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 Tête en bas, une façon de conserver le NordMon 14 Jan 2008
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Back to the 90's. Souvenez-vous : en 1988 sort un bijou. Bijou discret, bijou profond, demandant ouverture et véritables efforts d'organisation. Mais levier puissant, c'est le bottom-up marketing (Al Ries et Jack Trout). Littéralement : contre-plongée, ou marketing inversé, ou marketing tête-en-bas. Ou cul par-dessus tête - vous voyez le topo.

Le succès ? Moyen. Les perspectives ? Riches, voyons ça.

Le marketing tête-en-bas, c'est, pour mettre une offre et sa demande en phase, intégrer en continu les remarques des commerciaux-terrain : les remarques d'en-bas, dirait un Raffarin en fin de repas. Sachant, et c'est bien naturel, que les commerciaux connaissent bien mieux que quiconque les attentes des cibles puisque c'est eux qui les pratiquent (les attentes et les cibles). De sorte qu'une circulation s'installe. Là où, avant, dominait un flux décisionnel fixe et descendant, convoquant la tête (headquarters) et puis ensuite les jambes (concrétisations-terrain), eh bien un changement s'opère. Une mise à plat circulatoire [1], où peut-être s'évapore le poids hiérarchique classique, mais où se renforcent et s'affinent les constituants.



Fig. 1 - Ouroboros, le principe d'une circulation qui donne à un ensemble
force et subtilité, performance et pénétration


Le cahier des charges ? Désormais, son ébauche a lieu sur le terrain à chaud, par ordinateur portable, dans la voiture ou sur une table de restaurant isolée. Le Quoi (ici Quoi faire) prend alors appui sur le décryptage live des réalités. Les quartiers généraux redeviennent « simples » stratèges (le Quoi de long terme, les tendances, les grands rapports de force) et les gens de marketing, « simples » organisateurs (un Comment de circonstance : un Comment de campagne). La stratégie reprend sa vocation de longue visée et de démarche politique (prendre et conserver le pouvoir pour imposer une patte). Le marketing se transforme en caisse de résonnance des ressentis-terrain : il trie, il priorise, il conclut tous les ajustements à fournir et génère les budgets pour ça. En clair, il passe son temps à donner sens aux remontées et - sitôt que tranchent la stratégie et la gestion-finance - à déployer les moyens idoines. Disponibilité de rigueur.

Révolution mentale, questionnement des territoires, tabous en chaîne. Voyons maintenant tout ça. Et parlons de peur (Qu'avons-nous à y gagner, sous-entendu à perdre de notre situation actuelle ?). C'est vrai : l'homéostasie enfle et bloque un tel changement. Les réactions de la tête affichent souvent des rationalisations : Les commerciaux que nous avons ne savent ni ne peuvent faire ça ou alors Changer nous ferait perdre du temps et la concurrence gagne du terrain tous les jours. Autre remarque, si fréquente : La norme ISO 9001 nous oblige déjà à faire ça (notez l'« oblige »).

C'est vrai.

Je veux juste vous présenter trois angles mentaux. Ils sont saillants et c'est le n° 281 d'Action commerciale (janvier) qui les décline dans son cahier pratique. Vous me direz ce qu'ils vous évoquent.

Au sujet de la synergie réelle entre équipes du marketing et de la vente :

L'information ne circule pas naturellement entre nos deux services, analyse avec justesse et modestie [ c'est moi qui l'ajoute ] Pascal de Nervo, directeur marketing chez Devoteam. Il faut encourager financièrement les vendeurs à partager leurs données, estime de son côté Xavier Gazay, consultant en relation-clientèle au sein du cabinet Accenture. Il faut, complète Édouard de Rémur, cofondateur et associé de la SSII Oodrive, encourager de tels échanges avec des moments de convivialité.

Tout est là. Décider que c'est faisable, ou s'en faire convaincre avec chiffres à l'appui (les consultants savent faire ça). Puis engager une démarche de changement, sur 12 à 18 mois (revoir Serge Moscovici et David Gleicher, ici). Et enfin valoriser, par le management motivationnel (portant, y compris sur le renforcement des statuts, sur l'orgueil bien légitime, et puis sur la sécurisation des positions des uns et des autres), bref valoriser toutes les actions allant dans le sens de l'amélioration (et donc perte d'un existant rassurant mais moyen). Je veux parler d'amélioration documentée, manifestée par un tableau de bord [2] clair et engageant. Tout ça ? Prenant et à la fois réjouissant.

Un vrai boulot (un vrai challenge).

Un vrai travail de motivation.

Excellente semaine à vous.
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[1] Une boucle se constitue, englobant les recommandations du terrain (les remontées) pour venir féconder en permanence les modélisateurs de campagnes et de produits. En clair, les gens de la stratégie, du marketing et les bureaux d'étude (ou départements créatifs). Puis, redescente et applications-terrain. Et ainsi de suite. Renforts mutuels, synergie.

[2] Tout ce qui est mesuré s'améliore, rappele le consultant en performance humaine Hervé Gougeon.


[ Xavier Gazay, cité dans un cours de vente en ligne (.doc) | Flemming Funch, que vous connaissez bien, est un apôtre et pionnier du knowledge management (collecte, stockage, enrichissement, circulation-partage de l'information et du savoir) : depuis dix ou vingt ans, il conseille, adapte et conçoit les solutions participatives simples (donc coopératives), telles que plateformes ou logiciels de travail, wikis et blogs | À quand un bottom-up qui intègre tant les remontées-vendeurs que celles des partenaires, des fournisseurs, des clients ? C'est là le rêve de la qualité, je dis rêve car l'attribution d'une certification repose sur ce qui est constaté de manère formelle (les rouages), rarement sur la volonté managériale réelle et vécue et ressentie et appliquée, plus subtile, plus tabou (cf. résistances), plus induite | contribution sur la qualité (TQM) et les pulsions de vie d'un organisme | la chauve-souris, symbole romeyen de l'inversion du regard (et des valeurs usuelles), symbole de la plongée lucide en soi-même | l'organisation, c'est introduire le temps et la finalité (le client) dans un organisme vivant, que ce soit un individu ou un collectif, les deux étant pétris de pulsions d'évolution (envies de changer) et de besoins de permanence (homéostasie) - il faut donc s'appuyer sur leurs leviers motivationnels propres, et travailler la capacité de mise en mouvement et de commandement des dirigeants, pour pousser les individus et les équipes à travers des seuils de changement pré-définis, souples et rassurants ]


