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 Et alors ? — 6e partieMon 15 Aug 2011
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[ < 5e partie | théma Foi | 7th part > ]

Et alors, qu'est-ce qui est loupage ? uh ?

(Je parle encore ici de foi.)

Qu'est-ce qui loupe ? hein ? Dans ma vie, ce qui loupe est évident : c'est ça. Parce que c'est de la foutue chair [1] : imagination, religions, rêves impossibles, mysticisme à trois francs, infantilisme à la gomme, paradoxes en cascade, délires divers, confusion, injonctions étouffantes du psychisme, particulièrement en période de deuil ou de surchauffe (foutue honte ; et foutus Tu dois).

Et la chair, c'est ça. La mienne à moi.

Il y a autre chose ? Un truc qui loupe encore ?

Mouais : d'après la Bible. Il y a la nature humaine, en tant que telle : y'a le sarx [2]. Et ça c'est universel.

Ce sarx ? Choix d'Adam (ce sol inerte qui, par l'amour et le modelage, vient à la vie) et d'Eve (vie, en hébreu). Tout le monde s'en souvient : les premiers humains choisissent de faire le business eux-mêmes (bienvenue au club). Et dans le libre arbitre, eh bien la grâce s'efface. Communication breakdown (cf. drame de Caïn et Abel). La vie disparaît. (Ouais.) Seule vient la conscience : la conscience du bien et du mal. Conscience plus que trouble (culpabilité, hyper-religiosité, absence criante d'empathie à l'égard du prochain — ce qui, d'ailleurs, se marie très bien avec l'obscurantisme).

Vrai bordel.

Voilà le coeur. Voilà le mien. Voilà où tout commence : nature humaine. Condition anthropologique. Constat de départ. Bon sens. Tutti quanti.

La vie, la vraie ? Nada. Juste un bordel.

Et alors, il faut en appeler à Dieu ? Oui et non. Le non, c'est quand on a la tentation (moi, c'est toutes les quatorze secondes) de regarder derrière le rideau :



Fig. 1 — Behind the curtain, Wax Tailor


Et ça, c'est super naze. (Un bordel.) Bordel qui prive de souffle, qui prive de liberté, qui prive de vie.

Mon ami David Ballantyne dit que s'imaginer pouvoir ployer la puissance, la vision, l'amour, la souveraineté bienveillante (et l'implication) de Dieu sous notre besoin de contrôler, de voir, de vérifier, en clair que tout ça mène à une (je le cite) certaine mort (revoir le cas emblématique de cet homme qui est fort par la chair). Cet esprit de maîtrise ? Une privation de vie pour le coeur, qui — lui — a besoin de sources vives, de clarté, de confiance et de grâce (communion réelle).

Ce que Dieu donne, je le confirme, change vraiment de ce qu'on Lui demande : j'en suis témoin.

Mais je préfère une vraie vie qui vient de Lui qu'une illusion. Qu'une douce et agréable conscience. Qu'un infantilisme. Qu'une bouche pleine de rapines. Que des mains dégueulasses avec une auréole au dessus du bulbe. Qu'un principe de désir plein de rêves bleus et de religiosités douçâtres. Qu'un bordel de pharisien. Que ce que tu veux...

Je suis incapable de supporter ce qu'Il me demande d'endurer. Mais je Le préfère à toute illusion : ce que j'aime, c'est son côté trash et paternel. Religieusement incorrect. Asskickin'. (Là ouais.)

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira. (Ca, ça pète.)

Alors je fais quoi ? Je suis sincère : Mon Dieu, ce que Tu me fais m'écoeure, c'est du niveau du premier ... [ censuré ] venu — Excuse-moi mais c'est Toi qui conseilles la sincérité.

Crois-le ou non, ça me soulage. (Parfois.)

Je sais, encore une fois, que Dieu vomit les tièdes.

Moi aussi : je maudis ma tiédeur.

Et moi aussi j'ignore tout de tout.

Je sais juste (quand la lucidité me fait le plaisir de demeurer dix minutes) que je veux Sa vie. Celle qui réchauffe comme un soleil. Ou donne la fraîcheur de la magnifique eau vive.

Jean 7:38, bordel. Jean 7:38.

Boire. Boire en vrai...

Le reste n'a qu'à se regarder les fesses. Et sans moi, les cocos. Sans moi.

(Moi je veux boire du frais.)

__


[1] & [2] Sarx en grec. Plus que le corps humain (ou une quelconque sensualité, ou encore les pulsions), cette chair est souvent celle... du coeur. Le coeur discerne mal où Dieu veut en venir. (Le coeur, c'est l'intériorité dans la Bible.) Plan de Dieu ? Impossible à saisir. Pourquoi ? Parce que le coeur a des attentes, une logique, une intelligence, des expériences et un vécu qui troublent tout. Le coeur est confus : La perfection n'est pas de ce monde, rappelle l'adage populaire.

[ Wax Tailor : tellement joli ]


 Patience - 20e partieSat 10 Jul 2010
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[ < 19e partie | archivage automatique du billet sur la qualité perçue | thémas Europe & Hongrie | 21e partie > ]

« Les intolérants ? Bruyants, engagés [...]. Ils sont infatigables. »

Shimon Peres

__

Et toujours cette impression. Elle est là. Ok, c'est l'été : le soleil chauffe. Et la vie s'active : Budapest est belle. La vitalité pulse de partout. (D'accord.) Mais toujours ces gens. Vous les connaissez, l'Europe les connaît, l'Histoire les connaît.

