche sur ses échanges avec le système nerveux [*], les organes (perception, action) et les événements du monde, on a tout - ou presque - du fait humain.
C'est passionnant.
Plus passionnantes encore, les avancées des deux dernières décennies. Le neurologue américain Antonio Damasio, on le sait, fait figure de référent.
Je me saisis du Nouvel Observateur de cette semaine (n° 2313, dossier Voyage au centre du cerveau) et vous soumets quelques phrases, tirées de la plume du journaliste scientifique Michel de Pracontal :
Au sujet d'Elliott, un blessé du cerveau, opérationnel avec l'intellect mais incapable de prendre une décision simple, le docteur Damasio mettra longtemps à comprendre où réside le problème [...]. Le dysfonctionnement - d'Elliott - est de nature émotionnelle : il est incapable de choisir parce qu'il ne s'implique pas dans le choix. [...] Il apparaît qu'un cerveau purement « intellectuel » est incapable de prendre une décision sensée. [...] « La pensée est toujours reliée à la chair », résume Damasio. [...] En somme, il faut être quelqu'un pour être pleinement humain. Le neurologie de demain, estime Pracontal, sera celle de la personne.
(c) Mehdi & Bruno Dubois -
Le Nouvel Obs
La personne, au sens complet, se décide. Elle éprouve. Et c'est en éprouvant les choses qu'elle les connecte à son vécu. Ce vécu se colore, au fil de l'eau, de sensations (furtives, durables, conscientes ou non - cf. impressions fugaces, ou intuitions qui synthétisent le vécu). Elles prennent une valeur (agréable ou désagréable ; utile ou futile ; urgente ou secondaire ; toujours connectée à l'ensemble du vécu). C'est ce trajet permanent entre ressentis du présent, du passé, entre percepts, idées et sensations qui permet d'avancer.
De trancher.
Si je ressens que quelque chose m'est profitable ou non, je peux m'impliquer.
C'est plus (et c'est mieux) que du calcul : c'est la concertation d'un système tout entier, dynamique, à l'écoute.
Intelligent.
Avec tout ce qui me compose, je perçois, ressens, accumule, relie, grandis en expérience, arbitre, assume et progresse.
Je vis.
Se décider, c'est ça.
C'est vivre.
Je laisse la parole aux collègues et amis Marc Traverson, Olivier Piazza, Alain Fernandez et Laurent Ryckelynck. Et vous laisse à tous le soin de commenter, de témoigner, de prolonger, d'ouvrir.
Au plaisir !
__
[*] Interprétation (revoir le modèle de l'attribution, cf. Klaus Scherer et Dan Sperber), hiérarchisation des données et priorisation, stockage, interconnection avec le réseau des expériences, actualisation-activation. Cf. Cognition. Mettre aussi à profit l'arc réactif du grand Charles Baudoin.
[ Michel de Pracontal publie des essais de vulgarisation et des romans mâtinés de science (interview) | le cerveau, quelques belles conférences en ligne gratuites | autre sujet - Aider une entreprise (une équipe) à se décider, c'est favoriser le scoring de ses activités, c'est concevoir avec elle un planning des actions à mener, profitables, mesurables, potentiellement rectifiables : en tout cas claires et caractérisées (identification des processus, de leurs pilotes, des parties-prenantes et du 3qo2cp dans l'espace, dans le temps, dans le budget, dans les attentes financières et les résultats attendus de qualité perçue - cf. planning, cf. objectifs) | c'est aussi écouter et intégrer les réactions, les freins, les poussées de motivation - en direct ] Read More
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Pro-action pour définir et encadrer, action pour renforcer les progrès et former les gens, réaction pour leur permettre d'exprimer leur autonomie et prendre des risques en connaissance
On s'en souvient : Kenneth Blanchard et Paul Hersey lancent une bombe. Nous sommes dans les années 1980. Blanchard et Hersey sont des psychologues américains, rodés à la pédagogie, l'art de s'adapter aux gens pour leur transmettre des choses, un savoir-faire (des connaissances), parfois un savoir-être (une disposition, une façon d'être). Le boulot de ces deux hommes donne à la mise en mouvement des personnes (la motivation) une coloration contextuelle. Croyez-le si vous voulez, c'est une révolution.
Coloration contextuelle ? Exactement comme quand on fait passer un savoir : on s'appuie ici sur le contexte des collaborateurs. Sur le contexte de ce qu'ils sont intrinsèquement, humainement (les envies, les talents), et aussi de ce qu'ils ressentent, perçoivent et interprètent du monde (leur place ici même, leur boîte et ses attentes, les demandes de leur patron, souvent du boss direct, celui qu'on voit, celui qui marque, celui qui stroke).
Parlons du contexte. Il y a celui de la boîte (valeurs, pratiques, ambitions, objectifs). Il y a, encore et surtout, celui des hommes : ce qu'ils savent faire et ce qu'ils ont envie de faire (le sachant ou non). En vrai. En live.
Entrent en jeu le style du manager, d'une part, la situation personnelle des équipiers d'autre part.
Il y a là un pragmatisme. Une prise en compte d'autrui.
De sorte que le manager, pour bien faire, s'adapte à ses troupes : son leadership (capacité de commandement, de décision, d'entraînement) se fait en contexte humain. Le manager agit selon la situation des managés. Nous sommes dans les bases du leadership situationnel. Le manager, plus que tout autre, est un caméléon : il sait donner la nourriture affective, comportementale, morale, intellectuelle qui convient à chacun. La nourriture qui garde actif, en confiance, en confort personnel.
C'est un gagnant-gagnant. Une collaboration. Fût-elle autoritaire, fût-elle négociatrice, fût-elle en lâcher-prise.
Si le collaborateur débute dans votre boîte (et même s'il a fait ses preuves ailleurs), en clair, s'il découvre ce qu'il doit faire chez vous et découvre encore ce qui le motive là dedans, dirigez-le, conseillent Blanchard et Hersey. Le collaborateur ? Vous le rassurez, il sait à quoi s'en tenir (clarté cognitive). Vous le guidez.
S'il a envie de s'impliquer et que ses connaissances techniques ont besoin de renforts (formation), expliquez-lui ce que vous attendez de lui : les recommendations-minute sont déterminantes. Expliquez-lui les choses. Et continuez à féliciter, à encourager ses progrès-terrain.
S'il devient techniquement bon et qu'il perd en implication (ce qui arrive par déception, par routine ou manque de projection), négociez les choses, cherchez à savoir plus encore ce qui l'anime, à quoi il fonctionne en vrai (leviers de motivation). Négociez, discutez, cherchez à comprendre. Avec bienveillance.
S'il sait vraiment bien faire les choses et qu'il a envie de les faire, mettez-vous en réaction, c'est un retrait qui lui libère de la place et tenez-vous prêt s'il vous sollicite. Déléguez, attendez-vous s'il le faut à récupérer les erreurs ou les déceptions (c'est un risque).
Les consultants Christiane Grau et Alain Métral expliquent ça très bien.
Je vois parfois des entreprises recruter de bons profils, des gens chevronnés. Ces gens débutent. Même s'ils sont bons ailleurs (ou sur un angle-métier précis), la sagesse recommande de les animer comme des débutants. Un temps. Alors là, commandez, indiquez, dirigez. Il l'ignore peut-être, votre collaborateur a besoin d'y voir clair. Or, la clarté, c'est la fermeté : fermeté de visions, d'attentes, de demandes précises. Ce qu'il fait bien, dites-le lui franchement. Ce qu'il fait mal, dites lui comment mieux le faire. Ensuite, il évolue.
Je vois, à l'inverse, d'autres entreprises garder la pression sur des gens qui savent, veulent, et le démontrent. Quel intérêt ? Économisez du temps et rendez-vous utiles à d'autres. C'est là qu'intervient le bienfait de la délégation. Imaginons : vous déléguez à Alain, qui est compétent-motivé, et il échoue. Regardez bien pourquoi. Au lieu de vous en vouloir d'avoir délégué, usez de discernement. Erreur de sa part ? simple oubli ? manque de confiance en soi ? négligence ? sabotage délibéré ? Avouez que c'est bien différent, avouez que c'est selon.
Allez, 'nuf said. Quelles sont vos expériences ? Que pensez-vous de ça ?
Dernier truc, le profil. La bonne attitude, c'est celle qui se met en phase et anime les tempéraments. Car un contexte, c'est encore et surtout des personnalités : certains ont des nourritures affectives (des besoins) qui diffèrent de celles du manager.
Un manager, c'est un animateur d'objectifs. C'est aussi quelqu'un qui passe du temps avec ses troupes. Et, comme tout bon pédagogue, veut les voir évoluer. Évoluer dans la sécurité. (Sereinement.) Pas dans le stress.
Le manager, c'est souvent (et c'est même une nécessité) celui que les employés voient.
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Hongrie-zonant
Toulouse. Et un groupe, là. Dans la rue. Gitans d'origine roumaine. C'est une famille qui discute. Ils parlent fort, c'est animé. Gestes, propos : tout est vivant.
Tout est « du Sud » (comme on dit chez moi).
J'ai souvenance du travail d'Edward Twitchell Hall, un grand. Le domaine ? Les territoires corporels, donc culturels (réglés par des codes : valeurs, conventions). Distance et espacement entre personnes... Qui varie selon les cultures. Yep. Il y a les Japonais, qui ont traditionnellement besoin d'espace. Si on prend les Tokyoïtes et si on considère le temps qu'ils passent dans le métro saturé, on souffre pour eux. Culture de réserve et de respect du champ corporel de l'autre (contacts réduits, réservés à l'intimité). Or, les Tokyoïtes se touchent, se frôlent, se compriment dans le métro. Un bien pressant socius. Mon analyse, c'est qu'un nombre massif arrive au travail stressé. Voire vidé, en lutte, en besoin de retrait (cf. AT). Donc : perte de compétence et de confort.
Oui.
Je revois les Gitans. Et je pense à la Hongrie, ce pays qui - parfois - les comprend si mal. Ou si peu. Xénophobie, repli, complications.
Et, parallèlement, j'entends le silence hongrois. Croyez-le si vous voulez : Budapest, la grande, est calme. Écoutez bien, vous avez les klaxons. Bien sûr. Écoutez maintenant les gens : c'est de l'air. Ils sont silencieux comme l'air. C'est impressionnant, les gens qui utilisent leur mobile... murmurent. Le métro ? Calme. La kinesthésie (pratique du toucher, ancrages sensoriels, cf. PNL), discrète à l'extrême.
Tout vit dans du feutre.
Une prof de hongrois me disait que l'âme de son peuple (culture intrinsèque), c'était de l'engagement solide, du parler-peu, du parler-vrai. Comme une gravité. Comme un silence qui pèse. Et signifie.
