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Chaîne de cellulose... my mind
Les bookworms ou rats de bibliothèque se nourrissent de pages, d'encre et d'idées. Que dire ? C'est un bien, c'est un mal. Un bien parce que ça donne des idées et permet de cartographier des choses (l'analyse et l'acuité s'en ressentent). Un mal parce que ça ferme - ça enferme dans des modèles, les paradigmes, tellement connus de la philosophie des sciences et de la psychosociologie (cf. croyances, toujours limitatrices parce qu'elles sont des sécurités, des remèdes pour l'âme, des conforts à l'attention de nos besoins, et non des ressorts de la foi, qui est une ouverture et un risque).
Alors quoi ?
By the way, lire est bon. Et lire, ça se discute et ça se remue et ça s'applique après. Avec les collègues, les amis, soi-même. Ça se partage et ça s'enrichit. Ça voyage. Ça connecte, interconnecte et prépare des choses... qui émergent. (Avec le cerveau, les livres font des systèmes.)
Je me souviens de cette affiche. Vous savez ? Gérard Philippe : il dévore des bouquins. Faut-il le faire ? Il existe de bons (!) bouquins. Alors ceux-là oui, qui forment la pensée, la morale (placement de soi dans le flux de la vie, cf. ethos). Les idées, aussi. Ça fuse. Et puis le goût d'y aller. Lire ? Ça booste et encourage : des gens (les auteurs) viennent nous parler.
Est-ce que les bouquins remplacent la vie ? Nooo. L'expérience personnelle : ils l'enrichissent. Il faut les deux, vivre et lire.
Et puis ceux qui souhaitent lire et à la fois - pour le faire - manquent d'argent (ou de temps) hurlent : lire, c'est gagner quelque chose. (Parfois l'autonomie financière, la subsistance, la liberté de conscience et l'instruction.) Et puis, lire est un droit.
C'est le grand Tremendous, bibliovore devant l'Éternel [*], qui le rappelle : « Le vendeur moyen ne lit pas même un livre à l'année. C'est pour ça qu'il le reste. »
Alors soyons fous. Et ambitieux.
Ci-après, une recommandation de plus.
Pour la playa. Ou ce qu'on veut :
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[*] Plus grosse bibliothèque personnelle de management en langue anglaise !
[ Au fait, connaissez-vous Kindle ? | héhéhé - Les boucles de ceinture Reading is sexy de My Girl thursday | ça rappelle évidemment Silence is sexy d'Einstürzende Neubauten : ]
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Chaîne de cellulose
Pour l'entreprise, vos auteurs préférés, c'est qui ? (Pour l'entreprise ou pour le plaisir, voire la plage : c'est selon.) Je vous en indique 26 - pour ma part -, vous en indiquez autant que vous souhaitez, en commentaire. (Ou sur Disqus.) Vous voulez bien, en faisant suivre : comme une chaîne ?
Let's go :)
Mes indispensables :
Robert Axelrod - Comment réussir dans un monde d'égoïstes [ #Théorie des jeux ]
Kenneth Blanchard & Spencer Johnson - Le Manager Minute [ #Management #Motivation ]
Daniel Cohen - Trois Leçons sur la société post-industrielle [ #Économie #XXIe siècle ]
Clay Christensen - The Disruptive Innovation Model [ #Stratégie ]
Antonio R. Damasio - L'Erreur de Descartes [ #Communication #Cerveau #Émotions #XXIe siècle ]
Sylvain Darnil & Mathieu Le Roux - 80 Hommes pour changer le monde [ #Ethique #Economie #XXIe siècle ]
Edward de Bono - Conflits, comment les résoudre & Réfléchir vite et bien (ici) [ #Communication #Dynamique de groupe ]
Stephen R. Covey - Priorité aux priorités [ #Organisation ]
Patrice Dubourg - La Process Com, découvrir et pratiquer [ #Communication #Dynamique de groupe ]
Milton H. Erickson - Ma Voix t'accompagnera [ #Communication #Cerveau ]
Alain Fernandez - L'Essentiel du tableau de bord [ #Stratégie #Qualité #Pilotage ]
Richard Fisch, Paul Watzlawick, John H Weakland - Changements [ #Communication #Sciences humaines ]
Alain Fustec & Bernard Marois - Valoriser le capital immatériel de l'entreprise [ #Stratégie ]
Nicolas Humeau - L'Abécédaire des managers et consultants [ #Conseil ]
Pierre Mercklé - Sociologie des réseaux sociaux [ #Réseaux #Théorie des jeux ]
Jean Monbourquette - Apprivoiser son ombre [ #Communication #Sciences humaines ]
Edgar Morin - Introduction à la pensée complexe [ #Sciences humaines #Complexité #XXIe siècle ]
Michael E. Porter - How Competitive Force shape strategy (Harvard Business Review) [ #Stratégie ]
Joël de Rosnay - Le Macroscope [ #Complexité #XXIe siècle ]
Dominique Tissier, Joëlle Levy Berger & Etienne Verne (d'après Kenneth Blanchard & Paul Hersey) - Management situationnel, vers l'autonomie et la responsabilisation [ #Management #Motivation ] Read More
Banderas peut se rhabiller. Pour les rats de bibliothèque comme moi [1], il y a un Antonio - quoique moins beau - qui le surpasse. San Antonio ? À l'évidence [2]. Mais c'est d'Antonio Damasio que je veux aujourd'hui causer. Il est Américain, il est neurologue.
