Faible. (Évidemment.) Il est faible en communication (en mise en commun), celui qui frappe au lieu de parler [1] : celui qui agresse. Et il est faible en boxe aussi. En boxe !? (Bien sûr.) En boxe, est fragile celui qui abandonne sa garde pour frapper. Il devient vulnérable. C'est simple : si je vous donne un coup, c'est automatique. J'ouvre ma garde, pour libérer mes bras. Et donc c'est obligé, j'ouvre mon thorax et ma tête... à vos coups. Si donc vous êtes rapide : 1. vous esquivez mon coup, 2. vous en profitez, dans la fraction de seconde, pour m'assener un punch ravageur pile dans la zone que j'ouvre. C'est redoutable et surprenant. Ça marche aux réflexes ; c'est ce qu'on appelle un contre (counter) :
Fig. 1 - Counter-punch
Et alors ? Eh bien je quitte à l'instant une émission sur Arte, qui parle des réflexes (forcément décisifs) dans le sport de haut niveau. On raisonne là, tenez-vous bien, en dessous du 20e de seconde. Quand deux adversaires rivalisent de technique, c'est soit l'endurance, soit ici la fulgurance qui l'emporte (vitesse de diagnostic, vitesse d'exécution, vitesse de correction et d'ajustement). Témoin, ce génie de la boxe (20 combats, 18 victoires) qu'est Eagle 'Akakura' Kyowa. Une équipe japonaise de scientifiques se penche sur son cas. Eagle, de son vrai nom Den Junlaphan, ancien champion WBC des Minimumweights (poids-pailles), est un alien de la vitesse. Ou du réflexe. Comprenez que ce Japonais d'origine thaïlandaise peut descendre en dessous du traitement normal (biologique) de l'information. Il agit plus rapidement qu'un humain normal, qui passe par le cerveau. Son secret ? Eagle passe (inconsciemment) par le cervelet [2]. Incroyable. Incroyable et, semble-t-il, inédit :
Fig. 2 - Documentaire scientifique
du Japonais Tetsuji Miyagawa
Waow.
Croyez-le si vous voulez, et j'en termine, c'est en se douchant qu'Eagle vous fait du mal. Non qu'il vous jette du shampooing dans les yeux. C'est juste que ses yeux à lui, sous la douche, il les travaille (Fig. 2 - 8'43'') : il s'exerce.
Une étude de ses combats, à la caméra de haute précision, montre certes qu'il enchaîne des contres comme un virtuose [3], mais surtout qu'il garde en permanence les yeux ouverts. C’est normalement impossible puisque, par réflexe de protection, les yeux humains se ferment quand un coup semble venir. (Faites-en l’expérience.) C’est bien par la volonté et la tenacité qu’Eagle tient ce regard de tour de contrôle, qui fait la différence : sous la douche il se force, sous la pluie du pommeau, à garder les yeux ouverts.
C’est ce qu’on appelle un secret d’excellence : simple et redoutable.
Eagle est un cogneur intelligent. Et les yeux, eh bé [4] il vous poche les vôtres.
Fig. 3 - Eagle fly freeeee (désolé)
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[1] Aah, la communication. Le psychiatre et psychanalyste français Boris Cyrulnik (je crois que c’est lui) rappelle que si un adulte dit à un petit garçon : Attention ! un loup rôde derrière la fenêtre, le marmot s'exclame qu'il va chercher un fusil pour le tuer. Quand vient le tour de la petite fille, elle dit : Un loup ? ah bon. Alors je sors et je vais discuter avec lui. [ Pause ] Tenez, au fait, une théma sur le loup.
[2] Le cervelet, c'est la banque du système nerveux. Qui emmagasine les informations et déclenche certains réflexes. On parle ici d'actions explosives et adaptées : Bam ! le cervelet coiffe au poteau... le cerveau.
[3] Eagle confie qu'il lui suffit, pendant le 1er round, d'assimiler en direct le mouvement des pieds (et le rythme) de son adversaire - annonciateur des coups - pour ensuite déployer (et pendant tout le match) les réflexes de contres inconsciemment. En pilotage automatique.
[4] Interjection méridionale. (Eh oui, pôvre.)
[ Le sous-titre, en gras, complète élegamment le titre de ce billet : ensemble, ils composent le nom d’un chanteur nord-américain | question bon goût, je vous préviens, j'aurais pu mettre en sous-titre Être contre, tout contre, façon Sacha Guitry (un humoriste que les Baby-boomers, ch'ais pas pourquoi, citent tout le temps) | We measured Eagle's reaction speed during a fight and found that he also reacts to incoming punches in less than 0.2 seconds (Reacting: brain and body miracle) | le contre, c'est - souvenez-vous - ce qui fait gagner le Manouche, ce boxeur clandestin que Brad Pitt incarne dans le fameux Snatch de Guy Ritchie (2000) – Attention, extrait à voir seulement (et pour le bien-être de l'histoire) si vous connaissez le film (dans ce cas, curseur plein pot sur 0' 48'') | en aimant aussi on s'expose, on ouvre les bras (revoir ça) ]
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L'inconscient s'invite dans nos plannings
Il est très difficile de se concentrer sur ce qui est important uniquement à l’aide de la partie rationnelle de notre pensée, car ce que notre conscient réfléchi pense important peut ne pas l’être pour notre inconscient.
Mark Forster, gourou de l'anti-organisation, modélisateur de la méthode Autofocus v. 1 & 2, tenant d'une introduction de la psychologie dans les habituelles méthodes sèches (et contraignantes) d'organisation
Fig. 1 - Forster en V.O.
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[ Revoir, en corrélat, la to-stop list de mon ami Olivier Piazza | les chouettes photos de Dave Gray | Autofocus (découverte), merci à Christophe Deschamps ] Read More
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L'inconscient s'invite dans nos plannings
Il est très difficile de se concentrer sur ce qui est important uniquement à l’aide de la partie rationnelle de notre pensée, car ce que notre conscient réfléchi pense important peut ne pas l’être pour notre inconscient.
Mark Forster, gourou de l'anti-organisation, modélisateur de la méthode Autofocus v. 1 & 2, tenant d'une introduction de la psychologie dans les habituelles méthodes sèches (et contraignantes) d'organisation
Fig. 1 - Forster en V.O.
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L'inconscient s'invite dans nos plannings
Il est très difficile de se concentrer sur ce qui est important uniquement à l’aide de la partie rationnelle de notre pensée, car ce que notre conscient réfléchi pense important peut ne pas l’être pour notre inconscient.
Mark Forster, gourou de l'anti-organisation, modélisateur de la méthode Autofocus v. 1 & 2, tenant d'une introduction de la psychologie dans les habituelles méthodes sèches (et contraignantes) d'organisation
Fig. 1 - Forster en V.O.
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Chaîne de cellulose... my mind
Les bookworms ou rats de bibliothèque se nourrissent de pages, d'encre et d'idées. Que dire ? C'est un bien, c'est un mal. Un bien parce que ça donne des idées et permet de cartographier des choses (l'analyse et l'acuité s'en ressentent). Un mal parce que ça ferme - ça enferme dans des modèles, les paradigmes, tellement connus de la philosophie des sciences et de la psychosociologie (cf. croyances, toujours limitatrices parce qu'elles sont des sécurités, des remèdes pour l'âme, des conforts à l'attention de nos besoins, et non des ressorts de la foi, qui est une ouverture et un risque).
Alors quoi ?
By the way, lire est bon. Et lire, ça se discute et ça se remue et ça s'applique après. Avec les collègues, les amis, soi-même. Ça se partage et ça s'enrichit. Ça voyage. Ça connecte, interconnecte et prépare des choses... qui émergent. (Avec le cerveau, les livres font des systèmes.)
Je me souviens de cette affiche. Vous savez ? Gérard Philippe : il dévore des bouquins. Faut-il le faire ? Il existe de bons (!) bouquins. Alors ceux-là oui, qui forment la pensée, la morale (placement de soi dans le flux de la vie, cf. ethos). Les idées, aussi. Ça fuse. Et puis le goût d'y aller. Lire ? Ça booste et encourage : des gens (les auteurs) viennent nous parler.
Est-ce que les bouquins remplacent la vie ? Nooo. L'expérience personnelle : ils l'enrichissent. Il faut les deux, vivre et lire.
Et puis ceux qui souhaitent lire et à la fois - pour le faire - manquent d'argent (ou de temps) hurlent : lire, c'est gagner quelque chose. (Parfois l'autonomie financière, la subsistance, la liberté de conscience et l'instruction.) Et puis, lire est un droit.
C'est le grand Tremendous, bibliovore devant l'Éternel [*], qui le rappelle : « Le vendeur moyen ne lit pas même un livre à l'année. C'est pour ça qu'il le reste. »
Alors soyons fous. Et ambitieux.
Ci-après, une recommandation de plus.
Pour la playa. Ou ce qu'on veut :
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[*] Plus grosse bibliothèque personnelle de management en langue anglaise !
[ Au fait, connaissez-vous Kindle ? | héhéhé - Les boucles de ceinture Reading is sexy de My Girl thursday | ça rappelle évidemment Silence is sexy d'Einstürzende Neubauten : ]
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Éprouver, c'est déjà s'impliquer
Eh oui. À la base de notre style, de notre façon (si personnelle) de nous placer dans le monde et d'interagir constamment avec lui, il y a le cerveau. Si on étudie la bête, si on se penche sur ses échanges avec le système nerveux [*], les organes (perception, action) et les événements du monde, on a tout - ou presque - du fait humain.
C'est passionnant.
