De l'utilité des réseaux, 1e partie [ Remarque éclair, 2e partie >> ]
L'on sait depuis Alexandre le Grand [1] que la promotion, les honneurs et autres percées vers le haut ont une valeur quand elles sont dues au mérite exclusif. Celui qui progresse à la force du poignet, ce self made man si prégnant chez l'Oncle Sam, a la côte. On l'admire. On le pense capable de tout. Et surtout du meilleur. Il a la volonté et la connaissance des échelons successifs, connaissance fort utile pour ensuite manager les différentes strates qui conduisent à son poste. Soit. Est-ce que cette façon de voir, un peu romantique, a des failles ? Oui bien sûr. On peut l'aimer (j'en fais partie) et rester lucide. Le discernement est l'atout principal du conducteur de troupes. Ce qui marche en théorie - et Dieu sait si c'est noble - se heurte à la culture. Manager est un acte inclus dans la culture. Eh oui. On attaque ?
Regardons ensemble. Il y a trois choses. Ou plutôt trois périodes. Souvenons-nous d'une culture passée, où les affaires se faisaient entre initiés. Entre personnes liées. C'est-à-dire, au final, entre petites quantités de gens. L'automobile des années 1920 étaient comme cela : les fabricants s'adressaient à un petit marché, riche à l'époque. Il y eut aussi la télévision : pareil. Ses heureux propriétaires [2] se comptaient, au départ, sur les doigts de la main. Une petite offre, une petite demande. Comment la sphère informationnelle se comportait-elle ? Les uns parlaient aux autres au moyen de publicités ciblées. Il y avait encore peu de 'réclames' : les ressources se cherchaient comme des aiguilles dans des meules de foin. C'était calme : les médias s'invitaient discrètement.
Deuxième temps : une communication de masse. L'offre et la demande se rencontrent comme deux lames de fond. De grands mouvements informationnels, et commerciaux, déplacent des millions de données. Les caractères d'imprimerie donnent le change aux propos radiophoniques, aux blablas numériques, aux saoûleries télévisuelles. Chouette, mais envahissant. Le tri cognitif [3] devient difficile. Beurk devient le râle de l'oie consommatrice, gavée jusqu'au bec.
Troisième temps : les réseaux. Je les place volontairement au bout de la frise chronologique. Il s'agit, pour moi, d'une période où les filtres cognitifs les meilleurs sont mis à contribution. Quels sont les meilleurs moyens de qualifier l'information qui vous intéresse et intéresse votre sphère, votre marché, votre milieu [4] ? Réponse : les gens. Prenez quelques personnes informées, qui - en outre - ont professionnellement intérêt à trier, diffuser, jouir eux-mêmes de l'information qui rapporte. Qui LEUR rapporte. Et qui parallèlement vous rapporte. Ces gens-là sont les parties-prenantes de ce qu'il convient d'appeler un réseau. Pour aller vite et capter l'essentiel, rien de tel que des agents qui travaillent pour vous. Et profitent de la synergie, des échanges et des 'renvois d'ascenseur' qu'une telle alliance procure. Une alliance de fait. Les réseaux sont les instruments de la réussite. Comme je le disais à Jacques Froissant, l'on devrait enseigner cela à l'école. Etre bon, c'est bien. Etre efficace, c'est mieux : d'autres en profitent. Etre efficient (selon un rapport résultat obtenu sur énergie - ou temps - déployés), c'est une clé. C'est LA clé. Vos concurrents n'ont qu'à bien se tenir. Vous devez être capable de donner satisfaction à un réseau. Qui vous le rendra bien. Le carburant du réseau, c'est l'unité de services rendus. Composez-vous un bon réseau, sensible au gagnant-gagnant (c'est le donnant-donnant d'antan). Valorisez ce réseau. La méritocratie a changé de peau, elle est de plus en plus tournée vers la capacité à structurer et faire vivre un réseau. Est méritant celui qui se compose un réseau. Y compris à la force du poignet.
Paradoxal ? Oui et non. Il faut vivre avec son temps.
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[1] Connaître la clé de ses succès militaires, donc humains.
[2] Je rends hommage à l'un de mes arrières grands-pères, avant-gardiste et curieux de tout, qui était le seul de sa petite ville de l'Aveyron à disposer d'un poste de TV. Une sorte d'Age d'or où seule une poignée de gens (ici enthousiaste - et parfois, mais pas toujours, aisée) jouissait des avancées d'une technique.
[3] La cognition, kesako ? Voir ici.
[4] Les milieux sont multiples. Et particulièrement opérants.
[ Sortir du rêve - Certains succès ou échecs dépendent de nous, d'autres pas du tout ]
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