 Le temps, c'est du piment - 7e partieThu 18 Jan 2007
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[ << Prioriser pour gagner du temps - 6e partie ] Le temps, c'est du piment - 7e partie [ Le temps, c'est des cailloux - 8e partie >> ]


Scoring partners
~ Vis, euros et coeurs



Où on reparle des petits coeurs, des petits euros et des petits bidules que l'on attribue aux activités qu'on a sous le nez. Vous vous souvenez ? (C'est ici.) Une bonne liste d'activités (tâches, processus, to do items, etc.), bref des items d'action (des verbes - faire ci, faire ça), et les individus qui répartissez un certain nombre de j'aime (mettons 5 coeurs en tout, à dispatcher au sein des items), un certain nombre de ah oui, ça c'est important pour la boîte (mmh, 5 euros à répartir pareil). L'idée [1] : prioriser les items qui ont un maximum de [coeurs] x [euros]. Ajoutez-y l'idée de coefficient. Par exemple, si l'intérêt de la boîte prime largement, vous vous retrouvez avec - par exemple, à vous de choisir - un [x 2] pour la catégorie "euros" dans chaque item. Ce qui donne plus de poids au côté l'avenir de la boîte, c'est central.

D'accord ?

Eh bien aujourd'hui, je vous donne ma méthode pour aider les équipes de projet à déterminer qui fait quoi [2]. Pour rappel, un projet, c'est une activité inhabituelle, que l'on confie ou qui s'adopte volontairement par des gens de l'entreprise. Ces gens ont une envie ou un talent présumé - parfois différent de leur métier habituel - pour faire ce type de choses. Ex. : organiser une soirée de networking (réseautage, mise en rapport directe, selon les goûts des gens) au profit d'un groupement d'assureurs. Les assureurs font cause commune pour rencontrer du beau monde. Ok ?

Pour bien préparer, vous demandez aux gens de prendre un papier et de faire une liste de choses qu'ils savent faire (environ 10 verbes : recevoir du monde au téléphone, etc.), à côté une liste de choses qu'ils aiment faire (10 aussi, avec 7 ou 8 choses inédites) et puis, pour terminer, une liste de choses qu'ils doivent ou devront - d'après eux - faire : les choses que le pilote du projet ou bien le patron va leur demander dans le cadre de ce projet. 10 là encore, des choses identiques ou différentes de ce qu'il y a déjà dans les deux autres colonnes. L'idée : que d'une liste à l'autre il y ait seulement 20 ou 30 % de choses communes. L'expérience montre que c'est une bonne proportion.

Une fois que tout le monde a terminé, vous demandez aux individus de relier par un trait (un peu comme un fil d'Ariane) les choses qui, dans la page, se répètent d'une colonne à l'autre. Il y a forcément des choses que les gens savent faire, qu'ils aiment faire et qu'on va leur demander de faire : ça tombe bien. (Appelons ça des activités star ou des activités vertueuses.) Le reste, on le laisse comme ça. Et on tend l'oreille : - Tiens, je pourrais, dit Untel, rajouter un truc ici. Ou là. Je peux ? - Bien sûr, cher ami, lui dites-vous. Mesdames et messieurs, si vous le souhaitez, vous pouvez enlever ou rajouter des choses, c'est parfaitement possible. C'est le moment du "je rajoute-et-j'enlève", qui est important.

Après, vous donnez à chacun un lot de coeurs et un lot d'euros (ce sont des bourses virtuelles) et leur demandez de les répartir sur les items, dans chaque colonne, qui leur semblent les plus prégnants. C'est très subjectif et c'est bien. Donnez-leur par exemple 9 coeurs (nombre impair, qui oblige à faire des choix) et 9 euros par colonne. Première colonne : là, ils donnent mettons 1 coeur et 0 euro à l'item A, 2 coeurs et 1 euros à l'item B, 0 coeur à l'item C et 1 euro, etc. Pareil pour la deuxième colonne, pareil pour la troisième. Puis proposez de faire les produits :

Colonne j'aime faire, item A = [*] x [0 €] = 0, item B = [**] x [€] = 2, etc.
Colonne je sais faire, item A = [**] x [€€] = 4, item B = 3, etc.
Colonne je dois faire, item A = 6, etc.

Note : avec le coefficient du départ (Mmh, quel critère a vraiment de l'importance ?), les scores changent, pensez-y.





Une fois les scores établis pour chaque item, vous laissez reposer un peu la pâte et dites : - Y a-t-il des choses obligatoires, réglementaires, législatives ou tout simplement vitales dans vos listes ? - Oh que oui ! répond le groupe en coeur. - D'accord. Je vous invite à dessiner une petite vis devant chacun de ces items "vissés" (ou bien un poids ou une haltère).

Reprenons et concluons. A partir de ce stade, que chacun se note dans un planning les tâches vissées, pour chaque jour, chaque semaine, chaque mois que dure le projet (même si c'est pour tous les jours, de 13 h 30 à 15 h). Ensuite, que chacun se saisisse des items stars (ou vertueux) et les positionne aussi dans son planning (c'est le moment d'autoriser les marchandages entre les gens, c'est très positif de les voir troquer tel ou tel item contre un autre). Quant au reste, je veux dire les items intéressants ou moins utiles, invitez les personnes à en extraire l'essentiel, c'est-à-dire les 20/80 de Vilfredo Pareto. Soit les 20 % d'items qui génèrent ensemble, pour chaque colonne, 80 % du score total.

Autorisez à nouveau les marchandages, dans un climat respectueux. Puis qu'une personne extérieure (vous, un consultant, un référent) rédige rapidement les lettres de mission de chacun, avec son territoire propre (faire ci, faire ça). Cette lettre de mission se traduit par un planning individuel.

Pour vous, pensez à faire un planning de groupe, grand et clair : qui fait quoi, qui contrôle qui et qui valide l'ensemble à telle date, à telle autre, etc.

Voilà, è finito : je file.


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[1] L'on peut aussi pousser jusqu'à 3 critères : ce que j'aime faire, l'intérêt pour la boîte, d'accord, mais aussi l'intérêt que j'ai à faire ci ou ça pour tel ou tel collègue (ça le soulage, le rassure, lui fait plaisir, etc.).

[2] Qui fait quoi ? Il y a des règles pour ça. Cf. 3QO2CP.

