Blog Management & Organisation, depuis 2004: Nu - 2e partie

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 Nu - 2e partieThu 23 Apr 2009
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L'innovation est un sport de combat


Je les hais. Et celle-ci plus que les autres. Les épreuves ? Elles balayent tout. (Les grandes, j'entends.) Mais même les petites : elles sapent ce qu'on sait, comment on s'est construit, ce qu'on recherche. Car c'est bien ça : les épreuves sont un enlèvement de ce qui nous rassure et nous fait jouir. Prenons une personnalité (le docteur Kahler explique sa construction très bien). Elle a des traits distincts. Dans la façon dont nous nous présentons au monde [1]. Dans la façon dont les figures d'autorité [2] nous élèvent (parents, fratrie, institutions). Dans la façon, enfin, dont nous vivons les choses et en tirons de la satisfaction : événements, tournures, expériences de confort [3] et de plaisir.

Ça nous modèle.

De sorte qu'un style émerge et se façonne. Untel lira, emmagasinera, interprètera et animera le monde à sa façon. Tel autre d'une autre. Ça fabrique des préférences (qui sont des façons de se placer, de jouir, de croire) et des limitations.

C'est là que je veux en venir.

L'épreuve pousse aux limites. Elle pousse à ce qui marchait un temps. Dans une aire donnée, connue, petite. Retirez-moi ce que j'investis, ce(ux) que j'aime, ce qui me rend heureux - dans ma façon d'être, selon mon tempérament [4] : je panique. Mon GPS patine. Tout devient flou, mes priorités se mélangent. Ce qui me semblait solide (moi, en fait, et mes représentations), tout ça s'effondre.

De là, deux attitudes. Soit je cherche à tout prix ce qui me rassure et me fonde (mes nourritures affectives, mes repères - en version coûte que coûte), soit j'innove : je cherche la légèreté, le zapping, le flux qu'on m'offre. Et je l'éprouve, pour vivre de nouvelles sensations [5]. Ou encore j'innove en vrai : je cherche ce que la vie contient de plus solide. Il y a du changement 2 dans l'air [6]. Et c'est stressant.

Pour les petites épreuves, je peux zapper. Pour les grandes, comme celle-ci, j'approfondis. Ou plutôt j'innove dans la profondeur : je cherche des certitudes plus solides encore. Des dynamiques plus basses, plus fondamentales. Plus vraies (au sens de valables) que ce que j'ai été.

Je bâtis ma maison, ma vie, sur le roc. Ou plutôt ma tente... Ou mon sac de couchage.

Quand je suis comme ça, les autres fréquences sourdes me parviennent : le cœur des éprouvés me parle. Non pas que je les recherche (je les fuis : mon empathie me les fait redouter - mon orgueil les rejette, comme autant de facteurs [7] déstabilisants). Et pourtant ! Ce sont leurs paroles qui disent la vérité : l'homme est fait pour éprouver. Du plaisir, qui est bon en soi, mais endort (la certitude repaît). Du plaisir, et des éboulements.

Moment de changer.

Moment de rechercher la Vie. Celle qui est plus vraie, plus forte, plus stable que moi.

Celle qui fonde, en profondeur, les bases de ce monde aimé.

Celle qui, enfin, motive. Même si elle dépouille, oblige à marcher à vif, oblige à traverser le ronron de la raison.

No choice. Et pourtant quelle grâce !

Si je ne souffrais pas, je serais statique. Et sûr de moi. Mon ventre serait plein.

Quelle bénédiction qu'il soit vide.

(Mais quelle épreuve, mes amis.)

Merci à tous les anges humains (en grec, les messagers) qui me soutiennent. Vous vous reconnaitrez : vos vies, vos sincérités, les risques que vous prenez sont un phare. Pour moi. Et à terme, je l'espère, pour les gens que je soutiendrai par mon témoignage.

Tout ce que je savais sur la vie est faux. (J'étais dans l'erreur.)

C'est très bien : je prends. Ça me dirige.

(Je m'étais paumé...)