Plus passionnantes encore, les avancées des deux dernières décennies. Le neurologue américain Antonio Damasio, on le sait, fait figure de référent.
Je me saisis du Nouvel Observateur de cette semaine (n° 2313, dossier Voyage au centre du cerveau) et vous soumets quelques phrases, tirées de la plume du journaliste scientifique Michel de Pracontal :
Au sujet d'Elliott, un blessé du cerveau, opérationnel avec l'intellect mais incapable de prendre une décision simple, le docteur Damasio mettra longtemps à comprendre où réside le problème [...]. Le dysfonctionnement - d'Elliott - est de nature émotionnelle : il est incapable de choisir parce qu'il ne s'implique pas dans le choix. [...] Il apparaît qu'un cerveau purement « intellectuel » est incapable de prendre une décision sensée. [...] « La pensée est toujours reliée à la chair », résume Damasio. [...] En somme, il faut être quelqu'un pour être pleinement humain. Le neurologie de demain, estime Pracontal, sera celle de la personne.
(c) Mehdi & Bruno Dubois -
Le Nouvel Obs
La personne, au sens complet, se décide. Elle éprouve. Et c'est en éprouvant les choses qu'elle les connecte à son vécu. Ce vécu se colore, au fil de l'eau, de sensations (furtives, durables, conscientes ou non - cf. impressions fugaces, ou intuitions qui synthétisent le vécu). Elles prennent une valeur (agréable ou désagréable ; utile ou futile ; urgente ou secondaire ; toujours connectée à l'ensemble du vécu). C'est ce trajet permanent entre ressentis du présent, du passé, entre percepts, idées et sensations qui permet d'avancer.
De trancher.
Si je ressens que quelque chose m'est profitable ou non, je peux m'impliquer.
C'est plus (et c'est mieux) que du calcul : c'est la concertation d'un système tout entier, dynamique, à l'écoute.
Intelligent.
Avec tout ce qui me compose, je perçois, ressens, accumule, relie, grandis en expérience, arbitre, assume et progresse.
Je vis.
Se décider, c'est ça.
C'est vivre.
Je laisse la parole aux collègues et amis Marc Traverson, Olivier Piazza, Alain Fernandez et Laurent Ryckelynck. Et vous laisse à tous le soin de commenter, de témoigner, de prolonger, d'ouvrir.
Au plaisir !
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[*] Interprétation (revoir le modèle de l'attribution, cf. Klaus Scherer et Dan Sperber), hiérarchisation des données et priorisation, stockage, interconnection avec le réseau des expériences, actualisation-activation. Cf. Cognition. Mettre aussi à profit l'arc réactif du grand Charles Baudoin.
[ Michel de Pracontal publie des essais de vulgarisation et des romans mâtinés de science (interview) | le cerveau, quelques belles conférences en ligne gratuites | autre sujet - Aider une entreprise (une équipe) à se décider, c'est favoriser le scoring de ses activités, c'est concevoir avec elle un planning des actions à mener, profitables, mesurables, potentiellement rectifiables : en tout cas claires et caractérisées (identification des processus, de leurs pilotes, des parties-prenantes et du 3qo2cp dans l'espace, dans le temps, dans le budget, dans les attentes financières et les résultats attendus de qualité perçue - cf. planning, cf. objectifs) | c'est aussi écouter et intégrer les réactions, les freins, les poussées de motivation - en direct ] Read More
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L'aventure intérieure
Les préférences cérébrales. Hémisphère gauche ou hémisphère droit. Les qualités d'un bord ou plutôt de l'autre, par exemple l'esprit d'analyse [1], opposé par la culture occidentale classique à son pendant, l'esprit de synthèse. Vastes champs de l'esprit, que l'expérimentation approche massivement dès l'Après-guerre (psychologie, informatique, cybernétique, etc.). Le cerveau, il faut le dire, est - par son dialogue continu entre les différentes zones qui le composent [2] -, en clair, le cerveau est une filière d'efficience (la principale), tant dans la vie de tous les jours que pour les défis collectifs. Tendances cérébrales, chemins de frayage, compétences ou angles spécifiques d'édification... Le thème des pôles de compétence cérébrale, des pôles dédiés, séduit tellement que la PNL, soucieuse de relevés-terrain, s'empare directement du sujet, en étudiant les supercommunicants. Professionnels qui réussissent à influencer, à provoquer le changement, à induire chez eux et chez autrui les pensées et les comportements qui marchent. Les conduites qui solutionnent. Qui ouvrent les perspectives, à partir des qualités d'un émetteur et des aptitudes naturelles d'un récepteur.
Nous sommes dans les années 1970. Par les ouvrages de vulgarisation ou les séminaires de formation, ça rentre dans les conversations : untel est plutôt comme ci, plutôt comme ça. Son esprit, sa façon de voir le monde, a une empreinte, une identité, une couleur (et donc des qualités et des limites propres). Il développe un style, une façon d'être qui découlerait d'un développement de telle ou telle aptitude cérébrale.
Ok.
Rentrons dans les années 2000. Ce que la neurobiologiste américaine Jill Bolte Taylor nous dit des spécialisations cérébrales est époustouflant. Croyez-le ou non, mais ce qu'elle étudie (les processus cérébraux), la vie lui permet de le vivre en direct. Et sur elle. C'est un accident vasculaire cérébral (AVC), affection considérée comme lourde, qui lui permet de ressentir son cerveau, son activité, ses changements. Son accident ? Un champ d'étude à ciel ouvert, qu'elle ressent, questionne, étudie.
Fig. 1 - Conférence : Ce que ça fait d'avoir un AVC
La journaliste Véziane de Vezins lui donne la parole :
« Combien de chercheurs en neurosciences ont l'opportunité de vivre par eux-mêmes un accident vasculaire cérébral ? [...] L'hémisphère droit de notre cerveau est programmé pour le bonheur, la paix, la compassion. [...] La plasticité des neurones donne à chacun la possibilité de “virer à droite” et de choisir la paix et l'amour plutôt que l'affrontement. [...] Le circuit neuronal de la colère est mobilisé durant exactement une minute et demi, après quoi la tension retombe. Libre à nous de ne pas donner suite. »
Ce 10 décembre 1996, à 7 heures du matin, après une terrible douleur derrière l'œil gauche, la scientifique ressent quelque chose d'étrange. « Mon énergie spirituelle, confie-t-elle, flottait en suspension autour de moi, telle une baleine géante dans un océan d'euphorie muette ». Diagnostic : cerveau gauche atteint, c'est donc l'hémisphère droit qui interprète les choses, dans son langage.
Convalescence, volontarisme et amélioration sont au rendez-vous. Enfin.
« Si mon odyssée intérieure m'a appris une chose, indique-t-elle, c'est que la quiétude est à notre portée. Il nous suffit, pour y parvenir, de faire taire la voix de notre hémisphère gauche dominant. »
Fantastique, je disais.
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[1] Il s'agit de l'hémisphère gauche, considéré comme la structure dynamique hébergeant les centres du langage.
[2] Cette conception d'un cerveau porteur de zones « géographiques » spécialisées, et connectées entre elles, relève du localisationnisme. La science actuelle trouve parfois le modèle simpliste et dépassé.
[ Joffrey Bouissac, un aventurier cette fois-ci de l'autisme, également précieux pour comprendre l'esprit humain : son récit | ah, le touchant blog de Julie Gravel-Richard, professeur de littérature classique, atteinte d'une tumeur au cerveau | Jill Bolte Taylor est neurologue - un autre neurologue fameux, Antonio Damasio | revenons-en aux aventuriers de l'intérieur, c'est fou ce talent spéculaire de l'homme, qui peut expérimenter (ressentir, vivre) quelque chose et en même temps interroger le phénomène concerné (dédoublement, effet de miroir, séparation des flux, fixation-étude d'un objet courant) | une idole (étymologiquement une image), c'est la fixation d'un élément que l'on étudie, dont on sort une substance affective et/ou expérimentale, voire qu'on révère, et qui rassure dans sa fixité - c'est le contraire de la vie, du fleuve existentiel remuant, donc surprenant, contraignant, anxiogène | revoir le traitement inquiet (effet de comblement) que l'homme réserve à tout type de terra incognita | parlons de cette aptitude (spéculaire) de fixation symbolique des choses (abstraction, modélisation, étude), je me souviens du photographe Moïse Arbib, qui me disait que l'image avait ce pouvoir de faire naître l'illusion qu'on maîtrise, qu'on fige, qu'on comprend, qu'on possède (c'est la même chose) ; un jour il me montre la photo originale (émouvante) de rabbins du ghetto de Varsovie, étudiant dans une bibliothèque juste avant que les nazis la ravagent (puis il referme le coffre qui la contient, exprès, respectant la volonté de l'homme qui la lui avait confiée) ; il y a dans cette image une lumière, un contraste noir et blanc et une intensité que seule la privation de la voir à nouveau vivifient, rendent à la vie, libèrent - ainsi, finalement, puis-je capter son rythme, son essence, sa puissance et la vérité qui la composent : par l'absence, par le respect, par la compréhension de son impermanence (et là, saisissant qu'elle m'échappe, je la ressens réellement) | Pourquoi les Occidentaux photographient-ils les mandalas de poudre colorée ? Ces figures sont faites pour comprendre la métamorphose, la vie, la mort des choses et leur passage - saisir et vouloir garder, c'est mortifère, disent justement ces mandalas ; surfer sur la folle course du monde, ça c'est intense et porteur | pour celui qui chasse (et ressent en direct ce qui passe), pas besoin, estime Alejandro Jodorowsky, d'encombrants filets, d'intellect et de doctrines étouffant le flux ressenti des choses, donc l'ardeur vitale | le signifiant tue la chose, comme dirait Jacques Lacan (qui pourtant - quoique génial - en tua beaucoup, des choses) | à l'heure actuelle, c'est peut-être Georges Romey qui parle le mieux du nécessaire dialogue entre cerveau gauche et cerveau droit, Animus et Anima (voir théma) | la complexité d'Edgard Morin, l'interdisciplinarité de Boris Cyrulnik, la transversalité d'Edward De Bono et l'approche systémique (tellement simple et naturelle) de Joël de Rosnay sont également dans la mouvance d'une circulation gauche-droite, d'analyse et de saisie d'ensemble à la fois | les deux hémisphères communiquent entre eux au moyen du corps calleux, lire le remarquable (et Toulousain) Bernard Auriol, psychiatre et psychanalyste érudit ]
Tout fraie. Tout ce qui vit. Tout se cherche et se fabrique un chemin simple et fonctionnel : un trajet utile. Un optimum de vie. Tout, je dis bien tout, se trouve en live un chemin bien senti, qui amène une satisfaction des besoins pour un effort le plus petit possible. C'est là le présent de la vie, c'est là son challenge aussi. C'est là le cœur intime des phénomènes, la matrice de la course et du tissu du monde. Faire et ressentir, c'est bien. Le faire en utilisant un minimum d'énergie, c'est prolonger la vie elle-même (notion d'écologie). C'est aussi prolonger la jouissance, tisser avec autrui, trouver plus encore sa place, et interagir avec le monde et avec soi.