Il y a les codes, bien sûr. Il y a aussi le bain sémiotique. Tout ce qui touche les Hongrois est affecté, c'est sérieux. Profond. Important. Passionné. Porteur. Médié par du subtil. (Donc du lourd.)
Il faut décrypter ça... C'est du travail.
C'est de l'habitude.
Alors, la communication, quand elle vient d'Europe occidentale ou de pays latins, certains Hongrois la vivent en heurt. Je repense aux hordes d'Anglais, pour l'occasion extravertis. À Budapest, des bus entiers viennent déverser de joyeux buveurs de bière (l'été, cf. festivals). Et, le reste du temps, beaucoup de clients de prostituées viennent siffler les filles, en terrasse.
Dur.
Je termine en pensant que les Gitans d'Europe centrale ont des codes. Comme tout peuple. Il y a du il-faut et de l'interdit.
Parler fort est permis. Exprimer ses émotions, interagir aussi.
En Hongrie, au Japon et chez les experts-comptables, ce serait (et c'est peut-être) mal vu.
Affaire de codes.
La culture humaine est un formidable lieu de rencontre. C'est aussi un lieu d'éviction de l'autre.
Le genre humain est un territoire, avec ses prérogatives et ses us (clés d'entrée, clés de sortie du champ collectif).
Ouais...
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[ Qu'ils soient micro ou ici macro, les groupes humains sont des organismes vivants, pétris d'homéostasie, parfois électrisés d'envies (ou de besoins) d'évolution (dynamiquement, c'est le trajet entropique) ; revoir Georges Romey et son formidable travail sur les pulsions - théma Changement | Ce billet est le 900e du blog, merci de votre fidélité ! ] Read More
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Pour quoi faire, hein ? Pourquoi promouvoir quelqu'un ? (Je vous pose la question.)
Regardons.
Le contexte ? Une croissanterie, à Toulouse. Et deux collègues d'une entreprise de services, qui commandent un café. Ils discutent :
- C'est vrai, quoi. Tu me dis leader, machin, etc. Mais moi, je me sens pas leader, tu vois ? Je suis pas leader. Non, ça, c'est pas pour moi, je te dis.
- Mais si !
- Mais non, je te dis !
Eeeeh oui. Diriger, c'est un levier de motivation en soi. C'est spécial. Certains leaders en tirent la substance, le suc motivationnel, la valorisation. (En même temps que les responsabilités, l'exposition, le risque - ça va avec.)
D'autres restent froids : pour eux, maîtriser l'univers connu comporte un plus grand sens. Partir à l'aventure ? Un tue-l'amour. Qui plus est dans une entreprise qui hésite à féliciter ses managers (souvent, ignore comment les sécuriser, les conforter, les renforcer positivement, façon Manager-Minute). Tout ça... fait peur.
Trop d'incertitudes. Manque de soutiens, manque de clarté cognitive. C'est un cauchemar, c'est fear factor.
Chef, moi ? Non merci. Expert à la rigueur. Valorisé par les collègues, capable de travailler hors du champ du boss, très bien. M'avancer ? semblait dire l'employé. Que nenni.
La faute à l'expectation : l'employé hésite sur les gratifications personnelles à tirer de tout ça [1].
Il connaît, en outre, les féroces remontées de bretelles [2] : son boss à lui les redoute. Et stresse [3] toutes ses équipes avec ça.
Be seeing you.
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[1] Relire Alain Fernandez, change manager convaincu (à raison) que ce qui rive ou bien motive un homme, c'est ce qu'il entrevoit des avancées (ou du recul) de sa carrière, de son salaire. J'ajoute à ça la catégorie sérénité (confort socio-émotionnel, pour les intimes). Cf. théma Paix ou Territoires.
[3] Cf. analyse du psychothérapeute et coach Marc Traverson.
[ Motivation - Un peu plus loin avec Victor Vroom et Frederick Herzberg | démotiver | ce qui ressort du terrain, c'est que les entreprises françaises pensent motiver (mettre en mouvement) quasi exclusivement par la promotion et/ou le salaire - dans les faits, ça dépend juste des gens | intéressant Robert Wesley B (merci Marc) | monter en hiérarchie, pour certains profils, c'est anxiogène | témoin avisé, le P'tit D, à la motivation ce que le gaz sarin serait à la diplomatie ] Read More
Briser la glace plutôt que les gens qui déambulent dessus
Échanges verbaux. Vifs comme des glaçons qui glissent. Le lieu : la patinoire événementielle de la mairie, montée pour Noël, à Toulouse. Là, dans l'hyper-centre. Veille de week-end... Contexte populeux, juste avant les fêtes. Tension dans l'air (électrique), mauvais temps, parents sur les nerfs : sur cette patinoire à bambins, il y a peut-être un stabilisateur (sorte de déambulateur individuel glissant, qu'un môme pousse devant lui et qui le maintient) pour trois enfants chaussés de patins. Et des gamins, il y en a. Autant dire que pour un enfant heureux, qui déambule normalement, en moyenne deux autres - en carafe - se viandent et se re-croûtent à vous faire blêmir. Sur la glace, ça fait mal. En plus, ça trempe les pantalons et ça fait rouspéter, surtout les parents, fort nombreux, qui paient pour ça. (Moi, je suis là sur le bord avec ma progéniture, agacé que la mairie, organisatrice, ait oublié : 1. l'animateur-régulateur-glacier, qui s'occupe des enfants, les sécurise, fasse appliquer une ou deux règles ludo-sociales, 2. de mettre, eu égard au succès, le nombre suffisant de stabilisateurs). Et sur la glace, c'est la guerre. C'est Règlement de compte à Pas-Ok Corral : chaque privilégié en goguette (encouragé par ses parents) se cramponne à son déambulateur, si convoité. Chaque parent lésé, par conséquent, grince des dents. Et recuit sa colère en attendant de la livrer à tous, façon volcan.
Ambiance.
Une mère (mi-Victime, mi-Persécuteur en devenir), à l'attention de votre serviteur : - Quel scandale, monsieur. Vous voyez ? Si peu de déambulateurs pour autant d'enfants. Ma Solène [1] ne pourra jamais en profiter. Regardez : elle passe son temps à tomber. C'est outrant !!
Votre serviteur (énervé-songeur) : - Ils ont sacrément mal prévu leur coup, à la mairie. Je pense qu'il va falloir s'organiser. Pas de règle, pas de matériel : c'est le chaos. Il faut sûrement...
La mère (ulcérée, les yeux soudain exorbités) : - Eeeh, vous là-bas ! Laissez-nous ce stabilisateur : ça fait un moment que votre gamine le garde pour elle !!
La famille en question : - Ah bon, et au nom de quoi ?!? Vous vous mêlez de quoi ?!? On fait ce qu'on veut. On a payé. Mêlez-vous de vos oignons, d'abord !!
La mère : - Moi aussi j'ai payé, espèces d'égoïstes !!
Votre serviteur (énervé-fatigué) : - Mmh, j'envie votre énergie, madame. D'habitude, j'ai les paroles qu'il faut, acérées à souhait, mais là il me manque un café.
[ Quelques minutes après, le temps que mon cerveau se re-cale : ]
» Bon, cher monsieur (à l'adresse du chef de famille Onfé-Skonveu). Vous êtes quelqu'un d'intelligent, moi aussi ; ce que je vous propose - pour que tout le monde soit content (et les enfants surtout) - c'est quelque chose de simple. Ok ? Comme ça, votre gamine est contente, vous aussi, ma progéniture et celle de madame itou, et tout le monde avec. Par exemple, votre petite, elle finit avec le stabilisateur. Genre un tour ou deux. Juste après elle le passe à Solène, genre un tour ou deux, qui le passe à ma progéniture, pareil, qui le re-passe à votre fille. C'est facile. Nous faisons une équipe à trois, ça vous va ?
Le père (dubitatif-gentil) : - Moui, d'accord. (Sourire édenté.)
Votre serviteur (prenant pour dérivatif un catalyseur externe, ici abstrait, façon Mobilisateur moins) : - Voiiilààà. C'est la mairie qui s'est trompée. On peut tout à fait s'arranger ; ça va bien se passer, vous allez voir.
La mère de Solène : - Ben voilà, quoi...
Moi : - Voui. Ben ouais.
Une autre mère arrive (et vitupère, nous faisant sursauter) : - Eh, vous là-bas, donnez-nous ce stabilisateur !!
Le triumvirat (maintenant civilisé) lève les yeux au ciel : - Pff, quelle agressivité...
Eh oui. Civiliser [2], c'est convenir d'un truc à plusieurs. Fabriquer une entente, des règles, des encouragements quand ça marche (renforcements), des effets d'éviction pour ceux qui contreviennent.
Plus le sentiment de fierté, bête et drôle, qui couronne les succès comme ça. Vous savez ? Avec les yeux qui se plissent, la moue qui se met en avant et le Pff qui vient qualifier les autres, les moins-bien.
(Héhéhé.)
Be seeing you.
__
[1] Prénom d'emprunt.
[2] C'est, rappelle René Girard, la violence qui fournit le prétexte de la civilisation. Lire, en outre, l'helléniste André Bonnard (in le superbe Civilisation grecque), pour qui le mot civilisé, c'est en grec le même qui signifie apprivoisé, cultivé, greffé. L'homme civilisé, c'est l'homme greffé, celui qui se greffe lui-même en vue de produire des fruits plus nourrissants et plus savoureux.
[ L'absence de règles, ou le retrait du chef, c'est la livraison des faibles aux forts, c'est le chaos, d'où ressortent souvent des loups grimaçants, rarement des formes auto-éco-organisées, gagnant-gagnant - c'est comme ça | cf. leadership ]
Trois. Et même s'il y a des milliards de façons de décider, il y a peut-être trois fulgurances - trois chemins mentaux vifs - qui permettent de le faire proprement. C'est-à-dire de résoudre des choses.
Alors, on le sait, la décision, c'est le domaine du stratège, qui pense, imagine, constate, ressent et voit dans un contexte tendu. Et finalise son être (avec des priorités tout de même) vers un succès. Vers un mieux. Vers une position haute, ou solide. Tout ça au sein d'une creuset bouillonnant de rapports de force.
Gros boulot.
Edward de Bono, grand psychologue actuel, concret, consultant pour des organisation internationales, indique à quel point nous réfléchissons généralement mal (cf. éducation, institutions, conformations sociales, etc.). Son Réfléchir vite et bien décrit avec clarté comment fabriquer des solutions. Actions réalistes qui produisent du fruit [1]. Actions qui dépassent de loin la stérile Tragédie des communs. Actions utiles.
C'est simple et créatif. De Bono décroche encore une palme.