L'expérience scientifique, comme aime le rappeler Le Dictionnaire des sciences humaines, a tout d'une histoire humaine. Ouverte à la sensibilité, ouverte au hasard. Nous sommes à la fin du XXe siècle [3]. La vie privée d'Elliot, dit le dictionnaire, est un fiasco : divorce, remariage, nouveau divorce. A. Damasio aurait pu croiser Elliot sans y prêter beaucoup d'attention. Mais il fut au contraire très intrigué et analysa de très près son comportement pour en rechercher la cause par les méthodes de la neuropsychologie [4]. Il fit alors une hypothèse étonnante [aujourd'hui théorie validée, ndlr] : les émotions sont nécessaires pour prendre une décision adéquate. La raison et les connaissances ne suffisent pas. Voilà pourquoi Elliot, privé d'émotions depuis sa lésion cérébrale, se trompe si souvent. Un classique est né de ce travail (L'Erreur de Descartes, 1994), qui déboussole (et stimule) les valeurs occidentales de la modernité. Le génie de la modernité, René Descartes (1596-1650), en prend pour son grade [5] : loin d'être des perturbations des décisions rationnelles, les émotions - pour Damasio - co-construisent la décision, fût-elle rationnelle comme un plan d'Airbus A380.
Damasio va à l'encontre des idées reçues. Étendue de la remise en cause ? Importante. Le résultat : la réunion inattendue de deux instances, depuis des siècles fâchées. Par la culture occidentale. Je veux parler de la raison et du corps.
Reprenons. Pour se décider, il faut une représentation correcte de soi, du contexte, des autres. Ce qui, rappelle le neurologue, se pose sous le terme de conscience. Eh bien, cette conscience, elle emprunte à la cogitation et à l'émotion, à la raison et au corps (sensations nerveuses). Elle les réconcilie et les agrège.
Elle emprunte aux deux.
La conscience, sommet de l'organisation mentale en Occident, convoque bel et bien le corps. Cette « conscience-noyau » serait le fondement de soi. Elle reflèterait tout ce qui se passe dans l'organisme [systèmecomplexe]. Et de ce fait, elle n'existerait que parce qu'elle vient d'un organisme vivant, avec un corps et un cerveau capable de se représenter un corps.
Penser se fait avec le corps puisque le cerveau est un élément du corps, qui pense et qui éprouve, et qui fabrique une image de ce même corps (et d'ailleurs, le corps n'est qu'une image culturelle [6] - l'organisme, lui, est une notion médicale). Tout se répond : conscience et corps. Tout est dynamique et lié.
Logique. Logique et fécond : l'émotion (engagement du vécu, engagement de la subjectivité, engagement du corps) permet de se décider. L'émotion complète et renforce la raison, en ceci qu'elle co-forme une conscience. Un homme averti en vaut deux.
J'ai maintenant envie (je regarde ma montre) de vous parler de Robert Zuili, un coach français, auteur de Découvrez votre émotion dominante.
Partons pour ça dans la BD. Vous vous souvenez sûrement de Wildstorm, l'éditeur de Planetary, le comics. Je passe à une autre équipe de superhéros, The Authority. Et saisis le n°19 en VO (ou n°2 en VF chez Semic books) et, dans la foulée, vous campe le personnage du Docteur des années 1960 (autoproclamé génie criminel). Un affreux misanthrope, affligeant, drôle et cruel. Il est l'ancien shaman planétaire, le magicien absolu, doté des pouvoirs les plus fous, comme celui de remodeler la réalité. De faire converger ou diverger les lois qui régissent le monde. Torturé par le Midnighter, un autre joyeux idéaliste, il lui siffle : Pourquoi est-ce que les gens tuent, imbécile ? Parce qu'ils ont peur, se sentent menacés.
Fig. 1 - Les brutes en collants moulants de The Authority
La peur. Tout est là : l'émotion est une pulsion de vie, poussée d'évolution ou instrument de l'atteinte aux autres. Ce que Zuili nomme l'affect : ce qui éprouve et modifie le rapport au monde. Des autres. De soi. (C'est adjacent.)
Naturellement, avoir une place dans ce monde (une chaise) est un challenge. Life is tough, et pas seulement dans l'économie. Déjà, confirme l'indispensable Georges Romey, tout se passe dans le regard parental. Capter l'autre, quand on est petit, agréger sa confiance, conserver une prérogative : voilà qui participe de la survie. Pulsion écologique (et affective, même schéma).
Fig. 2 - Sweeeeet emo-ootion, Aerosmith !
De sorte que les affects, formant le Parasite de Don Miguel Ruiz, sont en trop. Ils dévastent. Ou plutôt, il faut les écouter, écouter leur origine [7]. Et capter ainsi le jaillissement de l'émotion. Jaillissement qui vient du besoin ou de l'envie de vivre (dixit le Docteur dans The Authority). Ou de la peur de mourir, ce qui est pareil.
Je suis tellement JOYEUX [en gras dans le texte] depuis que je n'ai plus PEUR de dire que ma COLÈRE cachait une profonde TRISTESSE, font dire à leur personnage - en début d'ouvrage - Zuili et le dessinateur François Baude.
C'est ça. La peur qui affecte [8]. Peur de perdre ses prérogatives (son territoire, sa zone de confort voire sa jouissance), peur de perdre sa dignité (injustice, colère dit Zuili). Son image de soi.
Me faire voir (et accepter et aimer) des autres. Et me faire aimer de moi.
Quel programme.
Ahla-la.
(Classe comme conclusion, n'est-il pas ?!?)
