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Peu. Peu sont aussi touchants que Janusz Korczak (1878-1942). Des humanistes, des pédagogues ? Peu s'engagent comme lui, se dévouent [1], inspirent définitivement le genre humain.
Korczak... Ce pédiatre du ghetto de Varsovie, médecin de la misère, traverse le fracas nazi entouré d'une ribambelle de marmots, orphelins, qu'il aide, encourage, éduque et soigne. Fidèlement, généreusement, de manière construite (Korczak innove et modélise une pédagogie, intelligente et moderne). Puis vient l'enfer de la rafle. Quelqu'un intime au médecin de fuir. Mais il monte... L'homme accompagne ses petits protégés dans le convoi de la mort.
Il meurt à Treblinka (Pologne).
Il faut admirer cet homme. Digne, juste et humain. Il faut aussi lire son journal (posthume) du ghetto.
Korczak, en plus d'être un homme d'étude et de terrain (figure paternelle, éducateur, clinicien qui donc se penche [2] sur les cas personnels), Korczak est un penseur social et un métaphysicien de premier ordre.
Il se demande [3] pourquoi le collectif humain, si tant est qu'il évolue, se heurte systématiquement à la tentation de la violence massive. Comme pour accoucher de formes éthiques, organisées, fonctionnelles. L'épreuve est-elle obligatoire pour organiser la vie ? ramener l'homme social aux évidences ? le faire marcher ? D'ailleurs, l'homme - par sa cécité - a-t-il une destinée tragique, qui marque sa chair et engloutit fatalement ses enfants ?
Je veux dire combien Korczak, grand inspirateur, est nécessaire à tous.
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[1] Pédagogie - Quelques pionniers féconds, nécessairement hors-système (cf. homéostasie et logique organique des institutions) : Rudolf Steiner (1861-1925), spiritualiste post-romantique, inclassable, original (voir citations) quoique pétri des préjugés de son temps ; Maria Montessori (1870-1952) et aussi Célestin Freinet (1896-1966) ou Françoise Dolto (1908-1988). Voir d'ailleurs la théma.
[2] La clinique, en grec, c'est l'art de se pencher au chevet, à l'écoute de la détresse et des moyens possibles de soulager. Il y a, infuse, l'idée d'étude et de soutien de la personne.
[3] Précédant, en cela, René Girard, anthropologue et philosophe de la civilisation. Citation de Korczak (Journal du ghetto) : « Le monde est-il une transformation continuelle du mal, ou bien avance-t-il vers un idéal en allant toujours plus haut et plus loin au milieu de ceux qui tombent ? ».
[ Droits des enfants, la lumineuse contribution de Korczak | Korczak est un pseudonyme (personnage romanesque et nom de plume), il se prononce Yânouss Kortchâk | Korczak, l'hommage de Kurt Lewin (ici, théma Lewin) | sur la cécité de l'homme social, revoir le scénario noir - si fréquent - de la Tragédie des communs (Vaine pâture) | Apprentissage vicariant de Freinet, un modèle pour l'entreprise ? ] Read More
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Certains bouquins vous marquent. Mes chouchous sont là. Et, petit, j'en avais déjà de favoris, que j'aime encore maintenant. Ou pas. Parmi eux, le très joli Les Étoiles de Compostelle d'Henri Vincenot. Au fil des pages, ce Castaneda bourguignon (si !) parle d'un apprentissage qui se fait en marchant. En circonvolutant. En billebaudant, pour reprendre un de ses termes.
Il y a déjà Montaigne, au XVIe siècle, pour parler de l'activation de l'intelligence par la marche et peut-être même par le cheval. Et vingt siècles avant lui, les Péripatéticiens devisaient avec les pieds.
Si on regarde ça, on s'aperçoit que le mouvement fait entrer des choses. C'est l'actualisation de contenus latents et l'ouverture à l'imprévu : la mise en disponibilité. Ça ressemble au fait de vivre.
Le marcheur s'ouvre au monde et à ce qu'il est, lui. Les jambes motivent (mettent en mouvement) la tête et le cœur, elles convoquent l'intériorité. Et elles extravertissent ça. Et le mélangent au monde et aux autres. Ça vous revient augmenté.
Alors, y a-t-il des méthodes de formation qui fassent marcher, au sens premier ?
Dans les faits, c'est difficile. Le pédagogue est coincé entre quatre murs. Mais il y a quand même une marche mentale, qui peut ressembler à de la promenade (se mener devant de soi, se projeter - dans des chemins ou passages, en espagnol). Promenade vigoureuse ou promenade posée.
Ouais.
Je veux parler du panorama direct : la carte mentale. Vous avez là un édifiant exemple :
Fig. 1 - Cartographie mentale ou heuristique (mind map)
Et ce paysage sur papier (ou tableau) obéit aux lois de formation, de rétention et d'augmentation de la connaissance par le cerveau. La cognition humaine passe par la constitution de faisceaux, de grappes, bref d'assemblages neuronaux en réseaux. En étoiles. En toiles d'araignée. En bouquets arborescents.
Fig. 2 - La géniale invention du psychologue britannique Tony Buzan
Cette promenade imaginaire (narration visuelle, et sonore puisque formateur et stagiaires échangent) fait fonctionner ce qu'on peut appeler par commodité les deux hémisphères cérébraux : pôle de l'analyse et pôle de la synthèse (voir ceci).
Marcher devient possible.
Ajoutez à ça le fait de déambuler dans une branche ou une autre de l'arbre, et de revenir autant que vous le souhaitez au tronc (idée centrale), vous avez là des passages et repassages à la hausse (pour apprendre à chaque fois plus) : une revisite du passé, mais en mieux, comme une circulation. Symbole de la danse (mouvement sur place). Symbole d'élévation et, pour ça, de lien avec une base. Symbole de synergie : chaque re-passage entraîne un plus, comme un anneau de ressort, qui - vu de haut - semble toujours passer par les mêmes points du cercle. Mais à chaque fois un cran plus haut. Ou un grain plus large.
Connecter, visiter, marcher, apprendre et vivre.
Aaah, oui. Vivre.
[ Nine Inch Nails : The Downward Spiral ]
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