J'ignore si c'est de gens qu'il faut parler ou bien d'autre chose. D'une puissance. Alors, court instant sur les gens, ok ? Regardez-les. Des groupes (quelques uns). Et toujours cette démonstration de puissance : ils ont des chemises brunes [1].

Les plus vieux, visage triste, avec des drapeaux. C'était il y a quelques jours, là. Qui convergeaient au centre ville. Avec des tenues militaires, des ventres gras, des rêves de chômeurs. Et les plus jeunes, aujourd'hui. Le N, le A, le Z et le I sur le torse. C'est vrai qu'il y a une minie Gay Pride quelque part par là : ça sent le coup de force.

Que fait la police ? Rendőrség amorphe ?

Je l'ignore. Ces choses me déconcertent. Comme me déconcerte une mouche sur une charogne. Ou sur une déjection. Il est des trucs qui dépassent. Ou donnent envie de partir. Ou de combattre. Ou de vomir. Ou de prier.

Ce qui me vient, c'est un référentiel plus haut, quelque chose qui m'apaise et me donne des percées. Des soulagements. Des explications. Du grain à moudre. Je repense à l'apôtre Paul, qui rappelle que le genre humain — sitôt qu'il se tourne où il faut — n'a pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes.

Le fascime en est un.

Il est irrationnel, carnassier, manipulateur, larvé, violent.

Le chômage en masse de ces deux dernières années d'épreuves, ici, en Europe centrale, est une explication. L'autre explication : une adhésion numineuse [2] à un esprit méchant, à une envie d'en découdre. A une frustration [3].

Tout ça pour quoi ?

Tout ça pour parler d'un accouchement. Ce monde, ici, accouche de lui-même.

J'aime la Hongrie.

J'ai confiance.

Tout le monde préfère la vie à la mort.

La beauté à la laideur.

L'envie de se projeter.

__

Beauté, vraie vie — Ah, heureusement qu'il y a Vodku :)

[1] Revoir minorités persuasives et capacité d'une poignée à concrètement occuper le pavé, la scène et les esprits.

[2] Le terme est de Jung.

[3] Qui appelle toujours une demande de considération (via les strokes). Ou bien de la violence — cf. l'excellente analyse que dresse le policier Christophe Caupenne de la motivation des preneurs d'otages, en pleine recherche (sous stress) de bénéfices secondaires. Pour une réflexion sur la violence comme acte de fondation d'un groupe humain, il faut relire René Girard.

[ La patience, je trouve que c'est Nouwen qui en parle le mieux | racisme en Hongrie — Et encore, me dit Nico, tu verrais en Russie... ]

 2010 choses - 4e partieFri 25 Dec 2009
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[ < 3e partie | thémas Foi & Risque ]

Or, il y avait une femme...

Distinguer, envisager, désirer, planifier, frayer, agir, persévérer


Mille choses (eh oui) : une foule de choses à vous dire. Alors, l'entame - Par quoi je commence ? Denis Morissette, ok. Ensuite, je vous parle de la qualité, chose différente.

1. Morissette, pasteur canadien francophone, est conférencier. Dans la voiture, quand les défis personnels m'assaillent (ou me stimulent), eh bien j'écoute deux de ses travaux touchant à la foi. Riches, profonds. Pragmatiques, etc. L'un porte sur Moïse, l'homme timide, l'homme trouble, l'homme qui marche. L'autre concerne la femme qui souffre d'un écoulement sanguin continu : femme hémoroïsse.

C'est intéressant : la foi de cette femme - pour Morissette - diffère de la simple demande ou de l'angélisme ou du mysticisme passif ou de l'infantilisme. C'est même l'opposé de tout ça. C'est une force en action.

Dans une conférence toulousaine sur Marc 5:25-34 (2008), le Canadien articule cette foi forte autour de sept pivots. Les quatre premiers sont internes, ils relèvent de la prise de conscience. Trois derniers ? Des actions, qui extravertissent. Des risques donc.

Regardons ça. La femme conduit son cœur selon sept étapes :

1. Entrevoir la solution (ici, Jésus, qui guérit : il y a un espoir, une amorce de Et si...), 2. taire l'abattement qui brouille, entrave, étouffe et décider sur cet appui de penser en vrai, en termes de percées, de solutions concrètes, 3. savoir clairement ce que l'intimité veut (la guérison, le salut, le mieux précis - notion de désir adulte, qui s'assume, se donne le droit, vise), 4. élaborer une tactique, planifier une mise en oeuvre (Si je fais ça...), 5. se frayer un chemin (quelles que soient les réactions sociales) en direction du mieux, 6. passer à l'action, s'approprier la guérison (ici, toucher le vêtement de Jésus), 7. persévérer, assumer son pragmatisme, sa conviction, son envie, sa confiance. Dans le temps, au fil des obstacles. Ou des encouragements. En clair des émotions, des retours, du vécu.

Oui.

Pour Morissette, la foi diffère des constats de départ (diagnostics rationnels, tristes et porteurs de doutes), elle diffère aussi du fil fluctuant des émotions, des cahots de l'âme.

Elle est à part. Elle provoque.

