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Haltères et go
Tenez, parlons télé. Et téléréalité, un mot qui fait naître la passion. Gros audimat d'une part, grosses critiques de l'autre. Grande hypocrisie ? Peut-être : à chacun de voir (vous me direz). Alors, que dire des Maçons du coeur ? L'émission américaine de 42 minutes (5 saisons, chaîne ABC) peut se voir depuis la TNT française (cf. blog). L'idée ? Simple : une famille dans le besoin (santé, argent, habitat insalubre, deuil, traites, etc.) postule auprès de la production. Laquelle, sitôt qu'elle retient ladite famille (parmi sûrement beaucoup), dépêche sur place : 1. une équipe d'animateurs, 2. une équipe de réalisation, 3. une équipe de travaux, d'architecture et de décoration. Là, le grand show commence, comme un agenda au jour le jour (écrit, scénarisé) : l'équipe de travaux détruit la maison familiale (mal adaptée à la situation de détresse), en refait une à neuf, moderne et de grand standing, capable d'héberger un nouveau départ. La joie de la famille éclate. Parfois même un mécène (souvent l'entrepreneur de travaux) règle les traites de la famille ou provisionne des études pour les enfants (hors de prix chez l'Oncle Sam). Les gens du quartier mettent la main à la pâte, les sponsors pleuvent, les bons sentiments aussi et la mise en scène émotionnelle prend des accents volontaristes et larmoyants, politiquement corrects.
Sûr.
Certains téléspectateurs détestent.
Une chose est certaine : en sept jours (!), une armée de fourmis, de tous corps de métiers, s'active et délivre un résultat tangible. Une grande maison. Un havre de paix. Un tremplin pour la vie.
Je dis chapeau.
Il y a, en outre, une chose intéressante : la projection. Le travail psychologique des animateurs, qu'on l'aime ou non, apporte un plus. Et un gros. Je reprends l'exemple de la famille Sears (année 2004). Une adolescente de 17 ans souffre d'une maladie du système immunitaire. Elle se retrouve au coeur d'un protocole de soins lourds, handicapant. Les Maçons du coeur décident de lui construire, à l'emplacement de l'ancienne, une maison pure, capable de filtrer l'air qu'elle respire.
Un gage de retour à la maison, pour une ado fatiguée, échevelée, clouée sur un fauteuil, en surpoids.
Là, une chose s'illumine. Je parlais de projection. Tout le monde connaît la force d'un objectif engageant. D'une issue forte, d'un happy end certain, qui mobilise le désir. Regardons : un point de départ mauvais (A), une issue positive et réaliste (B), fort à parier - avec ça - que le sujet construise le trajet d'A à B, avec ses outils à lui. Car sa nature a horreur du vide.
De l'aveu de certains prisonniers de guerre (1939-1945), c'est l'espoir qui fait tenir, qui maintient le corps. C'est connu. Que faire une fois sorti, ça fait tenir. Et ça prépare l'âme et le corps.
Que fait l'équipe ? Alors que la fille est faible, et frappée d'un pronostic sombre, ils lui aménagent une pièce de musculation. Pour l'étape d'après (d'après la guérison). Pour que l'ado se remuscle et se sente belle.
Ce type de projection, de suggestion, de pari sur la vie, j'appelle ça l'étape d'après. C'est un signe que les autres ou que le monde comptent sur vous pour aller mieux. C'est la preuve, par l'imagination constructive (la foi), qu'un après s'envisage.
Mieux : il est là, sous les yeux.
Preuve par l'objet (des haltères).
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