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[1] Il y en a beaucoup. Notre maître à penser ? Umberto Eco, himself. Quand on lui demande s'il lit tous ces livres (un peu genre bibliothèque du Nom de la rose), il répond toujours non. Il manque de temps. Aimer les livres est une chose. Aimer les lire, encore une autre. En avoir le temps, quand on travaille, c'est une gageure. Certes Eco a-t-il de l'humour. Car il faut, dans son propos, se fixer sur le verbe lire. Lire ? À l'évidence, non. Mais consulter : mille fois oui. Les gens qui aiment les livres en ont généralement beaucoup. Et sans les lire, ils en consultent fréquemment plusieurs dizaines à la fois, comme un fil d'Ariane arborescent. Comme une toile d'araignée de questions-réponses, où le savoir et les points de vue sont fragmentés, multipolaires, forcément complémentaires (Qui opposerait Aristote à Charles Bukowski, Philip K. Dick à Ken Blanchard ?). Le fait humain ? En architecture naturelle, foisonnante et irradiante, souffle Tony Buzan. À l'instar d'une navigation Internet, bondissante, de nœud en nœud (mots-clés). Et s'il leur manque une information, les rats de bibliothèque adorent avoir la base de consultation sous la main : une tonne de livres. Parcourus en travers, sous forme de focus ou au hasard, les bouquins incitent à ce que je nomme le complexe alexandrin : l'illusion, douce et plaisante, d'un savoir à portée de la main, à portée du cœur. Façon bibliothèque (évidemment brûlée) d'Alexandrie. Babel montre toutefois que le savoir est évanescent, fragile et présomptueux. Par essence. Le zen et le taoïsme privilégient l'intensité au monde plutôt que sa cognition (traitement, jugement, distance, par opposition à la disponibilité d'emblée, courageuse et puissante). Et je crois que toutes ces écoles du dévoilement ont raison : l'intellect passera. L'âme (principes essentiels de rapport au monde), non. Celui qui chasse, dixit Alexandro Jodorowsky, n'a pas besoin de filet. Tout est live, tout est vécu. Vivre se fiche d'analyser (défaire des nœuds). Juste être sincère, concentré, fidèle à l'instant présent. Ça, finalement, c'est vivre. Vivre, c'est être là. Alors jaillit la confiante intuition, si créative : l'eccéité illumine et féconde le rapport au monde. Vivre devient possible. C'est un saisissement. Un saisissement permanent.
[2] Frédéric Dard, alias le commissaire Sana, est peut-être aussi créatif que François Rabelais (fin XVe-1653) ou Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Et puis quels ressorts inconscients, le mauvais goût assumé ! quelle santé ! quels voyages !
[3] Ce Dictionnaire des sciences humaines prend le parti d'introduire ses entrées par des exemples. C'est à la fois parlant, documenté, charnel (au sens de sensible, compréhensible). Le dico ? Il a du style, il est « écrit ».
[4] Approche systématique et rationnelle des représentations et des comportements humains, par l'étude des rôles et des interactions se jouant à partir et dans le sein du creuset nerveux : processus cérébraux (mentaux), système sensoriel, hormones, moelle épinière. Bref, toute la machinerie fine. Machinerie qui déploie le spectre fort nuancé du confort et de la souffrance de l'âme (de l'intériorité).
[5] Il faut être indulgent à l'égard de ce titan sensible. Descartes a perdu beaucoup de ses proches. Et son entreprise de rationaliser le Réel (l'insaisissable) est une formidable pulsion d'espoir et de vie. Pour autant, et dès son époque, Blaise Pascal (1623-1662) envisage déjà la raison comme un outil parmi d'autres (la sensibilité de son Feu de la saint-Clément est prégnante, cf. Pensées), et comme un outil limité (revoir l'esprit de géométrie de son Article premier). Mesurer aussi que la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent consiste à dire que cette même raison n'est que faible si elle ne va jusqu'à connaître cela. Le mysticisme de Pascal emprunte aux racines du christianisme (et au-delà même, si on lit L'Ecclésiaste), ainsi qu'au scepticisme (ou plutôt discernement) quant à la nature humaine. Pour les chrétiens, la raison appartient à la galaxie des idoles (reflets illusoires, projections porteuses d'une fascination enfermante). Quant aux bouddhistes, ils envisagent la raison comme un phénomène mental parmi beaucoup (c'est même un sens, comprendre une sensation nerveuse, un filet à saisir, à figer illusoirement le Réel). Donc un motif de fascination, un attachement se tournant sur lui-même, une démarche productrice d'un voile. Productrice d'une perte de soi. L'inquiétude de veiller sur ses habits quand on se baigne (cf. Jodorowsky dans son commentaire de kôans, Le Doigt et la Lune) est normale : veiller au quotidien le plus prosaïque a du sens. Mais s'enflammer l'égo avec l'illusion de maîtrise est mortifère. Et gage de pleurs.
[6] Le corps est une catégorie sociale, religieuse, artistique et morale. Cf. notamment le travail de Jean-Yves Leloup sur la tri-unité et l'apport civilisationnel (éthique) qu'elle a semé dans les pays (ou plutôt les individualités) ouverts à l'Incarnation, à la rencontre corporelle de la Grâce et de la condition humaine. Voir aussi ce que le principe du Sel condense de vulgaire et de sacré dans l'hermétisme tardif (alchimie de la Renaissance - cf. Paracelse en Suisse ; ou déjà chez l'Arabe Geber au VIIIe s.). Pour l'hermétiste contemporain Hervé Delboy (érudit parmi les érudits), le principe Sel est une réunion... de Terre et de Feu. Vous imaginez le cocktail ?
[8] Quand elle dépasse son rôle de simple protectrice de la vie (atteinte d'un paroxysme, puis bascule), la peur dévisse et se met à bloquer amour et foi (disposition confiante, ce qu'Eric Berne nomme ok/ok). Elle ferme lien organique et confiance, activité naturelle et ouverture au monde, relation et disposition et activité, amour et travail sain, dirait Sigmund Freud.