Marcher ? Courir ? Risquer ? S'approprier ? Avec peur peut-être (ou réalisme), avec courage à coup sûr : c'est l'engagement. Pas à pas. C'est la conquête : Ta foi t'a sauvée. Mieux que guérie : sauvée.

La foi marche à l'envers du monde : c'est croire puis voir ensuite. C'est prendre un risque : celui d'avancer, de confier, d'aller bien.

De vivre.

Alors bises à chacun d'entre vous. Et excellent Noël !

__

[ La femme hémoroïsse (épisode) découle du cycle de conférences La vie - MP3 ]  Read More


 La colline a des yeux - 3e partieTue 15 Sep 2009
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[ < 2e partie | thémas Foi, Peur, Stress intense & Motivation | archivage automatique du billet sur les indicateurs stratégiques | 4e partie > ]


Combattre à poil
- Ou comment je fais, dans la vie, quand c'est
dead, mauribond, hors de portée



Comme un général. Un général avant la bataille, en reconnaissance du terrain : de la réalité. En vrai.

C'est ça.

1. Peut-être vous en souvenez-vous : pour dérouiller, moi, j'ai besoin de voir l'ennemi dans les yeux. Là. (L'ennemi : les lieux, le terrain, le contexte.) Je prépare la campagne. Et la vis.

Quitte, et c'est la clé, à vivre un parcours du combattant. Une mort. Une horreur.

Quitte à pleurer, quitte à me liquéfier.

Mais j'aime le voir, le toucher, le goûter, le digérer. Ce terrain, vous savez ? Cette montagne folle et démesurée. Cette impossibilité. Alors je la mesure, alors je la vis. Je la subis : me la mange dans la poire. (Et jusqu'au bout.) La montagne ? Je la laisse m'engloutir. (Elle est lourde.) Et l'enjeu me recouvre, me morcelle, me tue et me dit en vrai : Tu as bien raison, c'est impossible. (Ça sussure.) Alors je meurs - C'est douloureux, de mourir. Je meurs à mes illusions de toute-puissance. À mon manque de réalisme. À mon infantilisme. À ma candeur.

Qui s'éboulent.

J'aime (non, je déteste : c'est plutôt un besoin), en clair je passe par une mort pour conquérir. Sabre au clair. (Quand c'est désespéré, comme ça se produit parfois.)

Ce qui me fait peur, je le regarde. Je le touche. C'est comme un loup. Loup féroce, ultime, fantasmatique, qui met en pièces, ravage le ventre. Dans ce qu'il a de factuel ou de fantasmatique, justement, je laisse l'échec travailler en moi. Travailler librement. C'est éprouvant (éprouvant oui et non, je suis également spectateur du vécu ; je peux en sortir, m'y replonger, j'en suis libre). Et comme ça, ça se fait : le pire passe. Le pire se passe. Et il le fait avant. Il le fait en moi. Une fois pour toutes. En avant-première.

Ce pire, il avance sur le chemin, dans le terrain : j'ai l'impression de plonger dans la matière, ce matériau de l'action. Ce pire, il dit la vérité. La vérité, c'est que j'ai peur. Peur de mourir. Voir (ressentir) que j'ai peur d'échouer (de mourir), ça me fait vivre la douleur. Une fois vécue, la morsure folle est là. Pourquoi la redouter ? M'a déjà tué. Déjà digéré. (Ok, je la re-digère en retour.)

Garce d'épreuve.

Ça me fait entrevoir non pas le pire (si : échouer, c'est le pire), mais le possible, la limite, le fracas, la panique. Ce que tout en moi occulte et fuit. La réalité. Mieux : la vérité (le vécu intime, brut). La vérité de la mort. Vérité du chaos (boule au ventre) :




Fig. 1 - Un bon guerrier, il est déjà mort,
alors il est disponible à la vie, ici au combat

[ Gladiator, Ridley Scott (2000) ]



En connaissant - par l'esprit [1] - ce que je risque en vrai, eh bien comme ça c'est fait : ça me communique le pire. Connaisseur de ça, j'enchaîne. Je renais. Je fighte. Je découpe. Je larde. (Terminé.) Action. Action forte. Confiance (confiance prudente : trempée de discernement). Courage, plutôt. Mmh, action (oui). Comme une force qui sort. Et qui connaît.

C'est ça.

Un mort n'a plus peur de mourir. Un mort s'en fout. Un mort peut tout. (Tout est accompli, déjà fait.) La résurrection, et son puissant cortège de floraisons (conscientes, inconscientes) parcourt et envahit le terrain : je deviens bon. Je suis bon. Je bondis. Je me surpasse.

Je vis.

Je parle évidemment là des grosses épreuves. Les rares.

Ces trois derniers jours, je les mets là-dedans. Catégorie plus-plus. Et deux livres m'ont tenu. Deux livres et un chant.

2. Les livres :



Le premier, c'est - toutes versions confondues - le recueil (et même l'écrit) le plus traduit au monde [2] et c'est de Josué, son sixième livre, que je compte ici parler.

Le second ? Une référence en matière de leadership. C'est un bouquin que Charles me fait passer, un don probable de la main du regretté Tremendous. Charles fait ça pour m'encourager. Lisez en particulier, je vous le conseille (en anglais simple et limpide) : How can a plane have an attitude? (p. 14).

Un régal.