Décider ou se décider doit convoquer des forces (des capacités) et non les disjoindre, les mettre dos à dos, les faire entrer en dialectique [2]. Il est évident que chacun voit les choses différemment, avec son filtre à lui (son style, ses préférences). Comprendre que le malentendu est inhérent à tout ce qui anime un groupe est le point de départ, la base (cf. Conflits - Comment les résoudre, du même auteur). Alterner les points de vue, passer méthodologiquement par les différentes couleurs de l'arc en ciel, permet justement d'avoir un spectre complet, qui économise de l'argent, du temps, des procédures, et permet au leader d'avoir un arc décisionnel pratique et fiable (en même temps qu'il permet aux uns et aux autres de recevoir les feedbacks au travail, feedbacks psychologiques dont ils ont besoin).
Laissons le grand de Bono. Laissons un peu ça. Et reprenons du champ : je vous ai parlé de trois méthodes en gros, les voici.
La première est compliquée. Elle liste des éléments, les fait dialoguer entre eux, elle pèse le pour et le contre. Elle est rationnelle (ex. : choisir une voiture d'entreprise). Son intérêt ? Majeur pour des situations simples, où se combinent des valeurs en nombre limité, faciles à identifier (prix, look, performances, utilité, impact sur l'environnement, etc.). Outil emblématique : la liste-papier avec les plus et les moins. Un bilan (une addition, par exemple avec des coefficients) permet alors de trancher.
La seconde méthode est complexe. Elle marie beaucoup d'éléments qui, de plus, changent au fil des journées (tout peut fluctuer). Question possible : le choix d'un associé. Il y a tellement de choses à considérer chez Paul et chez Rémi (ambition, moralité, compétences, gentillesse, disponibilité, etc.), ces choses sont tellement fluctuantes et interactives (la situation de son fils rend parfois Paul taciturne), qu'il vaut mieux - dans l'appareil cérébral - écouter son propre hémisphère droit. Vous savez ? Celui qui voit les choses en général et dégage une impression (une intuition). Ici, la liste-papier devient vite un chantier. Soit vous la transformez en mind map, interactive et colorée, soit vous prenez le temps d'écouter les rapports de synthèse que vous fait votre cerveau droit (je trouve et ensuite je cherche). Outils recommandés : la discussion avec un proche, la méditation, le rêve nocturne, les loisirs décalés, qui amènent leur lot de digestion personnelle, d'écoute de soi, d'écoute des autres.
Il y a un troisième chemin. C'est le questionnement mental des facettes (des dynamiques) qui composent notre personnalité. Comme elles ont toutes une façon de voir le monde, et que tous ces styles ont une utilité (ce sont des ressources), chacune peut (doit) avoir voix au chapitre. À la suite de Taibi Kahler, ce père de la PCM, renforcé dans son modèle par les travaux de la Nasa, eh bien le psychologue français Gérard Collignon propose, en cas de questionnement aigu (ou qui dérange), de faire un « tour du propriétaire ». Dans une vidéo datant de 2000, Collignon recommande d'interroger à tour de rôle (dans sa tête) les six grandes tendances que nous avons tous en nous. La première statistiquement (pour une population occidentale) est celle qui fait la part belle aux sentiments, au bien-être avec les autres. C'est celle de l'Empathique. La seconde, par ordre d'importance, répond aux besoins du Travaillomane, qui recherche les faits, la maîtrise des objectifs et du temps. Il est rationnel. La troisième, c'est une vivacité, un amusement, une interactivité joueuse avec les autres : bienvenue au Rebelle. Quatrièmement, accueillons le Persévérant et ses impératifs de fiabilité, de conviction, d'engagement personnel, d'opinion, de morale. La cinquième tendance nécessite du calme, de l'introspection, de la recherche intérieure féconde et calme (imagination), en même temps qu'une date-butoir pour livrer enfin ce ressenti des profondeurs, nous avons là le Rêveur. Puis, pour terminer, place au Promoteur, qui recherche l'action, la séduction, le rapport de force, le défi changeant, le pragmatisme et cette piquante électricité qui fait ressentir la trépidante course de la vie.
Nous avons là un canevas riche. Avant de prendre une décision importante, je me demande :
| quel bien-être je peux envisager pour les autres et pour moi-même,
| quelles solutions concrètes (quels faits) peuvent venir se mettre en place au quotidien,
| quelle interactivité ludique je peux vivre avec mon environnement,
| quel type de conviction chez moi (et quel genre de fiabilité chez les autres) les choses peuvent garantir,
| quel contenu profond, quelles images peuvent découler,
| quels défis excitants telle ou telle option fait surgir.
Une impression, une force alimentée, une idée se fait jour. C'est quelque chose qui me ressemble : je peux y aller.
Je me sens bien.
__
[1] Ou, plus prosaïquement, qui ramènent les chiffres-terrain vers la ligne d'objectifs désirée (cf. résolution de problèmes).
[2] Revoir ce qu'Edgar Morin dit de cette opposition systématique entre un oui (thèse) et un non (antithèse), pressentis pour accoucher d'un oui mais (synthèse), coûteux en énergie, en débats, en fâcheries, en temps. À la dialectique, il préfère évidemment l'approche dialogique, qui vérifie s'il y a des et (éléments de conjonction, de coexistence logique, de synergie). C'est le fameux : c'est compatible, qu'on constate tous les jours.
[ De Bono, le site | Balayage intérieur - Une autre approche peut, par exemple, convoquer les quatre Moi d'Alexandro Jodorowsky (ici), qu'en pensez-vous ? | penser, c'est se situer soi-même dans un contexte ; réfléchir, c'est produire des solutions - c'est très voisin puisque se penser soi-même c'est en même temps se situer (envisager la topographie de l'être, la géographie environnante), donc ressentir les contingences, les frustrations, les amorces de solutions voire impulser les stratégies complètes ; cf. arc réactif de Charles Baudouin (1893-1963), psychanalyste et physiologiste humaniste transversal, pionnier, remarquablement riche et facile à lire ]
C'est qui Alain ? C'est Alain Fernandez, il est spécialiste de la mesure (et par conséquent des voies d'amélioration) de la performance. La performance, c'est - pour votre entreprise - tel ou tel type d'avancée (de progression chiffrée, donc mesurée) dans tel ou tel domaine. Ok. Des domaines, évidemment, il y en a plein [1]. Et tout ce branlebas de combat, toute cette effusion, toute cette énergie mesurable, c'est la dynamique de satisfaction. Satisfaction : 1. de l'entreprise (rentrées d'argent, soin des clients - puisque ces derniers paient). Et satisfaction : 2. des hommes composant l'entreprise, ceux-là même qui s'activent à générer ce qui ramène l'argent. Ce ressort qui ramène l'argent, c'est bien sûr la création de valeur ajoutée, préoccupation (normalement) centrale. La valeur ajoutée ? Le service que vous rendez, qui fait qu'on vous paie, qu'on reste chez vous voire qu'on ramène des copains avides de consommer ce que vous faites (nouveaux clients). C'est la façon typique dont vous travaillez et c'est la valeur (chiffrée) que vos clients, vos concurrents, les commentateurs et les décideurs tout autour de vous (et même plus loin) donnent à votre produit (au service qu'il rend, utile ou futile) et à votre style (identité, fiabilité, image de marque).
Bref.
Sur le papier [2], c'est facile de saisir tout ça. (Quoique.)
Dans la réalité ? C'est plus ardu. Le dirigeant et ses sbires (c'est-à-dire... tout le monde) doivent bien connaître : 1. ce que recherche le client (ses attentes). Puis bien connaître ce qui peut : 2. le détourner de chez vous et lui faire préférer un autre fournisseur (concurrence directe - pour le cinéma du samedi soir, c'est les films-télé ; ou indirecte - pour le cinéma du samedi soir, c'est l'autoroute qui facilite l'accès à la maison secondaire, à la maison que l'on rejoint le week-end). Puis connaître : 3. les outils et best practices (par ex., les outils atomiques) qui améliorent en continu la productivité (raccourcir les délais déployés pour faire une chose, donc - pour une période donnée - faire rentrer plus de choses rentables et/ou motivantes, voire générer, hum hum, du temps de repos). Et aussi savoir : 4. où est le ROI (c'est de la stratégie). En outre, et c'est peut-être le plus important, c'est savoir : 5. animer ses troupes. Ou comment leur donner envie de se dépasser, de générer la plus grosse valeur ajoutée de l'histoire, de se « péter » pour la boîte (c'est la motivation).
Eh oui, la motivation (!). Revenons-y. C'est l'art de mettre soi-même et les autres en mouvement. Avec l'énergie humaine [3] bien comprise, bien canalisée, bien encouragée, bien huilée. On soulève le monde.
Ouais.
Je veux vous parler d'un cas tout récent (cas réel), façon Voiture-réalité.
Fig. 1 - Montgomery Burns, parfait modèle de P'tit D,
personnage hilarant de la série Les Simpsons et que ma progéniture affuble d'un :
« Bah, mais qui c'est celui-là ?! On dirait une sorcière. »
Nous sommes attablés.
Moi. - Mais, au juste, sur quoi s'appuie le management dans ton entreprise ?
Quelqu'un que je connais. - C'est-à-dire ?
- Mmh, quels sont les critères de rentabilité (chiffre d'affaires, marge commerciale, voire résultat brut) ? Et quels sont les critères de qualité perçue ? Soit les axes d'analyse [2] qui viennent te parler (après enquête continue) de la satisfaction-clients ? Clients internes (employés, climat, niveau d'implication, présentéïsme) et clients externes (plein d'autres, mais surtout le client final, celui qui paie, qui parle de la boîte autour de lui, et qui reste ou s'en va).
- Rien de tout ça, tu parles...
- Pff, c'est fréquent. J'imagine que ton boss n'a pas de tableau de bord pour représenter et mesurer la performance de l'équipe et la performance de chacun pour ça ?
- Héhéhé [ironie], là tu en demandes beaucoup.
- Oui ?
- Mon boss ignore tout de tout. Ses engueulades sont perfides, déplacées, stressantes et injustes une fois sur deux. Sa compréhension de nos avancées ? Néant. Quand il y a une enquête-qualité, il laisse traîner la pochette et nous dit, d'un mouvement de la main : Allez-y, vous pouvez regarder. Et rentre dans son bureau.
- Il ignore tout des autres et de la boîte et de ses avancées... et de vous ?
- Ben oui.
- Sur quoi il se fonde pour féliciter (ah, pardon... il ne félicite jamais). Mmh, pour recadrer ?