[ La Chaîne de valeur émotionnelle (CVE) de Zuili s'articule autour de la joie (épanchement naturel du sentiment de succès, de réussite dans un contexte plus ou moins tendu), de la peur (besoin d'éloigner, de contenir ou de traiter un danger, capable d'engendrer l'inconnu, et - partant - la fin possible de tout, c'est-à-dire la mort), de la colère (expression soudaine de la frustration, du sentiment d'injustice, de dévalorisation de l'image personnelle - tellement structurante, tellement rassurante), de la tristesse (mélancolie, expérience directe de la finitude, de la castration, de la dépossession des choses - deuil forcé du sentiment de visibilité, de maîtrise, de modelage du monde selon nos attentes) | engrenage, bien ou mal orienté, mettant en jeu des engagements nerveux, des sensations, voilà une traduction possible du processus naturel, mais aussi de l'outil - une fois actualisé - que devient, pour Zuili, la CVE | Damasio est neurologue ; pour se repérer dans les métiers de la relation d'aide, voir ceci | 1. la réhabilitation des émotions (intégration de l'Anima, dirait Romey), 2. l'analyse des freins, des résistances au changement (homéostasie), 3. l'identification des bénéfices secondaires : voilà, à mon sens, les trois grands défis du coaching | pour comprendre ce qu'est un bénéfice secondaire, il faut consulter l'excellent Marc Traverson ] Read More
[ << Fameux 20/80 - 5e partie ] Le temps, c'est du piment - 6e partie [ Laurence Parisot et le 20/80 | Bâtir un planning selon des notes que vous donnez aux activités - 7e partie >> ]
Discernez (et ciblez), c'est gagné
<< Dans tout groupe de choses contribuant à un effet commun, la majeure partie de l’effet est attribuable à un nombre relativement faible de ces choses. >>
Jean-Luc Watine, consultant en optimisation du statut des dirigeants
[ Dans un phénomène, le tri, c'est le fait de retenir les constituants les plus significatifs, les plus porteurs (ex. : des explications, des attributions), au détriment de ceux qui sont jugés pauvres (bien sûr) | la sélection, c'est l'art d'exercer un choix en fonction de critères donnés (pertinence, goûts personnels) | le choix, c'est l'inclination, c'est ce que vous avez de cérébral et d'émotionnel et qui vous pousse à conserver quelque chose qui vous semble profitable - le cerveau combine tout le temps pensées et émotions, cf. Antonio Damasio ]
[ << Ce qui dépend de nous - 1e partie ] Confiance en soi - 2e partie [ Les pieds dans le tapis - 3e partie >> ]
Facteurs motivationnels intrinsèques et extrinsèques
~ les ressorts de l'intra et de l'extramotivation
Emotionnellement parlant, il y a deux types de porteurs de projet. Les premiers ont intériorisé tous les compliments, toutes les marques de confiance et d'estime jadis adressés par leurs proches. Je dis jadis pour parler de l'enfance. Ces gens-là disposent d'un capital d'assertivité (affirmation de soi) et de foi en eux-mêmes qui les amène généralement loin [1]. Eh oui. Valoriser les enfants, en quantités intelligentes, c'est leur fournir le carburant qui leur permettra de persévérer dans un projet. Persévérer [2] en dépit : 1. du principe de réalité, tellement castrateur, 2. des critiques liées au balisage permanent des territoires humains, 3. du manque persistant de strokes, en cas de pénurie prononcée.
Et puis il y a les autres.
Les autres, ce sont ceux qui ont besoin de proches. Ils mettent à profit les strokes de leur entourage. Et c'est là leur moteur. L'on appelle cela : tirer sa motivation de facteurs extrinsèques, ici socioémotionnels.
C'est comme ça. Je sais que l'Education nationale encourage les appuis motivationnels internes (travail personnel important) et - côté externe - qu'elle confie le gros des strokes au bon vouloir des professeurs, encore trop souvent inconditionnels dans leurs remarques (cf. "Peut mieux faire", dans l'absolu).
L'idéal, c'est d'avoir les deux leviers. Des leviers sains et assumés. S'appuyer sur soi et sur les autres équivaut à avoir plusieurs colonnes dans sa maison.
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[1] Ils vont loin si tant est que le projet soit bon (voir ceci). Ou qu'ils en changent sitôt qu'il produit des fruits douteux. Parlons de ceux qui vont loin, justement. Napoléon Bonaparte avait tellement confiance en lui (merci à sa maman Corse) qu'il se fiait à son instinct en toute circonstance. Son ambition et son sens de l'observation (ressorts intrinsèques) lui suffisaient amplement. Pour être si autonome, du point de vue motivationnel, il faut - comme lui - être valorisé abondamment. Dès le plus jeune âge. Il était persuadé d'aller loin, dans tous les cas. N'importe où que ce soit. L'Histoire a d'ailleurs cristallisé ce trait mental dans une citation restée célèbre : Il ne va pas bien loin celui qui sait d'avance où il va. Ce qui plaide en faveur de l'impulsion interne, de la force désirante qui s'autosuffit. (Quand elle est mise en synergie avec une force d'adaptation et une capacité à engranger les expériences, comme chez Napoléon.)
[2] A l'instar du "père-haine" que le psychanalyste Yves Enrègle entend dans l'adjectif pérenne, il me semble que le persévère sonne comme un "père-sévère". (A relier d'ailleurs à la description que Taibi Kahler fait du profil du Persévérant.) Et vous, qu'en dites-vous ?
