Avertissement : les interventions de mon interlocuteur sont fondées sur le programme écrit du module de management de la prestigieuse AirBusiness Academy. Je vous encourage, naturellement, à le consulter [En]. Par ailleurs, les notes et remarques que j'articule autour de son propos sont de mon fait exclusif. Excellente lecture à vous.
[ << 1e partie ] Carotte et bâton - 2e partie
Aujourd'hui, ce n'est pas moi qui écris (je commente seulement). Je me laisse porter par quelqu'un qui est en prise particulièrement étroite avec le management : la qualité de cet article n'en sera que plus assise. J'accueille, comme le rugirait Thierry Ardisson, monsieur Bruno Kahne. Les lecteurs d'Absara.com le connaissent déjà : il est responsable d'une grosse unité de formation en performance humaine. Son quartier général ? AirBusiness Academy, centre de formation voué au personnel et aux parties-prenantes d'Airbus. Alors, le management, ça se 'fabrique' plutôt avec une carotte ou avec un bâton ?
Le management collectif [1] à succès, estime Bruno Kahne, repose sur la capacité à construire, au sein d'un cadre réglementaire connu et accepté de tous, une atmosphère motivante, dans laquelle l'autorité peut - tout à fait - avoir un sens. Qu'est-ce à dire ? Décortiquons cela ensemble.
La mission numéro un d'un manager, prévient l'expert en management, est de garantir un climat sûr [2], capable de susciter confiance, communication, créativité et prise calculée de risques. L'idée, pour un collaborateur fraîchement embauché, étant - par exemple - de se sentir suffisamment en confiance (cf. deuxième étage de la pyramide de Maslow) pour se saisir de ses nouvelles tâches. Logique : je m'investis à un niveau supérieur d'énergie si et seulement si mes besoins de base sont garantis [3].
Ensuite, le manager doit être une véritable locomotive. A travers la permanente montée en charge du travail, du stress, des délais écourtés, des défis et des doutes, tout collaborateur perd son énergie. Notre consultant en performance humaine rappelle à quel point le manager est une batterie électrique. Un mobilisateur [4] de vitalité, à même de 'contaminer' tout le groupe.
Le troisième impératif du manager est d'ouvrir constamment de nouvelles perspectives, d'amener de nouvelles conquêtes, de nouvelles découvertes. Le but du travail : s'approprier de nouveaux angles mentaux. Un individu qui ne progresse pas, résume Bruno Kahne, régresse automatiquement. Tâche au manager de hisser le collectif au-dessus de lui-même. Le moteur du groupe ? L'amélioration continue. Carotte pour certains (cf. le Travaillomane de Taibi Kahler ou le Numéro un de l'Ennéagramme). Et bâton pour d'autres, plus placides. Tout est affaire de motivations internes : c'est - entre autres - la valence (valeur subjective accordée à un phénomène ou une tendance) qui parle le mieux de ce qui, intrinsèquement, motive les gens.
Revenons-en à cette histoire d'autorité.
Bruno Kahne est clair : la mission d'un manager (appelons cela un art) consiste également à tout déployer pour sanctionner sans agression, sans condamner, tout collaborateur qui - pour une mauvaise raison - outrepasserait les règles. Ce qui revient à créer les conditions d'un milieu serein, donc profitable à tous. Le réglement se fait garde-fou. La structure préserve l'harmonie du chaos de la discorde. Objectif : remplacer le leadership spontané par une vraie politique crédible, saine et équitable (cf. promotion au mérite, notamment) [5].
Reprenons - Ce qui fait les qualités les plus évidentes du manager :
1. l'apaisement du cadre de travail,
2. l'épanchement d'énergie,
3. la volonté d'améliorer les choses en continu,
4. l'arbitrage impartial, à visée d'équité, de cohésion.
Voilà une vision volontariste du management : je souscris pleinement, point par point.
Prenez tous soin de vous - Excellent week-end !
__
[1] Par opposition à la relation, si particulière, que l'on trouve dans le coaching.
[2] De même que la nature a horreur du vide, le groupe a horreur des surprises, qu'il envisage toujours comme mauvaises.
[3] Une métaphore : je monte sitôt que les barreaux inférieurs de l'échelle sont solides.
[4] Voir ici le parallèle avec les types d'orateurs, d'après la spécialiste américaine en prise de parole LeeAundra Temescu. Par ailleurs, la mobilisation est un des concepts mis en lumière par le très accessible Yves Enrègle, en dynamique de groupe.
[5] Consulter, en symétrique, Le Petit Démotivateur en dix points.
[ Image (c) Michielb.nl | Airbus, bref historique | en général : parties-prenantes et valeur ]
|
|