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Alors qu'entre en archives la contribution sur les différences au travail entre générations baby-boom, X et Y, je vous propose de vous replonger dans cette histoire de profils : il y a un panorama des typologies humaines, vous vous souvenez ?
Certes, pour délivrer un sens, la complexité humaine demande bien plus (surtout, bien mieux) que des grilles de profilage. C'est en partie ce qu'illustre le proverbe zen « Quiconque chasse n'a pas besoin de filets ». Être en phase étroite avec les choses et les gens, être « en direct » rend caduque et terne toute idée préconçue, tout théorème.
C'est vrai.
Pour autant, définir et utiliser des typologies comporte un intérêt : celui de scénariser les convergences entre personnes [1], parallèlement aux clashes prévisibles. Envisager ça, à plus ou moins vingt pourcents, c'est précieux. Peu de dirigeants le font alors que le même raisonnement trouve pleine faveur eu égard aux machines ou aux processus [2]. Je le répète : une activité économique est une histoire de séduction, d'affinités, de confiance, de rapports de force et de territoires, d'attribution des fortunes et des revers. Le fait humain, éminemment dynamique, détermine tout. Ou presque.
Je vous emmène aujourd'hui aux Pays-Bas [3], à Breda. Le cabinet Talent8-Online Talent Manager nous y présente son Octogramme (octo : huit ; gramme : dessin). Il s'agit d'une toile d'araignée à huit côtés. Je vous la décris par étapes.
1. Robert E. Quinn et John Rohrbaugh (1983), certainement influencés par Carl Jung [4], déterminent deux axes par paires, dessinant quatre quadrants :
2. Quinn finit par les expliciter : Flexibilité et Centration interne (internalité) concernent le vivre-ensemble ainsi que sa vie propre et ses règles [5] ; Flexibilité et Facteur externe renvoient à l'innovation, à l'extraversion et à la création de richesses communes ; Contrôle et internalité fondent la hiérarchie, la structuration et les forces de maintien (homéostasie, conservation) ; Contrôle et externalité font bon ménage quant au pragmatisme, à l'efficience [6], au management par objectifs.
C'est là :
3. En 1988, Quinn subdivise le modèle (Beyond Rational Management). Que dire ? Pour lui, le manager se doit d'embrasser chacune des nouvelles facettes possibles : le Facilitateur favorise le travail en équipe, donne de la cohésion à l'ensemble et régule les frictions internes [7], le Mentor est disponible, chaleureux, profond, ouvert, il comprend les gens et leur fait du bien, l'Innovateur est dynamique et porteur de changement, il sait repérer ce qui amène de la nouveauté, du dépassement, du lateral thinking, le Promoteur (littérallement sponsor) est astucieux, persuasif, vendeur, c'est une personne de pouvoir, de poids, de représentation, particulièrement à l'extérieur, l'Homme de production est technique, focalisé(e) sur les objectifs, les résultats, le travail effectué au fil du temps, le Directeur est celui qui définit le qui-fait-quoi et encourage les passages de cap, les Coordinateur et Moniteur - enfin - font la logistique, l'administration, le suivi des processus, la conformation.
4. En 1999, les consultants André Tjoa et Bert Goos condensent le modèle autour de ce qu'ils estiment [8] être ses traits saillants.
Faisons une pause.
Et reprenons :
Les Pionniers portent en eux la créativité (et ils en ont besoin), les ferments du renouvellement, les intuitions, l'innovation. Les Hommes de réseau créent en permanence des contacts et les animent, ils aiment convaincre, persuader, vendre. Les Accomplisseurs recherchent le résultat et la reconnaissance personnelle à travers notamment le marché visé, le client à satisfaire. Ils ont un côté persévérant, impliqué, dévoué. Les Stratèges ? Ils fabriquent une vision à long terme, avec les étapes et les objectifs correspondants. Ils modélisent la route à prendre, quitte à déléguer, à distribuer le travail. Les Fixateurs adorent structurer, trier, donner du sens, de l'assise et de la logique interne aux systèmes. Ils sont capables d'aller dans l'analyse et le détail. Les Analystes, maintenant. Leur tempérament les conduit à résoudre les problèmes, à proposer les percées possibles. Ils sont rationnels, factuels. Les Animateurs (ou membres) de l'équipe se soucient du confort socio-émotionnel, de l'ambiance, de l'harmonie groupale. Ils cherchent à aplanir les choses, à apaiser les conflits. Il y a, pour terminer, les Aides, qui prennent le temps nécessaire pour réconforter, comprendre et encourager les individus.