Le système nerveux, pour commencer par une échelle micro, bref le cerveau fraie tout le temps. C'est ce que pressent très tôt Sigmund Freud (regardez). Notre appareil cérébral - dans son réseau neuronal existant (arborescence) - fabrique son chemin, son saut de synapses en synapses, chemin le plus direct vers la satisfaction, la libération, le plaisir (plus ou moins fin) d'une poussée qui se décharge. Le cerveau ? Un vrai GPS dans les chemins de campagne. À bon port et le plus vite, à bon port et au mieux. Le cerveau est un expert du rapport qualité-prix.
Fig. 1 - Neurons [En] -
Discovery Channel
Le groupe des hommes, ensuite, est comme ça. Se maintenir a un coût (efforts, compromis, régulations). Aller au delà de ce coût fait problème. Et aller trop en dessous ramollit la bonne tenue des relations. Danger dans les deux cas. Il faut donc une position la mieux réglée possible, en permanence. La communication interpersonnelle sert à ça : donner à chacun et à tous la quantité, la qualité de strokes qui encourage à rester partie-prenante du groupe. Un peu comme une garantie. Tout ça, tout en lorgnant sur ce que ça coûte en permanence. Il faut ici revoir ce qui touche au système pulsionnel animant la vie : pulsions de maintien (cf. homéostasie) et pulsions d'évolution, différemment rythmées, sur une fréquence vitale différente, beaucoup plus « degré 2 » (dépassement de soi, métamorphose). Tout un ballet de processus.
Ouais.
Alors le manager, il sait ça. Il le conçoit. Face à deux chemins groupaux, deux façons collectives de faire (la routinière et la profitable, la pauvre en gain et l'optimale), il sait conduire les individualismes et l'instinctive machine groupale vers un mieux. Tout le temps. C'est un pédagogue : il félicite tout ce qui va dans le bon sens (identification et pratique des optimums) ; il signale simplement les erreurs et sanctionne les fautes.
C'est un pilote des choses. Et c'est un stimulateur. Un guide, un leader. Il sait que les structures détestent changer, il sait où sont les percées individuelles et collectives, il sait les féliciter.
Il y met du sien.
[ Sur le management qui incite, favorise et encourage, revoir Kenneth Blanchard | les vidéos didactiques et gratuites de Canal U ]
La moëlle. Par son substantifique adjectif, cette matrice à cellules sanguines forme une expression-clé de notre langue. On doit la substantifique moëlle à François Rabelais (XVIe s.), probablement féru d'alchimie, expérimentation des essences (identités et finalités intrinsèques) du monde. Classe.
Et quelle idée ! Rompre l'os, casser les apparences, disjoncter les voies d'accès protocolaires pour enfourcher d'emblée la fulgurance et aboutir à l'intimité des choses. Aller à l'essentiel. Capter d'emblée la révélation, l'identité énergétique profonde, le micropanorama complet. Comme un noyau. Le truc ultime : l'essence. Avec, évidemment, toutes les implications (déductions, développements) déjà contenues. Aboutissements déjà figurés.
Voilà qui est puissant. Voilà ce que sait faire la dynamique symbolique (arborescence agglutinante, où le sens - la délivrance de ce qui importe - saute de mot-clé en mot-clé, de tag en tag), bref ce que sait faire la fulgurante plasticité de notre cerveau. Et, à travers ça, l'intuition, l'esprit de finesse de Blaise Pascal. Dans les mois ou années à venir, le travail de recherche sur les neurones canoniques, responsables de certaines intuitions, devrait accoucher d'un nouveau paradigme, d'un nouveau socle de connaissances sur la façon dont nous pensons-ressentons. Et imitons (cf. mimesis), bref adaptons les choses à notre sauce.
Bouleversements scientifiques (et managériaux) à prévoir.
Ce personnage de fiction, issu de l'univers de l'éditeur américain de bandes dessinées Wildstorm, sait capter, interpréter et résumer le contexte informationnel où il se trouve. Le Batteur se pointe quelque part, ressent les flux bio-informatiques, socio-émotionnels (un peu façon champs morphogénétiques de Rupert Sheldrake) qui en partent ou s'y croisent (cf. tissage permanent du complexus). Puis il donne un mot-clé.
Il donne LE mot-clé, qui englobe et résume tout. Du coup, une entrée en matière se fraie, un angle se dessine.
Imaginez des réunions comme ça. Vous faites l'entame par une expression ou mot-clé : concentration et disponibilité (connectivité préparée) des cerveaux. Plus mémorisation par le tag initial.
Peu le font (quelques pasteurs américains peut-être). Moi, je vais le faire. Et de plus en plus.
Je sens déjà que le père de la cartographie mentale, Tony Buzan, avec son mot central qui génère ses propres frondaisons, me donne raison.
Et il y a comme une spirale (figure de la synergie) : une origine est posée, qui contient tout en substance, puis partent de là les développements (avec leurs conclusions, notamment d'actions à mener, traduites en plan-3QO2CP), puis un retour se fait, qui revient féconder le truc. Puis pause : on remet à la fois d'après.
Et la bonne nouvelle, c'est que les participants s'ancrent sensoriellement (cf. PNL) le mot-clé. Et peuvent le mémoriser, et le reconvoquer plus tard.
Un bon animateur doit pouvoir faire ça.
Be seeing you.
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[ Les fans d'épistémologie verront dans ce système un clin d'oeil au monde hermétique, où tout est préalablement contenu : manque juste l'animation (l'Esprit, plus exactement) pour susciter le mouvement, cf. Corpus Hermeticum | Dieu est un dynamicien de groupe | le meilleur, me dit-on | mes batteurs préférés, Matt Cameron, ex-Soundgarden (ici sur la tournée 2000 de Pearl Jam) et Danny Carey de Tool (ici confronté au grand Terry Bozzio ]
[ < Thémas Paradigme et Volonté | archivage automatique du billet sur mon grand-père Marcel Bruel (la vie poursuit son cours) ] [ Catégorie Coaching | permalien, mots-clés et commentaires | 2e partie > ]
Exceptionnellement, ce billet, de même que les mots et expressions-clés qui - du seul fait de l'auteur - s'y rattachent, sont (c), merci
Dans les sciences humaines d'expression francophone [1], qui fait autorité comme Anne Ancelin Schützenberger ?
Son expertise ? J'en vois trois majeures : 1. dettes inconscientes (l'attachement aux ancêtres - charnels ou symboliques, en tout cas porteurs d'une justification de la vie et d'un système de références - bref, cet attachement favorise chez l'individu une culpabilité latente à l'idée de réussir des percées d'émancipation, d'où des pressions inconscientes d'autosabotage, pour « rester comme » ou, par exemple, « changer sans changer »), 2. tâches inachevées (attachement excessif à ce que la vie a pu interrompre, ressassement psychologique, comme pour terminer - digérer - les actions figées par le temps, cf. effet Zeigarnik), 3. somatisations symboliques (le corps devient traduction et caisse de résonnance de vérités, pourtant porteuses de sens, pourtant étouffées), bref des mal-à-dits façon Françoise Dolto.
Le cursus ? Cette quasi-nonagénaire pétrie de terrain est une des élèves de Jacob Levy Moreno, le père de la cartographie socioémotionnelle et du psychodrame (regardez), de Dolto bien sûr, et aussi de Ronald Lippit et Leon Festinger, assistants de recherche du grand Kurt Lewin, pilier de la psychologie moderne.
Mmh, la classe.
Elle incarne une référence mondiale en matière de dynamique de groupe [2], versant thérapie : c'est dire si elle a voix au chapitre.
Et que dit-elle du processus de décision personnelle ?
Elle dit bien sûr qu'il baigne dans un système individu-interactions groupales (représentations, influences réciproques). Elle dit, encore et surtout, que la décision personnelle relève de deux degrés d'implication. C'est dans ce livre.