- Sur des impressions. C'est subjectif (passe encore). C'est surtout arbitraire. En ce moment, ceux qui ont le vent en poupe sont ceux qui le matin, à la première heure, se ruent dans le bureau du boss pour lui expliquer que - en dehors de leurs heures de boulot ou de leurs prérogatives [5] -, ils ont joyeusement pris à leur charge une partie de son boulot, resté inachevé. Puis, la grande classe, une palme revient à celui qui - dans les couloirs - cogne un marteau (si !) pour accrocher ou décrocher des trucs. Et donc s'agite, et donc brasse du vent. Et le fait (bruyamment) savoir.
- Quelle valeur ajoutée ce marteau, tacitement apprécié par le boss, fabrique-t-il ? au global ? par équipe ? ou pour une personne en particulier ?
- Aucune ! Juste accrocher des trucs. Et faire comme si : fabriquer une impression.
- Je vois...
(Cas réel, je le rappelle.)
Allez j'en finis. Alain a raison, c'est sûr. Rationaliser (et humaniser une boîte), c'est faire quelque chose d'adulte. De lucide. De sain. C'est convenir des indicateurs, c'est regarder comment ils se remplissent de vert, c'est aider les gens à le faire.
J'ajoute, c'est proposer de ramener les marteaux chez soi...
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[1] Il y a : 1. la stratégie (art d'envisager et de vouloir des happy ends et donc de modéliser gagnant, en fabriquant 1.1 un profit - le ROI -, 1.2 une profitabilité - valeur commerciale de l'entreprise, que l'on peut développer ou revendre). L'idée ? Remporter un à un les rapports de force (terrains de jeu ou champs de bataille) touchant aux clients, aux concurrents, aux fournisseurs, aux cultures et tendances d'un marché, au droit social et fiscal, aux technologies environnantes et aux méthodes de travail - bref, tout ce qui empêche et/ou facilite le profit. Il y a aussi : 2. le marketing. C'est le choix plus ou moins opportun des façons dont on veut répondre aux clients, par le bon produit, par le bon prix, par le bon service qui va autour, etc. Le marketing et son prolongement, la vente (aimer rendre service au client). Il y a en outre : 3. la qualité. C'est l'organisation (bon design, rationalisation correcte des étapes de travail) et le management (pratiques motivationnelles) qui font que l'on comble l'écart constant entre les attentes d'un client, d'une personne ou d'une institution qui attend de nous un plus, une valeur ajoutée (dans le système d'affaires, il y a là le collaborateur interne, le client final, le réseau commercial, les journalistes, les prescripteurs, les collectivités locales, etc.), et les réalisations-terrain (les chiffres de l'entreprise, la satisfaction de ces mêmes clients). La qualité prend soin des clés du succès, considérées comme un faisceau de compléments mutuels. Tout cela participe de l'excellence. De la bonne gouvernance. Du pilotage. Pour peu qu'on ait des objectifs, des envies, une éthique, des moyens de mesurer les résultats (tableaux de bord).
[2] Faisons-nous plaisir... Valeur du service rendu (Serv) + Image de marque (Img) = Valeur ajoutée (VA). Jusque là, tout va bien. Or, VA + Satisfaction (S) de l'entreprise S(ent) et des clients S(cl) = Performance = P. C'est facile. Comme P = S(ent + cl) et comme P augmente au moyen des tableaux de bord (TdB), on se retrouve, pour tout [X] figurant une augmentation, avec : S(ent + cl) x TdB = P + [X]. La performance augmente, et à travers elle la satisfaction des clients internes et externes, plus la perception du service rendu, plus l'image de marque de l'entreprise responsable.
[4] Je parle là de choses de base. Un troisième axe consisterait à évaluer le facteur barrier et le facteur brand (revoir les 2B).
[5] Je recommande ici la rédaction, façon objectifs-minute, de lettres de mission personnelles. C'est mieux pour les territoires, c'est mieux pour travailler (intelligemment) sur des objectifs. Donc manager (discerner, interagir, encourager).
[ Ce syndrome du marteau, il faut le regarder sérieusement : il peut être (il est) synonyme de stress - Quand j'ignore ce que je dois faire, dans le doute (un doute coûteux en énergie et en résultats finaux), je m'agite et je manipule et je cogite | un bon manager sait motiver, certes, il sait aussi apporter la concorde, l'ambiance de travail, l'évaluation sereine, la régulation, la paix ] Read More
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« Trois trucs »
Une personne qui m'est chère conduit sa voiture. Je suis assis à côté. Concentrée sur la route, les yeux plissés, elle me dit :
- Mmh, vas-y répète : c'est quoi les critères du bon manager ?
- Essentiellement trois trucs. Est-ce que ton manager est 1. moral, exemplaire dans son comportement et impartial avec ses employés ? (Est-ce qu'il joue collectif ?) Ensuite [je compte sur mes doigts], 2. est-ce qu'il te félicite à chaque fois que tu réussis quelque chose ou atteins tes objectifs ? (Soyons fous, est-ce qu'il te dit à quel point il est content de bosser avec toi ?) 3. Pour terminer, est-ce qu'il est capable de discerner chez toi la faute, délibérée donc sanctionnable, de l'erreur, involontaire et que tu peux donc pallier avec un simple entraînement ?
- Attends, me répond la personne. Tu me demandes si mon boss est exemplaire, s'il a le courage (les c...) pour féliciter ce que je réussis. Et puis s'il module la pression qu'il me colle et sait voir en moi ce qui mérite d'être amélioré, poussé, encouragé ?
- C'est ça, réponds-je, les yeux braqués sur la file de voitures.
- Ok. Alors, premier élément, de 0 à 10, 0. Deuxième élément, 0 aussi. Et troisièmement, ben, 0.
- Tu te sens motivée ?
- De 0 à 10 ?
- Par exemple.
- 0. Je reste pour la paie...
- (Soupir.) Il y a là aussi trois trucs, qu'on voit souvent. Beaucoup de managers le deviennent [*] parce qu'ils sont, à la base, de bons vendeurs. Leur hiérarchie les récompense. Ou alors ils sont anciens, ils obtiennent de l'avancement. Ou alors ils sont intrigants et leur hiérarchie promeut un ami, qui - en plus - sait montrer du tempérament (sait jouer des coudes, plutôt).
- Dans le cas de mon boss, je note de 0 à 10, là ?
- Laisse tomber. J'ai une « vague idée ».
- Tu m'étonnes !
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[*] La plupart des entreprises pensent que quelqu'un de bon (ou de capable, ou de déterminé - certains appellent ça motivé), bref qu'il suffit de quelqu'un d'un peu volontaire (ou qui connaît bien les us et coutumes du client ou de la « maison ») pour manager. Ce qui ressort des constats-terrain, c'est que le manager manque de formation : on le bombarde là, comme au combat. Et il vit la pression de sa ligne hiérarchique exactement comme il le faisait avant, comme subordonné. Il la subit. Donc il la répercute. Et en faisant ça, il stresse à haut niveau, donc se rigidifie. Ou, pire, il lâche tout (Débrouillez-vous entre vous - il existe une foule de scénarios de ce type). Revoir les drivers.
[ Il existe plein d'entrées possibles dans la galaxie du management, que ce soit en général ou en particulier. 1. Le leadership (gouvernance, soit autorité et modes de commandement opportuns), 2. la capacité à incarner, expliquer et entraîner le changement (influencer, faire envie, rassurer, garder le cap), 3. la compréhension des rapports de force (séduction, sujétion, coopérations conditionnelles) et enfin 4. le charisme (confiance en soi, complicité, foi aux autres, optimisme). Tout ça brûle de vérité. Mais pour les collaborateurs, le chef c'est avant tout celui qui motive et donne envie de sa bagarrer tous les jours, pour une cause (fût-elle égoïste) | le manager est avant tout un motivateur ]
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L'aventure intérieure
Les préférences cérébrales. Hémisphère gauche ou hémisphère droit. Les qualités d'un bord ou plutôt de l'autre, par exemple l'esprit d'analyse [1], opposé par la culture occidentale classique à son pendant, l'esprit de synthèse. Vastes champs de l'esprit, que l'expérimentation approche massivement dès l'Après-guerre (psychologie, informatique, cybernétique, etc.). Le cerveau, il faut le dire, est - par son dialogue continu entre les différentes zones qui le composent [2] -, en clair, le cerveau est une filière d'efficience (la principale), tant dans la vie de tous les jours que pour les défis collectifs. Tendances cérébrales, chemins de frayage, compétences ou angles spécifiques d'édification... Le thème des pôles de compétence cérébrale, des pôles dédiés, séduit tellement que la PNL, soucieuse de relevés-terrain, s'empare directement du sujet, en étudiant les supercommunicants. Professionnels qui réussissent à influencer, à provoquer le changement, à induire chez eux et chez autrui les pensées et les comportements qui marchent. Les conduites qui solutionnent. Qui ouvrent les perspectives, à partir des qualités d'un émetteur et des aptitudes naturelles d'un récepteur.
Nous sommes dans les années 1970. Par les ouvrages de vulgarisation ou les séminaires de formation, ça rentre dans les conversations : untel est plutôt comme ci, plutôt comme ça. Son esprit, sa façon de voir le monde, a une empreinte, une identité, une couleur (et donc des qualités et des limites propres). Il développe un style, une façon d'être qui découlerait d'un développement de telle ou telle aptitude cérébrale.
Ok.
Rentrons dans les années 2000. Ce que la neurobiologiste américaine Jill Bolte Taylor nous dit des spécialisations cérébrales est époustouflant. Croyez-le ou non, mais ce qu'elle étudie (les processus cérébraux), la vie lui permet de le vivre en direct. Et sur elle. C'est un accident vasculaire cérébral (AVC), affection considérée comme lourde, qui lui permet de ressentir son cerveau, son activité, ses changements. Son accident ? Un champ d'étude à ciel ouvert, qu'elle ressent, questionne, étudie.
Fig. 1 - Conférence : Ce que ça fait d'avoir un AVC
La journaliste Véziane de Vezins lui donne la parole :
« Combien de chercheurs en neurosciences ont l'opportunité de vivre par eux-mêmes un accident vasculaire cérébral ? [...] L'hémisphère droit de notre cerveau est programmé pour le bonheur, la paix, la compassion. [...] La plasticité des neurones donne à chacun la possibilité de “virer à droite” et de choisir la paix et l'amour plutôt que l'affrontement. [...] Le circuit neuronal de la colère est mobilisé durant exactement une minute et demi, après quoi la tension retombe. Libre à nous de ne pas donner suite. »
Ce 10 décembre 1996, à 7 heures du matin, après une terrible douleur derrière l'œil gauche, la scientifique ressent quelque chose d'étrange. « Mon énergie spirituelle, confie-t-elle, flottait en suspension autour de moi, telle une baleine géante dans un océan d'euphorie muette ». Diagnostic : cerveau gauche atteint, c'est donc l'hémisphère droit qui interprète les choses, dans son langage.