Résumé optique :
Intéressant. Je me dis simplement que Georges Romey, ancien consultant en ressources humaines et en organisation (et père du Rêve éveillé libre) a bien senti les choses. Tellement bien que sa pratique du fait humain, et depuis des décennies, intègre un axe Capacités de structuration-Mouvements de la sensibilité, croisé avec celui du Besoin de maintien des choses-Nécessaire pulsion d'évolution. Tout était là, déjà, en substance.
Preuve que tous sont d'accord. (N'est-ce pas ?) Ou que tout se recycle. C'est selon.
Anyway... Votre panorama intègre désormais le travail d'André Tjoa et Bert Goos - Excellent week-end !
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[1] Aller ensemble dans une même direction, c'est faciliter les échanges et enrichissements énergétiques mutuels, c'est tresser une corde à plusieurs brins. C'est faciliter la synergie, cet épanchement collectif qui fait accéder à un degré supérieur de conscience ou de pratique. Cf. métamorphose, changement de degré 2. Voir aussi tout ce qui a trait à la dynamique de groupe (Kurt Lewin, Taibi Kahler) et à la cartographie - Jacob Levy Moreno - des échanges dynamiques : qui fait quoi et quand. Et sur quoi ça débouche. C'est le sociogramme, à mes yeux inégalé. Ah, et pour savoir comment naissent, vivent et meurent les systèmes, voyez l'inclassable et vivifiant Maximilian Sandor.
[2] Un processus, c'est un moment donné de l'activité (il y en a de très généraux : expédier une lettre ; et de très précis : coller un timbre de valeur A pour un poids de colis A'). C'est comme un segment plus ou mois récurrent, comportant un début, un milieu et une fin. Idéalement ce processus tombe sous la coupe d'un pilote, un humain qui en est responsable (Antoine colle le timbre). Que dire ? Si on pousse le bouchon plus loin, le processus prolonge une réflexion 3QO2CP : on sait exactement qui y fait quoi, comment, combien et parfois pourquoi. En conclusion : le processus est un qui-fait-quoi,-etc., avec son responsable, capable de le décrire et de veiller à sa bonne marche (il est son spécialiste, son pilote), tout ça dans un timing précis et une fréquence scénaristique donnée. Les processus s'enchaînent comme des perles sur un collier. En amont, plusieurs processus (activités logiques) peuvent engendrer un seul ou plusieurs processus-aval. C'est une arborescence, qui se lit de gauche à droite, telle une frise.
[3] Décidément !
[4] Bien sûr : orientations interne et externe rappellent l'introversion et l'extraversion. Flexibilité et Contrôle sont des redites d'Anima et Animus. On ne compte plus le nombre de psychologues qui ont recyclé des idées du maître suisse pour tirer gros gain de ses intuitions géniales.
[5] Cette identification du vivre-ensemble, du socius, il faut la replacer dans le sillon de travaux plus anciens, comme ceux du grand Kurt Lewin, puis - dans l'ordre chronologique - de la catégorisation systématique de Robert Blake et Jane Mouton, pour aboutir à la conception dite situationnelle (et beaucoup plus pragmatique) de Paul Hersey et Kenneth Blanchard. Regardez la filiation : ici et là.
[6] L'efficience, c'est certes parvenir aux objectifs, mais avec un minimum de moyens. C'est être encore meilleur que celui qui est efficace : fidèle aux objectifs. L'efficience, économe et performante, recherche constamment les 20/80. Elle exige qu'un dépassement de soi favorise la paresse intelligente, l'excellence avec un minimum d'efforts. Là où l'efficacité est scrupuleuse, l'efficience est sélective et pragmatique. C'est peu ou prou le vieux clivage entre esprit de géométrie et esprit de finesse (Blaise Pascal, Les Pensées).
[7] Sûrement quelqu'un qui sait identifier, canaliser et/ou recadrer les leaders spontanés. Bref s'affirmer en chef, en gardien de la concorde et de l'ethos (le bon comportement).
[8] D'un point de vue scientifique, acter des études portant sur seulement 300 personnes confine à l'imprudence. Mathématique oblige, l'échantillon doit au moins comporter 1 000 sujets (cf. modèle de Taibi Kahler).
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