Il y a tout d'abord la déclaration d'intention. C'est un peu l'incantation, le « je veux » scandé par la bouche, voire traduit par le corps (acte symbolique posé, par exemple : je veux faire du footing, je mets mes baskets devant la porte). C'est, vous l'avez compris, la pré-décision, telle que la définit Lewin.
Il y a son corrolaire profond : la décision. Celle-ci engage les actes en vrai, elle opère quelque chose. Allez je sors, je fais trente minutes de footing dans le jardin public devant chez moi. Vous mesurez toute la distance entre l'un et l'autre des degrés d'implication.
La décision découle de la prise de conscience peut-être (identification d'un problème, assurance qu'un de mes actes peut faire basculer la donne, sélection de cet acte, démarche volontaire de mise en mouvement). Elle provient encore et surtout d'une vraie dynamique de changement, souvent dépensière en énergie. Et puis aussi anxiogène (c'est instinctif). Nous sommes en plein changement 2. Il y a tout un monde entre comprendre et réaliser. Entre réaliser et faire.
La décision, alors ? Redoutée. Et puis l'inconnu, vous savez comme moi que...
Ben oui : agir c'est forcément passer à l'étape d'après. La vie est une enfilade de seuils.
Vivre est un risque... (Et c'est tellement bon !)
Ouaip.
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[1] Alexandro Jodorowsky, bien distinct d'Ancelin Schützenberger, forme lui aussi ce front protéïforme de réappropriation de la clinique humaine. Mouvance francophone certes, et beaucoup anglophone aussi. Regardons ça : clinique mêlant psychisme et corps (psychosomatique), communication et inconscient (anthropologie de Palo Alto), destin individuel et conditionnements groupaux, voire familiaux (psychosociologie, systémique et psychogénéalogie d'inspiration psychanalytique). Il y a là un feu épistémologique que le XXe siècle ambitieux a bien voulu alimenter, séchant sur pied l'ethnocentrisme et l'étroite idéologie du positivisme. Je veux rendre hommage à tout ce magma pénétrant, à tous ces transversaux ou spécialistes géniaux et féconds : Gaston Bachelard et Gilbert Durand, Françoise Dolto, Gregory Bateson, Paul Watzlawick et Ray Birdwhistell, Ludwig Wittgenstein (plus tôt), Alfred Korzybski, Edgar Morin ou Joël de Rosnay (actifs plus que jamais), Mircea Eliade (tellement plus intéressant que Lévy-Strauss et son affreux structuralisme), Alfred Withehead, et plus récemment Georges Devereux, Tobie Nathan et Isabelle Stenger. Je veux encore saluer Georges Romey, l'éternel étonné, l'acharné de travail, le découvreur de symboles. Et puis clore, catégorie borderline, avec Rupert Sheldrake et Jeremy Narby. Nous nageons en pleine post-modernité, finie la notion de progrès, ce carcan mental d'augmentation de tout et de son contraire. La relativisation des portées de la pensée rationnaliste occidentale (Antonio Damasio, dans une certaine mesure Edward de Bono), couplée d'un retour aux racines (parfois ténues) de la perception (bain sémiotique) voire de la fulgurance (intuition, présence à soi, intensité au monde et eccéité), font à présent du monde un vaste complexus marin, un tissage aquatique et multidimensionnel enthousiasmant. Jouissance permanente que tout ça.
[2] Beaucoup de consultants se servent de la dynamique de groupe avec plus ou moins de bonheur (c'est souvent très moyen). Leur angle : la performance d'un groupe professionnel. Bien souvent, bof.
[ Aider la personne à passer à l'acte, tout le doigté, toute la mise en tension et la facilitation du coaching | dettes inconscientes, l'histoire du clan Kennedy, par Bernard Gensane | Anne Ancelin Schützenberger, interview sur le site du Cairn | le destin, c'est ce contre quoi luttent, par exemple, la psychanalyse - et en philosophie, le marxisme (hum, hum), il y a là une volonté prométhéenne d'affranchissement (s'arracher de sa condition, est-ce vraiment devenir libre, uh ?) | ressasser (rejouer constamment le film), c'est vouloir accomplir par la tête ce que le corps a laissé de côté (pour autant, la tête est toujours plus aérienne, donc futile et usante, qu'un corps qui marque durablement la matière et le cours - même imaginaire - du monde) - c'est là toute la puissance de l'incarnation (voir danse, théâtre, katas d'arts martiaux, gestes de l'artisanat, pélerinages avec les jambes, actes psychomagiques, chant traditionnel choral (si physique - cf. conditions d'émergence de la quintina), performances, doctrine de l'Incarnation, etc.) | sur le risque - vivre, c'est mourir tous les jours puisque la réplication des cellules (multiplication, renouvellement cyclique) se fait à partir de copies, puis de copies de copies, etc. | mourir de vieillesse, c'est mal répliquer la version n-1 (celle juste avant la fatale) | se décider en logique floue ]
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement »
Nicolas Boileau (1636-1711)
On le sait tous. Les cinq sens, si chers à la PNL (cf. prédicats), en admettent un sixième : l'intuition, fruit d'un processus cérébral particulier. Ou d'un rapport au monde instantané [1], en dehors des conditionnements, comme dans les philosophies asiatiques (taoïsme et zen).
Mais chaque groupe humain, doté de sa propre sagesse, envisage les choses à sa manière. Et notamment cette histoire de sens. Le saviez-vous ? Le peuple bambara du Mali a quelque chose de managérial. Ou plus exactement, le management a quelque chose d'anthropologique, donc d'essentiel et de parlant. Se bagarrer à plusieurs pour réaliser quelque chose (avec les facilitateurs et les freins humains, les envies et les repoussoirs), ça sourd du cœur de l'homme.
La chercheure en anthropologie africaine Anne Stamm (ici saluée) nous le confirme :
| le Koré, c'est la vue,
| le Tyiwara, l'ouïe,
| le Komo, le toucher,
| le Nama, l'odorat,
| le Kono, le goût,
| le N'domo... c'est l'orientation.
Preuve que chez les Bambara, la clarté cognitive, capacité à se projeter, à savoir où on va et à l'expliquer, est envisagée comme centrale.
Communiquer est une base et une fin. C'est peut-être survivre [2], ou alors renforcer son expérience de saisissement intérieur, c'est encore et surtout être dans la vie, la vraie [3] : c'est vivre ensemble.
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[1] Est-ce le présent ou l'éternité ? D'ailleurs, est-ce différent ?
Bon, au revoir au passionnant Ray Birdwhistell et puis au revoir aux patrons « trois lettres [1] ». C'est ici même le retour de Georges Romey, le plus personnel des auteurs en psychologie des profondeurs [2] d'expression francophone. Pourquoi ce billet ? Lien avec le management ? avec le coaching ? Moui et non : l'idée c'est de relayer simplement ce que les livres habituellement disent avec emphase. Nous sommes ici dans les sciences humaines. Parlons d'inconscient, cette structure d'autant plus puissante, nous dit Romey, qu'elle vit dérobée. Et ce qui est occulte est fort (actif par la marge : en plein accès sur sa matière). Pour rappel, le père du rêve éveillé libre, ancien consultant pétri de pratique clinique [3], bref ce psychothérapeute rigoureux boit aux sources de trois géants. Citons-les : il y a Robert Desoille et de son investigation audacieuse - quoiqu'intrusive - de l'inconscient. Citons aussi ce puits de science qu'est l'anthropologue Gilbert Durand, puis - pour finir - Arthur Janov [4] et son travail sur l'engramme (inscription nerveuse de paquets traumatiques, autour d'un thème précis - ex. : la naissance).
Reconvoquons Romey. Il faut absolument lire le Dictionnaire de la symbolique des rêves. Ce travail immense, issu d'une titanesque encyclopédie du même auteur, plaide pour une redécouverte de l'impulsion naturelle [5], essentielle, intuitive et libre, par opposition aux structurations souvent pesantes de l'esprit de géométrie, tel que le définissait le grand Pascal.
Que dire ? L'inconscient, c'est beaucoup de choses. C'est encore et surtout, dixit Romey le pragmatique, un réseau bis, arborescent, puissant, opérant.
Écoutons-le (et j'en finis là - bonne fin d'août à vous) : Lorsque le regard transmet au cerveau des signaux spécifiques lui permettant de reconnaître tel objet, ces stimuli déclenchent deux réseaux de résonances, tout à fait distincts, bien qu'étroitement reliés l'un à l'autre. Le premier concerne notre insertion dans ce qu'il est convenu d'appeler la réalité concrète, tangible, objective. Il nous permet d'identifier ledit objet et de réagir à sa présence en fonction du système logique d'appréciation. Suivant le lieu, les circonstances et la considération habituelle que l'on a de cet objet, la réaction prendra la tonalité du plaisir, de l'attendrissement, de l'indifférence, de l'agacement, de la crainte, de la violence, etc. Ce réseau intègre l'image de l'objet dans le champ des valeurs reconnues par la conscience et sur lesquelles s'appuie la raison pour déterminer nos actes, des plus anodins jusqu'aux plus importants. C'est, en tout cas, ce que nous incite à croire un mental très imbu de ses prérogatives ! Le second réseau fonctionne en parallèle, à la manière de ces circuits occultes de pouvoir, dont l'action souterraine est d'autant plus efficace qu'elle est moins apparent. Celui-là, sûr de sa puissance, laisse volontiers à la raison consciente l'illusion de maîtriser les choses de la vie ! Il agit par interférences bénignes dans les circonstances banales et décisives lorsque les orientations majeures de la vie sont en jeu. Ce réseau de résonances c'est, évidemment, le champ des contenus inconscients, symboliques, pour tout dire, dont chaque image se prête à la projection.
