"Houston, on a un problème." Tout le monde connait cette réplique alarmante du film à succès de Ron Howard. Tout aussi fameux - dans son genre - est Meredith Belbin, docteur en psychologie, sujet de Sa Gracieuse Majesté, jadis consultant pour l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou le ministère américain du Travail. Ses manuels sont des best-sellers planétaires. Son domaine : la dynamique de groupe. C'est ce qui l'amène à se demander comment des sujets brillants (les meilleurs !) peuvent ensemble produire un fiasco de l'ampleur de celui de la mission à la bannière étoilée. Comment peut-on être aussi "pointu" et manquer mourir dans l'espace ?
Une équipe d'experts, tout comme un ordinateur équipé de Windows, peut générer des arrêts critiques. Technicité et crashes brutaux vont ensemble. Pourquoi ? Belbin explique que les géants intellectuels, ultra spécialisés, sont de véritables nains relationnels. Pour eux, le groupe est une gageure. Trop d'égo, trop de débats, trop de technicité les empêchent de coordonner des actions basiques. Un vérouillage surgit.
Comme dans tout syndrome, poursuit Belbin, plusieurs symptomes co-existent : 1) intellectualisme poussé, prolongé de "débats stériles" où chacun s'escrime à "persuader les autres membres d'adopter son propre point de vue", 2) pinaillage égotique, où chacun emploie son talent à "pointer les faiblesses dans l'argumentation de l'autre", 3) incohérence complète des decisions prises en commun (Rensis Likert explique aussi cela), 4) négligence des tâches "urgentes et nécessaires". Le résultat est un "plantage" total, l'inertie poussée à son paroxysme. L'on est très près d'un profil décrit par un autre spécialiste des équipages spatiaux : le génial Taibi Kahler. Sous stress intense, son persévérant, homme de principe, rigide, se bat bec et ongles pour imposer ses vues. Y compris quand les priorités opérationnelles deviennent aiguës.
Je pinaille alors qu'un réservoir d'oxygène explose : voilà toute la mesure du syndrome Apollo. Belbin préconise d'adjoindre aux équipes "cérébrales" des talents davantage orientés "communication". Il faut de tout pour faire une équipe opérante : des intellectuels rigoureux, des hommes d'action énergiques et des personnages empathiques, soucieux de coopérer pour le bien de tous.
Réussir un bon vol spatial, ou tout projet d'excellence, c'est mobiliser toutes les composantes humaines. Tout le prouve : complémentarité rime avec succès.
[ Un peu plus loin avec les team roles de Belbin ]
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