[ Les incitateurs (drivers) sont des injonctions parentales, passées en mode inconscient - donc constructrices de scenarii de vie ; ces incitateurs s'actualisent dans les épreuves et souvent se confirment voire se renforcent | l'expérience montre que les intramotivés ont tendance à trouver satisfaction dans les retours d'eux à eux (attention à la subjectivité, ou au syndrôme de la "tête de mule"), tandis que les extramotivés, en cas de coup dur, attendent souvent les confirmations d'un entourage parfois déconnecté (être proche émotionnellement, cela peut induire une certaine distance intellectuelle ou une saisie incorrecte - souvent à la baisse - des enjeux de celui qui, dans l'épreuve, demande des strokes) | l'on se souvient combien Françoise Dolto préconisait les marques d'affection claires et fréquentes, pour les enfants, afin de les rendre autonomes sur le plan affectif (et cognitif, donc intellectuel - l'on sait depuis Antonio Damasio combien les affects et les idées sont liés) | elle avait bien raison, Dolto - dire tout l'amour pour permettre à l'autre de "faire le plein" et de se détacher pour vivre une vie libre, c'est la finalité psychique absolue | ajoutez cette liberté à la créativité et à la présence au monde, dans son acception la plus grande, vous avez là le triptyque cher à Alexandro Jodorowsky, certainement le plus doltoïen des psychothérapeutes actuels, avec peut-être Jacques Salomé | à propos de l'assertivité, je me souviens qu'une Franco-Américaine expliquait sur France culture, il y a un an ou deux, que les petits Américains qui se cassaient la figure dans les parcs publics étaient encouragés par leur mère à recommencer leur défi physique, alors que les mères françaises réprimandaient systématiquement leur bambin pleureur - ah, la culture ! ]
Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.
Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?
Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.
Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)
A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?
EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.
>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).
A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?
EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.
Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)
>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).
Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)
>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).
>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.
>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).
>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.
>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.
>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).
A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?
EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.
A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?
EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !
A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.
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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.
[2] Sciences dites exactes.
[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.
[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.
[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.
[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.
[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].
[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.
[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf]. Read More
Sortons de Crème de violette un moment. Nous en reparlerons bientôt. Et sous toutes ses coutures. Revenons-en, si vous le voulez bien, aux sciences humaines, l'un des piliers de ce blog (manager, c'est bel et bien apprivoiser [1] des tendances humaines). Parlons fiction : quel point commun y a-t-il entre Mad Max, Conan le Barbare, Bilbo le hobbit et Luke Skylwalker ? Le sex appeal ? Mmh, chacun ses goûts. Plus sûrement, c'est le support : ces personnages sont des archétypes du grand écran. Le deuxième point, sur lequel j'insiste, c'est Joseph Campbell (1904-1987), un spécialiste américain de la mythologie. Il est l'inspirateur, direct ou indirect, de bon nombre de ces grandes fictions contemporaines. De sorte que George Lucas, le père de La Guerre des étoiles, en parle comme d'une référence absolue. La consultation récente du Monde 2 (magazine superbe), chez un médecin - si ! -, me permet de vous brosser aujourd'hui un panorama rapide des structures présentes dans les mythes (et pourquoi pas dans l'inconscient de certaines entreprises). Le travail de Joseph Campbell, non content d'inspirer de grands réalisateurs, peut inspirer le manager ou le coach qui est en nous. On y va ?
Côté contes, il y avait certes la morphologie (formation construite, quasi systématique) de Vladimir Propp (1895-1970), un folkloriste russe [2]. Il faut aussi compter sur Campbell. Ce dernier dénombre sept étapes narratives fortes : 1. l'appel de l'aventure, 2. l'aide surnaturelle, 3. rencontre avec une déesse, 4. chute et 5. apothéose, 6. déclin puis 7. désir d'immortalité. L'opposant traditionnel ? Le Monstre tyran, obligeant le Héros à vivre un Doute tragique puis un sacrifice circonstancié (Don suprême) - voir ici.
Tout cela n'est que rêverie, sourit le manager rationaliste. A quoi le manager culturel (cf. Edgar H. Schein) lui répond que la chose humaine est avant tout irrationnelle, psychologique et structurée. C'est-à-dire interprétable. Donc utile, en termes de ressorts : je peux (ou dois) me servir de ce qui constitue l'homme, de ce qui constitue les groupes, pour faire 'marcher' mon batailon de collaborateurs. Hmm. L'expérience montre que la croyance [3] et - plus généralement - la pensée magique sont des tendances lourdes. L'entreprise est une réplique de notre psychisme : des flux cogitatifs, des tensions, des lieux de stockage, des valeurs, des émotions.
Et des mythes plein la tête.
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[1] Dans des milieux (des cultures, des systèmes dynamiques groupaux), selon des contingences (économiques, techniques, etc.) et des visées (objectifs).