Passons à Josué. Plusieurs passages enseignent la notion de combat spirituel [3]. Et il y en a un qui particulièrement me parle, il s'agit de celui de la colline (si !) aux Prépuces. Il parle (chap. 5) d'épées : Fabrique-toi des épées de silex, dit alors Yhwh à Josué, et retourne circoncire une deuxième fois les fils d'Israël. S'étant fabriqué des épées de silex, Josué circoncit les fils d'Israël sur la colinne aux Prépuces (traduction Bayard - autres versions, en ligne).

Plusieurs choses sortent de là. J'en vois une (et vous me direz) : un guerrier doit peut-être se laisser consacrer (ici, sens de la circoncision - voir en corrélat Galates 6:15 et Colossiens 2:11), il doit encore et surtout permettre à Dieu de l'éprouver par l'épée. Fût-elle une réplique, en silex, ou une préfiguration de celle qu'il doit utiliser. Il doit donc mourir (et ici dans sa virilité) pour pouvoir vivre au combat. Subir le tranchant (avec la peur qui va avec) pour ensuite le manier : être ensuite efficace. Immunisé.

En fait, c'est perdre pour gagner. C'est d'abord avoir peur pour ensuite :

| gagner en réalisme (en préparation) ;

| gagner en liberté (en disponibilité, en courage au combat).




Fig. 2 - To live is to die
[ Metallica - And Justice for all, 1988 ]



Allez, j'en termine. Voilà le chant qui, depuis dimanche, me porte :





Et voilà que me reviennent les larmes...

(Un bien fou.)

God bless.

__


[1] Cf. Cinéma intérieur (PNL, théma).

[2] Cette Bible Bayard est belle. Et bien écrite (simple). Pour autant, beaucoup d'autres traductions ont de la valeur. Il faut simplement faire attention : les versions catholiques comportent des apocryphes que même saint Jérôme (v. 340 - 420) déconseille. Ce sont des ajouts tardifs, forts différents (donc bien en dessous) de l'originalité, de l'essence et du souffle bibliques.

[3] Ceux qui, ici comme ailleurs, voient là un encouragement au combat physique sont des bouffres. De pauvres gens. Des violents (relire d'ailleurs le grand Girard). Des personnes ignorant tout de la Bible. Ils vivent dans le trouble. Ou pire, ils lisent (donc interprètent) avec des fantasmes de violence, des penchants malsains que tout à leurs yeux (je dis bien tout), justifie quand même. Lire, pour se recentrer : Luc 10:21 et 1 Jean 4:8. (Des classiques.)


 Par foi, souvent - 3e partieFri 24 Jul 2009
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[ < 2e partie | thémas Bouquins & Foi | archivage automatique du billet sur Mohamed Ulad Mohand, étonnant producteur TV ]


L'homme ne vivra pas que de business

(Anonyme)


La foi. Oui. La foi, la confiance, si différente de la religion (traditions). Tout ça dixit André Frossard (1915-1995).

L'auteur de Dieu existe, je L'ai rencontré, citant l'étrange Bernanos (1888-1948), rappelle que les convertis sont encombrants. Encombrants pour les institutions : religieuses, culturelles, sociales [1]. Les convertis ? Comme leur nom l'indique, ils transforment quelque chose : leur propre matière, eux-mêmes, leur coeur. Et ils attribuent ce changement fort (qui va jusqu'à baigner le monde, le reconfigurer à leurs yeux), eh bien ils l'attribuent à l'extérieur. À un agent qui les dépasse. En stature peut-être, encore et surtout en qualité : disponibilité, hauteur de vues, présence réelle au monde. Et, croyez-le si vous voulez, c'est un agent... qui les aime. C'est-à-dire qui prend le risque à leurs côtés. Et les soutient [2].

Le coeur, pour les convertis comme pour les autres, c'est la sensibilité, l'intimité qui perdure : c'est - pour citer l'Écclésiaste (et faire une boucle vers Don Richardson) - ce qui pressent l'éternité [3], cet état, ce vécu qui dépasse même la mort. Et ressemble donc à l'amour (voire se confond avec lui, ou procède d'une même source). L'éternité ? Le coeur la recherche, en mode actif ou par aspirations (plus ou moins conscientes, plus ou moins fructueuses - cf. recours aux idoles). Alors ce coeur, il va vers quoi ? Mmh ?

Le mien va vers ça, en dessous. Je veux dire que ces bouquins m'apportent des trésors :



Je leur ajoute La Croix et le Poignard (David Wilkerson), de même que The Incredible Power of prayer (anglais très simple à lire) de Roger J. Morneau. Reprenons Wilkerson (livre de ma fin d'adolescence) et ajoutons, côté témoignages, l'incroyable Miracle sur la rivière Kwai du vétéran Ernest Gordon (1917-2002), ouvert aux expériences les plus extrêmes. Une beigne. Digne de Papillon. Bouquin parallèle au film Le Pont de la rivière Kwai (mêmes faits).

Mention spéciale à Corrie ten Boom aussi. Son Dieu en enfer (The Hidding Place) - qui glace le sang - montre qu'on est loin (bien loin) de la guimauve. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment [4], après Ravensbrück, on peut trouver la force d'avancer ? (Bouquin sublime, bouquin ultime.) Le Rentrer chez soi d'Henri J.M. Nouwen [5] est un très beau condensé de théologie : logique, touchant et simple. On y comprend... tout. Il y a aussi, sur la question de la Trinité, le bel Évangile de Jean (individu qui a connu Jésus de son vivant), traduit par Jean-Yves Leloup. Une sage autorité (atypique, documentée) s'en dégage.