Convalescence, volontarisme et amélioration sont au rendez-vous. Enfin.
« Si mon odyssée intérieure m'a appris une chose, indique-t-elle, c'est que la quiétude est à notre portée. Il nous suffit, pour y parvenir, de faire taire la voix de notre hémisphère gauche dominant. »
Fantastique, je disais.
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[1] Il s'agit de l'hémisphère gauche, considéré comme la structure dynamique hébergeant les centres du langage.
[2] Cette conception d'un cerveau porteur de zones « géographiques » spécialisées, et connectées entre elles, relève du localisationnisme. La science actuelle trouve parfois le modèle simpliste et dépassé.
[ Joffrey Bouissac, un aventurier cette fois-ci de l'autisme, également précieux pour comprendre l'esprit humain : son récit | ah, le touchant blog de Julie Gravel-Richard, professeur de littérature classique, atteinte d'une tumeur au cerveau | Jill Bolte Taylor est neurologue - un autre neurologue fameux, Antonio Damasio | revenons-en aux aventuriers de l'intérieur, c'est fou ce talent spéculaire de l'homme, qui peut expérimenter (ressentir, vivre) quelque chose et en même temps interroger le phénomène concerné (dédoublement, effet de miroir, séparation des flux, fixation-étude d'un objet courant) | une idole (étymologiquement une image), c'est la fixation d'un élément que l'on étudie, dont on sort une substance affective et/ou expérimentale, voire qu'on révère, et qui rassure dans sa fixité - c'est le contraire de la vie, du fleuve existentiel remuant, donc surprenant, contraignant, anxiogène | revoir le traitement inquiet (effet de comblement) que l'homme réserve à tout type de terra incognita | parlons de cette aptitude (spéculaire) de fixation symbolique des choses (abstraction, modélisation, étude), je me souviens du photographe Moïse Arbib, qui me disait que l'image avait ce pouvoir de faire naître l'illusion qu'on maîtrise, qu'on fige, qu'on comprend, qu'on possède (c'est la même chose) ; un jour il me montre la photo originale (émouvante) de rabbins du ghetto de Varsovie, étudiant dans une bibliothèque juste avant que les nazis la ravagent (puis il referme le coffre qui la contient, exprès, respectant la volonté de l'homme qui la lui avait confiée) ; il y a dans cette image une lumière, un contraste noir et blanc et une intensité que seule la privation de la voir à nouveau vivifient, rendent à la vie, libèrent - ainsi, finalement, puis-je capter son rythme, son essence, sa puissance et la vérité qui la composent : par l'absence, par le respect, par la compréhension de son impermanence (et là, saisissant qu'elle m'échappe, je la ressens réellement) | Pourquoi les Occidentaux photographient-ils les mandalas de poudre colorée ? Ces figures sont faites pour comprendre la métamorphose, la vie, la mort des choses et leur passage - saisir et vouloir garder, c'est mortifère, disent justement ces mandalas ; surfer sur la folle course du monde, ça c'est intense et porteur | pour celui qui chasse (et ressent en direct ce qui passe), pas besoin, estime Alejandro Jodorowsky, d'encombrants filets, d'intellect et de doctrines étouffant le flux ressenti des choses, donc l'ardeur vitale | le signifiant tue la chose, comme dirait Jacques Lacan (qui pourtant - quoique génial - en tua beaucoup, des choses) | à l'heure actuelle, c'est peut-être Georges Romey qui parle le mieux du nécessaire dialogue entre cerveau gauche et cerveau droit, Animus et Anima (voir théma) | la complexité d'Edgard Morin, l'interdisciplinarité de Boris Cyrulnik, la transversalité d'Edward De Bono et l'approche systémique (tellement simple et naturelle) de Joël de Rosnay sont également dans la mouvance d'une circulation gauche-droite, d'analyse et de saisie d'ensemble à la fois | les deux hémisphères communiquent entre eux au moyen du corps calleux, lire le remarquable (et Toulousain) Bernard Auriol, psychiatre et psychanalyste érudit ]
[ < théma Changement | catégorie Management | archivage automatique du billet sur Edward de Bono et sur la rose de Jodorowsky - cette rose (binôme rose-petite fille) illustre l'importance d'avoir une pensée juste, une pensée consciente : 1. de sa propre subjectivité, 2. des changements d'angle possibles (et profitables), 3. des contraintes (limites) de la perception, 4. de l'évolutivité de l'objet pris en compte, tant dans sa catégorie que dans un ensemble plus grand | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Génération Yes we can
Que d'émotions. Je m'y remets : nous sommes le 4 novembre au soir, c'est la nuit qui conduit au 5. Ma télévision chauffe depuis 2 heures du matin (ma compagne, exténuée, se couche) et les heures et les résultats s'égrènent. Je tiens bon. Tout monte. Vient alors le waouh libérateur (explosif) : 5 heures à la montre et la joie qui envahit tout. Obama triomphe. Il gagne. (Le monde peut respirer.) La Virginie succombe et voilà qu'Obama raffle la mise : moderne, jeune, ouvert, instruit, responsable et porteur d'une force. Tout craque d'un coup, voilà ce que le monde ressent. (Je pleure.) Un métis ! I have a dream a sa réponse : Yes, we can. La preuve !
La preuve, bon sang.
Jesse Jackson, pionnier en droits civiques, est en larmes. Et le monde entier, qui souffle. Une prise de conscience est là. Collective, émerveillée, profonde (changement d'époque [1] et de régime). Mieux qu'une idée, Obama est un fait [2]. Allez, un SMS à mon Américain préféré, Flemming, qui me répond aussitôt : Yay!! Hurrah. Il est 5 h 06.
Le XXIe siècle est là (Ben Laden le confiscateur mord, un moment, la poussière). Et avec le siècle réel, un vent moderne, une porte béante. Un espoir qui fonctionne. Mieux : une grande route qui se déroule et s'anime. Et le regard de tous qui déjà la parcourt.
On y est.
Ce changement émane du cœur, des tripes, du rêve et du sang des peuples. Et peut-être que c'est ça, l'humanité ?
Quelle joie. Et quel bonheur d'être ensemble. (Condamnés à être heureux, seule vraie finalité de la vie.)
Continuons avec Obama. Quel chantier ! Rapports de force. Défis historiques. Irak, Iran, Afghanistan, développement durable, relance de l'économie, relations (par conséquent) avec tous les autres partenaires, Sécurité sociale, instruction publique, tolérance religieuse, ethnique et sexuelle.
Ce 44e président porte un poids : celui des espérances. Celui du monde actuel, qui accouche en permanence.
Je lui souhaite de connaître ses Gleicher et Moscovici sur le bout des doigts. Car la vitesse va compter. La vitesse et les symboles. Les forces d'entraînement. La saisie sur le vif. Le bétonnage. Les poussées et les réalisations, les faits.
Quel boulot !
Tout le monde compte sur l'Europe. Et sur la Chine, en outre.
Moment-clé, où l'inertie est à son paroxysme (homéostasies à l'agonie, donc puissantes à l'excès, rassemblées en un système de maintien des acquis). Les pulsions d'évolution doivent donc aller vite – et rassurer step by step les pulsions de conservation -, ce qui est le point décisif des changements. Le mariage énergétique. Le cocktail dynamique : tout en détermination, tout en écoute. Comme à la guerre.
Jurez-moi que ce mandat va marcher...
Allez, ça fait du bien : God bless America.
Et que le monde prenne conscience de lui-même. Tout est là.
God bless Obama.
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[1] Une époque est une façon de vivre. Une idéologie fonctionnelle, en l'état cohérente, en l'état équilibrée (c'est évidemment provisoire). Il s'agit là d'un conformisme, d'abord enjoué, puis dubitatif et enfin crispé. Intolérant. Un socle d'idées et de perceptions, sur lequel s'entendent tacitement les gens. (Heureusement qu'il y a les Tricksters, les pragmatiques, les humanistes, les fortes têtes !) Cf. la théma sur les paradigmes.
[2] Autant la Libération s'est vécue dans la rue, autant le I have a dream - ici pour les Babyboomers - a pu se ressentir à la télé. De même que le premier pas de l'homme sur la lune. Ou, pour la génération X, la chute du mur de Berlin. Le Yes we can de 2008 prend lui aussi l'humanité en flagrant délit de réussite (la positive flash exposure du management par renforcements, essentiellement humaniste). Lors de ces grands moments collectifs, l'homme se voit en grand. En vrai. En possible. (Ça marque.)
[ Ce XXIe siècle devra construire l'ordre et les institutions - y compris mondiales - qui rythment une vie tolérante, pragmatique, libérale et de long terme, pour tous et pour chacun | il faut sortir de l'idéologie, du repli, de l'angélisme et de la vaine pâture, il faut troquer la façon de penser mécanique et linéaire (industrielle, abstraite, infantile) contre une vision, une réactivité systémique et impliquée (charnelle, vivante, concrète, assumée, responsable) - relire évidemment Gandhi, Martin Luther King, mais aussi Le Macroscope de Joël de Rosnay, Pour une politique de civilisation d'Edgar Morin ou encore l'excellent 80 hommes pour changer le monde de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux (le site, les carnets) | Obama a su rappeler les aspirations et les préoccupations universelles, il a touché une essence, il a su mettre en mouvement un espoir frustré, donc un chapelet d'actions possibles ] Read More
[ < théma Europe | catégorie Économie | archivage automatique du billet sur Jeffrey Madrick, l'homme qui explique si bien l'euphorie morbide du crédit outre-Atlantique | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
La Roumanie, pays depuis 4 ans européen - et dynamique comme la Pologne -, explique Zoom Europa sur Arte, en clair ce petit pays (très) vif connaîtra en 2009 quelque 5 % de croissance économique. Soit plus de 3 fois la moyenne de la zone euro. Raison à ça : la consommation domestique.
Les Roumains rattrapent leur retard, ils remplissent les caddies pour combler la frustration du rationnement passé. Mais une banque française, une grande, se refait une santé là-bas. Question crédit, les 6 ou 7 % qu'elle pratique en France deviennent en local... 20 %.
Et d'une, quelle classe ! (Facturer à Pierre ce que Paul trouve outrageux.) Et de deux, le crédit va surchauffer. (C'est évident.)
Côté banques, les promesses hexagonales, le petit doigt sur la couture, deviennent, sitôt passées les frontières, un sacré doigt sur la gâchette. Tristesse ici ? Haro ailleurs : bang-bang.
Eh oui, tout s'exporte. Même, et surtout, le concept de vente à des clients non-solvables.