[2] A - Prologue | B - Séquence préparatoire - 1. un proche est absent, éloigné ou mort, 2. l'interdiction plane, 3. interdiction transgressée, 4. une interrogation vient se greffer, portant sur le Méchant ou bien directement sur le Héros, 5. l'on aprend quelque chose, qui le(s) concerne, 6. une tromperie a lieu, 7. où l'on voit la complicité involontaire du Héros, dupé par sa propre naïveté ou par un sort | C - Première séquence, 8. le Méchant commet son méfait sur un être cher, le soumettant à la violence ou au vol, 9. le méfait devient manifeste, le Héros est alors sommé de réparer le tort causé (appel au secours, envoi du héros), 10. et 11. acceptation, entreprise réparatrice, le Héros se met en route, puis 12. passe - auprès d'un Aidant - l'épreuve de mérite qui lui fait gagner un pouvoir ou un objet magique, et donc, 13. réagit à ce que fait l'Aidant, puis 14. reçoit bel et bien l'auxiliaire magique, 15. il arrive dans le territoire (Royaume) de sa quête, 16. combat le Méchant, 17. se fait blesser (marque, blessure, amputation, cicatrice), 18. vainc l'ennemi | D - Deuxième séquence, 19. le Héros parvient à réparer le méfait, 20. repart chez lui, 21. mais se fait poursuivre (ou persécuter), 22. heureusement se fait secourir, 23. finit par arriver incognito, 24. se fait à nouveau berner, un Faux-Héros (usurpateur) lui volant la vedette, 25. à nouveau une épreuve, 26. bientôt accomplie, 27. et 28. ça y est le Héros est reconnu et le Faux-Héros démasqué, 29. le Héros change d'état ou de forme (transfiguration), 30. l'usurpateur affronte son châtiment, 31. et le Héros peut enfin se marier et/ou monter sur le trône.
[3] Cf. la prophétie autoréalisatrice de William Isaac Thomas (1863-1947). Résumé. Un peu plus loin avec le théorème de Thomas (ici en ethnométhodologie). Bibliographie exhaustive [En].
[ Qu'est-ce qu'un conte ? | Morphologie du conte, extraits | Joseph Campbell, groupe de discussion [En] et biographie fort claire [En] | le consultant Yves Enrègle applique au leadership les archétypes, la combinatoire et la dynamique narrative de l'univers d'Astérix - voir ici | entreprise et vie psychique | univers mythiques et organisations, des lieux de pouvoir | Antonio R. Damasio, le neurologue qui a réhabilité les émotions quand à l'élaboration de la pensée (prise de décision) | retournons au mythe, fameux récit explicatif - ce sont peut-être Georges Dumézil, Carl Gustav Jung, Mircea Eliade et Gilbert Durand qui en parlent le mieux ; cf. symbole | Le Monstre tyran des entreprises (des groupes en général), une invention de cartographes ? ]
[ << Cerveau, potentiel méconnu - 2e partie ] Alors, parapluie ou pas ? - 3e partie [ Druon fait sa mythologie - 4e partie >> ]
1. Mais vous êtes flous, oh oui. Je me remémore un vieux cours de psychologie où l'enseignant, un chercheur passionné, nous fait faire un test, en salle de cours, sur papier. Question : Quelle est la probabilité que demain, il fasse beau ? Nous, les étudiants, disons globalement par écrit : Mmh, peut-être 60 %. En parallèle, circule la question symétrique : Quelle probabilité pour que le temps de demain soit à la pluie ? Nous répondons... 50 %. Véridique. Les matheux remarquent d'emblée les 110 % de l'arrivée. Politiquement peu correct, uh ? Comment se fait-il que les mêmes sujets (nous, a priori normaux) fassions des prévisions mathématiquement fausses ? Réponse : la faute au cerveau. Qui, le mutin, fonctionne sur des bases de logique... floue. Regardons le cas. Il y a une incertitude, ici forte : une catégorie intermédiaire et bâtarde (grossière disent les scientifiques). Appelons cela un sac poreux, un ensemble en balotage, basculant un peu à droite, un peu à gauche, bref 'mangeant à tous les rateliers'. C'est un Peut-être. Dans notre cas ? Il vaut 10 %. Que firent nos cerveaux, en définitive ? Une belle addition du Oui, du Non... et de ce Peut-être. Résultat : 110 %. Eh oui. Les probabilités de la vraie vie débordent, voire explosent les choses. (Ce qui, en logique aristotélitienne ou cartésienne, voire même probabiliste, est faux - voire impossible-n'y-pense-même-pas.) L'esprit humain, prudent par excellence, car pétri d'adaptabilité et d''esprit de finesse' (dixit Blaise Pascal), se fonde par habitude sur une réalité complexe. Il en tient compte. Aussi dépasse-t-il les frontières logiques classiques (trop théoriques, artificielles à l'envi). Il mise - à l'inverse - sur une réalité à plus de 100 % : une super-réalité (inflation de réalisme). Pour le cerveau, tout devient 'plus-que-possible', donc sereinement vivable. Prévisible. Favorable à l'action. Ambitieux, l'encéphale ? Moyen. Très, très moyen. Il est surtout prudent, il établit en permanence une marge d'erreur. L'incertitude, il connaît (alors il anticipe). Prudent comme un cerveau, voilà bien la phrase-clé. Sentez-vous libres d'en parler aux dîners : Connaissez-vous l'histoire du flou qui repeint son plafond ?