[ Image (c) Dave Gray, dgray_xplane @ Flickr.com | ces plannings, vous l'avez compris sont rationnels et participatifs, ils sécurisent les territoires de chacun, tiennent compte de la subjectivité des collaborateurs et de l'intérêt collectif | le volet marchandage est primordial | les actions retenues sont celles qui génèrent de la valeur, dans l'exécution ]


 Systémique... ta mère - 7e partieThu 22 Jun 2006
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La bonne marche des systèmes
- Modéliser des actions (correctes) en environnement complexe



Je connais Max Sandor [1] depuis un an ou deux. Ce type est passionnant. C'est Flemming qui m'a présenté ce globe-trotter érudit, docteur en cybernétique [2], quand Max est venu à Toulouse : je l'ai aidé pour une étude de marché. Que dire ? Le bonhomme connaît l'allemand (langue maternelle), l'anglo-américain (Flemming l'a connu aux Etats-Unis), le portugais puisqu'il vit au Brésil. Par ailleurs, il parle l'italien pour affaires, mais aussi l'occitan (si !) et le sanscrit. Sa passion : les religions et les systèmes cognitifs (fabrication de sens) qu'ils engendrent. Un personnage...

Hier, en lisant son article sur les mèmes [3], j'ai eu envie de le relier à une ressource fraîchement mise à jour par mes soins, qui parle des archétypes. Je vous dévoile d'abord le modèle de Max. Puis nous abordons cette histoire d'archétypes, sous un angle nouveau vous allez voir.

Alors commençons par le modèle de Max. Il s'agit du Théorème d'amplification de mèmes (2006).

Il faut entendre par processus une activité locale finalisée. Kesako ? Une activité : 1. constatable à notre échelle, 2. vectorisée, c'est-à-dire orientée naturellement vers quelque chose : son propre acccomplissement. Ce pour quoi elle est faite. On le sait, les systèmes vivants sont finalisés. Un exemple ? Le projet d'entreprise, qui apporte à l'équipe humaine une finalité : par exemple son lot de rapports positifs au monde, son lot de bonheur. La finalité de tout processus ici-bas, explique Max, c'est d'obtenir la résonnance maximale avec une, et une seule, super-énergie. La super-énergie, c'est un arrangement de plus haut niveau (tout n'étant que systèmes) qui délivre aux choses une signification, une fulgurance et une fluidité (une facilité) particulières. Le cybernéticien compare cet état à une musique intérieure, transcendante, qui délivre une humeur particulière. Une magie. Max de poursuivre : 1. un processus local se termine exactement quand une résonnance locale est trouvée. 2. Par ailleurs, un processus local aura tendance à entrer en compétition avec d'autres jeux [activités, interactions] locaux, pour maîtriser le niveau de processus [le système] du niveau d'après. Quoi d'autre ? 3. Si la résonnance ainsi obtenue [4] est suffisamment proche de la super-énergie originelle, le processus se détruira de lui-même (c'est la catastrophe de résonnance). Deux cas sont possibles : soit le processus implose (destructive game - commerce destructif) et ne laisse aucune trace, soit il explose [5], propage ses fragments dans les systèmes parallèles (contamination, déstabilisation, enrichissement par ricochet). Certes cette explosion relève-t-elle de l'infecting game. Elle relève également du constructive game [commerce constructif]. Continuons : 5. les processus obéissent à une architecture qui va par 2. Dans la plupart des représentations philosophiques traditionnelles (mais peut-être aussi dans nos systèmes techniques, au fond) des polarités-mères (une 'plus' et une 'moins') tissent par combinaison tout ce qui fait la complexité du monde [6]. Engeandrant ainsi l'ADN (le modèle, les archétypes) des choses. Tout se charpente selon un shéma binaire : il y aurait 256 (2 puissance 8) polarités, à l'origine de 1024 (2 puissance 10) super-énergies différentes. Nous nageons en pleine émergence : quelques lois d'organisation simples font surgir la complexité la plus dense (il suffit de voir tout ce que quelques acides aminés sont capables de faire en termes de muscles, de nerfs, de cheveux, de globules rouges). 7. La polarité 'plus' fournit la super-énergie du régime implosif, localement stérile. La polarité 'moins' conditionne, elle, le commerce explosif, extraverti.

Le système est binaire, certes. Il est aussi combinatoire. Partant ainsi vers l'infini...



Fig. 1 - Maximilian Joachim Sandor


L'entropie ? Un classique. Que Max interprète sous l'angle de super-énergies chargées 'moins', se propageant par explosion. Il y a diffusion de quelque chose. (L'autodestruction, nous l'avons vu, gomme toute trace.) La polarité ? Une matrice, une filière super-énergétique. Un modèle 'atomique' (le plus petit possible) de la vie : un archétype, tout en potentiel.

Et puisque nous parlons de potentiel, je veux maintenant vous parler de ces potentiels contrariés, ces énergies qui se bloquent : elles sont pénalisées par des arrangements (des structures) pathologiques. Les stuctures collectives sont des organismes quasi biologiques. Ils ont une morphologie [7] et cette structure interagit avec le monde. Pour le meilleur et pour le pire. De sorte qu'entre elles, les structures se stimulent ou se bloquent, par des jeux de synergie [8]. Regardons de près et donnons la parole à l'expert américain en management William Braun.

Il y a, selon lui, dix compositions dynamiques (modèles génériques, archétypes) qui entravent la bonne marche des actions visées. Dix scenarii s'actualisent :

1. Limites à la croissance / au succès. L'on doit cet archétype (1972) à Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens. L'idée ? Nous semons les graines de notre propre destruction [9]. Il y a des limites en tout lieu : l'on peut légitimement douter des cercles vertueux indéfinis (renforcements positifs). Quelque part, en marge du système - ou en prise directe avec lui -, pousse (souvent de notre fait) un contre-système qui limite voire annule les efforts du premier. Cette idée me fait dire qu'une bonne caractérisation de projet doit (théoriquement) tenir compte de tous les tenants, même les plus éloignés. Je m'explique : tous les territoires des parties-prenantes doivent être balisés, pour envisager la survenue d'un contre-phénomène (ou d'un contre-pouvoir) de toutes les directions possibles. Dans un village, l'association désireuse de faire émerger une crèche parentale doit se poser la question de Qui est concerné et impacté par la chose : les enfants, leurs parents, les entreprises des parents, les commerces environnants, l'école, l'équipe municipale, l'opposition, le propriétaire du champ, le notaire, la Dass, l'architecte, ses concurrents, etc. Pré-recquis : envisager l'interrelationnel dynamique de toutes les parties-prenantes (effets de bascule et de seuil, opérateurs bernéens, etc.),