__


[1] Les enfants indirects de Françoise Dolto - comme Boris Cyrulnik - parlent d'un bain symbolique, de représentations, de paroles, d'investissements divers, de croyances et d'inconscient dans lequel le fœtus croît. Et s'édifie, de manière innée (c'est un pétrissage parental, littéralement avant la naissance).

[2] Sur l'éducation, voir théma Renforcements. Le Bravo ! et le Tu me déçois ! font le meilleur et le pire. Dans le registre intelligent, par exemple au travail, revoir l'encourageant Manager-minute.

[3] Le confort, c'est le sentiment de sécurité.

[4] Cf. Profils.

[5] Les process communicants parlent de changement de phase, d'exploration (a priori fructueuse) des autres étages de la personnalité. Ces ressources endormies regorgent, après tout, de trésors d'aventure, de satisfactions, de sensations nouvelles.

[6] Cf. métamorphose, ce phénomène que les géants de Palo Alto ont si bien étudié. (Leur probable plus grande réussite.)

[7] Ce sont les ferments du changement, qui bousculent et menacent l'équilibre d'un système. Relire Max Sandor.


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2 comments

24 Apr 2009 @ 06:47 by corinne : destabilisation et respect

Au moins, tu es en plein témoignage de résilience...je suis comme souvent perturbée à la suite de ma lecture: ca remue. Tant de force et en même temps cette capacité à reconnaitre les choses simplement. Cette vérité toute nue déstabilise. Alors j'ai envie de dire: voilà le chemin : une suspension ( à la mode de Kant), une métaréflexion, pour enfin, tendre vers cette équilibration qui nous permet de poursuivre. Quel boulot! quelle force, et pour ma part, beaucoup, beaucoup de respect : s'engager volontairement dans la voie difficile, en sachant que malgré tout, c'est ce qu'il y a de mieux à faire est une chose; le vivre en est une autre. Et être capable d'effectuer cette distanciation tout en étant en plein remous est exceptionnel à mon sens. Maintenant, il faut encore pouvoir tenir: et tu en es capable. Malheureusement, il y a parfois un phénomène de récurrence dans le malheur, et les anciens ( les habitués) commencent à en comprendre les rouages. Sordidement, c'est pour cela qu'ils plient, mais ne rompent pas.Alors cher roseau pensant, bravo pour ton système de représentation qui encore une fois me force à m'interroger, à réfléchir sur le sens de ces expériences qui nous fauchent sans nous arracher, afin de nous laisser le choix de retisser...ensemble, ou pas.  



24 Apr 2009 @ 09:33 by lionel : Corinne

Merci pour ce commentaire, chère Corinne. Merci pour ta fidélité.

Je me sens vide, alors je vais intellectualiser un peu (c'est bête, mais ça donne l'impression d'être vivant). Je crois que la résilience a besoin de guérison. (Guérison ? Mot tabou, mot-piège, mot engageant et audacieux, mot craint. On voit le topo.)

Même si le psychisme est plastique (il se reconfigure et trouve de nouveaux liens au monde - tu le rappelles fort bien ; ça plie et ne rompt pas), eh bien le psychisme trimballe une carcasse. Des cassures. Même s'il trouve de nouveaux appuis, même s'il jouit à nouveau, il reste plein de déceptions. Il y a un moyen de guérir (et je parle là d'une catégorie de cas - les guéris - qui laisse les psychologues perplexes et prudents), en clair ce moyen de guérir (le mot dépasse les notions de reconfiguration et de rebond), c'est le pardon. C'est la grâce. C'est le changement de vie. C'est l'amour. C'est la reconnaissance de celui qui tombe, se trompe et vit des troubles. Pardonner ? A ceux qui dévastent (c'est plus que comprendre, c'est plus qu'expliquer : c'est accorder une libération, en connaissance de cause). Se pardonner à soi (s'autoriser à avoir planté la machine, et à la re-planter des tas de fois, s'autoriser à s'aimer même quand on se déçoit, même quand on a peur du rejet, même quand on pense ainsi s'exclure de l'amour des hommes - toujours conditionnel).