[3] Est clinicien celui qui, étymologiquement, se penche sur des cas concrets. Des cas de déséquilibre ou de souffrance humaine.
[4] Faire attention. Cet excrément dévastateur qu'est la scientologie reprend à son compte la notion d'engramme, pour - évidemment - la tordre.
[5] Les transactionnalistes estiment en majorité que l'état naturel le plus profitable, le plus assumé, le plus proche des aspirations latentes, c'est celui de l'Enfant spontané. Voyez la théma sur l'Analyse transactionnelle (AT).
[ Théma Cerveau | Quand je regarde Rondoudou, je comprends qu'il y a des choses vraiment plus importantes - Mitch dans les Pokemon (que regarde sans regarder ma progéniture, à l'instant même) ]
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Contrôle et sensibilité
~ Le plomb et la grâce
Nous avons tous un métier. Mon métier [1] consiste, entre autres choses, à sortir les gens du perfectionnisme (je vous jure). La perfection est un piège : coûteux, usant, décevant. Le principe de réalité vient heureusement nous tirer du cauchemar, du toujours-plus. Rappel : le mieux est l'ennemi du plus. Plus, c'est quantitatif, c'est la même chose en davantage. Le mieux ? Un changement de système [2], un processus adapté, vivant. Une nouveauté plus fine.
Vous imaginez bien que le 20/80 est des outils atomiques le plus utile ici. Perfectionner, c'est perdre du temps, donc des clients et de l'énergie nerveuse. Donc de l'argent, donc de la vie pour votre entreprise. Bien faire, à l'inverse, c'est accepter de maîtriser la chose à 80 % (notion d'excellence, disjointe de la perfection), donc à fort taux, et puis... de la lâcher. Pour passer à autre chose. Pour amener le truc à son point culminant, je veux parler du point culminant réaliste. Là encore, 80 % c'est un bon taux. Vous changez, vous sautez sur un autre processus : vous gagnez un temps fou à chaque fois.
Parlons management. Comme moi, vous savez bien que le leader situationnel est un kangourou, un animal sauteur (cf. Kenneth Blanchard). Sitôt qu'il amène un collaborateur à la mâturité professionnelle sur une tâche précise, il passe vite à quelqu'un d'autre. Et d'un il se met en réaction par rapport au premier, et de deux il aide le plus fragile à croître. Résultat : deux collaborateurs évoluent au lieu d'un. Les 20 % qu'il a gagnés sur le numéro un deviennent un levier pour le second, les vases communicants s'inter-alimentent.
En outre, on le sait, terminer (achever) un travail jusqu'à l'extrême limite est ce qui prend le plus de temps, donc qui fait chuter la productivité ou la performance de manière drastique. Il faut rationnaliser et accepter qu'un autre vienne achever la chose en cours (ou vienne la surveiller, si on la laisse à 80 %). Vous, vous êtes un(e) boss, un(e) vrai(e) : vous priorisez, réalisez, engrangez de l'argent et dépensez intelligemment chaque minute [3] de votre temps.
Fig. 1 - Lâcher s'oppose à renoncer,
c'est mieux investir ce qui suit et ce qui croît
Je m'arrête ici. (Je relis.) Nous avons parlé de cette folle course à la perfection. Ce marathon est un des fruits du contrôle, du besoin de maîtrise. Ce besoin est humain, il est un fruit de la finitude humaine (look). Et c'est de ça que je veux parler : après la maîtrise, parlons de l'expressivité, cette polarité différente, qui rentre en dialogue puissant avec la maîtrise. Pour aller bien, il faut un mariage intelligent entre les deux.
En cela, le travail de Jean Monbourquette est splendide. De même que celui d'Alexandro Jodorowsky ou de don Miguel Ruiz. Réconcilier les deux grands besoins pour qu'ils accouchent d'une troisième voie [4] sereine, voilà un beau projet.
Il y a beaucoup à dire, alors je vous renvoie ici. Et vous laisse vous attarder sur un tableau des grappes de mots que vous pouvez trouver dans les livres. D'abord, les puissances de contrôle (1). Juste après, celles de l'expressivité (2). On y va :
1. [ Contrôle et structuration (Georges Romey), maîtrise, analyse, décisions, volonté, conatus, pensée cartésienne, esprit de géométrie (Blaise Pascal), cerveau gauche (PNL), animus (Carl Gustav Jung), yang (taoïsme), Juge (don Miguel Ruiz), état Parent (Eric Berne), Surmoi (Sigmund Freud) ],
2. [ Expression authentique et sensibilité (Romey), créativité, intuition, instinct, réceptivité, lâcher prise, synthèse, spontanéité, ressentis (feelings), pensée alternative (lateral thinking - Edward de Bono) ou systémique, rapprochements ou connectivité analogique, esprit de finesse (Pascal), cerveau droit (PNL), anima (Jung), yin (taoïsme), Victime (Ruiz), état Enfant (Berne), Ça (Freud) ].
Renoncer au perfectionnisme, c'est gagner du temps, de la motivation, de l'argent. C'est aussi plus d'efficience. C'est - pour terminer - s'ouvrir à l'expressivité, cette amorce, ce jaillissement continu des réalisations humaines. Ajoutez à cela de la structure (mettons un scoring) et vous gainez vos idées dans un corps (un plan d'actions) réaliste et sain.
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[1] Que dire ? J'aide les équipes à envisager les rapports de force avec un marché, les angles de pénétration commerciale, le suivi visuel (tableaux de bord simples, épinglés en grand), les actions à mener en priorité - compte tenu de leur impact (scoring), et le canal socioémotionnel avec lequel il faut parler à chacun des collaborateurs. Pourquoi ? Pour que chacun tienne dans la durée, j'aide le manager à parler clairement et à féliciter tout ce qui avance. Oui c'est de l'organisation (à visée stratégique) et du management (orienté motivation). Les gains ? Une plus grande liberté quant au temps (priorisations et redéploiements enfin possibles), un succès commercial patent (visible, suivi, "bichonné"), une cohésion des équipes dans la durée (le succès vient... des gens).
[2] A l'échelle des entreprises, il y a aussi des paradigmes, des socles plus ou moins cohérents de croyances, de conceptions (représentations, principes c'est-à-dire valeurs). Et ces socles sont à la fois des marchepieds vers un mieux. (C'est l'idée d'amélioration continue). Le mieux devient alors un plus. Certes, obtenir 25 % de taux de conquête commerciale, c'est davantage (et mieux) que 18 %. Il faut pour autant se dire qu'un seuil viendra (une nouvelle donne ou une usure) où le socle du départ va se crisper, devenir un dogme et étouffer la performance. Il faudra alors un vrai mieux, c'est-à-dire un changement qualitatif des perceptions et modes de travail. C'est toute la différence entre changement 1 (pareil, en plus - donc en bientôt limité) et changement 2 (nouvelles façons de faire, plus fines et davantage en phase avec ce tissu vivant - ce complexus - qu'est la vie). Sur les conceptions et les croyances, lire "Mojo d'entreprise" (ici) et "Vrac de janvier" sur les croyances limitatrices. C'est là. Et puis, sur les changements, il y a une théma - et c'est vers cet article que je compte vous emmener, "Métamorphoses Vs modifications" : là.
[3] Notamment en faisant du management, du vrai, qui booste les équipes. Cf. management-minute.
[ Image (c) Grevel @ Flickr.com | d'après l'étymologie, analyser c'est défaire des noeuds | la grâce, un contrepied à l'effort endémique de perfection | lire l'excellent boulot de Traverson sur la synergie | théma systèmes | théma cerveau | autre sujet - Absara.com, ces jours-ci, passe techniquement de 500 ou 600 lecteurs par jour à environ 100, lire les ratés du serveur allemand qui héberge ce blog, chez Flemming ] Read More
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~ Le plomb et la grâce
Nous avons tous un métier. Mon métier [1] consiste, entre autres choses, à sortir les gens du perfectionnisme (je vous jure). La perfection est un piège : coûteux, usant, décevant. Le principe de réalité vient heureusement nous tirer du cauchemar, du toujours-plus. Rappel : le mieux est l'ennemi du plus. Plus, c'est quantitatif, c'est la même chose en davantage. Le mieux ? Un changement de système [2], un processus adapté, vivant. Une nouveauté plus fine.
Vous imaginez bien que le 20/80 est des outils atomiques le plus utile ici. Perfectionner, c'est perdre du temps, donc des clients et de l'énergie nerveuse. Donc de l'argent, donc de la vie pour votre entreprise. Bien faire, à l'inverse, c'est accepter de maîtriser la chose à 80 % (notion d'excellence, disjointe de la perfection), donc à fort taux, et puis... de la lâcher. Pour passer à autre chose. Pour amener le truc à son point culminant, je veux parler du point culminant réaliste. Là encore, 80 % c'est un bon taux. Vous changez, vous sautez sur un autre processus : vous gagnez un temps fou à chaque fois.
Parlons management. Comme moi, vous savez bien que le leader situationnel est un kangourou, un animal sauteur (cf. Kenneth Blanchard). Sitôt qu'il amène un collaborateur à la mâturité professionnelle sur une tâche précise, il passe vite à quelqu'un d'autre. Et d'un il se met en réaction par rapport au premier, et de deux il aide le plus fragile à croître. Résultat : deux collaborateurs évoluent au lieu d'un. Les 20 % qu'il a gagnés sur le numéro un deviennent un levier pour le second, les vases communicants s'inter-alimentent.