Le Business Unlimited de J. Gunnar Olson ? Affaires sans frontières, en français ? Il m'a « juste » aidé à vivre pendant 4 mois.

Allez, je finis avec L'Éternité dans leur coeur de Don Richardson. Livre-beigne aussi.

Mais ça, vous le savez ;)

__

[1] Ce qui, anthropologiquement, participe du même socle, voire se maille dans les approches et se confond. Cf. idéal de transversalité, à l'instar de ce que font par exemple Edgar Morin, Boris Cyrulnik ou Joël de Rosnay.

[2] Dieu serait-Il Promoteur ? Persévérant ? Empathique ? Débat stérile, mais drôle et ouvert.

[3] Pour les chrétiens, la juste appréciation de l'éternité (sa juste canalisation, comme si c'était une aspiration, un besoin, voire une pulsion) passe par l'expérience, ici et maintenant (ou progressive), de la résurrection. Celle-ci donne sa pleine mesure à la vie. Elle lui fait passer un cran, la sort non pas de ses contingences (ici-bas, les épreuves et la frustration), mais de sa vanité. De son creux. De son à-quoi-bon. De sa solitude intrinsèque. Là, tout change : c'est beaucoup plus qu'un espoir, beaucoup plus que des modifications, c'est un royaume qui vient (comme dans le cas de Naaman ou de l'eunuque de Candace). Un nouvel ordre qui s'installe : une transformation (un réveil, cf. Degré 2). Qui ouvre au monde et au prochain (sorte d'horizontalité). Et qui ouvre à la Source de vie (verticalité stimulante). À l'explosion fraîche et vivante.

[4] Même si le contexte diffère du tout au tout, le pasteur palestinien Maron peut expliquer comment vivre. Le pardon personnel, en temps de guerre, il connaît bien.

[5] Nouwen exprime une lecture particulièrement proche de celle de Girard, pour qui la racine du mal humain, c'est la convoitise : jalouser l'autre. Ce mauvais Animus (peur de la perte) exerce un contrôle morbide sur autrui. (Revoir ce pauvre Abel.) Pour affaisser ce pouvoir (terme de Nouwen), Dieu choisit l'impuissance : il décide de détruire le leurre et sa logique... de l'intérieur.

[ Je suis protestant (2 % de la population française, l'un de ses berceaux, et 9 fois plus... en Corée du Sud), en même temps mes écrivains catholiques préférés sont Frossard et François Mauriac - de même que j'aime le photographe Joël Peter Witkin (eh oui - voici d'ailleurs mes photographes favoris, attention not safe for work, NSFW) | autre sujet - La grâce serait une synergie (rencontre, mélange énergétique) entre amour et liberté (Qu'en dites-vous ?) | l'amour, lui, pourrait être le carrefour vif entre contingences et liberté, c'est-à-dire risque volontaire (engagement) et dépassement de la mort (qui est repli, séparation, peur) : engagement, tiens, oui c'est ça - ou fidélité, ou attachement inconditionnel et confiance (Any idea, mmh ?) | who Nouwen was, video | Nouwen aidait les déficients mentaux | Corrie ten Boom, the museum | Ernest Gordon, personnage-choc pour le musicien Paul Adams | Bad Lieutenant, plus grand film sur la rédemption ? Interview de son réalisateur (inclassable) Abel Ferrara | j'en finis avec la convoitise - pour le pasteur toulousain Marc Sportiello (voir notamment ceci), la convoitise c'est la torsion (fantasmatique, cf. imagination ou cinéma intérieur - ou bien physique, avec passage à l'acte) du territoire, du droit, des prérogatives ou de l'objet de jouissance de quelqu'un (voir Ouriah - Urie le Hittite), c'est - dans la lignée de Girard - prendre à soi ce qui est à quelqu'un d'autre ; revoir les Chaises | la convoitise, c'est la même mécanique stratégique (de focalisation, de mise au point, d'investissement projectif, de ténacité désirante et active) que la foi, à ceci près que la foi se choisit un objet constructif, un agent d'extraversion : en dehors de soi | à présent, soyons fous avec un peu d'humour - j'aime, et vous ? ]  Read More


 L'effet NathanThu 24 Jan 2008
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[ < thémas Paraboles et Symboles | catégorie Coaching | archivage automatique du 6e sens chez les Bambara du Mali, à savoir le sens de l'orientation, de la situation personnelle dans la trame et l'écoulement du monde | mots-clés, permalien, commentaires ]


Cette contribution est (c) - Merci


Nathan est un prophète de la Bible. Vous le connaissez ? L'Histoire situe sa vie environ 1 000 ans avant notre ère. Un épisode de Nathan - dans la culture occidentale - est familier, je vous en parle après.

Premier point. Envisageons les métaphores, si puissantes qu'elles saisissent l'intériorité humaine (tous les peuples y recourent). Si bien que la PNL, dès le XXe siècle - et avec plus ou moins de bonheur - considère la narration symbolique comme une voie d'illustration peut-être, mais aussi d'édification et de compréhension pour autrui (comme un éclairage). L'étymologie de la métaphore suggère que ladite notion revêt un sens qui, d'emblée, dépasse et nous porte ailleurs. Un sens caché se développe, renforcé par le détour, généré dans sa pleine puissance : une voix nous parle. Voir le billet qu'Absara consacre aux paraboles, ici.