La présidence française de l'Europe, pourtant force de proposition, devrait - parmi les Vingt-Sept - protéger les membres les plus récents.
Any reaction?
[ En Roumanie, un fonctionnaire touche 500 € par mois | la Roumanie fait partie de la francophonie | autre sujet, la bulle : elle se déplace sur les marchés à potentiel, en Afrique avec les fruits du sol et du sous-sol, et en Nouvelle Europe pour le crédit, y compris pourri (non-solvable) | effet nuage de sauterelles - Spéculer, c'est rafler une mise et partir vite avant la dégringolade, c'est investir un autre marché juste après et circuler comme ça de marché en marché (on dit que la bulle se déplace) | très loin de l'éthique protestante, tout ça... | je suis revenu en France et, comme à chaque fois, je regarde la télé : Zoom Europa est une excellente émission, mille fois au dessus de ces horribles journaux télévisés à l'étranger, centrés sur les chiens écrasés dans l'Hexagone et dans deux ou trois cantons suisses ]
[ < 1e partie | thémas Psychologie & Intramotivation | catégorie Sc. humaines | this post in English | archivage automatique du billet sur l'audace (confiance en son élan vital), audace qui fait réussir (Terry McGuire) | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]
Provoquer et expérimenter des optimums
Selon le psychologue américain Martin Seligman, « il existerait des qualités personnelles, que l'on peut cultiver, qui favorisent la vie. Mihaly Csikszentmihalyi, professeur au Claremont College (Californie) est l'autre grande figure de la psychologie positive. Avec [...] l'expérience optimale [réalisation d'activités qui engagent l'envie et le talent personnels, nda], la vie passe à un autre niveau. L'aliénation fait place à l'engagement, l'enchantement remplace l'ennui ; le sentiment de résignation est chassé par le sentiment de contrôle. L'énergie psychique n'est pas orientée vers la poursuite de récompenses externes, mais elle est utilisée de façon à favoriser l'épanouissement de soi. »
Achille Weinberg, Sciences humaines - Les Nouvelles Psychologies (hors-série n°3)
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[ Que peut être un optimum ? Une émotion, physiologique ou plus cérébrale (relire Antonio Damasio), qui procure un bien-être authentique. Authentique : 1.a minima en prise avec les besoins de l'espèce (revoir les strokes), 2. encore et surtout capable d'amener l'apaisement (confort) ou la jouissance propre à chaque profil (6 patterns, par exemple en PCM), 3. au maximum capable de conduire le ressenti vers une plénitude différente des projections, de l'inquiétude, des conditionnements, comme quand l'essence est disponible, parfaitement dans l'eccéité, la conscience forte et apaisée, le présent intense et intuitif (ressenti alors comme éternel, véritable, libre des conditionnements ou des ruminations du passé [par ex., effet Zeigarnik] ou des anticipations partielles, pressantes - et forcément bridées - de ce qu'on appelle le futur) | l'authenticité c'est un naturel, un plein vécu de ce centre de la personnalité - inconscient - qui pulse et ressent quelles que soient les animations hydrauliques (systèmes faisant pression les uns sur les autres), combinatoires, synergétiques, telles qu'Animus et Anima, instinct de conservation et poussée d'évolution | le psychothérapeute Alexandro Jodorowsky donne une graduation aux satisfactions (qui s'acheminent - vous allez le voir - vers un bonheur authentique) : 1. satisfactions liées au moi corporel (instincts de survie, auxquels j'ajoute le repos, ce retrait dont parle Eric Berne), et/ou qui dépendent du moi émotionnel (besoin de reconnaissance, d'appartenance, de guidage parental, de sanction ou de cadrage), et/ou qui découlent du moi intellectuel (satisfactions Animus liées au contrôle des idées ou des opinions, à l'orgueil d'avoir des modèles fonctionnels, universalisants), et/ou qui touchent au moi sexuel (conquête, agressivité, séduction, procréation) - relire Cabaret mystique ; 2. celles qui résultent d'un vécu authentique de ces besoins, à l'aune d'une prise de conscience, d'une guérison, d'un moi-parmi-les-autres adulte et assumé (pragmatisme, pleine conscience, compréhension des choses essentielles, plaisir d'être autonome, joie du don gratuit, créativité, libre cours aux puissances de félicité, de naturel, etc.), 3. vient ensuite cette sensation d'éternel présent (Nirvana, ou Pardes, selon des traditions connues), de pleine habitation sur la terre (habitation calme et concernée, libre et concentrée), de plein investissement de la vie, avec cette distance et cette conscience que nous faisons partie d'un tout qui concourt à sa propre félicité, à son propre partage, à sa propre finalité : la vie | un œil attentif verra dans les besoins décrits plus hauts le découpage traditionnel des quatre éléments de la médecine et de la philosophie antiques : Terre, Eau, Air, Feu | un esprit plus contemporain retrouvera là certains des appuis neurologiques de l'Après-Guerre (cerveau et ses régimes reptilien, limbique et cortical, interactifs entre eux) | pour les thérapeutes issus de la mouvance Palo Alto, ce qui compte, c'est la résolution de problèmes : 95 % de la difficulté de (se) soulager provient du mal à dire où est le problème en termes concrets (relire le très terre-à-terre Milton Erickson) ; exit la notion de psychologie positive (qui recherche les invariants du bien-être en général), tout est affaire de cas précis, de situations du quotidien, de choses à résoudre ]
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Tout un courant. Prometteur : en croissance, depuis sûrement une quinzaine d'années. Je veux parler de la psychologie positive. Son objet ? Envisager l'individu comme une machine (un système) à aller bien. Par opposition à l'angle classique, psychopathologique, qui prend le genre humain (et l'étudie) par ses troubles. Ce qui ressemble à la charrue qui grille une politesse aux bœufs.
Chez l'homme, la téléologie (caractérisation des finalités de la vie, de la direction des efforts), en clair la téléologie s'oriente d'elle-même à la hausse : tout pousse l'individu à aller bien. Comme un programme en lui, fondé sur des constantes (les invariants). C'est donc légitime que la psychologie positive cherche à identifier les ressorts positifs. Et les questionne.
Commençons. Et parlons du psychisme versant sombre. On le sait, les bénéfices secondaires sont des installations intermédiaires (parfois durables), où le psychisme tire un suc, profite d'un relatif état de confort. Comme le dit la théorie des jeux, les gains sont optimaux - et c'est agréable - sitôt qu'ils excèdent les efforts demandés (engagés). L'intériorité, et sa formidable économie, peuvent alors « planter les sardines ». S'installer. S'endormir. Et souffrir, quand l'opportunité de rester comme ça se termine - car tout passe. Focalisé sur son acquis, le psychisme peut négliger, auto-censurer, voire nier le désir, cette saine poussée vers la procréation, l'inventivité, l'ethos authentique, la félicité. Ici, l'homéostasie pèse, étouffe et fabrique un ressenti morbide. La transformation, régime intrinsèque de la vie, patine et s'arrête.
Blam.
La téléologie envisage certes cette force (ambiguë) qui trouve les meilleurs compromis, les meilleurs rapports qualité/prix. Car coûteuse est la vie. Et limitée dans le temps.
Bien sûr.
Pour autant, la téléologie fait des visées de long terme, qui transcendent les états de satisfaction intermédiaires. Elle se projette dans une réalisation du potentiel humain. Sur le terme, et au quotidien (eccéité, intensité, joie d'être soi-même, plaisir du vivre-ensemble, disponibilité, profit de ce qui se présente). Tout ça en simultané. Tout ça dans une profondeur du ressenti qui confine à l'éternel présent. (À l'éternité.)
Au bonheur.
Fig 1. - L'homme, une architecture vivante ?
Tout ça pour quoi ? Pour dire que la psychologie positive s'approprie un champ longtemps réservé à la philosophie, à la mystique, aux institutions symboliques et idéologiques (sociales, religieuses, politiques).
Ce champ ? Celui de l'épanouissement. Vaste et profond. Mobile. Paradigmatique au possible (perméable à l'idéologie). Et pourtant vierge et natif : universel. Anthropologique. Au cœur énergétique de l'homme. Certes l'homme est-il singulier. Certes la feuille du chêne - quoiqu'unique - ressemble aux autres feuilles de l'arbre.
Ouais.
Psychologie positive ? Une affaire à suivre...
(Mmh.) Des idées ?
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[ L'excellente contribution de Jean Heutte | la psychologie positive s'intéresse à l'individu qui va bien et - par l'investigation - (re)découvre les vertus qui favorisent un bien-être durable | la téléologie (fait humain, élan vital, aménagement psychique en continu) mêle sûrement les forces d'homéostasie et d'entropie tout autant, sinon plus étroitement, que les pulsions de vie (état d'alerte, voire de conquête et d'épanchement) et les pulsions de mort (relâchement) | pour savoir ce qui va mal, il est intéressant de se demander ce qu'aller bien veut dire (aller bien, par exemple en PCM, c'est obtenir des sensations ciblées) ou, plus prosaïquement, quels sont les besoins humains et comment ils se mélangent (allant à l'infini) dans chaque individu ; de la même manière qu'il y a des milliers de façons pour les mêmes sortes d'atomes de former des combinaisons, réactives et mobiles (complexes) | la psychologie positive ressemble à une anthropologie, elle-même proche de la recherche des besoins (qui définissent une nature) | curieux matérialisme, qui considère l'homme comme une combinaison d'atomes, plus ou moins animés d'un principe de complexification (grotesque, si on en croit Stephen J. Gould et sa mise en valeur des bactéries, stationnaires à l'extrême) - l'homme peut tout autant se vivre comme une flamme, comme une intentionnalité, une Gestalt sensible et poétique (capable de faire des symboles, d'expérimenter des ressentis), une perception en mouvement, une recherche de transcendance, une envie de synthèse totalisante, etc. | trouver un référentiel de ce qui va bien, c'est sortir du regard réducteur (sociocentré) avec lequel on examine ce qui va mal - c'est, encore et surtout, une façon d'utiliser le cerveau dans son plein potentiel, cerveau qui fonctionne avec des affirmations, des choses positives, dites et désignées (et non leur contradiction, leur symétrique, cette apophasie à la petite semaine) | le représentant le plus connu de la psychologie positive est Martin E.P. Seligman, suivi de Mihaly Csikszentmihalyi ; il y a aussi - selon moi - les grands thérapeutes humanistes (optimistes pragmatiques) tels qu'Abraham Maslow, Milton Erickson, Alexandro Jodorowsky, Georges Romey, etc. | Seligman, histoire d'un déclic | le Positive Psychology Center | mmh, les belles photos d'/ivan | Tiens, que pensez-vous de l'écopsychologie ? ]
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C'est comme Maslow (Abraham de son prénom). Laborit (Henri) est le fourre-tout des formateurs. Tout le temps ! On les entend (ou pire, on les lit et re-lit) tout le temps. C'est la solution de facilité, le plon-plon, le ronron, le degré zéro de la formation.