En outre, on le sait, terminer (achever) un travail jusqu'à l'extrême limite est ce qui prend le plus de temps, donc qui fait chuter la productivité ou la performance de manière drastique. Il faut rationnaliser et accepter qu'un autre vienne achever la chose en cours (ou vienne la surveiller, si on la laisse à 80 %). Vous, vous êtes un(e) boss, un(e) vrai(e) : vous priorisez, réalisez, engrangez de l'argent et dépensez intelligemment chaque minute [3] de votre temps.
Fig. 1 - Lâcher s'oppose à renoncer,
c'est mieux investir ce qui suit et ce qui croît
Je m'arrête ici. (Je relis.) Nous avons parlé de cette folle course à la perfection. Ce marathon est un des fruits du contrôle, du besoin de maîtrise. Ce besoin est humain, il est un fruit de la finitude humaine (look). Et c'est de ça que je veux parler : après la maîtrise, parlons de l'expressivité, cette polarité différente, qui rentre en dialogue puissant avec la maîtrise. Pour aller bien, il faut un mariage intelligent entre les deux.
En cela, le travail de Jean Monbourquette est splendide. De même que celui d'Alexandro Jodorowsky ou de don Miguel Ruiz. Réconcilier les deux grands besoins pour qu'ils accouchent d'une troisième voie [4] sereine, voilà un beau projet.
Il y a beaucoup à dire, alors je vous renvoie ici. Et vous laisse vous attarder sur un tableau des grappes de mots que vous pouvez trouver dans les livres. D'abord, les puissances de contrôle (1). Juste après, celles de l'expressivité (2). On y va :
1. [ Contrôle et structuration (Georges Romey), maîtrise, analyse, décisions, volonté, conatus, pensée cartésienne, esprit de géométrie (Blaise Pascal), cerveau gauche (PNL), animus (Carl Gustav Jung), yang (taoïsme), Juge (don Miguel Ruiz), état Parent (Eric Berne), Surmoi (Sigmund Freud) ],
2. [ Expression authentique et sensibilité (Romey), créativité, intuition, instinct, réceptivité, lâcher prise, synthèse, spontanéité, ressentis (feelings), pensée alternative (lateral thinking - Edward de Bono) ou systémique, rapprochements ou connectivité analogique, esprit de finesse (Pascal), cerveau droit (PNL), anima (Jung), yin (taoïsme), Victime (Ruiz), état Enfant (Berne), Ça (Freud) ].
Renoncer au perfectionnisme, c'est gagner du temps, de la motivation, de l'argent. C'est aussi plus d'efficience. C'est - pour terminer - s'ouvrir à l'expressivité, cette amorce, ce jaillissement continu des réalisations humaines. Ajoutez à cela de la structure (mettons un scoring) et vous gainez vos idées dans un corps (un plan d'actions) réaliste et sain.
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[1] Que dire ? J'aide les équipes à envisager les rapports de force avec un marché, les angles de pénétration commerciale, le suivi visuel (tableaux de bord simples, épinglés en grand), les actions à mener en priorité - compte tenu de leur impact (scoring), et le canal socioémotionnel avec lequel il faut parler à chacun des collaborateurs. Pourquoi ? Pour que chacun tienne dans la durée, j'aide le manager à parler clairement et à féliciter tout ce qui avance. Oui c'est de l'organisation (à visée stratégique) et du management (orienté motivation). Les gains ? Une plus grande liberté quant au temps (priorisations et redéploiements enfin possibles), un succès commercial patent (visible, suivi, "bichonné"), une cohésion des équipes dans la durée (le succès vient... des gens).
[2] A l'échelle des entreprises, il y a aussi des paradigmes, des socles plus ou moins cohérents de croyances, de conceptions (représentations, principes c'est-à-dire valeurs). Et ces socles sont à la fois des marchepieds vers un mieux. (C'est l'idée d'amélioration continue). Le mieux devient alors un plus. Certes, obtenir 25 % de taux de conquête commerciale, c'est davantage (et mieux) que 18 %. Il faut pour autant se dire qu'un seuil viendra (une nouvelle donne ou une usure) où le socle du départ va se crisper, devenir un dogme et étouffer la performance. Il faudra alors un vrai mieux, c'est-à-dire un changement qualitatif des perceptions et modes de travail. C'est toute la différence entre changement 1 (pareil, en plus - donc en bientôt limité) et changement 2 (nouvelles façons de faire, plus fines et davantage en phase avec ce tissu vivant - ce complexus - qu'est la vie). Sur les conceptions et les croyances, lire "Mojo d'entreprise" (ici) et "Vrac de janvier" sur les croyances limitatrices. C'est là. Et puis, sur les changements, il y a une théma - et c'est vers cet article que je compte vous emmener, "Métamorphoses Vs modifications" : là.
[3] Notamment en faisant du management, du vrai, qui booste les équipes. Cf. management-minute.
[ Image (c) Grevel @ Flickr.com | d'après l'étymologie, analyser c'est défaire des noeuds | la grâce, un contrepied à l'effort endémique de perfection | lire l'excellent boulot de Traverson sur la synergie | théma systèmes | théma cerveau | autre sujet - Absara.com, ces jours-ci, passe techniquement de 500 ou 600 lecteurs par jour à environ 100, lire les ratés du serveur allemand qui héberge ce blog, chez Flemming ] Read More
[ << Joël de Rosnay sur France culture | Journalistes et hommes de com' - 2e partie ] Ecrire pour un public - 3e partie
Information, communication, com'
Chers amis,
Je fais un détour radiophonique par le spécialiste de la communication, Dominique Wolton. Après quoi je me penche à nouveau (et sûrement même pendant le week-end) sur la micro-enquête, merci de vos pertinents avis.
Parlons communication. Et écoutons Wolton, qui est très clair :
<< L'information, c'est un message. La communication ? Une relation [1]. Quant à la com', c'est les paillettes. >>
Dominique Wolton [2], invité des excellents Matins d'Ali Baddou (France culture), le 26 janvier 2007
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[1] Dominique Wolton explique que pour réussir cette relation, il y a négociation entre parties-prenantes. Ce que j'en pense ? Eh bien, l'émetteur doit fait mouche chez celui qui l'écoute. Il doit l'intéresser au sujet et créer un impact (intellectuel, émotionnel - bref, sur le cerveau), voire amorcer une influence, une coloration des représentations et/ou des actes de son partenaire. Alors oui, il recherche des percées séduisantes, des compromis, des angles. Cf. la notion classique de dialogue (représentation du monde à deux, deux parties-prenantes opposables ou - au contraire - capables d'une rencontre, voire d'un partage). C'est toute l'ambivalence du nombre deux (puissant archétype).
[2] Spécialiste de la communication, directeur de recherche au CNRS, directeur du laboratoire « Information, communication et enjeux scientifiques », directeur de la revue Hermès.
[ Comment enregistrer France culture à partir du Net | il y a dans la notion de relation quelque chose en rapport avec le tissu, le complexus dynamique, et aussi quelque chose en rapport avec le bain sémiotique | mmh, parlons aussi des rapports de force et des transferts d'énergie (libidineuse ou agressive), qui constituent les groupes - cf. Freud et sa dynamique de groupe | bouclons sur les beautés de la communauté Flickr, je veux parler notamment des dessinateurs sur carnet Moleskine ] Read More
Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.
Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?
Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.
Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)
A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?
EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.
>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).
A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?
EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.
Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)
>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).
Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)
>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).
>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.
>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).
>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.
>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.
>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).
A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?
EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.
A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?
EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !
A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.
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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.
[2] Sciences dites exactes.
[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.
[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.
[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.
[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.
[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].
[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.
[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf]. Read More
Leonardo ingénieur, Leonardo artiste, c'était connu. Leonardo héros (malgré lui) de fiction ésotérique [1], c'est relativement nouveau. Leonardo inspirateur de managers ? Voilà qui vaut le détour : tout le monde, à l'évidence, rêve d'avoir un tel esprit. Sa pensée, conforme à l'idéal renaissant [2], est une arborescence lumineuse. Et le secret dudit génie nous est dévoilé... depuis peu. Si ! C'est le consultant en organisation Michael J. Gelb qui vend la mêche. La clé du mystère ? Dévoilée par l'excellent Petillant.com, le portail des techniques de créativité professionnelle. A vrai dire, Da Vinci utilisait sept leviers. Bienvenue, chers amis, dans l'univers secret du Maestro. L'esprit entreprenant peut désormais compter sur :
1. la curiosité, qui permet de tout investir avec énergie,
2. la dimostrazione, qui découle de l'expérience et met à profit ce qui est intégré,
3. la sensazione, épiphanie des sens, qui enrichit l'expérience (à mettre en parallèle avec la notion moderne de cognition),
4. le sfumato, procédé artistique qui superpose diverses couches de peinture, assouplit les contours et brouille le rendu pour le rendre vaporeux, suggestif, prétexte au vagabondage de l'imagination et donc à la créativité,
5. l'arte-scienza, attitude de dialogue entre hémisphère gauche et hémisphère droit, logique et imagination, esprit de géométrie et esprit de finesse,
6. la corporita, recherche de grâce, de consensus, de finesse et d'harmonie,
7. la connessione, qui met en évidence l'interconnexion des choses, l'interdépendance, bref l'aspect systémique des ensembles.
Tout est là : une approche analytique et synthétique du monde. Cogitation et intuition fond un fécond produit. Le cerveau, au sens complet, est à la fête.
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[1] Très, très bon marché.
[2] Lire à ce sujet l'insolite et fascinant Giulio Camillo (1480-1544).