2. Le fardeau (shifting the burden). Cette situation survient quand un processus simple à réaliser - et porteur de gratifications immédiates [10] - aimante (vampirise) l'énergie de tout un groupe qui oeuvrait au départ sur un processus de plus longue haleine. C'est la solution de facilité, où le rapport efforts/résultats immédiats incite à traiter les symptômes (le superficiel, le court terme, le récurrent) plutôt que le fond. Un scénario propre à bien des actions d'intervention en management, déplore William Braun,

3. Baisser la barre / Grignoter (eroding goals). Ce scénario part du constat qu'il y a un problème, un fossé entre d'une part un objectif (toujours chiffré) et d'autre part sa condition de réalisation. Constat amer de l'inadéquation entre ce que l'on voulait et ce qui se passe [11]. Que faire ? La tentation est grande de laisser alors s'exprimer un mouvement de baisse : l'objectif de départ est ajusté, tiré vers le bas. A surveiller : ce que cette baisse cache, en termes d'ambition. A terme, prévient William Braun, cette tendance porte un coup d'arrêt à la performance. La productivité bat de l'aile,




Fig. 2 - Les systèmes sont des fleuves qui,
entre eux, forment des méandres



4. L'escalade (escalation). Ici, deux systèmes sont en compétition et risquent la surchauffe. Sous couvert de protéger et/ou de pérenniser les intérêts de leur organisation, des managers entretiennent une surenchère, une émulation constante, préjudiciable - à terme - aux clients comme aux détenteurs du capital. C'est la compétition à tout va : le clan A contre le clan B, perçu comme une menace. Les risques : division des forces, perte de la cohésion, de l'intérêt commun, du gain synergétique, brouillage de l'image projetée sur l'extérieur, course-poursuite vers un point de rupture, dévalorisation et 'casse' psychologique [12],

5. A chacun selon ses mérites / On ne prête qu'aux riches (success to the successful). C'est la prime au mérite : l'on alloue de nouvelles ressources (et de nouvelles gratifications) à ceux qui réussissent déjà. Les présupposés : les autres vont vouloir la même chose et se surpasser, le cercle vertueux va continuer indéfiniment, tout (succès comme échecs) est fonction de la performance des opérateurs. Nous sommes dans une forme de croyance au progrès, à la volonté et à la linéarité des choses (maîtrise d'une chaîne de cause à effet). C'est sans compter sur la complexité (tissu mouvant) des choses : les rétroactions et autres revirements sont pourtant légion. Sans parler des effets pervers de la rivalité et de la surchauffe (burn-out, démotivation). En outre, la prime au meilleur passe à la trappe les réalités du management situationnel (compétence/motivation de la personne, dans un espace et un temps donnés, sur un processus et une période précis). Le coaching de compétences est quantité négligeable : 'quand on veut, on peut', martelle l'institution (cf. confiance en soi ou encore Mojo d'entreprise),

6. La tragédie des communaux / de la vaine pâture / Dilemme du berger / des prisonniers (tragedy of the commons). Configuration selon laquelle un capital commun (les champs communaux - Garrett Hardin), par exemple la Sécurité sociale ou l'air que l'on respire, est pillé par chaque opérateur. Pourquoi ? Le manager de projets Michel Vaugrante le résume à merveille : je suis un bateau pêcheur, sur la grande mer, qui est à tout le monde et à personne, si je n'en profite pas, l'autre bateau (ou l'autre compagnie) va bien en profiter, donc...!, par ailleurs les autres le font, alors moi aussi, sinon je serais idiot de ne pas faire la même chose. Cette absence de propriété, de responsabilités individuelles, d'arbitrage marqué, légitime et régulateur, menace les ressources. Le risque : affaiblir et tuer le capital de tous [13]. Nous sommes à l'opposé du gagnant-gagnant. Cet archétype, orienté court-terme (et réductionniste, observe Braun), grève la pérennité des ressources,




Fig. 3 - Les systèmes ont une grammaire
(synergétique ou bloquante) bien à eux



7. Le remède pire que le problème (fixes that fail). Le problème traité manifeste, à l'usage, un dysfonctionnement plus préoccupant qu'à l'origine. Il y a comme un cercle vicieux : une poche à problème, indépendante, enfle. Et enfle encore. Dommage : l'accumulation d'effets secondaires, à terme doués d'une vie et d'une énergie propres parasitent l'activité principale et viennent consommer le temps et les ressources habituellement dévolus à la marche collective,

8. Croissance et désengagement (growth and underinvestment). Une demande augmente pendant que l'offre de l'entreprise s'essouffle : les parties-prenantes se loupent. La tentation, c'est de limiter la surface d'échange alors qu'il faut et fournir du cash à l'offre (approche quantitative), et se replonger dans les attentes de la demande (démarche qualitative, ciblage),

9. Adversaires par accident (accidental adversaries). Nous sommes à l'opposé de l'archétype 6 : ici, la pâture est correctement investie, chacune des parties prenant en charge ce que l'autre lui délègue, en vue d'une efficience à plusieurs (efficience = atteinte des objectifs avec des moyens, des ressources telles que le temps et l'argent, réduites au minimum du minimum). Que se passe-t-il, en quoi l'entente cordiale est-elle rompue ? De manière souvent involontaire, l'une des parties réalise quelque chose que l'autre interprète comme étrangère à l'esprit du contrat, explique Braun. Le complexe de trahison entraîne la partie 'lésée' (à tort ou à raison) vers le contentieux, pour cause non pas de lettre mais d'esprit rompu. A l'extrême, cette confiance 'trahie' peut se transformer en croisade. A rapprocher du Cette fois je te tiens, salaud d'Eric Berne. Porte de sortie : renouer avec la vision commune (c'est le moment de ressortir le Guide d'Yves Enrègle),

10. Le principe d'attractivité (attractiveness principle). Braun en cite les racines : l'école du Systems Thinker (avec Michael R. Goodman, partisan d'une grammaire des systèmes comme langage des organisations), mais aussi Art Kleiner et Gene Bellinger. Que dire ? Confrontés à de multiples défis, les managers doivent trancher quel problème (ou typologie de problème) est le plus tentant, en termes d'impact sur l'organisation. C'est la voie de la priorisation : l'idée de risque est là, les petites actions produisent (théoriquement) de petits changements alors que de 'fortes' préconisations peuvent amener de grandes réussites. L'Amdec et sa priorisation des effets permet, à mon sens, de trancher le noeud gordien. Il faut modéliser les conséquences de chaque acte possible, en insistant sur les effets de seuil : faire A peut certes impacter Z mais il faut envisager, en parallèle, que beaucoup de A entraîne - peut-être - une amorce ou un regain de B. D'accord ?