Je m'énerve rarement, mais là j'ai comme une bave aux lèvres. Rouge, mouchetée de vert.
Maslow, je le dis, le répète et le tatoue volontiers sur les fesses des intéressés, Maslow, c'est tout sauf la pyramide. Got it? Ça suffit avec la pyramide ! Où voyez-vous que Maslow, au demeurant bluffant, parle de pyramide ? Pourquoi hiérarchiser quoi que ce soit ? Nostalgie de la pyramide alimentaire ? des âges ? de Khéops ?
Une pyramide ? Un enfant de trois ans sait déjà que l'humain est plus riche et plus désordonné que ça. Notre espèce, en permanence, fait passer des tas d'impératifs avant les autres, quel que soit leur rang. C'est la vie qui veut ça, la contingence, la nécessité quoi. Vous croyez que les patterns marchent comme en informatique ? Le cerveau (pauvre Damasio !), vous le voyez comme une boîte à coucou ?
Fig. 1 - Ce qui ne pue pas rend plus fort
Laborit, maintenant. Que dire ? Ce type est un grand lui aussi, son travail est de qualité... Alors, pourquoi le caricaturer comme un singe ? Pourquoi répéter comme un ris de veau névrosé que l'homme est (oui madame) partisan du moindre effort et se drogue aux sensations de plaisir ? Pourquoi, surtout, penser qu'en conséquence il faut - qui plus est pour des actions de même portée ou de même urgence - faire d'abord les tâches désagréables pour laisser notre inclination naturelle terminer le job plaisant ?
Tout individu normalement constitué (quoique) sait - au travail - qu'Alban conserve son état d'énergie, et se l'auto-entretient voire le développe, en partant de l'agréable (c'est son entame à lui) pour finir sur du dur. Et que Brigitte, au contraire, préfère commencer par l'ingrat, pour s'en débarrasser. (Pour Christophe, c'est encore différent.)
Ben oui : Alban, Brigitte et Christophe - grand scoop devant l'Eternel - sont différents. (Waouw.) Parfois même, ils sont opposés. (Re-waouw.) Ils carburent à un mélange individuel, qu'il va falloir analyser. Eh ouais.
Fini, les modules tout prêts. Les prêt-à-penser, les trucs à repomper.
Le groupe - Archétype vivant, aberrations morbides
Le choc. Thermiquement, c'est - cet automne - ce que ressent Germaine du Burkina Faso, en stage chez mon père. Bonne francophone, elle apprend les techniques pédagogiques d'ici (réseau Asti), pour enrichir sa pratique de future enseignante (notamment au Bangr Zaandé). L'alphabétisation, ici et de retour là-bas, voilà ce qui l'anime. Elle se donne les moyens.
Le choc. C'est aussi Rabiou qui l'évoque. Animateur-conteur d'exception (origine Niger), Rabiou me dit que les Africains qui arrivent chez nous sont médusés, cette fois-ci moralement. Estomaqués. Ce qui les frappe, c'est deux choses : 1. l'individualisme à tout crin, 2. la façon dont on traite nos vieux.
Le premier cas est commenté, connu et reconnu, y compris de nous-mêmes. La recherche légitime d'autonomie individuelle (consubstantielle à notre idée de liberté), bref la démarche de prendre en main nos désirs, nos projets, nos besoins (et d'attendre que l'État nous y aide), tout ça c'est occidental. Pour le meilleur (sentiment d'épanouissement, liberté de conscience, possibilité d'entreprendre et de décider des choses). Pour le pire aussi : le socius se distand. Le tissu collectif se tiraille et s'agite (chacun pour sa pomme, cf. vaine pâture). Le lien collectif (les Américains appellent ça la communauté), le souci du vivre-ensemble et du bien répartir, s'établit mal. Témoin, le mal - dès l'école - à travailler en groupe, à générer le leadership (virtu de Machiavel, force Animus en psychologie des profondeurs). Mollesse à concevoir des visées collectives de qualité (concertation, innovations, benchmarking), à s'entraider, à persévérer, à animer (cf. dynamique de groupe), à pousser pour quelque chose qui nous transcende. Ou, plus prosaïquement, qui touche nos proches. Et dans le même temps nous-mêmes, individus. En clair, tout un chacun ; tout le monde - ou presque - à la fois.
Le deuxième élément, c'est ce qui plombe nos groupes sociaux et familiaux. Rabiou me dit qu'un vieux, c'est une source de connaissances. L'ancien sait beaucoup de choses. Détaché, centré sur l'essentiel, il enseigne en profondeur et canalise l'élan vital des jeunes (la libido). Il aide à être. Il guide, il éduque, il élève. Il inspire (le rôle coercitif revient aux parents). Il s'implique et - mieux - figure d'emblée comme le moteur de progrès du monde. De toute éternité, vieillir c'est bien : c'est utile à la communauté.
Mais quand il y a communauté, il y a devoirs. Les Africains s'appliquent fréquemment le droit d'aînesse, le respect des conventions, les traditions. De sorte que les tissus tiennent (et parfois en dépit des famines), mais à des prix individuels élevés : gros efforts pour tenir un ensemble (cf. le coût d'une homéostasie).
Je pense à cette histoire de trajectoire personnelle. Et de façon d'être au monde (ethos).
L'émission sur Arte d'hier, Terminus Auschwitz, aborde la responsabilité, pendant énergétique de la liberté. La relation est étroite entre collectivité (dans l'émission, les institutions, les machines à produire) et individualité (ressorts personnels, conscience et décisions).
Système contigu.
Fig. 1 - Photo d'Eschipul @ Flickr.com
Je parlais de socius, de tissu vivant (complexus). Or, l'institution, c'est vraiment tout autre chose. Parlons-en : c'est la version cristalline et figée des choses. Version morte. Pâle avatar, porteur de raideurs. De pesanteurs. Exit les forces vitales, l'envie de félicité (participativité - cf. Rensis Likert ; innovation, dynamisme, entraide). L'institution ? L'émission d'hier la désigne : chemins de fer en Europe continentale, SNCF des pays occupés. Dans les années 1940, ces Leviathan bureaucratiques reçoivent l'argent des nazis (volé aux juifs), pour acheminer les victimes vers les camps. Comme une machine huilée. Gares de tri. Montant perçu ? En Slovaquie, chaque déporté rapporte à la compagnie nationale un montant de 4,80 couronnes. Juteux business, acheminant des dizaines et des centaines de milliers de morts en sursis. (Comptez.)
La responsabilité individuelle ? Diluée. Anesthésiée, répartie entre tous ou plutôt portée par l'institution, ce grand signifiant mou. Le cheminot ferme la porte des wagons à bestiaux. Le cadre facilite le travail. À très grande échelle, avec les moyens organisationnels (très techniques) d'individus du XXe siècle. Il faut attendre quinze ans après la Shoa pour que le psychologue Stanley Milgram (1933-1984) décrypte cette horrible propension qu'ont les humains à obéir au premier crétin venu. Dangereux (comme les nazis) ou juste institutionnel (professeur en blouse blanche).
L'institution démultiplie l'efficience (force de travail finalisée, optimisée, génératrice de synergies). En même temps, elle disperse la responsabilité, donc la prise en compte des conséquences, la projection personnelle. La décision, le cœur.
Elle désengage. Elle donne une bonne conscience.
Principe de réalité oblige, le groupe réconforte et stimule. L'institution ? Elle infantilise.
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Pff de Scéchenyi. Ces bains urbains budapestois mélangent eau qui brûle et coulis glacés, calme et culte du corps. Là-bas (je suis revenu en France), c'est paisible et violent : intense. L'eau vous parle. Tout s'y passe. Statues de marbre veiné, merveilles charnelles, pénétration de l'eau dans l'inconscient. Présence d'étoiles psychiques (si !) dans le revers de ce micro-Danube, sombre et ardent-mouillé. Sauvage et lisse. Ouais : clair et massif, retroussé, vif et fou. Mon corps s'endort là-bas. Ma tête coule. Une statue me pulse de l'eau sur l'arrière du crâne. Je souffle. Pff, je disais. Et tout ça pour parler de musique. C'est il y a une dizaine de jours. Un morceau de mon cerveau trempe dans cette histoire de Soi, d'être essentiel (cf. psychologie des profondeurs, relire - encore et surtout - Romey et Jodorowsky). Une autre partie médite sur cette histoire de pré-décision. Je suis qui ? j'en suis où ? Une intériorité, si différente des masques (persona de Jung), bref une psyché dialogue, construit, tricote les ponts, forme les synthèses, tend les ligaments, fabrique la vie comme une abeille. La vraie vie. Celle du bien-être. Celle de ce monde et celle de Dieu, celle de l'harmonie gratuite. Du ouaaw-pourquoi ? Du ouaww-parce que la vie est comme ça : une concentration d'elle-même, une procréation, un pff gratuit (l'amour). Un vas-y jouis : finalité de bonheur, d'être responsable, créatif, bien avec les siens. Ouvert aux événements. Sincère. Ouvert aux autres. Et bien dedans : concentré-détaché. Dedans, ouais. Très fort (très bien). Inventif. Disponible.
Les bains, enfants symboliques du Danube, vous disent tout ça. Ou rien que ça : des choses évidentes. Plongez dans cette amniosynthèse adulte, l'eau vous active des choses. Elle vous active, vous.
Fig. 1 - Le jeune Patton m'inspire ce billet
Que m'ont dit les bains ? Musique, ils m'ont dit. Comme un mot-clé, une activité toujours là : un truc à venir. Je dois faire ça. Je viens d'une famille d'agriculteurs catholiques-personnages publics et de protestants-musiciens superbes. Mes nerfs et les cellules de ma plèvre boivent à ces deux sources que j'aime. Chaque homme est une étoile, disait ce passionné de Crowley (pourtant bon poète - pourquoi avoir opposé destin personnel et Grâce et pacte amoureux du Vivant ?). Il est normal que j'aime pousser, résoudre et ressentir. En même temps, si possible. La vie n'a qu'à m'arriver dessus comme un pipeline, les choses s'arrangeront entre elles.
Évidemment la musique.
J'ai toujours voulu ça : je vais faire ça.
Parlons de musique comme moyen d'intramotivation aussi. Bien sûr que la musique (du son de la pluie à l'organisation tellurique d'un quartet), bien sûr que le son de la vie stimule : vous avez vu le nombre de voyageurs coiffés d'un casque iPod ? S'isoler, façon modèle de Hall (cf. besoin culturel de distance, besoin de retrait) ? Oui et non : retrouver des appuis, tout autant. Vraiment. Retrouver force et confiance en soi : dans soi.
