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 Paris - 2e partieSun 18 Jan 2009
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«C’est une erreur de ne pas croire et une faute de tout croire.»
Fernando de Rojas (extrait de
La Célestine)



La Forge, atelier d'artistes. Le quartier ? Belleville. Une fresque (une grande), là, sur le mur. Truc au pochoir, à la bombe, à la tripe. (Ça pète.) Il fait nuit, de la boue, fait froid (un peu). Et puis (après dîner au Kotto), soirée chez Marie, près de La Forge, avec les comédiens de l'école Erac. Ces étudiants jouent La Célestine de l'Espagnol Fernando de Rojas (fin XVe), théâtre de l'Aquarium, jusqu'au 1er février.




Fig. 1 - Texte annoté de la comédienne
Pauline Méreuze



Quoi d'autre ? Discussion professionnelle. Prise de participation dans le capital d'une entreprise. Plus quelques autres éléments salariaux.

Et rencontre (lors du déjeuner, plus tôt dans la journée) de la soeur et du beau-frère de mon collègue. Le beau-frère travaille dans l'architecture (spontanément nous parlons motivation - grand classique). La frangine ? Dans une ZEP. Institutrice. Gentille, calme et solide. Propos saisissants. Et félicitations : c'est par les enseignants investis que passe la République.

Sûr.

Dodo, après (fait nuit, dernier métro). Impertinent, simple et raffiné Fourmis sans ombre de Maurice Coyaud.

Et rêve (si !). Vous savez ? Il y a ces forces Animus et Anima. Je me sens rencontrer une âme féminine, aimante et éternelle. Touchante. Je lui parle, lui disant que mes rêves nocturnes la retrouvent - depuis des années - dans des femmes que j'ai connues, qui m'ont construit. Je pleure et la prends dans mes bras.




Fig. 2 - Dante,
ici guidé par la dame de son âme



Réveil, là, il y a quelques heures. Et souvenirs de la Béatrice de Dante. Ou des dames de la poésie courtoise, ces âmes qui parlent. Et vous guident. Et vous construisent. Et sont là, depuis toujours.

Pff.

Bon dimanche.

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 Management postmoderne subliminal - 2e partieMon 23 Jul 2007
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[ < 1e partie ] Management postmoderne subliminal

Pff, c'te langue de bois. Prenez "chômeur" : tout le monde comprend. Eh bien la pression sociale fait de cette pourtant gigantesque catégorie un état à cacher, comme une honte. Les périphrases ou les emprunts ronflants ont bien cinq ou dix ans. Souvenez-vous.

"Cadre en repositionnement" fut un temps à la mode. Puis vint "consultant" (no comment). Et depuis une grosse année, "entrepreneur", qui se taille la part du lion. Mmh.

Il est évidemment une foule de créateurs qui développe une activité sincère, établie, modélisée. Bien sûr. À côté, il y en a sûrement vingt pourcents qui, à mon avis, se donnent un titre à la gomme. Comme si cette étiquette ouvrait des portes ou procurait les gratifications qui aident. Un sésame en carton-pâte. Que dire ? Je connais d'excellents chômeurs, bourrés d'expérience et d'à-propos. Et puis d'horribles cadres, aigris et doctrinaires. Ce qui fait la qualité de quelqu'un, c'est tout sauf son statut : c'est ce qu'il est en vrai. Alors à quoi bon mentir ? Ceux qui, par une tartufferie socioprofessionnelle, trompent le chaland lors de soirées pros échouent à dire ce qu'ils font... en vrai. C'est pathétique et à chaque fois, je me sens gêné. Ça vous le fait aussi ?

Que faire alors ? Assumer. Avoir de l'humour, exister par soi-même. L'Américain Don Miguel Ruiz rappelle qu'attendre de la reconnaissance des autres est un leurre coûteux. Pour être heureux, il faut s'entendre avec soi, se respecter [1], être adulte et se faire du bien. Et puis s'ouvrir au monde, être dans une relation immédiate, intense et sérieuse à ce qui se passe. Et puis aussi dire non. Être là, être présent, être intuitif, être attentif (à l'écoute d'un discernement bienveillant, intérieur), ça suffit amplement. Être normal est une puissance.

Alors pourquoi mentir ?

Moi, j'ai souvent menti, je l'avoue. Par malice ? Je ne crois pas : par excès d'enthousiasme, oui. Souvent. Comme une passion, comme un emportement. Et c'est dans ces moments-là que je suis le plus faux. C'est-à-dire le plus faible : je passe à côté. Alors je me calme et me vide le mental, je laisse flotter quelque chose d'indicible et, comme un laser, mon efficacité fuse : le cerveau est en phase, tout se connecte [2], j'envoie "le bois". C'est comme ça que je me tire du brouillard. Je plonge dans ce qui est, dans ce que je suis, dans ce qui a du sens. Au centre de moi, là, comme une bille tendre. Et je fonctionne.

Alors que j'ai aidé les professionnels à faire de bons elevator pitches, je peux seulement dire que le mien vibre et fonctionne maintenant. Depuis peu. Quand je me recentre, je sais qui je suis, le métier que je fais, les gens que j'aide. Je ne suis plus dans de la pub, je suis dans ce que je suis. Et je suis vrai : je suis là en vrai.

C'est tout un lâcher-prise, c'est tout un travail d'autonomie affective (nan, je ne séduirai pas pour séduire), c'est tout une jouissance pour moi. C'est nouveau.

J'y suis maintenant. Alors par pitié, épargnez-moi que vous êtes le mentor ou la cousine en secondes noces de Loïc Le Meur ou de Ban Ki-Moon.

J'aurais l'impression de me voir avant. Ou pire : de vous voir tel que vous n'êtes pas. De vous louper. C'est ça, de vous louper. Et de me louper aussi, comme un veau.

Avoir de l'impact, c'est avoir une consistance. Fonctionner, c'est être dans le monde. Être un pro, c'est être soi.

Là - Et voilà.

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[1] Voir cette théma sur la confiance en soi.

[2] C'est encore Jodo qu'il faut lire. Dans son Doigt et la lune, il parle de ce drôle de jardinier qui a une main en bois. Alors il se la tape, fait un son qui plait à l'oiseau et indique à son collègue que les actes vrais se connectent spontanément à la vie (ici animale), que le bois produit un vrai son. Rappelons que la pièce de lutherie qui fait sonner un violon s'appelle l'âme : le bois est synonyme de naturel, de vibration, d'instantanéité aux choses.