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L'intelligence collective pourraît bien venir... des bêtes
Etre une bécasse, une peau de vache, un requin, un jeune loup malin comme un singe... Les animaux, dans l'entreprise, ne sont pas à la fête. Et pourtant ! Leur meilleur défenseur, l'excellent Boris Cyrulnik, spécialiste des comportements humain et animal, les réhabilite en tant qu'inspirateurs. Il dit même que ce sont eux qui nous ont aidé à forger une humanité sociale. En les admirant, en les domestiquant, nous avons développé ce qui nous rend si spéciaux.
Ah oui ?
Regardez donc les loups. Ils chassent en plaçant sur les flancs les gros individus lourds, capables de terrasser par les dents. Par le milieu, ils font fuser les jeunes intrépides, légers, qui éreintent leurs cibles. Résultat : la trajectoire des proies, d'abord confuse, s'écrase ensuite sur le mur des gros tueurs, par côté (c'est se jeter dans la gueule du loup, commente Cyrulnik). Travail rôdé, intelligence synergétique affirmée, les loups sont des maîtres. Il est évident que les hommes les ont copiés, spécialisant les fonctions selon les talents de chacun (ou les atouts biologiques, concède Cyrulnik). Les butins de chasse ? Partagés en fonction de la vaillance et de la valeur contributive : la hiérarchie est née. Et avec elle, un découpage fonctionnel, qui devient peu à peu social : les statuts se font psycho-symboliques, ils deviennent fonctions de régulation. L'ordre culturel, ainsi que son infinie machine à idées, peuvent émerger. La transmission traditionnelle trace ensuite une multitude de sillons.
Fig. 1 - Boris Cyrulnik sur France 5 (vidéo)
Que dire des rennes, au nord de l'Europe ? Ces cervidés si précieux sont - tenez-vous bien - des amateurs d'urine humaine. Et alors ils suivent les hommes, l'urée représentant pour eux... une friandise. Ils la lèchent. Obligatoirement, une amitié inter-espèces naît : l'homme urine et le renne porte les lourds ballots de l'être qui marche debout. Mais il y a un prix, le renne est impossible à parquer, il faut donc le suivre. Le nomadisme vient de naître. Et avec lui, son luxuriant folklore [1].
Autre exemple ? Le cheval. Originellement chassé, ce merveilleux coureur se laisse monter (avec efforts) et l'homme élargit alors sa vision de l'espace. Tout devient surmontable. Les civilisations (cf. les Mongols, les Scythes ou les Arabes) rendront à l'équidé un fier hommage. Ils parviendront à bousculer les peuples, à s'installer, à dérober des ressources. Et donc à écrire l'histoire antique.
Autre apport du monde animal à nous : les outils. Bien sûr que le martin pêcheur perce l'eau comme un expert, bien sûr que le corps des animaux, si spécialisé [2], forme un arsenal précis. C'est une ressource imaginaire [3] et technique dont l'homme va s'emparer, par la réplication [4]. CQFD : tout devient possible...
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[1] Dévorez donc Arnold van Gennep (folkloriste). Ou le grand Mircea Eliade (surtout ceci).
[2] L'on dit de l'homme qu'il est un excellent généraliste : il sait tout faire correctement. Le poisson, à l'inverse, nage à merveille. Mais s'il s'agit de courir...
[3] A noter que l'anthropologue Gilbert Durand place l'imagination (onirique, artistique, etc.) devant l'inventivité technique. Ce qui, très indirectement, donne une belle étoffe aux célèbres mots d'Antoine Blondin : L'homme descend du songe. Propos en phase avec les découvertes d'un Jeremy Narby plus que fascinant (anthropologue). L'homme est avant tout un être de symboles et d'affectivité. Au fait, le saviez-vous ? René Descartes, champion présumé du cerveau gauche (technique, analytique), était un fervent admirateur des artistes (soulevé par Louis Pauwels et repris, à sa façon, par le bien inégal Henri Pena-Ruiz) : Il peut paraître étonnant que les pensées profondes se rencontrent plutôt dans les écrits des poètes que dans ceux des philosophes. La raison en est que les poètes ont écrit sous l'emprise de l'enthousiasme et de la force de l'imagination. Il y a en nous des semences de science comme en un silex des semences de feu ; les philosophes les extraient par raison, les poètes les arrachent par imagination : elles brillent encore davantage. Outre l'hommage à peine voilé aux alchimistes, extracteurs de principes, Descartes s'abandonne surtout aux joies de ce que Pascal nomme l'esprit de finesse, par opposition à l'esprit de géométrie. Preuve que le cerveau (est-il besoin de le rappeler) fait - et doit faire - les deux (analyse et/ou synthèse, calcul ou jaillissement créatif) à merveille. Cf. théma cerveau. Et détour conseillé par De Vinci.
[4] La mimesis interpelle. Depuis l'anthropologue René Girard, et le rôle civilisateur - fût-il tragique - qu'il lui confère, en passant par le psychologue Jacob Levy Moreno, la capacité de reproduire les choses est un ressort intriguant. Consulter en outre le périple des mèmes.
[ Sur l'entreprise mythique | dynamique de groupe, intelligence collective | sur Cyrulnik, père de la résilience d'expression francophone et de la 'bonne' culpabilité, fruit de l'empathie et racine de la morale | citations de Cyrulnik, via le blogueur Gilles Jobin ]
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