Car tout est là, dans le déplacement, dans le changement du point de vue. De l'angle.

Je reprends l'épisode de Nathan. Et c'est directement dans la Bible (2 Sam 12, ici traduction Louis Segond) qu'on comprend à quel point le bonhomme sait y faire :

« L'Éternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui, et lui dit : - Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et des boeufs en très grand nombre. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée ; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants ; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses boeufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui ; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.

» La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan : - L'Éternel est vivant ! L'homme qui a fait cela mérite la mort. Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié.

» Et Nathan dit à David : - Tu es cet homme-là ! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je t'ai oint [désigné, ndlr] pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül ; je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon. »

Terrible. Cet épisode est célèbre, où David prend la pleine mesure d'un meurtre qu'il a fait commettre sur un de ses soldats, pour voler sa si belle femme. Le pauvre Urie est mort. Et la brebis de la métaphore, tout le monde le comprend après, c'est Bath Schéba, l'épouse tant convoitée. Dur. Et il est fort à parier que si Nathan avait fait à David un reproche frontal, ce dernier s'y serait fermé et, outré, aurait envoyé le prophète à la mort.

Brrr...

La valeur de la métaphore nathanienne, c'est qu'elle contourne l'égo de l'auditeur et convoque directement ses valeurs personnelles. Et son discernement, au sens entier. On voit David se mettre en colère contre le riche sans-gêne, qu'il juge directement criminel.

Que dire ? La métaphore, c'est ça, c'est un para-récit, qui dit sans dire : il contourne une difficulté (difficulté à s'identifier à soi-même) et fait ainsi mouche. Un dévoilement a lieu : les mots qui remplacent ceux qui font mal délivrent directement le sens. Et c'est l'impact.

So what? Hier, une personne m'appelle. Et me dit les difficultés qu'elle a à se préparer (et à se réjouir) pour un cadeau professionnel que lui fait la vie. Comme si la gratuité de cet événement faisait problème. Connaissant bien cette personne, je l'engage à considérer la jouissance que c'est, la vie faisant parfois des cadeaux, parfois pas (il faut se saisir de ça). Mais la personne hésite, complique (semble-t-il) et finit par achopper, confiant la mise à profit future au hasard, qui tranchera lui-même, par une disposition de type je-verrai-bien-je-sais-pas-trop.

Incroyable.

Nous prenons alors congès. Puis je rappelle quelques minutes après en disant : - J'apprends, et c'est fou, que j'ai rendez-vous avec mon maître en management : Kenneth Blanchard ! le grand ! le gourou ! l'unique ! je suis tout excité. Mais c'est mon pasteur américain qui a préparé l'entrevue et, pour être franc, il m'arrive de ne pas toujours être d'accord avec son protestantisme : pour moi c'est un problème.

Un mot jaillit de mon interlocuteur : - Mais tu es c... ou quoi ?!

Je réponds, souriant : - C'est une métaphore. Cette histoire est une invention de ma part. Bonne journée !

Je raccroche.

Et juste avant, j'ai entendu comme une voiture lancée à pleine vitesse et qui s'arrête d'un coup.

Life is a feast. Passez une excellente fin de semaine.

[ Jacques Lacan et la métonymie psychique, un déplacement | revoir les systèmes de défense du Moi | ce que nous appelons la réalité comporte une multitude d'angles (sensations, interprétations) pour vivre ce grand tissu changeant (complexus) qu'est le monde | dévoilement, éloignement des enveloppes : apocalypsê en grec ]


 Confiance en soi - 4e partieSun 25 Feb 2007
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Regard, signe de Caïn et racines de la motivation profonde


Consideration, ça c'est le terme anglais. Un excellent terme : englobant, évocateur, précis. Prenons son sens, qui a peu ou prou les mêmes attributions en français. La considération, c'est central : considérer quelqu'un c'est poser un regard sur lui. C'est montrer qu'il existe. A lui, aux autres, à moi (trois dimensions).

Pour rappel, le management de la motivation met en mouvement des parties-prenantes, des travailleurs. Comment ? En activant les ressorts qu'ils ont en eux (ce qui les rend humains et en même temps uniques) et en fournissant quotidiennement la clarté des visées et aussi le bonne ambiance collective de sécurité et d'émulation (aller loin, aller ensemble, dépasser les blocages naturels, tranquillement). Fournir les moyens intellectuels et socioémotionnels de la réussite.

Le management de la motivation est un management de la considération. Considérer, c'est stroker (marquer l'autre d'un signe), c'est montrer une attention [1], c'est démontrer, c'est donc prouver qu'il existe. Si donc j'existe, je peux me projeter dans le temps, estime le collaborateur. Il y a une place (une chaise) pour moi, je peux me mettre en mouvement, je peux agir (ici, exister, me mettre en dehors de moi) : je peux travailler, produire un fruit.