La musique est une lave, enfin. Volcan, océan de feu. La musique est printanière, mouillée, juvénile, épaisse. Merci à ma grand-mère, merci - quand j'étais gamin - d'avoir décillé mon cœur. Merci, en outre, à Mike Patton, Amadeus moderne, bonhomme libre et chien-fou sacré.
Homme vermillon.
Son adolescence d'homme de quarante ans recycle mon sang...
God bless.
[ Sources d'inspiration : Robin Rimbaud aka DJ Scanner, époque Spore (son site), Serath 'Skiz' Fernando aka Spectre (fondateur des labels Wordsound et Black Hoodz), Einstürzende Neubauten (période Silence is sexy et Berlin Babylon), dälek & the Oktopus (perles parmi le label de Mike Patton, Ipecac), il y a aussi le grand Richard David James aka Aphex Twin et Natacha Atlas (sensuelle et intemporelle époque de Diaspora) | Bises à Clément, le petit garçon d'Emmanuel et d'Anne, né cette nuit à 2 h 30 | Széchenyi Fürdő, le diaporama | en parlant de pré-décisions et de décisions fermes, je compte organiser une série d'entrevues, de tête-à-têtes calmes ou de formats artistiques pour et avec les personnes que j'ai vexées, négligées, froissées ces dernières années (j'en compte dix ou quinze) - l'idée : demander pardon et comprendre et valoriser les spécificités de ces pas encore-amis, d'une manière polie, personnelle, chaleureuse, constructive, sincère, égalitaire et attentive | Gros challenge ? ] Read More
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Loup !
Le loup. C'est, après le panda (et son ennemi le gros félin), un guide utile : voyons voir ce que l'animal à dents pointues nous dit des émotions, de ce qu'elles apportent, de leur vocation.
Il y a six émotions de base, un détour par le travail du prêtre et psychanalyste Jean Monbourquette nous permet, vous et moi, de voir ce que la dynamique du loup soulève. Gros contenus, juste après.
Bien sûr Antonio Damasio et Edward de Bono rappellent combien les émotions et combien les associations [1] entre idées et volitions (idées différentes, sensations, ressentis), bref ce que ces mélanges spontanés - ou pilotés - provoquent de fort. Pour la science actuelle (cf. cognition), c'est un fait. Le quotidien, par exemple en entreprise, est éloquent : une collaboration entre raison et intuition (entre hémisphères cérébraux) génère synergie, puissance, harmonie, dépassement de soi.
Pragmatisme et créativité sont là. Polyvalence humaine ? Son talent s'exprime à plein.
Dans l'indispensable Apprivoiser son Ombre, Monbourquette raconte cette légende de loup. Il y a un village, il y a saint François d'Assise (1182-1226), il y a ce traumatisme, qui lui fait vite appréhender la souffrance du village. Un loup, voilà ce que balbutient les habitants hagards. Un loup qui dévore, tapi près du village : il prend sa part d'humains, il met en pièces, il terrorise. Que fait saint François ? Prend-il une épée, ou une lance façon saint Georges ? Que nenni, le saint part à la rencontre du loup, le trouve et lui donne ce qui manque le plus aux saisons de misère : de la nourriture. Il rend la bête calme et docile, presqu'utile.
Eh oui.
Les appétits sont des manques : saint François s'adresse à la bête en lui donnant à manger (cf. parallèle avec les strokes). Sa sensibilité naturelle, son empathie, lui permet de comprendre la souffrance. La souffrance ? C'est ce qui tenaille et anime le loup. C'est bien ça : quand une bête réclame son dû, c'est qu'elle rappelle qu'une fonction vitale (épanouissement, écologie), bref qu'une fonction sourde et nécessaire passe à la trappe. Famine, détresse et violence : l'animal, comme dans la lame du Mat, devient instinct mordant la chair. Ce retour - ici animal - du refoulé confirme que : 1. nous avons un corps, une chair parcourue d'instincts, 2. c'est bien elle qui nous rend vivants donc en capacité, donc en mesure de ressentir et d'être heureux (le bonheur, c'est avec et dans le corps, avec et dans le cœur, avec et dans le système nerveux), 3. le corps, temple de l'âme (l'intériorité), se respecte et se bichonne, sachant que c'est ce même lieu, cette même réalité qui fournit l'énergie, la frustration, l'envie d'atteindre d'autres états, d'autres sensations, d'autres apaisements (cf. changement et reconfigurations systémiques). Le corps permet de changer. Sensible, violent, mortel, il rappelle la nécessité de vivre, d'atteindre, d'évoluer. Tout est en mouvement, tout est passager, le corps est un véhicule, profilé pour pousser (cf. pulsions). Le corps, instance hydraulique, sort du confort, le corps rappelle, le corps fait changer.
Comme un loup.
La frustration motive.
Fig. 1 - Le loup inattendu de la belle série Fables,
comics disponible en français
Les besoins ? Des moteurs. Les besoins de la chair sont énergie pure (mise en mouvement). Or l'énergie instinctive engloutit, submerge, anéantit - agent de chaos (cf. Ombre). Ou elle propulse, favorise, fraie ses propres chemins d'évolution - agent d'accomplissement.
Que faire alors ?
Lâcher la bête et attendre bien sagement que la dévastation convoque en retour les pulsions de vie, d'organisation, de civilisation ? C'est coûteux, c'est passif, c'est cynique et c'est lâche. Dégotter un bouc émissaire et convaincre son prédateur d'épargner le village ? C'est affreux, c'est la tendance que le dynamicien de groupe Yves Enrègle relève en entreprise. C'est ce que déplore, en outre, l'anthropologue des civilisations René Girard.
Que faire ?
Apprendre à la bête à sublimer ? à collaborer ? à investir l'énergie autrement ? à construire un Surmoi (idéaux de réalisation, déconnexion des besoins primaires) ? à construire un Moi (projection dans le monde des conséquences, dans le monde des humains, dans le monde du socius) ? C'est utopique. J'ajoute que c'est se bander les yeux face à Milosevic, c'est abandonner Srebrenica en espérant que l'éthique et le droit internationaux vont arrêter les loups de Mladic et Karadzic.
Criminel.
Qui fait l'ange, rappelle Pascal, fait la bête : vouloir moraliser (civiliser) l'animal, c'est ouvrir le champ à la désolation. Seul l'arrête un estomac comblé (le sien propre). Et malheur aux victimes.
Il reste une voie.
Cette voie, c'est celle de l'écoute. Saint François comprend la bête, on l'a vu. C'est la compassion qui veut ça. Et en tant que saint, il la voit comme créature de Dieu, comme utile et comme partie-prenante du Tout. Elle a sa dignité d'agent : ce qui est enfoui, hurlant, brut et cru fait aussi son travail.
Qui écoute la bête alimente son ange. Et augmente sa part d'humain. Les ressentis violents rappellent qu'il faut certes vivre et ressentir pour être heureux (revanche de l'Anima). Ils montrent aussi comment être heureux. Là c'est précieux.
Passons par les émotions (ou affects ou ressentis ou feelings en anglais).
Regardons ça. Un modèle général [2] nous dit qu'il y a :
| la colère,
| la joie,
| le dégoût,
| la peur,
| la tristesse,
| la surprise.
Émotions primaires. Certes leurs effets sont-ils agréables ou non. Durables ou pas. Ils sont dévastateurs ou profitables.
Fig. 2 - Intensité & durée supposées des affects,
en appui sur les travaux de Carroll E. Izard,
Christian Derbaix (modèle Lisa Q) ou encore Michel Tuan Pham (modèle Gaim) -
image (c) Coralie Duval
Un point de vue spirituel se fait jour, qui donne à l'homme une vocation beaucoup plus large que celle de la pure animalité : et si les émotions nous servaient ?
Interroger le pourquoi des émotions, en contournant le cliché évolutionniste, bref donner un sens inédit et moral à tout ça, peut se révéler dur peut-être, passionnant sûrement.
Si tout ou presque a un sens, et si tout ou presque est agent de dépassement, d'évolution, pour soi, pour les autres, pour le tissu dans lequel nous vivons, alors :
| la colère préfigure la reconnaissance et le respect de soi (tempérament, valeurs, priorités), en ça elle annonce le détachement par rapport aux figures parentales (autonomie),
| la joie favorise la spontanéité, l'espièglerie, le naturel,
| le dégoût augmente le discernement, la sagesse, la juste appréciation des choses,
| la peur facilite la prudence, elle mène à la lucidité puis - quand les débouchés sont prometteurs - au courage, à la volonté, à l'audace,
| la tristesse (expérience du deuil) enseigne le lâcher-prise, la réalité de la transformation permanente du monde (vie-mort), et donc - par contraste - la profondeur,
| la surprise, c'est plus compliqué, c'est peut être le maître intérieur (la cohérence de l'inconscient) qui encourage l'offre de soi au monde (confiance, bienveillance, curiosité, concentration, disponibilité pleine).
Quand la sensibilité s'exprime, c'est qu'elle dit qu'il faut la reconnaître, l'écouter, la regarder.
La chérir.
L'énergie de l'émotion sert un dessein spirituel. Comprise et surfée, elle permet de s'accomplir.
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[1] Les volitions, c'est l'ensemble des événements mentaux qui appellent une réaction ou - plus spécifiquement - une décision volontaire. Les bouddhistes regroupent tous ces schèmes nerveux sous l'appellation de sixième sens : un sens de saisie, d'épreuve, de ressenti des choses, internes ou venant de l'extérieur.
[2] Les études les plus connues sur les expressions du visage et l'affect qui les produit proviennent de Paul Ekman, Wallace V. Friesen et Phoebe C. Ellsworth (1972).
[ Damasio décortiqué | si quelque chose ou quelqu'un se sent frustré, il se sent tout de suite mieux si : 1. quelqu'un lui donne de la considération, par exemple en parlant la même langue de perception privilégiée du monde (cf. style ou langue intello-émotionnels), 2. cette personne, avec plus ou moins de délai, lui indique à quelles conditions de réciprocité elle peut collaborer avec lui, si toutefois cette collaboration est agréable ou utile aux deux à la fois (sinon, gare aux déséquilibres de dignité, gare à Karpman) | les émotions primaires, tableau récapitulatif des différents modèles | l'excellent mémoire de Coralie Duval sur le marketing et la réponse émotionnelle | les émotions que les jeunes enfants appréhendent le plus vite et le mieux sont, dans l'ordre : colère, joie, tristesse et peur (théorie de l'esprit, Marcelle Ricard) ] Read More