[ Cerveau | cartographie mentale | les ressorts de la complexité, de l'or pour les entreprises | l'éthique, approche complète des enjeux | la systémique - véritable discipline cérébrale - analyse autant qu'elle approche | énumération - sept, un nombre riche ]
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1. Mais vous êtes flous, oh oui. Je me remémore un vieux cours de psychologie où l'enseignant, un chercheur passionné, nous fait faire un test, en salle de cours, sur papier. Question : Quelle est la probabilité que demain, il fasse beau ? Nous, les étudiants, disons globalement par écrit : Mmh, peut-être 60 %. En parallèle, circule la question symétrique : Quelle probabilité pour que le temps de demain soit à la pluie ? Nous répondons... 50 %. Véridique. Les matheux remarquent d'emblée les 110 % de l'arrivée. Politiquement peu correct, uh ? Comment se fait-il que les mêmes sujets (nous, a priori normaux) fassions des prévisions mathématiquement fausses ? Réponse : la faute au cerveau. Qui, le mutin, fonctionne sur des bases de logique... floue. Regardons le cas. Il y a une incertitude, ici forte : une catégorie intermédiaire et bâtarde (grossière disent les scientifiques). Appelons cela un sac poreux, un ensemble en balotage, basculant un peu à droite, un peu à gauche, bref 'mangeant à tous les rateliers'. C'est un Peut-être. Dans notre cas ? Il vaut 10 %. Que firent nos cerveaux, en définitive ? Une belle addition du Oui, du Non... et de ce Peut-être. Résultat : 110 %. Eh oui. Les probabilités de la vraie vie débordent, voire explosent les choses. (Ce qui, en logique aristotélitienne ou cartésienne, voire même probabiliste, est faux - voire impossible-n'y-pense-même-pas.) L'esprit humain, prudent par excellence, car pétri d'adaptabilité et d''esprit de finesse' (dixit Blaise Pascal), se fonde par habitude sur une réalité complexe. Il en tient compte. Aussi dépasse-t-il les frontières logiques classiques (trop théoriques, artificielles à l'envi). Il mise - à l'inverse - sur une réalité à plus de 100 % : une super-réalité (inflation de réalisme). Pour le cerveau, tout devient 'plus-que-possible', donc sereinement vivable. Prévisible. Favorable à l'action. Ambitieux, l'encéphale ? Moyen. Très, très moyen. Il est surtout prudent, il établit en permanence une marge d'erreur. L'incertitude, il connaît (alors il anticipe). Prudent comme un cerveau, voilà bien la phrase-clé. Sentez-vous libres d'en parler aux dîners : Connaissez-vous l'histoire du flou qui repeint son plafond ?
2. Etats de la science. Passons maintenant une vitesse. Les ensembles de la logique standard ont des bords [des frontières] nets : la tomate appartient à l'ensemble des fruits mûrs, ou non. C'est 0 ou 1, assurent Didier Dubois et Henri Prade, chercheurs à l'Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), auteurs d'un passionnant dossier sur la logique [1]. La logique floue, elle, tient délibérément compte des degrés intermédiaires : la tomate peut être pas très mûre ou trop mûre. Dans les situations réelles, expliquent les scientifiques, nos informations sont incomplètes et nos avis nuancés. Que dire aux cartésiens ? D'évacuer, quant au cerveau, le point de vue classique [2] : la pensée, et les systèmes d'information qui en découlent, fabriquent une prise de décision à géométrie variable. Finies les fameuses tables de vérité qui - depuis Aristote - encadraient le raisonnement. Ces matrices décisionnelles, si sages, distillent une vérité tronquée [4]. Trop théorique. Place au réalisme et aux ensembles flous : la vérité cède le pas à la réalité, sa cousine. La logique classique, déplorent les chercheurs, n'appréhende que ce qui est vrai et faux. Catégorique et figée, elle ne permet pas la déduction provisoire de conclusions plausibles, suceptibles d'être remises en cause par l'arrivée d'informations supplémentaires. Elle ne prend pas non plus en compte le caractère incertain des informations ni le caractère vague des catégories à manipuler. Résultat ? Les automaticiens [4], concepteurs de modèles décisionnels réalistes [5], planchent sur les systèmes vagues. Cette logique de l'incertitude est tout bonnement celle de la vie. Vie qui, nous le savons, s'invite dans l'économie et l'industrie. Regardons ensemble. Le diagnostic de pannes, la prospection géologique, le conseil bancaire ou financier, la recherche d'informations sur Internet, la régulation de processus industriels complexes, s'appuient sur des informations incertaines, des règles générales susceptibles d'exceptions, des catégorisations vagues. Qu'on se le dise : se décider - et aider les machines à en faire, peu ou prou, autant - s'appuie sur notre capacité naturelle à raisonner de façon nuancée. Autant parler d'aptitude à manipuler l'information graduelle, non tranchée. Pourquoi dire ça ? C'est bien simple : graduer, c'est ce que nous faisons tous les jours, en utilisant des ordres de grandeur : 'grand', 'élevé', 'petit', etc. Les règles décisionnelles se font donc flexibles, voire franchement 'élastiques' (catégories 'grossières', poreuses, où l'on bascule d'un ensemble à l'autre). L'ensemble classique possède des bords francs : un objet appartient ou n'appartient pas à un ensemble. Les ensembles flous, concluent Didier Dubois et Henri Prade, ont des bords graduels : l'appartenance à un ensemble flou est une question de degré, ce qui en estompe les bords.
Un exemple ? Le climatiseur, système à règles floues par excellence. Supposons que la température x de l'air - vaille - 19° C : elle est - mettons - 'fraiche' à 20 % et 'idéale' à 80 %. La vitesse du ventilateur sera 'lente' à 20 % et 'moyenne' à 80 %. Ou comment prendre un peu des deux pour mitiger sa réponse.
L'intelligence est... un mélange.
Fig. 1 - Pour la science n°49 | Fig. 2 - Van Vogt et le non-A
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[1] Dossier Les chemins de la logique, revue pluriannuelle Pour la science, hiver 2005 - texte intégral.
[4] La vérité, ici, est soeur de rigueur, de cohérence, d'activités cogitatives dites correctes. Dans la vraie vie ? Ses applications sont maigrelettes, tout - sauf les catégories philosophiques strictes - répondant au flou, à l'imperfection, à la méconnaissance, à la circularité de l'ouroboros, où (tel le serpent qui se mord la queue) la conséquence d'un phénomène devient partie-prenante d'un tout et amorce elle aussi des actions, bref devient cause à son tour. C'est le fait du complexus, cette architecture de la vie. Cette texture même des choses (complexus veut dire tissu).
[5] La logique probabiliste ? Guère plus réaliste que la logique classique. Et puis très coûteuse : elle nécessite des données statistiques, pas toujours disponibles et oblige les chercheurs à convoquer l'artifice du pari, quelque peu arbitraire, selon Didier Dubois et Henri Prade. Autre inconvénient avec les probabilités : pour un événement x, le manque de certitude qu'il se produise devient, comme par magie, une certitude de l'éventualité contraire. Je ne sais pas trop si le soleil reviendra dans la demie-heure, pourquoi soutenir modicus qu'il restera caché ?
[ C'est Lotfi Asker Zadeh, automaticien américain né en 1921 (page), qui est le père de l'ensemble flou (seconde moitié des années 1960), à l'origine des modèles contemporains de systèmes experts | Alfred Korzybski (1879-1950) et la logique non-aristotélicienne | l'équivalent français de la société korzybzkienne de sémantique générale (IGS) | Korzybzki, traduit par Isabelle Baudron-Aubert [Fr] - son blog | Mireille de Moura et Frédéric Lavergne injectent Korzybzki dans le monde des institutions | Le Non-A, le cycle de romans d'Alfred Elton Van Vogt (1912-2000) qui a popularisé Korzybzki - toute mon adolescence ! | Van Vogt, sites 1, 2 & 3 | par un autre angle, revenons-en à la logique - logique et carré sémiotique | et toujours - cerveau et complexité | systémique | éthique et décision | management | conseiller en environnement complexe ] Read More
Hercule, hyperactif alternatif - 1e partie [ Hercule et la valeur >> ]
Hercule, ci-contre moblogué depuis le musée Saint-Raymond de Toulouse, est un drôle de lateral thinker, de penseur alternatif. La solution qu'il trouve pour nettoyer les écuries d'Augias en est l'illustration. Comment - fameuse cinquième épreuve des pesants Douze Travaux - nettoyer l'accumulation de trente années de fumier ? Comment faire ce qui semble... infaisable ? Réponse : en trouvant une réponse saugrenue, originale et folle. Hors norme.
Cette épreuve d'écuries, même pour un demi-dieu, reste hors de portée : trop de travail. Un penseur conventionnel proposerait un nettoyage en bonne et due forme. Probablement une orgie de balais, pelles, huile de coude, etc. Avec des mois et des mois de labeur. Une horreur. Et que fait Hercule ? Par une espèce d'état second génial, il décide de détourner le cours de deux fleuves et de laisser l'eau puissante faire ce travail de titan. Un éclair de génie. Une solution à la mesure de l'épreuve : démesurée. Un problème fou ? Hercule mobilise la partie la plus intuitive de son cerveau. Seul un 'fou' (déconnecté des fonctions rationnelles classiques) pouvait trouver cette issue. C'est bien cela : le penseur alternatif va partout sauf là où on l'attend.
A éviter pour les problèmes simples. A sortir comme un joker (the fool en anglais) pour les points ardus. Une fois, bien sûr, qu'est enclenchée l'étape de résolution proprement dite [*]. Vous ne pouvez - de toute façon - pas résoudre un problème, disait Einstein, avec ce même cheminement intellectuel qui l'a engendré...
