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 Dragon et léopard - 2e partieTue 19 Dec 2006
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Wonder-bras


L'on dit souvent, et moi le premier, que les projets se délitent avec le temps. Pourquoi ? Parce que, dans la plupart des entreprises, le lien s'émousse : les camarades du début deviennent des collègues (pff, ils râlent) et parfois des rivaux (grr, ils grognent). Vous vous souvenez de cette bon sang d'entropie ? C'est une force physique qui provoque, avec le temps, la disjonction et puis la dégradation d'un corps, d'un système. Il y a son symétrique, vous le connaissez : la néguentropie alias homéostasie ou force de cohésion (la fameuse résistance au changement). Elle agit comme un aimant inconscient. Mais il y a beaucoup mieux que l'homéostasie passive, grégaire. Il y a la communion autour de valeurs puissantes [1].

Encore une fois je convoque le cas Mondragón, où le prêtre José María Arizmendiarreta a créé une coopérative dans la Pays basque espagnol (1956). Il s'agit à présent d'un géant industriel dans une jungle mondialisée, qui embauche (si !) et qui enregistre de la croissance (dingue !). Quelques valeurs simples et une vision pour souder l'ensemble [2], ajoutez-y des cercles vertueux (ex. : mieux tu travailles, plus tu as de sous) et la machine ronronne.

Il y a aussi l'exemple de Def Leppard. Ce groupe de heavy metal anglais a connu son âge d'or dans les années 1980. Souvenez-vous :


Voyez aussi le live


Eh bien figurez-vous que leur batteur Rick Allen, à l'époque, a eu un accident et a perdu... un bras (1984). Vous vous rendez compte ? Passer du succès au handicap physique ? Et, plus concrètement, comment continuer à jouer ? Les gars de son groupe lui on dit : Ecoute, tu vas rester avec nous. On te garde et on va y arriver. C'est ce que j'appelle de la camaraderie. Vraiment. Le bonhomme a travaillé dur, avec son bras unique, et a construit un système de pédales pour augmenter son efficacité sur les toms (les caisses de la batterie). Que dire ? Bravo. Un corps qui fait corps, ça marche. Leur équipe pourrait, je pense, donner des cours aux grandes écoles de management.

Un principe (la camaraderie), une vision (tous ensemble, des tournées partout). Et du succès au bout. Moi je dis que c'est normal : un vrai groupe c'est ça. Et un vrai groupe, en management, ça marche.

Pour some success on me...
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[1] Forcément simples. Cf Marcel Dassault.

[2] La vision, qualité du Guide d'Yves Enrègle.

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 Le septième ensemble industriel d'Espagne crache du feu - 1e partieWed 12 Oct 2005
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Le septième ensemble industriel d'Espagne crache du feu - 1e partie [ Dragon-léopard - 2e partie >> ]

Stupéfiant. Autant Arte me déprime [1], autant hier soir, la chaîne franco-allemande m'a donné des élans de jubilation. Un cas réel de stratégie [2]. Et de management. Tout cela en prise avec les valeurs humaines : un cas complet d'éthique, en somme. La coopérative industrielle basque espagnole Mondragón est un ovni. Un ovni qui pèse tout de même ses dix milliards d'euros de chiffres d'affaires (données 2004).

Etrange Mondragón. Regardez plutôt :

1. 40% des bénéfices de l'entreprise vont... aux salariés (si !),

2. le nombre de grèves, depuis cinquante ans (date de création), stagne à zéro [3],

3. le groupe s'est payé le luxe, dans un secteur réputé sinistré, de recruter plusieurs dizaines de milliers de salariés supplémentaires... en moins de dix ans [4] .

Je vous le disais : un ovni.

Décortiquons ce qui 'fait' Mondragón :

1. des principes humanistes bien trempés, coulés dans le code génétique de l'entreprise par le fondateur, le père jésuite José María Arizmendiarreta, véritable visionnaire, instigateur d'une spiritualité alliée au travail et à la reconnaissance des hommes [5],

2. une ventilation des profits plus qu'originale : outre les 40% qui profitent directement aux ouvriers coopérateurs (tous le sont), quelque 10% financent des oeuvres de charité ou de formation (les 50% restants consolident les provisions, réserves et investissements lourds de l'entreprise),

3. un directeur général qui gagne seulement huit fois [6] ce que touche un ouvrier en moyenne,

4. une association de deux instances décisionnelles, à savoir l'équipe dirigeante d'un côte et le conseil des ouvriers de l'autre, qui - dit-on (et c'est quasi unique au monde) - collaborent à merveille [7],

5. une université technologique forte de plus de quatre mille étudiants, financée par Mondragón, à grands coups de millions d'euros (vingt cinq nouveaux millions seront injectés d'ici 2010). Résultat à l'américaine : le groupe industriel s'appuie sur un pôle de recherche et un vivier de compétences pointues. Les deux univers travaillent la main dans la main.

Un paradis ? Certes plus qu'à Hewlett-Packard.

Une panacée ? Cela dépend. Le premier bémol concerne la lenteur décisionnelle : la concertation - eu égard aux habituels délais industriels, particulièrement vifs - est 'chronophage' à l'envi. Demander l'avis de tout le monde, cela prend du temps [8]. Second bémol : la culture. Ce qui fonctionne au Pays basque - pour des raisons de vie séculaire aux côtés des coopératives - risque d'achopper sur le socle des pratiques de... nos pays. Je veux dire ceux-là même qui licencient, perdent du temps dans une lutte des classes délétère et laissent leurs parts de marché aux concurrents.

Mondragón ? Presque trop bien pour nous. Quoique... Un sursaut de notre part est (presque) toujours possible. Hardi les gars.


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[1] Contrairement à France 5, qui m'enchante.

[2] Synonyme de politique industrielle (Qui conquérir ? quand ? au moyen de quels facteurs-clés de succès ? quelles technologies mettre en avant ? comment rassembler l'offre en un tout cohérent, offensif, profitable ?).

[3] Qui a soufflé 'SNCM' ? Rôôô, c'est méchant.

[4] Effectif actuel : 70 844 salariés (fin 2004).

[5] J'y vois une parenté avec la Jeunesse agricole catholique des années 1940, qui a - entre autres - formé ce jeune résistant plein de fougue, d'ambition et de pugnacité, futur pilier du syndicalisme agricole et champion de la cause paysanne, ami des chefs d'Etat et - au final - éminence grise de bien des gouvernements, qu'allait devenir mon grand-père Marcel Bruel.

[6] Voir - en comparaison - le salaire des PDG de groupes équivalents (chiffres 2003).

[7] Quel plaisantin a re-soufflé 'SNCM' ?

[8] Envisager tout de même le gain de temps... en aval : la concorde décisionnelle, et son précieux corrolaire qu'est l'adhésion individuelle, est un ciment interpersonnel, qui améliore l'ambiance de travail et 'booste' habituellement l'implication - présentéïsme, qualité réalisée - au zénith de l'efficience. Cf. motivation.

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