Ouais.

Recevoir le pardon inconditionnel, celui de la grâce. Et demander pardon à son tour, en vrai : aux autres, à soi, à Celui qui aime sans compter, fidèlement, connaît notre nom, connaît jusqu'au nombre de nos cheveux.

J'en suis là : ça me pousse. En plus d'une nouvelle vie, plus solide, plus vraie, plus paisible, je demande cette grâce.

Plus la force de continuer à marcher. A me tromper. A goûter la vie. A pardonner. A faire confiance. A être déçu. A être à nouveau éprouvé. A faire du bien aux miens. A écouter les autres. A prier pour ceux qui (me) dévastent.

A être aimant, ce que je n'étais et ne suis toujours pas.

Un amour véritable est inconditionnel : il est lucide, prudent (ou risqueur, en connaissance de cause : il discerne), il est quotidien, il est globalisant, il est moteur. Partant, il est infini. Certains vont jusqu'à la mort pour ça ([link]). C'est en ça qu'il dépasse l'indépassable.

Certains disent que c'est la beauté qui sauvera le monde ([link]). Moi je pense que c'est l'amour. A quoi ils me répondront que c'est pareil. A quoi je dirai que l'amour va plus loin. C'est plus qu'une recherche. C'est un résultat déjà proclamé, c'est une victoire déjà produite (cf. [link]). C'est une fin en soi, qui génère des mouvements. La Bible dit que la création de Dieu lui plut. Il y a là une harmonie, un travail bien fait, des choses en place (des choses belles). Elle dit aussi que son amour est entier : les choses procréent, s'assemblent, éprouvent de la sympathie les unes pour les autres. Les gens ? Mal élevés que nous sommes. Nous aimons... tant que... jusqu'à ce que (cf. [link], cf. [link] de vie). Une prudence nous retient, nous protège, nous adapte à ce monde de sauvagerie. Or, le remède contre la sauvagerie, c'est plus que la contemplation, c'est plus que le parcours, c'est plus que le travail harmonieux : c'est l'amour. Celui qui est fou (en dehors de la sagesse humaine), celui qui retrousse les valeurs, accorde aux derniers d'être les premiers. Qui accorde à ceux qui réussissent de se retrouver dans un trou. Celui du doute. Le doute froid. Le doute à l'égard de la Cause première à tout ça : de la finalité des choses. Le doute à l'endroit du motif qui nous pousse à éprouver quand bien même ça fait mal. Le doute d'une passion qui pourtant embrase. Et nous fait nous sentir vivants. Gorgés d'envies. Portés vers l'autre.

Le doute est un tue-l'amour.

Guéris de la tourmente du monde... Capables. L'amour, ouais : je crois que c'est ce qui me fait défaut. Pour aimer à mon tour. Non plus pour instrumentaliser, non plus pour jouir. Mais pour éprouver ça (l'amour). Et travailler. Et, enfin, pouvoir témoigner.

Mon âme aspire à ça.

Et pour le moment, elle ramasse.

Alors elle se confie. Et fait "all in" (comme au poker) : elle mise tout ce qu'elle a. Histoire de mourir un peu plus à elle-même. Histoire de se surprendre en flagrant délit d'amour.

Pour une fois...

Mais cette fois-ci en vrai.

(Ca change.)

Ce que je perds, je le retrouverai en mieux. Je parle du coeur et des autres. Je parle de ma vie.

Pourquoi passer par ça ? Est-ce que ça vaut le coup ?

Sûrement. Mais je voudrais juste que la souffrance s'arrête. Pas par des idoles. Pas par des illusions. Pas par des fuites. Mais, au contraire, les yeux grands ouverts.

L'oeil est la fenêtre de l'âme.

Mon royaume pour du colire...

(De toute façon, mon royaume est mort. Vive le prochain.)

__

[ Le beau témoignage de Ralph Sallis : [link] | le travail des frères Linn sur le pardon, [link] ]  



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