[*] Ce qui correspond à l'étape 3. suivante. En résolution (collective) de problèmes, le timing est toujours le même : 1. caractérisation (définition) du problème, 2. validation, 3. recherche des solutions, 4. sélection de la meilleure. S'ensuivent évidemment les modalités de mise en place (planning, CQQCOQP), voire les tests 'terrain' avant l'adoption. (Difficultés de changement ? Voir les changements culturels potentiels.) La mise en place calibrée, il est bon de recommander des dispositifs de vigilance (notamment culturelle) et d'amélioration continue (qualité).
[ Images (c) Jean 'Moebius' Giraud, Engin.umich.edu | un bel exemple de jeu latéral | Alexandre, penseur alternatif ? | Edward de Bono, fameux psychologue anglais et chantre du lateral thinking (voir aussi là) | Douze Travaux pour un héros | Hercule met de l'ordre | les écuries d'Augias, sens symbolique inattendu (merci, Hervé Delboy) | Lateral thinking, an Edward de Bono's academic lecturepdf, 1979 | jolie figure d'après le peintre néerlandais Maurits Cornelius Escher (1898-1972) | management de projet | mythologie - beaucoup de tricksters (see also here), marginaux facétieux, trouble-fêtes, joueurs de tours, sont des lateral thinkers ] Read More
Le remue-méninges vote à droite... du cerveau - 1e partie [ Remue-méninges et synergie - 2e partie >> ]
Brainstorming : le mot magique. Tout bon consultant, tout bon manager le ressort pour faire joli. C'est aussi clinquant qu'une gourmette. Quelles sont ses faiblesses ? Et, surtout, quand le prescrire ?
Un tuyau qui fuit, un ouvrier endormi dans la canalisation, une truelle oubliée, un rat mutant, une soucoupe volante coincée... Voilà le tout-venant saugrenu qui risque de fuser sitôt lancé : Remue-méninges, m'sieurs-dames. D'où vient, selon vous, la fuite de gaz ? La bonne nouvelle, c'est que tout le monde adore jeter des idées, dans un élan jubilatoire enfantin : c'est bien. Freud aurait certainement adoré. Dites n'importe quoi et l'animateur (ou pseudo) griffonnera des associations d'idées tout droit sorties de chez Bosch (le fabricant de perceuses ou le peintre, c'est selon). La mauvaise nouvelle, c'est que cela ne sert à rien. Du moins pas à ce stade de la résolution de problèmes. Votre cerveau droit est à "sortir" pour plus tard.
Reprenons. Un problème, pour commencer, cela se caractérise. En clair, quel est vraiment le problème, quel est vraiment l'écart entre un constat pâlot et une réalité rêvée ? (C'est le delta des mathématiciens.) Réponse... à déterminer en groupe. Servez-vous intelligemment du groupe ! Pour cela, rien de tel que le bulletin (papillon), sur lequel chacun écrit sa vision du problème. Une ambiance délétère, c'est autre chose que Un manque cruel de congès, par exemple. Et, s'il vous plait, gardez le silence. Rédiger tout seul, pour faire de l'analyse (cerveau gauche, quand tu nous tiens !), c'est mieux qu'associer machinalement des idées, en espérant que monte une sauce hypothétique. Vous êtes l'animateur ? Groupez les réponses par familles (une très bonne classification Ishikawa vaut ici de l'or). Puis procédez à un vote : Merci de classer de un à trois les meilleures formulations du problème. Là, vote pondéré : en cinq minutes et quatre opérations arithmétiques basiques, vous avez circonscrit votre problème, seule base véritable de travail.
Identifier un problème, c'est le point de départ.
Ensuite, comment faire venir les idées ? Quelles solutions au problème ? Sortez donc votre remue-méninges, c'est le moment ! C'est là que nous avons besoin de créatifs, de purs "cerveaux droits". Les idées les plus folles sont les bienvenues : OGM, antituberculiniques, expressionnisme allemand, théologie de la libération... A l'animateur de noter, au groupe - ensuite - de trancher.
Comment trancher ? Retour au cerveau gauche : re-papillons, re-vote-pondéré. Vous avez votre faisceau de solutions, validées de tous.
La séquence cérébrale est donc : hémisphère gauche (caractériser le problème), hémisphère droit (tout-venant), re-gauche (sélection minutieuse de la solution ou du groupe de mesures).
De là, mettez en place un bon 3QO2CP (de nouveau cerveau gauche !) Vous aurez ainsi le planning de vos mesures.
Le cerveau, potentiel méconnu ? - 1e partie [ 2e partie - Antonio R. Damasio >> ]
Pour Dominique-Anne Michel, journaliste à L'Expansion, le management laisse au cerveau la part congrue des enjeux courants. Tout au plus cette formidable ressource n'est-elle que partiellement exploitée, tant vers les clients qu'en interne.
L’idéologie de la raison, précise la journaliste, nous a longtemps fait croire que la décision – celle de l’actionnaire, du salarié ou du client – était le seul produit du raisonnement conscient. Voilà notre tort : favoriser l'idéologie de "l’intérêt bien compris", comme le fait par exemple l'organisation scientifique du travail (OST), modèle d'organisation fondé exclusivement sur la raison.
Preuve de cette méconnaissance patente : les entrepreneurs continuent de communiquer sur les caractéristiques objectives des produits. Pourtant, d'après Gerald Zaltam, docteur en sociologie et professeur d'administration des affaires à l'université d'Harvard, le cerveau utilise essentiellement des contenus inconscients, sensoriels et mémoriels pour percevoir produits, marques et autres campagnes commerciales. Pour ce grand spécialiste des comportements de consommation, les avantages rationnels du produit passent... au second plan. Il faut s'y faire : le client est complexe, à la fois rationnel et irrationnel. C'est même la part irrationnelle qui domine ses penchants.
Dans ce courant de ré-examen du potentiel humain, Christine Cayol tient une place à part. Pour cette ancienne philosophe, fondatrice du cabinet de gestion du changement Synthesis, il faut remettre l'intelligence sensible au cœur de l'action. Le rationnalisme sclérose le management. Trouver des solutions nouvelles passe par un nouveau principe : faire des liens entre l'art et l'action, entre la culture et les situations concrètes pour renouveler son regard et sa pratique. La culture humaine, ainsi que les arts, redeviennent essentiels. L'homme est sollicité dans son ensemble.
Le management retrouverait là sa pleine dimension de pratique humaine : par des hommes, pour des hommes.
Attention toutefois aux excès. Le coaching tous azimuts constitue parfois le coup de balancier déstabilisateur, notamment pour les personnels débutants, en phase d'apprentissage sur une tâche. Trop de "cerveau droit" hypothèque les structures.
Si utiliser tout son cerveau, c'est de l'argent, le faire au bon moment - avec les bonnes personnes - c'est tout bonnement de l'or. L'analyse des contextes est primordiale.
Motiver induit (étymologie oblige) une mise en mouvement. Ici : un mouvement d'investissement libre et volontaire au sein de l'entreprise. Qu'est-ce qui motive vraiment ? Surtout, combien de temps cela dure-t-il ? Evacués les trop inégaux et quasi exclusifs leviers financiers, tellement prisés en France. Evacué le coûteux management de l'attachement, réservé aux seuls grands groupes, capables d'organiser le travail, les loisirs, le plaisir, l'interpersonnel. Il faut ici se pencher sur les modèles de la motivation.
La motivation, c'est avant tout une affaire de rationalité, entend-on souvent. A en croire les partisans d'un cartésianisme appliqué au monde des affaires, la motivation serait une décision de bouger, de se mouvoir compte tenu d'un bénéfice escompté, ce dernier étant la différence entre ce que je gagne et ce que je perds. Plus j'ai à gagner dans l'affaire, plus (ou plus vite) je bouge. C'est très : 1. mécanique, 2. écologique - au sens "programmation" du terme.
Mais voilà : l'homme est un mélange de rationalité et... d'intuition. Reconnaissons à l'intuition le statut de fonction pré-langagière, héritée des temps où le petit d'homme dispose "seulement" de son instinct et de l'approche globale des phénomènes, en tant que bénéfiques ou privatifs de quelque chose. Ceci posé, demandons-nous quel poids cette intuition prend dans les décisions d'agir. Les psychanalystes rappelent à bon escient que le fait intuitif, sentimental, symbolique, celui qui mobilise une forte impression intérieure, marque déjà les premiers hominidés : les tombes de ceux-ci contiennent - par exemple - les traces d'un pollen [*] qui n'a résolument rien de rationnel. C'est un fait, les premiers hommes accordent des fleurs aux morts. Par ailleurs, les neuropsychologues affiliés à Gereon R. Fink et John C. Marshall "découpent" les activités nerveuses en une polarité rationnelle et analytique, par opposition à un corrolaire synthétique, intuitif, global. Notre cerveau semble donc être double.
Prochaine partie : les découvertes du neurologue Antonio R. Damasio, les prouesses de l'analyse transactionnelle (AT) d'Eric Berne, les subtilités du management situationnel de Paul Hersey et Kenneth Blanchard, les prolongements post-AT de la process communication de Taibi Kahler. Gageons que ces lignes seront motivantes...
[*] L'hypothèse anthropologique généralement retenue est celle du dépot de fleurs, objets éminemment symboliques. Les fleurs marquent les sentiments.
[ Motivation du personnel - 2e partie >> | La valeur "travail", un bon candidat à la motivation ? ]