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J'allais presque oublier :
15. Quand vous licenciez quelqu'un, si posible devant tout le monde, arrangez-vous pour qu'il n'ait pas son mot à dire. Ca cloue le bec. Et puis sans cela, vous seriez obligé(e) de repenser la chose en termes de multiplicité des points de vue. Hmm, un truc de mauviettes. En management, il y a une seule vérité : la vôtre. Qui doit - cela va de soi - être monolithique, figée, imposée, enfoncée. Et puis, si possible évitez de donner au licencié les raisons du retour-à-la-case-départ. C'est mieux : ainsi a-t-il tout le loisir de dire, la boule aux tripes : Voyons, où est-ce que ça a planté ? De jolis moments d'introspection : c'est toujours ça de pris. Mais j'ai encore mieux ! Arrangez-vous pour faire exprimer le motif (si posible un prétexte à la noix) par quelqu'un d'autre : c'est répété, amplifié, tordu à souhait. De plus, cela donne un bel os à ronger : quoi de mieux, pour un sous-fifre (et tous les autres à l'affût), que d'annoncer - avec le sourire - une si jolie vacherie ? Cela détourne l'attention des problèmes au moins pour... une semaine. Comme dit plus haut, c'est toujours ça de pris. Laissez-moi vous féliciter, vous frôlez la perfection.
16. Naturellement, une fois le bouc émissaire mis à la porte, organisez une grand' messe où vous conviez tout le monde. Là, vous pendrez soin de brûler au lance-flammes sa sale petite effigie en carton-pâte. Comme dans 1984, il faudra bien veiller à ce que tout le monde vide son sac, crache sa haine, voire en rajoute un peu. C'est du lynchage, bon sang : il faut que ça ait l'air vrai ! La bonne nouvelle ? Le coupable désigné n'est pas là pour se défendre. La mauvaise ? Il faut déjà penser à trouver un autre bouc émissaire. Mmh, dans les jours qui viennent, tapez sur les nouveaux promus (cf. 14. ) : ça fera plaisir à tout le monde. Et surtout, surtout : laissez tout en l'état. La démotivation se loge dans les replis, les recoins, la poussière, les miasmes et le désordre. C'est bien grâce à vous que cette entreprise est un enfer. Vous êtes du côté obscur : le P'tit D, c'est votre bébé. La souffrance, ça vous connaît [1].
17. Passons maintenant du côté tendances lourdes. Comme vous l'avez saisi, un management de cette 'qualité', ça se travaille depuis le début. Par exemple, en tout début d'activité, décrétez que tout le monde aura une prime. Et cherchez à conditionner cette prime à... n'importe quoi. Arbitraire, restez toujours arbitraire : ça stresse tout le monde [2]. Votre prétexte à la prime ? Le plaisir, l'envie, l'anniversaire du petit dernier. Et là, attention : pour bien démotiver, il faut que tout le monde ait la prime, même - et surtout ! - ceux qui ne la méritent pas, chiffres à l'appui. Et veillez bien à ce que l'on comprenne qu'elle est due à votre humeur et qu'elle ne correspond en rien au travail effectué par les collaborateurs. La cerise sur la pièce-montée, c'est quand vous déciderez - pour une raison tout aussi obscure - de retirer ladite prime (cf. 1.). A tout le monde, bien sûr. Et en priorité à ceux qui ont bien travaillé. C'est un délice. Et je surenchéris : mieux que de retirer une prime, vous savez ce qui existe ? Le fait de geler toute évolution de prime : - Ah, mais vous m'exaspérez avec votre demande de re-calcul de prime. [Marche aussi avec les augmentations de salaire.] Vous avez, depuis quinze ans maintenant, cette magnifique prime liée à votre charge de clientèle. - Mais justement, monsieur. Les collègues, ils disent qu'elle n'est pas juste, cette prime, puisque c'est la même pour tout le monde... - Sortez de ce bureau ! J't'en foutrais moi, du syndicalisme plaintif : allez donc voir chez le concurrent s'il vous donne de jolies primes comme moi, vous verrez bien ! Et là, montrez fermement que toute tentative de discussion est terminée. Le sujet est tabou, vérouillé, proscrit. Attention : terrain miné, même pour les intrépides. C'est vous le patron, non ? Ils l'ont bien mérité, ces petits impertinents. Vous jubilez : ce week-end, c'est double ration champagne-saumon-caviar (vous veillerez, par ailleurs, à faire faxer la note dans votre entreprise, au vu et au su de tous, surtout ces minables au SMIC).
Sauve qui peut ! Il semble que vous deveniez bon.
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[1] La souffrance ? Pff, un truc pour les faibles. Vous - par exemple - vous ne souffrez jamais. En revanche, ceux qui souffrent le méritent toujours.
[2] Pensez, en outre, à bien cultiver votre sens du flou, à l'inverse de ce que pense - par exemple - un spécialiste.
[ Rire un bon coup avec Ubu roi | Le P'tit D, vrai manipulateur ou parfait incompétent ? ]
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