Allez, j'y vais. Encore des choses à faire...

En résumé, les systèmes vivent et meurent. Ils peuvent en contaminer d'autres, par leur propre destruction, ou - au contraire - s'affaisser sur eux-mêmes. Ils tendent vers quelque chose. Par ailleurs, dix jeux intersystèmes (structures primaires) 'coincent' la bonne marche des organisations. Le dialogue, ici conflictuel, entre systèmes peut 'gripper' les choses. La synergie est certes forte. Le blocage a tout autant de prise : la complexité a sa propre combinatoire. L'histoire, au sein des institutions, parfois bégaie. Et les choses empruntent d'étonnantes figures de style.

Discernement de mise, donc, pour tous les opérateurs en complexité. Au plaisir !

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[1] Encore un blogueur Orgspace.

[2] La cybernétique sous l'angle philosophique classique, et très clair, d'Emmanuel Ferraguti.

[3] Le mème est un objet théorique. Il serait à la culture ce que le gène est au patrimoine biologique : un vecteur mimétique (qui se répand, se copie, se développe par reproduction voire par imitation), se propageant ainsi de l'un à l'autre - ou de groupe à groupe - en fonction de l'impératif d'évolution (adéquation écologique) du moment. Ou de la période, pour de plus grandes plages. Voir ceci. Bifurquons un peu. Concernant le mimétisme (terme inspirateur de la toute récente mémétique), c'est certainement René Girard qu'il faut consulter. Ses applications en dynamique de groupe (désignation inconsciente du bouc émissaire) sont fécondes : témoin, la figure d'Assurancetourix, le mobilisateur négatif d'Yves Enrègle.

[4] Cf. Henri Atlan et son organisation (arrangement) cristalline des choses. L'on sent chez Atlan que cette configuration (quoiqu'optimale, selon moi) est porteuse de mort : elle est figée.

[5] En 1850, indique Wikipédia, une troupe traversant au pas cadencé le pont de la Basse-Chaîne, pont suspendu sur la Maine à Angers, provoqua la rupture du pont par résonance et la mort de 226 soldats. Depuis, le réglement militaire interdit de marcher au pas sur un pont. Article sur la résonance.

[6] Le taoïsme, bien sûr, est dans cette veine. Il faut lire Léon Wieger et son très accesible Tao Tei King.

[7] Cf la Gestalt : physionomie, forme, arrangement contextuel, structure, architecture synergétique. Un bon synonyme : la configuration.

[8] Convoquons ici le fougueux Francisco J. Varela (biologiste) : pour un scientifique en prise avec les enjeux actuels, << la stratégie [...] est de construire un système cognitif à partir, non pas de symboles et de règles, mais de constituants simples qui peuvent dynamiquement être reliés les uns aux autres de manière très dense. Ici, chaque constituant fonctionne seulement dans un environnement local de sorte que le système ne peut être actionné par un agent extérieur qui en tournerait [...] la manivelle. Mais grâce à la nature configurationnelle du système, une coopération globale en émerge spontanément lorsque les états de chaque 'neurone' en cause atteignent un stade satisfaisant. Un tel système ne recquiert donc pas d'unité centrale de traitement [ndlr - la fameuse boîte noire] pour contrôler son fonctionnement. Ce transfert de règles locales à la cohérence globale est le coeur de ce qu'il convenait d'appeler l'auto-organisation durant les années de la cybernétique. Aujourd'hui, on préfère parler de propriétés émergentes ou globales, de réseaux dynamiques, ou non linéaires, de systèmes complexes, ou encore même de synergétique. >>

[9] Ce 'Non' inclus dans le 'Oui, vas-y' rappelle à bien des égards les injonctions paradoxales (double binds) de l'Ecole de Palo Alto. L'on constate que le fruit facilitateur contient un ver restrictif, morbide, qui 'court-circuite' le mécanisme du départ. Un jeu psychologique ? Oui : une sorte de jeu ramassé sur lui-même, où le germe cohabite d'emblée avec la 'solution'. Lire les incitateurs de même que le travail (mortifère, s'il est mal configuré) de l'Ombre.

[10] L'on sait depuis René Arped Spitz que l'homme 'carbure' aux strokes. Cf. motivation et profils humains.

[11] Sigmund Freud, l'un des plus éminents cartographes de la frustration (et donc de l'action) humaine, envisageait déjà le fait humain comme une trajectoire poussée par la recherche du plaisir, mais contrariée tout le temps par la réalité (les contingences culturelles, biologiques, légales). Cf. principes de plaisir et de réalité. Du dialogue entre ces deux principes (adaptation permanente, actualisation de compromis, ou symbiose comme le dirait de son côté Carl G. Jung) naissent la pensée et l'action de l'homme. Sur la symbiose, lire cette note de Marie-Louise von Franz.

[12] Mettre à profit les jeux d'Eric Berne. Ici de Persécuteur (Battez-vous). Et pour se détendre, prévoir un détour par le P'tit D.

[13] C'est là toute la préoccupation des nombreux souscripteurs (et propulseurs) de la licence universelle Creative Commons, à laquelle Absara s'associe.

[ Bravo aux Bleus, partis pour les quarts de finale ! | images (c) Ifacollege.com, Photopix.de & Kconnors.com | La synergie ? Ce montage énergétique qui fait, par exemple, que les lettres R, A, U, M et O, correctement arrangées, délivrent toutes ensemble le sens nouveau (impact et portée inédits) du mot AMOUR | une présentation de Max Sandor | Karen Marais (MIT) & Nancy G. Leveson's systems dynamics (pdf) | The Systems Thinker, online glossary | Organizational Learning Lexicon | Francisco J. Varela, une introduction à sa pensée | son fabuleux travail sur la conscience, catégorie philosophique et cognitive (anthropologique, au sens pluridisciplinaire, donc plein) | la cognition pour les nuls | thématique : les archétypes | Les archétypes organisationnels et les scenarii morbides de Jean Cottraux, des passerelles possibles ? | Peut-on caractériser un système de processus de la même manière qu'un profil humain ? ]  Read More


 Love in an elevator - 2e partieWed 14 Dec 2005
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[ << Love in an elevator, avec un patron ou un prospect - 1e partie ] Le financeur ou le préconisateur - 2e partie [ passer de... à ... - 3e partie >> ]

Tout le monde a sa façon d'informer et de convaincre autrui, y compris (de manière saugrenue)... dans un ascenseur. L'excellente lettre électronique d'informations Businessknowhow nous invite à procéder comme cela se fait dans les milieux du financement stratégique des jeunes pousses, les start-up. Pour le coup, c'est Robert Pagliarni, ex-PDG de l'opérateur en capital risque SeekingCapital et désormais consultant pour l'Association de plannification financière de Los Angeles (FPALA), qui divulgue son canevas.

