[ << Absara-pop - 1e partie ] Ecrire pour un public - 2e partie [ Information Vs communication... Vs com', point de vue de Dominique Wolton - 3e partie >> ]
Des stagiaires me demandent la différence fondamentale entre le journalisme professionnel (encarté - cf. carte de presse), l'animation écrite d'un blog, l'écriture publicitaire et le journalisme amateur. Mmh, plongeons dans cet univers dense et mouvant.
Parlons d'abord des cibles. Les journalistes, professionnels ou amateurs, ainsi que les animateurs de blog, s'adressent à des citoyens, par exemple identifiés dans une catégorie socioprofessionnelle (les utilisateurs de jeux vidéo, les Américains francophones, les dirigeants de PMI en Alsace). L'on parle alors de lectorat, de lecteurs. Y a-t-il des visées économiques dans cette écriture ? Oui et non. Mais plutôt non. Savoir ce que les lecteurs vont acheter (et en quelles quantités), c'est davantage l'affaire des personnes en charge du marketing ou de la régie publicitaire (qui placent des encarts dans les espaces dédiés). Ils vérifient quel public viser et quels annonceurs démarcher, une fois l'identité (la vocation, la coloration) du support bien établie. J'ajoute que l'impact commercial de tel ou tel élément du journal (économiquement ou politiquement correct), c'est l'affaire des actionnaires, plus rarement du rédacteur en chef et encore moins de celui qui - en bout de chaîne - écrit. Dans un journal, un journaliste garde sa liberté d'opinion, son droit d'écrire ou non quelque chose de complaisant. Une clause de conscience le protège. C'est tout l'esprit des Lumières qui se condense ici, actualisé depuis 1971 par la fameuse Déclaration de Munich. Ecrire est un droit de l'homme. Bien sûr, ce droit fondamental s'accompagne d'obligations (de responsabilités) précises : notamment de respecter la vie privée d'autrui, de prouver ce que l'on dit, d'accorder un solide droit de réponse.
Le blogueur-citoyen est soumis à cela, bien sûr (il touche des gens). Que dire d'autre ? La politique marketing et commerciale de son support est beaucoup plus libre : il se met "la pression" qu'il veut. Tout en garantissant (voir ci-dessus) les droits fondamentaux des gens à qui il s'adresse : ils sont tout autant citoyens que lui. Pour autant, est-ce que son information se doit d'être vérifiée, comme dans la presse encartée ? Bien sûr. Mais dans la pratique, le checking (recoupage a priori systématique dans les grandes rédactions) est beaucoup plus aléatoire. Il est souvent inexistant. Comme dans une partie de la presse amateur, d'ailleurs. Mon avis ? J'adore cette presse, vive et colorée. Elle recèle de vrais talents. Elle est potentiellement fiable. Tout repose sur les qualités de la personne qui écrit.
Parlons maintenant des publirédacteurs, ces professionnels de l'écriture publicitaire. Ils diffusent leurs écrits dans des supports dédiés (plaquettes, catalogues, newsletters à vocation commerciale) ou des media journalistiques classiques. Un Communication ou Communiqué (plus rarement, Publirédactionnel) étiquette alors leur production : c'est la Loi. Le citoyen doit savoir que ce matériel est commercial : en dépit des apparences (ambiguïté volontaire), l'écrit vante beaucoup plus qu'il n'informe. C'est sa raison d'être. Les publirédacteurs obéissent au service du marketing, qui est le centre névralgique de l'activité. Leur travail intègre les connaissances-clients glanées en continu par les études de marché. Le lecteur est une cible. L'impact des écrits se mesure dans des tableaux de bord commerciaux. La performance est ici commerciale, qu'il y ait "efficacité" intellectuelle et artistique... ou non.
Est-ce que tous ces registres de la communication se mêlent ? Parfois. L'on sait très bien qu'un support, quel qu'il soit, tient seulement par la publicité (cf., côté blogs, les régies publicitaires, qui alimentent le fonctionnement de la plateforme technique). Mais c'est la presse classique que l'on fustige dans ce cas-là (un actionnaire gênant vous entrave). C'est pour cela que les organes traditionnels souffrent de discrédit (TNS Sofres, 2004) : on leur reproche leur partialité et leur hypocrisie commerciale. Pour autant, il y a d'excellents journaux classiques.
A l'opposé, il y a des blogs vaseux. Moi, par exemple, je déteste ceux d'experts qui confondent billets d'expression et palmarès des missions remportées. De riches CV, d'accord. D'authentiques tableaux de chasse, très bien. Mais des angles maigres, pédagogiquement pauvres.
Comme Henri Michaux, j'estime que celui qui ne m'apprend rien : zéro !
__
[1] C'est tout le décryptage que fait l'éthique des affaires. Cf. finalité publique ou privée.
[2] Quand une récession frappe une économie nationale, ce sont les journalistes qui en souffrent puisque les annonceurs se raréfient. Les rédactions sont à la peine.
[ La journée mondiale des droits de l'homme, c'est dans deux jours | la société de l'information, bonnes pratiques | aller plus loin (excellent) | blogs et égopromotion | relire Flesch pour savoir si un écrit "fait mouche" | écrire un communiqué de presse ]
|
|