2. Etats de la science. Passons maintenant une vitesse. Les ensembles de la logique standard ont des bords [des frontières] nets : la tomate appartient à l'ensemble des fruits mûrs, ou non. C'est 0 ou 1, assurent Didier Dubois et Henri Prade, chercheurs à l'Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), auteurs d'un passionnant dossier sur la logique [1]. La logique floue, elle, tient délibérément compte des degrés intermédiaires : la tomate peut être pas très mûre ou trop mûre. Dans les situations réelles, expliquent les scientifiques, nos informations sont incomplètes et nos avis nuancés. Que dire aux cartésiens ? D'évacuer, quant au cerveau, le point de vue classique [2] : la pensée, et les systèmes d'information qui en découlent, fabriquent une prise de décision à géométrie variable. Finies les fameuses tables de vérité qui - depuis Aristote - encadraient le raisonnement. Ces matrices décisionnelles, si sages, distillent une vérité tronquée [4]. Trop théorique. Place au réalisme et aux ensembles flous : la vérité cède le pas à la réalité, sa cousine. La logique classique, déplorent les chercheurs, n'appréhende que ce qui est vrai et faux. Catégorique et figée, elle ne permet pas la déduction provisoire de conclusions plausibles, suceptibles d'être remises en cause par l'arrivée d'informations supplémentaires. Elle ne prend pas non plus en compte le caractère incertain des informations ni le caractère vague des catégories à manipuler. Résultat ? Les automaticiens [4], concepteurs de modèles décisionnels réalistes [5], planchent sur les systèmes vagues. Cette logique de l'incertitude est tout bonnement celle de la vie. Vie qui, nous le savons, s'invite dans l'économie et l'industrie. Regardons ensemble. Le diagnostic de pannes, la prospection géologique, le conseil bancaire ou financier, la recherche d'informations sur Internet, la régulation de processus industriels complexes, s'appuient sur des informations incertaines, des règles générales susceptibles d'exceptions, des catégorisations vagues. Qu'on se le dise : se décider - et aider les machines à en faire, peu ou prou, autant - s'appuie sur notre capacité naturelle à raisonner de façon nuancée. Autant parler d'aptitude à manipuler l'information graduelle, non tranchée. Pourquoi dire ça ? C'est bien simple : graduer, c'est ce que nous faisons tous les jours, en utilisant des ordres de grandeur : 'grand', 'élevé', 'petit', etc. Les règles décisionnelles se font donc flexibles, voire franchement 'élastiques' (catégories 'grossières', poreuses, où l'on bascule d'un ensemble à l'autre). L'ensemble classique possède des bords francs : un objet appartient ou n'appartient pas à un ensemble. Les ensembles flous, concluent Didier Dubois et Henri Prade, ont des bords graduels : l'appartenance à un ensemble flou est une question de degré, ce qui en estompe les bords.
Un exemple ? Le climatiseur, système à règles floues par excellence. Supposons que la température x de l'air - vaille - 19° C : elle est - mettons - 'fraiche' à 20 % et 'idéale' à 80 %. La vitesse du ventilateur sera 'lente' à 20 % et 'moyenne' à 80 %. Ou comment prendre un peu des deux pour mitiger sa réponse.
L'intelligence est... un mélange.
Fig. 1 - Pour la science n°49 | Fig. 2 - Van Vogt et le non-A
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[1] Dossier Les chemins de la logique, revue pluriannuelle Pour la science, hiver 2005 - texte intégral.
[4] La vérité, ici, est soeur de rigueur, de cohérence, d'activités cogitatives dites correctes. Dans la vraie vie ? Ses applications sont maigrelettes, tout - sauf les catégories philosophiques strictes - répondant au flou, à l'imperfection, à la méconnaissance, à la circularité de l'ouroboros, où (tel le serpent qui se mord la queue) la conséquence d'un phénomène devient partie-prenante d'un tout et amorce elle aussi des actions, bref devient cause à son tour. C'est le fait du complexus, cette architecture de la vie. Cette texture même des choses (complexus veut dire tissu).
[5] La logique probabiliste ? Guère plus réaliste que la logique classique. Et puis très coûteuse : elle nécessite des données statistiques, pas toujours disponibles et oblige les chercheurs à convoquer l'artifice du pari, quelque peu arbitraire, selon Didier Dubois et Henri Prade. Autre inconvénient avec les probabilités : pour un événement x, le manque de certitude qu'il se produise devient, comme par magie, une certitude de l'éventualité contraire. Je ne sais pas trop si le soleil reviendra dans la demie-heure, pourquoi soutenir modicus qu'il restera caché ?
[ C'est Lotfi Asker Zadeh, automaticien américain né en 1921 (page), qui est le père de l'ensemble flou (seconde moitié des années 1960), à l'origine des modèles contemporains de systèmes experts | Alfred Korzybski (1879-1950) et la logique non-aristotélicienne | l'équivalent français de la société korzybzkienne de sémantique générale (IGS) | Korzybzki, traduit par Isabelle Baudron-Aubert [Fr] - son blog | Mireille de Moura et Frédéric Lavergne injectent Korzybzki dans le monde des institutions | Le Non-A, le cycle de romans d'Alfred Elton Van Vogt (1912-2000) qui a popularisé Korzybzki - toute mon adolescence ! | Van Vogt, sites 1, 2 & 3 | par un autre angle, revenons-en à la logique - logique et carré sémiotique | et toujours - cerveau et complexité | systémique | éthique et décision | management | conseiller en environnement complexe ] Read More
La motivation prendrait donc sa source dans deux registres de l'esprit : la raison et l'intuition. Ce qui motive est à la fois objectif... et subjectif, rationnel et émotionnel, langagier et pré-langagier. Ce que confirme le neurologue Antonio R. Damasio quand il établit que des sujets hadicapés dans le ressenti des émotions (lésions cérébrales localisées) peinent à se décider. La motivation bat de l'aile.
Dans ma décision de bouger, le poids des émotions est-il vraiment déterminant ? Bien entendu, semble répartir Eric Berne, psychiatre et père de l'Analyse transactionnelle (AT), modèle d'inspiration psychanalytique, voué à l'aboutissement des communications entre personnes. D'après lui, l'individu a besoin de signes de reconnaissance (depuis le retour objectif et froid sur son travail accompli jusqu'à la poignée de main chaleureuse, émotionnellement impliquante). Sans ces strokes (comprenez "coups" ou "caresses", selon qu'ils sont négatifs ou positifs), le sujet se désintéresse de son milieu, devient triste et désinvestit son action. Aimez-moi, frappez-moi, mais par pitié faites quelque chose : voilà le cri intime de l'homme. Pour me mettre en mouvement, j'ai besoin de l'attention des autres, je dois ressentir que mon existence et mon champ d'action trouvent une place dans votre univers. Mon intériorité a besoin de vous, faites-moi des signes.