Un "lancement au pied levé" [elevator pitch] est une courte et méticuleuse présentation, fort bien rôdée, de votre entreprise, rappelle Robert Pagliarini. L'idée : que votre mère puisse tout comprendre le temps d'un - court - trajet en ascenseur. Ce lancement, véritable exercice de style, concentré de compétences intellectuelles (beaucoup de transpiration et un peu d'inspiration), diffère du discours commercial pur et dur. Nul besoin, par exemple en présence d'un investisseur ou d'un futur associé, de dire à quel point votre offre est exceptionnelle. Dans le milieu du capital risque, c'est uniquement votre modèle économique qui fascine, avec ses perspectives d'enrichissement. (Constat à pondérer selon votre cible, mais l'idée de mettre en avant un modèle, une mécanique en marche, est tout aussi intéressante que de vous plonger dans un inventaire - souvent lénifiant - des avantages liés au produit. Alternative : une focalisation interne de ce que fait votre futur client - il fait ci, après il fait cela et puis il profite ainsi de ci et puis de cela. "Basta cosi.")

De manière générale, indiquez simplement comment vous allez prendre en main - concrètement - le business. Le concret, c'est sacré.

Passons aux six questions structurant votre préparation de discours. L'elevator pitch est une foire aux questions anticipée, pédagogique et complète :

1. En quoi consiste votre offre ? demande Robert Pagliarini. Décrivez rapidement ce que vous vendez. C'est tout.

2. De qui se compose votre marché ? A qui vendez-vous votre offre ? S'agit-il de professionnels ? d'industries ? de particuliers ? Quelle taille (en nombre de clients) visez-vous ?

3. Comment, de manière simple, allez-vous gagner de l'argent ? Pensez à indiquer comment les clients souscrivent à votre offre et quand, de cette manière, votre point d'équilibre est grosso modo atteint.

4. Chez vous, qui tire les ficelles ? De qui vous êtes-vous entouré pour déployer votre offre ? En quoi vos collaborateurs sont-ils des valeurs sûres ? [Pensez à dire que c'est Antoine qui fait ceci, Béatrice cela, Corinne cela et Didier cela.]

5. A quoi vous frottez-vous, en termes de concurrence ? Qui donc vous fait ombrage, en trois mots ? Etes-vous placé sur un marché vif et stimulant ou - à l'inverse - sur une niche de bon père de famille ?

6. Votre avantage concurrentiel ? questionne Robert Pagliarini. Entendez par là le 'fer de lance' distinctif, générateur de succès. Une technologie propriétaire ? Des partenaires motivés, davantage présents que chez le concurrent ? L'idée, confirme l'entrepreneur français Loïc Le Meur, n'a pas de valeur... en tant que telle. Seule compte son application sur le terrain : l'exécution. A ce propos, le fondateur de Six Apart martelle qu'il faut concentrer toutes ses forces sur une seule idée et réaliser la meilleure exécution possible, rendre ses clients heureux autant que possible avec les moyens de l'entreprise. Les choses sont claires.



Fig. 1 - Robert Pagliarini


La composition élémentaire du pitch :

1. une accroche, sous la forme d'un état des lieux ou d'une question pertinente, capable de focaliser l'attention de votre interlocuteur instantanément [lu quelque part - un laboratoire de lutte contre le cancer 'accroche' son auditoire en commençant par dire que dans l'assistance, seules neuf personnes sur dix, dans les x annés à venir, pourront se réjouir d'échapper à cette maladie ; risqué, mais efficace].

2. Une synthèse étudiée. Autour de deux cents mots ou de soixante secondes d'attention : c'est un maximum.

3. De la passion. Les mots-clés ? Energie et dévouement en direction de l'activité [un indicateur : le temps dédié, le réseau déjà constitué ou l'argent familial investi].

4. Le Pourquoi du discours [finalité]. A la fin du discours, conseille Robert Pagliarini, vous devez décliner précisément ce que vous attendez de votre interlocuteur. Avez-vous besoin de sa carte de visite, d'un rendez-vous avec lui, d'une recommandation auprès de quelqu'un ? Soyez pragmatique.

Voilà ! Nous sommes arrivés au bon étage. Excellente journée à chacun(e) d'entre vous.

[ Ce qui est simple est efficace, Marcel Dassault | 5C-5P, façon Absara | cinq pages, pour l'écrit | fiche de pré-stratégie | fidéliser un réseau humain | trouver le bon associé, ici et | se lancer à l'oral grâce via un club Toastmasters, approche découverte grâce à Flemming | LeeAundra Temescu, spécialiste américaine de la communication orale, interview exclusive ]


 Dave PollardTue 20 Sep 2005
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Excellent Dave Pollard, gourou canadien [1] du knowledge management [2]. Son blog est un vrai blog : novateur, bourré de contenu, ingénieux, profond.

Sa vision du Qui, déclinée ici dans le domaine du réseautage social, est un vrai modèle en tant que tel. Je l'intègre depuis quelques semaines dans mon approche d'accompagnement (suivi) des individus et des projets. Dans un cas comme dans l'autre, il enrichit mon 3QO2CP [3].

Merci, Dave. Et bravo !
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[1] Dave est anglophone.

[2] Modèles (théories) et solutions techniques de partage et de valorisation des connaissances, entre parties-prenantes d'un même système (ex. le plus direct : une entreprise).

[3] Qui fait Quoi, Quand, Où, Comment, Combien, Pourquoi (buts, objectifs, finalités publique et privée).

