Amdec [ 2e partie > ]
L'Amdec, analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leurs criticités, qu'est-ce que c'est ? Au premier abord, cela ressemble à Amway, spécialité outre-atlantique de vente d'ustentsiles de cuisine. Que nenni ! L'Amdec (Failure Mode Effect Analysis en anglais) est un outil d'identification des risques, au sein d'un processus ou d'un système. Exemple : la fabrication d'un ordinateur ou bien... la vie d'une institution au grand complet. Au secours, de quels risques s'agit-il ? Eh bien, de tous, potentiellement : matériels, financiers, humains, etc. Un homme averti en vaut deux. D'où la nécessité de maîtriser ce qui menace votre quiétude. Par exemple : ' réceptionner des matières premières abimées ' ou bien ' provoquer une grève '. Gageons que cet outil fera aussi chic dans vos échanges qu'une bonne dinde sur la table de Noël.
Partons en Suisse, au pays des gens z'érieux. Didier Buchs et son élève Abdel Besrour, respectivement docteur et doctorant en informatique, nous apprennent - dans une communication éditée sous la bannière de l'Institut de Suisse fédérale pour la technologie - que l'Amdec fait partie des outils inductifs de gestion des risques. Comprenez que l'observation des faits - par son biais - permet de construire une origine, en amont. Ce qui permet donc, après description des problèmes - et ' réduction ' de l'ensemble en plein de petites tranches de saucisson - de ' remonter ' à la cause des dysfonctions. Ou plus exactement aux causes, puisque l'Amdec liste toutes les causes de défaillance possibles.
Petite pause. Retour en France, dans le Nord très exactement, où l'ingénieur qualité Charles Dart nous rappelle que l'Amdec est issu des cellules grises d'une armée américaine surchauffée, soucieuse de génie industriel en pleine Guerre froide. L'on comprend que cet outil de performance améliore la compétitivité (Da ! Da! semblent confirmer les Soviétiques). Passons maintenant par Albi - nettement plus au sud - où l'ingénieur en matériaux Olivier Albenge nous dresse le mode opératoire conditionnant l'Amdec :
1. Bien connaître le système et son environnement [ ndlr - la base ! ] ;
2. déterminer comment et à quelle fin l'Amdec sera exploité et définir les moyens nécessaires, l'organisation et les responsabilités associées [ prudence et prévoyance ] ;
3. identifier les causes des ' modes de défaillance '. Votre serviteur intervient pour vous rappeler combien l'outil 5M, voire 7 ou 9M, peut être utile aux ' coupeurs de cheveux en quatre ', analystes de l'activité de l'entreprise. Par extrapolation, envisager les éléments immédiatement liés au processus étudié (causes locales), puis de proche en proche, pense l'ingénieur fort à propos, les entités plus détachées (causes de zone) pour parvenir - enfin - aux macro-causes touchant le système et son environnement (causes globales). [ Peut-être une bonne cartographie mentale vous aidera-t-elle à envisager toutes les fonctions à problèmes, même si - dans la réalité - je vous recommande plutôt la démarche Post-it, vous savez, les papillons qui permettent de réfléchir chacun de son côté et de mettre ensuite en commun tous les facteurs identifiés ] ;
4. votre serviteur conserve la main - créer des critères intelligents d'analyse de problèmes. Généralement, trois suffisent. Il y a classiquement :
° 4.1. la gravité du problème, c'est-à-dire le coût technique, financier, stratégique (image, alliances), psychologique, social et sanitaire auquel vous faites face si le malheur se produit (ex. : un crash d'avion vaut... le maximum),
° 4.2. la fréquence soit la probabilité que ledit événement se produise sur une période donnée, généralement le long terme (tout un exercice économique, la durée totale d'utilisation du produit...),
°° 4.2.1. à quoi personnellement je rajoute un critère fragilisation-reconduction, soit cette fâcheuse tendance qu'ont certains désagréments à se produire quatre ou cinq fois d'affilée sitôt qu'une première entame sape le terrain durablement. Comme par exemple ' se faire une entorse du genou en portant les ramettes de papier ', même peu probable, qui comporte un indice de fragilisation-reconduction important : il suffit d'une fois et d'une seule pour favoriser de nouvelles entorses,
° 4.3. la non-détection - le coût total de la chose si j'ignore qu'elle existe (songeons à la fuite d'eau très discrète, dans un mur, le résultat vous parle tout de suite clairement quand les murs s'effritent sur votre tête) ;
5. toujours la main - calculer pour chaque phase ou élément étudié le score obtenu. C'est la criticité, notée C, qui engage des nombres si possible entiers (sauf probabilités fines), selon une échelle que vous fixez, un peu comme la magnitude de Richter, mais sur 100. Ex., là c'est sur 10 : ' approvisionnement touché par la contrefaçon ' | fréquence F = 1 | gravité G = 6 | coût de non-détection ND = 7 | fragilisation-reconduction FR = 5 ;
6. un conseil, pour que certains critères ' ressortent ' mieux dans les colonnes de vos tableaux, quand vous listerez - par exemple - ' approvisionnement... ', ' enregistrement... ' ' stockage... ', bref les activités ou processus potentiellement à problème, je vous recommande de les agréger, c'est-à-dire de les ' augmenter ' en les multipliant par un coefficient (ex. : de 1 à 4). Le grand béneficiaire de cet agrégat étant communément la gravité, qui doit automatiquement ' ressortir ' dans les colonnes. Dans notre exemple, C (' approvisionnement...') = F x FR x ND x G x 2 = 1 x 5 x 7 x (6 x 2) = 420. Ce qui est peut-être peu ou beaucoup par rapport à un 500 ou un 260. Voilà qui s'appelle du scoring (notation), naturellement, il y a d'autres modes de scoring, vous êtes parfaitement libre de choisir celui qui vous parait le plus pertinent ;
7. distinguer les modes de défaillance - caractérisés par C - selon leur niveau de criticité, dixit Olivier Albenge, c'est la sectorisation cognitive, qui regoupe visuellement les choses dramatiques, les tracas moyens et les pécadilles ; faites-en par exemple une matrice à trois entrées (vermeil, rouge, orange) puis attachez-vous à traiter les 20/80 de Vilfredo Pareto), soit les 20% de cochonneries qui génèrent 80% de troubles (20% en termes de scoring, soit par exemple 2 000 et quelques sur 10 000 points calculés).
Allez, un résumé visuel :
(c) Cyber.UHP-Nancy.fr
Prochain post ? Plus léger, promis. Peut-être les enjeux psychosociaux des lutins fabricants de jouets...
[ Un aperçu avec le cabinet Euro-symbiose | l'excellent portail Performance-Bretagne.net | fiche méthodologique du sanctuaire électronique de la qualité, Allquality.org | très clair, le FMEA (en) | la meilleure ressource sur l'Amdec, peut-être, grâce à Bertrand Faucher et Pierre-Olivier Rieu, élèves ingénieurs à l'Ecole nationale des ponts-et-chaussées, ici ]
|
|