Je peux travailler si l'on me considère. Je peux travailler si l'on me regarde, je peux travailler si l'on me dit ce qu'il faut faire. Un bon manager respecte mon expertise dès que j'en ai une, me laisse de l'espace quand j'en ai besoin, m'aide quand je le demande. Je peux travailler quand quelqu'un de bienveillant me rappelle ce qu'il faut éviter, à temps, et me félicite à chaque fois que je réussis quelque chose. Même des choses petites. Il me stroke (système de signalement et d'ancrage) de bonnes choses.

Considérer quelqu'un, c'est lui fournir un ou plusieurs éléments de tout ça, en fonction de sa mâturité. Pour ça, Kenneth Blanchard a mille fois raison. D'une part pour le primat qu'il accorde [2] au contact individualisé (réprimandes-minutes, félicitations-minutes). D'autre part pour le régime communicationnel (intellectuel et émotionnel) qu'il différencie selon les besoins du travailleur en marche, du travailleur qui gagne en mâturité. A chaque personne [3], un régime différent. Pour seulement une minute par jour et par personne, rappelle le gourou du management. Investir dans l'humain, voilà la plus utile des façons de gagner le défi de la rentabilité durable.

Blanchard est puissant. Le regard du manager (du motivateur) est un regard de discernement. C'est aussi un regard d'encouragement : vous êtes capable du mieux, je vous le montre en reconnaissant vos réussites successives. Le regard du manager suscite un beau regard intérieur : un regard de tranquille lucidité, un regard de capacité, un regard d'amour propre, de sain respect de soi (par opposition au harassant perfectionnisme).

Je termine sur le magnifique travail de Jean-Marc Dupeux, aumônier général des prisons (bulletin audio) et fournisseur de regards bienveillants. Même un détenu (frappé, à tort ou à raison, d'ostracisme) peut changer son regard sur lui-même. Et donner ensuite le meilleur de lui-même.

Un bel espoir pour les équipes humaines.

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[1] Un tel signe est une protection. Cf. le signe de Caïn. Selon la Bible, Dieu protège et apaise, par opposition à l'accusation permanente, qui frappe, sape et détruit. Voir ceci. (Mmh, l'article de Wikipedia est bourré d'erreurs.)

[2] L'on sait, grâce à Michel Crozier, combien le manager français rechigne à rencontrer ses sbires.

[3] En outre, le consultant Bruno Dusollier explique à merveille quelle langue parler au profil psychologique que vous avez en face de vous.

[ Le regard est un discernement (A qui vais-je donner quoi ?), le regard sur l'autre est de toute façon un signe de reconnaissance, ce type de regard (s'il est bienveillant) amorce chez lui un amour propre tout à fait salutaire au travail, à nouveau le discernement fera de belles choses : la boucle est bouclée | communication - ce qui fait changer une personne | le psychothérapeute Georges Romey estime que la présence d'un regard parental (vrai ou supposé) chez l'enfant détermine une partie de sa future capacité à réussir (viser quelque chose de conforme à ses envies et puis l'atteindre) | le regard est un faisceau de vecteurs, qui bâtit un relief singulier : le regard parental, le regard ainsi construit chez l'enfant, les actualisations que font sur cette matière, dans ce système, le regard (supposé ou réel) des autres | l'oeil et la bague | symboles ]  Read More


 Trois petits singes - 3e partieWed 19 Jul 2006
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[ << Un retour ? Non merci - 2e partie ] Trois petits singes - 3e partie [ Souffler le chaud... et le chaud - 4e partie >> ]

Il y a trois écoles, que tout le monde connaît. Représentons-nous un gars dans un fauteuil roulant. Nommons-le Didier. Ce gars dirait : Pff, marre. Qu'est-ce que j'aimerais courir sur mes jambes. Là, trois attitudes fusent. Représentons-nous Amélie, Benoît puis Céline.

A : - Didier, je comprends ce que tu dis. Simplement, il faut que tu envisages ceux qui, en ce moment, ont de surcroît les bras paralysés. Tu te rends compte de leur souffrance ?

B : - Gulp. Didier, une boule me saisit à la gorge. Je me sens mal quand tu dis des trucs comme ça. Je sais pas quoi faire pour toi. Alors j'aime mieux que l'on parle de quelque chose de différent. De plus léger, tu veux bien ?

C : - Didier, je compatis tellement... Je ne sais pas pourquoi le destin a fait de toi ce gars cloué, là. C'est dégoûtant, c'est injuste. (Qu'est-ce que tu dois être malheureux !) Moi, ça me révolte et j'ai envie de pleurer, de m'effondrer, de tout casser, de te porter sur mon dos, de faire corps avec toi, etc.

C'est dur. D'abord parce que : 1. personne ne demande à Didier ce qu'il ressent vraiment. Est-ce 'lourd' ou bien comme un passager vague à l'âme ? un truc exceptionnel ? habituel ? ou contextuel ? Quelle est la situation de Didier [*], telle qu'il la vit, lui, maintenant ? 2. Tout est stérile. Que du constat. Que de l'appitoiement : sur l'un, sur l'autre, sur soi. De la culpabilisation ? Oui. L'utilité frôle le zéro. Même l'empathie (la vraie) est absente des propos A, B et C.

Que faire ? Poser des questions. Puis proposer des choses réalistes, chaleureuses, qui mettent l'autre dans une situation d'égalité, où il puisse bien vivre la solution. Version légère : Didier, et si on allait au cinoche ? ou descendre une bière fraîche ? Il y a quelque chose qui te dit là-dedans ? Version plus sérieuse : Tu veux qu'on en parle ? Version prudente : Il y a quelque chose ou quelqu'un qui puisse t'aider ? Je peux faciliter ça ?

