Si nous avions su... Si nous avions su - insouciants et légers - que la semaine passée, un ami mourrait, si vigoureux, si jeune, si plein de projets.
Et voilà que sa famille prend l'avion ce matin (7 h), pour aller voir le corps, recueillir (et donner) du soutien, connaître plus encore les causes de sa mort.
Mon coeur est avec eux, en ce moment même, dans cet avion qui fait le lien. Habituellement, l'avion rapproche les gens qui s'aiment. Là il va permettre de constater.
De constater que le corps de J. est brisé.
Comme nos coeurs...
Les mots me manquent.
Me viennent ceux de sa famille. Ceux du père, qui se dit brisé mais pas détruit. Il trouve même la force de dire des choses gorgées de vie, au bord du gouffre. Ceux de la mère, qui dit que nos proches sont à empoigner les mains ouvertes (ils ne nous appartiennent pas). Ceux d'une de ses soeurs (dédicace écrite) ou des amis (il y a un temps pour tout), qui pleurent, s'interrogent et constatent. Me revient aussi le violon de Zaza, présent à l'office.
Musique poignante...
J. était un météore, de ceux qui brûlent, qui s'engagent et vivent fort. De ceux qui questionnent, soutiennent et sont au monde. Avec un rapport direct et un éclat.
Que faire ?
Prier, panser les plaies. Et vivre. Forcément ébranlés. Forcément dans ce monde.
Vivre.
Et se souvenir.
Et marcher.
Si possible dans la confiance.
Un homme, nous dit le père de J., porte du fruit s'il meurt. Il y a là un accomplissement définitif : une réalisation.
Une vocation définitive (spirituelle).
C'est cet aspect définitif qui rend le temps si long. Peupler ce temps par de l'amour, voilà ce qui reste à faire. Et à vivre.
Car c'est peut-être ça, la vie. L'amour d'un couple, qui engendre. L'amour des liens, ensuite. L'amour qui persévère et repousse la mort. Et enfin, l'amour qui donne un sens. Qui rencontre la mort et se mêle alors à l'essentiel.
L'éternité, le rapport vrai.
Dieu, que c'est dur.
Mais je veux quand même, moi aussi au bord du gouffre, me joindre à la vie de cette famille que j'aime.
Et reparler d'espoir. L'espoir brille aujourd'hui. Dans le noir pour nous. Dans la pleine lumière pour J.
Je sais (par la foi) que ce beau fruit en donnera des milliers. Il nous le tarde à tous...
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[ Me reviennent les (très belles) paroles du père de J., sur JFK. Un président qui voit le mur de Berlin tomber. Il faut alors attendre quatre décennies, quelle qu'ait été la mort de Kennedy, pour en voir le fruit : mur qui tombe en vrai. Puis (autre propos) un industriel et homme de foi, dans le passé, qui perd son fils unique. Puis ses quatre filles, dans un naufrage. Il compose un cantique où il a l'audace (la foi) de dire que son âme est sereine (is well). Oui. Voir à travers, compter sur le coup d'après, la réalisation des choses. Où tout s'accomplit, donne un sens a posteriori. En attendant, il faut vivre. Et bien. Par respect pour les autres. Et pour soi. Et pour la Source de vie. C'est dur... Nous le ferons. Mais c'est dur. Ce lundi a un goût de déracinement. Là, tout à l'heure, j'ai re-parcouru André Frossard, qui a lui aussi conduit sa progéniture au cimetière, douleur parmi les douleurs. ]
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