Des signes ? C'est justement ce que Kenneth Blanchard et S. Jones, psychosociologues américains, conseillent au manager idéal (le célèbre Manager minute) de prodiguer en direction de ses collaborateurs. De l'aveu même de cet archétype de la mise en mouvement : Je suis un Manager minute [...] - car - il me faut très peu de temps pour obtenir d'excellents résultats de la part de mes collaborateurs. Voilà un personnage qui sait faire bouger les autres. Son secret : il émet des signes de reconnaissance ciblés, qui vous touchent en plein coeur. Son sourire serein rappelle l'un de ses credo : La meilleure minute dépensée, c'est celle que j'investis dans les individus. Désinvestissez l'individu et vous obtiendrez l'hospitalisme. C'est ce syndrôme que le psychiatre et psychanalyste René Arped Spitz relève dans son étude des bébés privés d'interactions affectives durant leur séjour hospitalier. Il y cotoie des nourissons dépressifs ou - pire - dans le "marasme", sorte de décrochage profond des fonctions psychologiques et physiologiques du sujet. Une vrai drame. Drame qui frappe certes les bébés, avides d'interactions structurantes, mais aussi les adultes : nous sommes des êtres de mouvement, nourris par les signes de reconnaissance. Les "strokes" sont le carburant de la motivation. Vous avez le moteur, la raison raisonnante ? Recevez le carburant psycho-affectif : tout en vous le réclame.
Témoin de ce besoin, le tableau que dressent le psychologue Taibi Kahler et le psychiatre de la NASA Paul Ware : six typologies d'individus, toutes tournées vers leur accomplissement propre, se nourrissant des interactions humaines. J'existe, me manifeste et déroule mon plan de vie en fonction des retours que je reçois en permanence. Les uns me stimulent, les autres me stressent : dans les deux cas, je suis un récepteur sensible, dynamique, unique. Ces typologies, ce sont les humains en général. Vous avez là les bases de la Process Communication (PCM), modèle de psychologie prolongeant l'AT. Cette dernière définissait des scénarios de vie, des trajectoires qui nous hantent, comme des programmes. Taibi Kahler en fait des drivers, des dispositions dynamiques qui visent - tant bien que mal - l'apaisement suprême : la délivrance de strokes, cette preuve de l'attention conditionnelle, gage de l'épanouissement de soi au sein des autres. De soi AVEC les autres. Si les signes de reconnaissance sont le carburant de la motivation, l'on peut dire qu'ils sont les conditions intrinsèques de la communication interpersonnelle. Mettez de la communication dans votre moteur : cette communication est le flux continu qui vous permettra - si vous avez de la chance - de déceler les strokes. Une bonne communication est une communication d'échanges de strokes.
Motiver induit (étymologie oblige) une mise en mouvement. Ici : un mouvement d'investissement libre et volontaire au sein de l'entreprise. Qu'est-ce qui motive vraiment ? Surtout, combien de temps cela dure-t-il ? Evacués les trop inégaux et quasi exclusifs leviers financiers, tellement prisés en France. Evacué le coûteux management de l'attachement, réservé aux seuls grands groupes, capables d'organiser le travail, les loisirs, le plaisir, l'interpersonnel. Il faut ici se pencher sur les modèles de la motivation.
La motivation, c'est avant tout une affaire de rationalité, entend-on souvent. A en croire les partisans d'un cartésianisme appliqué au monde des affaires, la motivation serait une décision de bouger, de se mouvoir compte tenu d'un bénéfice escompté, ce dernier étant la différence entre ce que je gagne et ce que je perds. Plus j'ai à gagner dans l'affaire, plus (ou plus vite) je bouge. C'est très : 1. mécanique, 2. écologique - au sens "programmation" du terme.
Mais voilà : l'homme est un mélange de rationalité et... d'intuition. Reconnaissons à l'intuition le statut de fonction pré-langagière, héritée des temps où le petit d'homme dispose "seulement" de son instinct et de l'approche globale des phénomènes, en tant que bénéfiques ou privatifs de quelque chose. Ceci posé, demandons-nous quel poids cette intuition prend dans les décisions d'agir. Les psychanalystes rappelent à bon escient que le fait intuitif, sentimental, symbolique, celui qui mobilise une forte impression intérieure, marque déjà les premiers hominidés : les tombes de ceux-ci contiennent - par exemple - les traces d'un pollen [*] qui n'a résolument rien de rationnel. C'est un fait, les premiers hommes accordent des fleurs aux morts. Par ailleurs, les neuropsychologues affiliés à Gereon R. Fink et John C. Marshall "découpent" les activités nerveuses en une polarité rationnelle et analytique, par opposition à un corrolaire synthétique, intuitif, global. Notre cerveau semble donc être double.
Prochaine partie : les découvertes du neurologue Antonio R. Damasio, les prouesses de l'analyse transactionnelle (AT) d'Eric Berne, les subtilités du management situationnel de Paul Hersey et Kenneth Blanchard, les prolongements post-AT de la process communication de Taibi Kahler. Gageons que ces lignes seront motivantes...
[*] L'hypothèse anthropologique généralement retenue est celle du dépot de fleurs, objets éminemment symboliques. Les fleurs marquent les sentiments.
[ Motivation du personnel - 2e partie >> | La valeur "travail", un bon candidat à la motivation ? ]