[ Je crois que Dave Pollard est un copain de Flemming Funch | le 3QO2CP, l'équivalent francophone du 5Ws journalistique ]


 Guider en environnement complexe - 1e partieSun 22 May 2005
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Guider en environnement complexe - 1e partie [ Tableaux de bord | Mener des actions correctes dans la complexité - 2e partie >> ]

Est-ce que mes conseils aident l'entreprise à se décider ? Quelles améliorations concrètes est-ce que mes préconisations produisent ? La question, depuis la nuit des temps, taraude tout (bon) consultant. Brossons le contexte : l'entreprise est un organisme vivant [1], touffu, dynamique. Parlons de complexité [2], vous voulez bien ? La métaphore de l'océan prend tout son sens : le dirigeant conduit une barque sur un permanent courant mobile, profond, puissant. Ce sont les hommes. Ils portent en eux un moteur de changement, lié à la volonté d'influencer leur environnement [3], tout autant qu'un solide frein naturel [4], le tout mis en regard de ce que les autres hommes éprouvent au même moment. Vous voyez le topo. Il faut être Jésus pour calmer la tempête, figer les mouvements, rationnaliser les conduites, encourager la confiance et mobiliser les troupes. Véritable tour de force. Sans aller jusqu'à la transformation radicale des gens, je vous propose une façon de faire simplissime, pour optimiser le conseil à destination du décideur. Les consultants ont deux outils fort commodes, qui facilitent la décision en milieu complexe.

1. Revue de cas concrets

Eh bien oui, peu s'en servent : pourtant, les exemples valent de l'or. Je vous recommande d'éclairer votre client au moyen d'un faisceau d'exemples. L'homme qui murmure à l'oreille des hommes a ce côté concret que lui jalousent les intellectuels brumeux. Parlez clairement : illustrez, connectez-vous à la réalité, à ce qui s'est déjà fait. Et à ce qui se fait... maintenant. Nous parlons d'action. Et si un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, un bon exemple vaut mieux qu'un lénifiant cours magistral. C'est normal : le client - qui dispose d'un temps limité - fixe en permanence, mentalement, le dénouement de son problème, toujours aigu (c'est souvent au dernier moment qu'il appelle le consultant).

Mieux qu'un exemple, que trouve-t-on ? Plusieurs exemples, bien sûr. Comment renvoyer à tous les scenarii possibles, ceux que le dirigeant a besoin de visualiser [5] avant de trancher ? Réponse : en campant toutes les options possibles par un exemple précis. Et là, je salue l'ingénieux 60 cas d’école en stratégie et marketing, qui présente tous les cas décisionnels concrets dont le dirigeant peut s'imprégner. Citons, parmi cet Eldorado du choix stratégique, les exemples très parlants de FedEx, de La Française des jeux, de La Vache qui rit et autres BNP Paribas. Tout y est décrit.

Un consultant concret, impliqué, stimulant, exhaustif.

Un pédagogue.



2. Tableaux de bord

Très bien, admettons que le dirigeant trouve son bonheur dans les conseils documentés du consultant. Admettons qu'il tranche, traversant d'un coup le rideau de la complexité. Comment l'assurer que sa décision est la bonne ? Premièrement, en lui proposant de traduire sa décision par un 3QO2CP, qui "incarne" les idées. Mais encore ? C'est là que qu'un tableau de bord arrive à point nommé. Votre décision maintenant déclinée dans le 3QO2CP, dit le consultant avisé, je vous propose à présent de suivre le cours de ladite décision, au moyen d'un moyen de mesure, de contrôle, de modification en direct. Bref d'évaluation et d'amélioration continue [6], conclut l'homme de confiance.

Se décider, c'est bien. Améliorer sur le moyen terme, c'est mieux. La vraie décision est celle qui a un sens... dans le temps [7]. Eu égard à une identité, à un métier [8].

Et si un homme averti en vaut deux, un homme bien conseillé en vaut une multitude.

Prenez bien soin de vous. Excellente fin de week-end !



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[1] Cf. le maître à penser de la dynamique de groupe : Kurt Lewin (1890-1947).

[2] L'idée de chaos, en prise avec la complexité (voir également ici).

[3] Volonté d'infuencer le monde et les choses - En corrélat des monumentaux René Descartes (1596-1650) et Friedrich Nietzsche (1844-1900), le psychosociologue français Jacques Salomé (né en 1943) parle de sept besoins vitaux, à savoir : être entendu, être reconnu, être valorisé, pouvoir préserver une intimité, exercer une influence et se respecter (repris dans l'indispensable Management de Stephen Robbins et David DeCenzo - Ed. Pearson education).

[4] Inertie - Voir ce qu'en dit le psychiatre parisien Michel Triantafyllou.

[5] Dans mon panthéon personnel, c'est Kofi Yamgnane qui - outre les gourous de la PNL - saisit le mieux l'impact opératoire de la visualisation (représentation mentale, souvent inconsciente).

[6] Améliorer en continu, grâce au PDCA ou roue de William Edwards Deming (1900-1993).

[7] La vraie décision est également celle qui met un maximum de personnes d'accord : voir le point de vue de Rensis Likert (1903-1981) - see also here and there.

[8] C'est Flemming qui, un jour, m'a dit : L'un de mes copains, retrouvé sur le Net, m'a dit que son métier consistait à... construire des usines. J'ai trouvé l'idée tellement parlante que je me suis juré d'atteindre ce degré de simplicité. Effectivement, une phrase explicative - concentrée à l'extrême - développe un impact massif. Ce n'est pas Marcel Dassault qui nous contredira...

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 L'exhaustivité du 3QO2CPFri 22 Oct 2004
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Dans le registre des outils puissants, Absara vous propose d'envisager le 3QO2CP. Vous en conviendrez, l'acronyme fait penser au nom d'un robot débarqué de la Guerre des étoiles. Ou d'une molécule concoctée par quelque laboratoire envahi de tuyaux serpentins. Pourtant, il s'agit d'un concept méthodologique, capable de caractériser vos projets, oui VOS car il est universel. Les trois Q désignent le Qui, le Quoi et le Quand, le O renvoie au Où, les deux C signifient Comment et Combien, quant au P, il qualifie le Pourquoi. Voyons en quoi l'outil consiste. Et surtout en quoi il aide l'entreprise.

