L'entreprise névrosée - 1e partie [ 2e partie - Les mythes, jonction du collectif et de l'individuel >> ]
Y'a d'la joie, disait l'autre. Eh bien, ça dépend, je lui réponds. Particulièrement dans l'entreprise, où tout se joue. Tout ? Un tiers de notre temps [1], égrenne l'horloge. Et même plus que ça, renchérit le tableau de bord - s'il existe - de l'énergie humaine dépensée sur le lieu de travail. Qu'on se le dise : l'entreprise n'est pas le lieu idéal où se procurer des strokes [2]. Loin s'en faut. Pis : elle fait le lit de la névrose, cette méchante affection qui prend racine dans l'inconscient. Quel inconscient ? Celui des gens ou celui... de l'entreprise ? Les deux, mon capitaine [3]. C'est même l'éminent docteur Freud - puisque je ne dors pas et qu'il faut bien faire quelque chose - qui va nous guider [4]. Unglaublich! La bonne nouvelle, c'est que j'avais envie d'écrire là-dessus depuis longtemps. (L'autre bonne nouvelle, c'est que le sujet est tellement riche que j'anticipe allégrement, indiquant d'ores et déjà qu'il y aura d'autres parties.) Coiffez-vous bien de vos entonnoirs, les cocos. On y va.
Pour Sigmund Freud (1856-1939), rappellent les docteurs Lyonel et Jacqueline Rossant, les névroses représentent une expression de l'inconscient. Selon lui - Freud -, c'est l'angoisse qui constitue le véritable moteur des névroses. Cela veut dire qu'un sentiment de tension intérieure, dû à des facteurs psychiques, peut nous empoisonner la vie, que nous le voulions ou pas. Là où il devrait y avoir repos, sécurité, sérénité, il y a comme un malaise. Un conflit à l'intérieur de nous allume un feu sournois, consommateur d'énergie. Ce conflit-là, c'est celui de tout un chacun : il y a - hélas - incompatibilité entre principe de plaisir et principe de réalité. La réalité de notre monde nous empêche de réaliser ce vers quoi nos tendances brutes nous poussent. L'homme est un être d'apprentissage : il se contient toute la journée. Sa limite ? Celle qui s'impose à lui, de fait [5]. Et qui provient du groupe [6].
Mais comment le groupe imposerait-il une limite ? L'on dit bien que l'union - promesse de réalisations superbes - fait la force, n'est-ce pas ? Ce qui est vrai, particulièrement dans la dynamique de groupe. Bien canalisée [7]. Mais pour maintenir sa forme (homéostasie), le groupe est prêt à tout : émettre des interdits, préserver les acquis, freiner les changements. Le groupe a horreur de l'inconnu : ça l'angoisse. Aussi le collectif agit-il comme s'il avait son propre inconscient, sa logique interne [8]. La norme est la mesure qui permet de faire un tri : la règle (plus ou moins opaque) tombe comme un couperet. Feront partie du groupe seulement ceux qui se conforment à ladite règle. Les autres n'ont d'horizon que la marginalité. Ou l'affiliation à d'autres groupes...
Voilà que je m'endors sur place : bonne nuit à chacun(e) d'entre vous !
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[1] Je parle ici de la période travaillée, dans une vie (voir également ceci).
[2] Stimulations interpersonnelles, aussi vitales peut-être que l'oxygène (cf. notamment Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives).
[3] D'industrie ou non.
[4] Parions qu'il réussira même à m'endormir, avec son accent autrichien et ses volutes hypnotiques de havane.
[5] C'est la contingence, servie - entre autres - par une célèbre théorie de management : ValueBasedManagement.net [En].
[6] Séparateur et intégrateur à la fois. Un beau paradoxe.
[7] Voir également ici et dans la barre latérale ~ Gr. dynamics [En] & Dynamique de groupe [Fr].
[8] Ici, encore une fois, la figure du psychologue Kurt Lewin (1890-1947) s'impose : la gestalt a tout son sens.
[ Image Arkea.com | le premier qui m'appelle Lyonel, je communique son adresse à Lutte ouvrière ou aux Témoins de Jéhovah, pigé ? | tableaux de bord | barre latérale ~ Psychosocio. et Management [En] ou [Fr] | motivation ]
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