A vos claviers. Excellente soirée.
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[*] Il faut, en guise d'amorce, revenir à ce que Didier a dit : Pff, marre. Qu'est-ce que j'aimerais courir sur mes jambes. Une explication de texte ? Quasiment. L'aide (qu'elle soit amicale ou professionnelle), c'est un point d'appui sur ce qui se dit. Il est normal, par exemple, que l'un des plus fameux psychologues français, Roger Mucchielli, soit aussi un éminent analyste de contenu (figures de style, sémiologie). L'on sait en outre l'importance, cette fois-ci du côté 'boîte noire', qu'occupait la parole pour Jacques Lacan. Cf. parlêtre. Lire aussi Françoise Dolto.

[ L'enfer du jeu, 1 et 2 | étranges échos (ici) d'Éliphaz de Théman, de Bildad de Schuach, de Tsophar de Naama | interventionisme et praxéologie | identifier les six ressorts (signaux, strokes, modalités, canaux) qui marchent ]


 Ma formation - 1e partieMon 20 Mar 2006
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Ma formation - 1e partie [ Sur mon trente-et-un - 2e partie >> ]

Trente ans depuis janvier. Alors que dire ? Un homme [1] devrait faire des bilans et c'est ce que je fais. Je peux dire que je sais ce qui me plaît et aussi ce qui me déplaît. Pareil dans les comportements, les miens et ceux des autres. Et puis je sais où je veux aller et - par symétrie - ce qui me repousse. Ce en quoi je crois et ce que j'exclus... C'est important.

Je pense qu'un homme devrait aussi pouvoir reconnaître ce qui l'a constitué, inspiré, touché, bâti.

Ma formation intellectuelle, esthétique et morale, jusqu'à aujourd'hui, consiste - entre autres - en systèmes, auteurs ou personnages précis. J'en donne ici vingt, en vrac :

- la Bible m'apporte tout, particulièrement quand je me penche sur le sens premier (étymologique) des mots, le péché, la grâce, le salut, etc.,

- Gilbert Durand m'indique que l'activité humaine s'articule autour de trois grandes fonctions, la première élève et descend les choses, la seconde parle à l'intériorité et bâtit le dedans, la dernière donne un rythme, une répétition, une reproduction (salutaire) aux choses,

- Alejandro Jodorowsky me montre que le monde est un ensemble interprétable et interprété par l'homme, l'homme avec tout son arbitraire superbe, original,

- René Girard fait le pont (notamment historique - phylogénétique) entre nature et culture humaines, c'est passionnant,

- Edgar Morin (aussi important que jadis Pic de la Mirandole) synthétise magnifiquement le savoir actuel, il dépasse la description des choses en montrant le lien intime qui agite et structure les changements, bref la vie,

- Françoise Dolto réconcilie psychisme et corps, individu et lien familial, individualité spécifique et besoins de l'espèce,

- Anne Ancelin Schützenberger décrypte les petits inconscients groupaux, qui font transiter (sauter) l'information de symbole en symbole,

- René Arped Spitz démontre que la survie psychique et physique dépend de l'existence de rapports interpersonnels,

- Kurt Lewin décrit le va-et-vient entre individus et structures groupales, que ces structures soient perceptives ou encore morales,

- Taibi Kahler démontre que nous sommes tous un peu semblables, en proportions intérieures toutefois différentes, et que toutes nos composantes sont utiles - par ailleurs, tout chez l'homme travaille à l'obtention de signes de reconnaissance,

- Boris Cyrulnik a l'intelligence de convoquer l'ensemble des sciences humaines et cognitives pour parler de l'inconscient (ici affectif, cognitif et instinctif),

- Georges Dumézil dit bien que les peuples ont des structures mythologiques précises, qui façonnent leur imaginaire culturel et politique,

- Kenneth Blanchard indique fort à propos que la façon de parler à quelqu'un (c'est important) doit s'adapter aux contextes, par ailleurs un environnement stimulant consiste à surprendre ses parties-prenantes en flagrant délit de... réussite,

- Baruch de Spinoza estime que le monde n'a pas d'autre finalité que sa propre félicité - en cela, il fait du bonheur une fin en soi,

- Carl Gustav Jung décrit le mythe comme un lien puissant, dynamique, fascinant, entre nature et culture et aussi entre individualité et collectivité,

- Charles Bukowski écrit comme il parle, le plus simplement du monde,

- la sculpture des Cyclades et l'art du Ghandara me frappent et me stimulent par leur simplicité étrange (pureté et efficacité esthétiques),

- Martin Luther insiste sur la grâce plutôt que sur les efforts métaphysiques angoissés,

- Jean Moulin et Martin Luther King montrent que la persistance (bien orientée) est une vertu suprême,

- Jacques Bergier et Louis Pauwels [2], enfin, révèlent que la vérité n'est pas dans le corpus académique mais plutôt dans les rêves, dans le vivre-ensemble (socius) et dans les actes des hommes. Génies précurseurs.

Voilà.

Parlons de vous : qu'est-ce qui vous a formé(e) ?

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[1] Un humain.

[2] Merci à mon beau-père de m'avoir fait découvrir la revue Planète très tôt dans la vie.  Read More