Avant tout, signalons que l'acronyme 3QO2CP peut également se livrer sous la forme potache de CQQCOQP (vous aprécierez le chic de la formule) ou, nettement plus classe, de synopsis (scénarisation, balisage, circonscription) de projet. Notons que les anglophones le traduisent par 5W's : who, what, where, when, why. Le terme de projet ? Explicitons-le, il est ambivalent. "Projet" peut signifier : 1) une activité exceptionnelle (avec un début, un déroulement et une fin prévus), qui sort du champ d'expertise habituel (le métier) de l'entreprise. Exemple : une compagnie d'assurances qui souhaite créer une fondation artistique. Vous saisissez ? Mais "projet" peut aussi désigner : 2) une forme d'organisation (et donc de management) typique, exceptionnelle ou non, faisant appel à une équipe polyvalente (personnages-clés de l'entreprise, experts internes ou externes, insitutionnels, etc.), formée pour traiter un cas plus ou moins récurrent (surplus d'activité, externalisation, etc.), voire - pourquoi pas ? - un point structurel faisant vraiment partie du métier de l'entreprise. Comme l'innovation, qui réclame par définition de la transversalité. Récapitulons : théoriquement, le projet a un caractère exceptionnel et "hors-champ", mais c'est parfois un mode d'organisation durable, mis en place pour générer de l'efficacité en continu, notamment quand il y a un fort besoin de polyvalence (pluri-disciplinarité). L'on parle alors de management PAR projets, forme calquée sur le management DE projets (limité dans le temps)... mais inscrite dans la durée. Avec la nécessité absolue d'intégrer la dynamique de groupe le plus tôt possible dans le choix des équipes. Sinon, c'est le syndrôme Apollo assuré...

Penchons-nous sur l'outil. Le Qui renvoie certes à "qui fait quoi", "qui est à l'initiative de quoi", mais également au Qui-cible, le Qui-client, c'est-à-dire "qui est impacté par quoi". Dans le cadre de la construction d'une crèche d'entreprise, le Qui décrit toutes les parties-prenantes du projet et des travaux de réalisation (donneur d'ordres, sous-traitants), d'ajustement, etc., mais aussi tous les destinataires du projet, directement impactés (les enfants, les travailleurs, leurs proches), ainsi que les bénéficiaires/victimes indirects : les autres crèches, le tissu socio-économique local, la garderie de l'école, les élus locaux, etc. En environnement complexe (certains l'appeleront systémique), c'est bien connu, le battement des ailes d'un papillon ici peut engendrer un ouragan là-bas. Prenez garde à bien identifier tous les hommes concernés et impactés par un sujet : cela vous évite les mauvaises surprises à l'arrivée. Pour la petite histoire, l'on sait très bien que les révolutions, les coups d'Etat, les tendances sociologiques - bref les grandes aventures collectives - viennent souvent d'individus soit imprévus soit mal évalués (cf. entre autres l'excellent "La Dynamique des groupes restreints" de D. Anzieu et J.-Y. Martin). En clair, pour le QUI, sachez prévoir les acteurs directs (prescripteurs, commanditaires, réalisateurs, superviseurs, etc.), les acteurs indirects (sous-traitants, appuis externes, etc.), les impactés directs (destinataires de l'action et leurs proches), les impactés indirects (sphère professionnelle, sociologique, politique, journalistique, etc.)

Le Quoi succède au Qui. La séquence logique s'amorce avec un Qui et enchaîne directement sur l'objet : le Quoi. Il s'agit de décrire le plus simplement possible l'action à engager, en commençant par un verbe. Cela donne : (Qui) Les maçons (Quoi) bâtissent un mur. Nous avons la bonne amorce, qui s'appuie sur un verbe. Si ce Quoi vous inspire autant qu'une bourriche d'huîtres en plein mois d'août, Absara vous recommande de baliser les Quoi possibles par domaines : le diagramme de Kaoru Ishikawa ) peut se révéler un excellent levier d'inspiration. En outre, l'on peut présenter la liste des couples Qui-Quoi sous la forme d'un planning de Gantt, qui - cela tombe bien ! - inclut aussi la notion de temps. Le Quand représente, vous l'avez deviné, notre troisième Q.



"Quand" sollicite les quatre temps du PDCA (Planifier, Dérouler l'action, Contrôler son déroulement et ses effets sur l'objet visé, Améliorer l'ensemble), autrement dit la roue de W. Edwards Deming), statisticien de renom, père du relèvement industriel du Japon par l'amélioration continue. Résumons donc. A ce stade, le 3QO2CP produit une séquence du type Qui-fait-Quoi-et-Quand (Quand en termes de Planification, de Déroulement-action, de Contrôle-vérification et d'Amélioration).

C'est ici que le Comment intervient. Il indique les modes opératoires, les tours de main, les conseils pratiques, les spécifications dès lors qu'elles imposent des procédures particulières (ex. : une charte, un label, une norme).

Le Combien renseigne sur les quantités engagées ou nécessaires (argent, ressources humaines, nombre d'éléments recquis, etc.)

Quant au P, le Pourquoi, il développe trois composantes. C'est déterminant. Tout d'abord le but, qui exprime une action au moyen d'un verbe à l'infinitif. Par exemple, "réaliser la collecte des déchets dans le bâtiment E-12". L'objectif, lui, complète le but au moyen de chiffres : "réaliser cette collecte pendant 4 mois, au moyen de 6 personnes à temps plein et un budget de 2 500 euros". Puis, la finalité, qui se discute mais ne s'écrit pas (elle reste entre personnes autorisées). C'est l'idée, la philosophie, le fantasme, l'intention véritables. Bref, une motivation forte, en termes de valence lewinienne . C'est-à-dire un programme qui ne regarde que vous et vos amis, sous peine de déclencher un syndrôme Confucius (cf. Lao Tseu et le conflit mouettes-corbeaux). Imaginez que votre projet soit d'amener toute une population à adopter vos valeurs (infuence). Ou bien de donner un coup d'accélérateur à votre carrière. Nous vous recommandons de vous accorder avec vos collègues sur la juste définition de vos finalités, ainsi vérifiez-vous que vous êtes sur des lignes de pensée compatibles. Dans tous les cas, votre P - surtout si vous le mentionnez par écrit - comprend exclusivement les volets But et Objectif.

Récapitulons : Qui fait Quoi, Quand et Comment, engageant Combien de choses et Pourquoi - dans quel but, avec quel objectif (en aparté : avec quelle finalité ?)

Il y a là de quoi s'OQP...

[ Image du PDCA (c) Christian Paulus, Quesaco.org | Management de projet | quelques outils de génie industriel | 5M-Ishikawa ]  Read More


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