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Joli challenge que se faire un plan Babel. Un de ces effets où les langues se mêlent. (Babel ? J'en parle après, pour parler de photos.) Ba-ba-ba-babab-Babel, comme le dit le fromage du (presque) même nom. Dans le registre mélange de langues, je propose l'héritage de Shakespeare et la sensibilité d'Attila József. Quoi de mieux, pour mettre leurs langues sous une seule et même espèce, que de se taper une bonne toile ?
Ouais. Le cinéma budapestois - c'est de lui qu'ils s'agit -, c'est la certitude de trouver un mini sanctuaire, un lieu respectable et respecté, chouette et beau. Classe, encore une fois. Je reviens du Corvin mozi, un de ces centres (ici moderne) où projection du septième art rime avec bouquins, CD, bar - dans un même endroit. Stimulant, as always. Populaire et « beau » de gamme [1].
C'est le Dark Knight en VO yankee, sous-titrée d'apports finno-ougriens, qui me pousse à deviser ce soir.
Fig. 1 - Complexe et bien fichu,
ce blockbuster pour les plus de 16 ans
Les personnages ? Fouillés (tellement bien joués). Le scénario tient la route, en libre appui sur la BD-chef-d'œuve du grand Frank Miller, l'auteur qui a su faire passer une bande dessinée gentille et plon-plon (tant pis pour Bob Kane, le premier papa) au rang de production adulte. Noire et travaillée : crédible.
Fig. 2 - Nico et Lionel ou quand les chauves sourient,
mais que pour les intimes
Batman, donc. Mais c'est de Babel que je veux vous parler. Babel, c'est un volet du magnifique (et doté de wifi) Gozsdu Terasz, ce bar de traboule, ce bar de patio comme Budapest en propose de si bons. De si frais. (Et l'architecture, mes amis !)
Bourrés de photos d'artistes contemporains, les longs murs sous le ciel puissant. Avec cette exposition, le Goszdu Terasz propose des angles de vie, du noir et blanc, de la couleur. C'est ma compagne qui aimerait ça...
Je l'aime. Elle et notre progéniture me manquent [2]. Mais il y a une vie ici. Et du travail à la vraie mesure de tous ceux qui s'investissent. (C'est à dire à fond.)
Budapest ? Une ville de chauves-souris de lumière. Porteuses d'éclat. Et de vies où tout croît. Et se répand.
Be seeing you, gentille et dingue ville : on s'est trouvés, toi et moi.
Tu m'attendais.
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[1] Bon sang, faites comme moi, cherchez de beaux guillemets à la française, à copier-coller depuis Google, et vous trouvez - désormais en bonne place - une occurrence sur les guillemets... chinois. Bon sang, les temps changent. Effet nid d'oiseau, ou effet papillon ?
[2] En août, j'ai vu ma famille, en tout et pour tout, 4 jours. C'est peu.
[ Tout Batman (ou presque) | le justicier capé de Josh Millard | ce matin, alors que le qualiticien et contrôleur de gestion Ramzy dormait encore (et comme un bienheureux), je suis allé au petit marché de la Teleki László utca, marché de gens (très) modestes et de Roms | un gars torse nu, bronzé, jambe gauche amputée, y faisait des mots croisés dans son fauteuil roulant, un gars d'une soixantaine d'années | la chauve-souris, pour le grand Georges Romey, c'est l'archétype de l'inversion, du regard sincère au dedans, des contenus que l'inconscient dévoile | À Toulouse, et en France, qui dessine mieux les superhéros que Paul Renaud ? C'est d'ailleurs lui qui m'a fait découvrir les géants de la BD d'outre Atlantique | ah, aujourd'hui lundi, Hősök tere (Place des Héros, les patriarches magyars - mon roi tribal préféré est Huba, impressionnant avec son cheval augmenté de bois de cerf), expresso et pêche melba au café du Szépmûvészeti Múzeum, remontée à pinces (je recommande) d'Andrássy út puis halte au petit jardin du Musée d'arts asiatiques du riche opticien et collectionneur Ferenc Hopp (1833-1919), sorte de Georges Labit local | à propos de cultures traditionnelles d'Asie, c'est Max Sandor qui me signale par e-mail son ancêtre tibétologue Alexander Csoma de Kőrös (1784-1842) - la classe ! ]
Back to the 90's. Souvenez-vous : en 1988 sort un bijou. Bijou discret, bijou profond, demandant ouverture et véritables efforts d'organisation. Mais levier puissant, c'est le bottom-up marketing (Al Ries et Jack Trout). Littéralement : contre-plongée, ou marketing inversé, ou marketing tête-en-bas. Ou cul par-dessus tête - vous voyez le topo.
Le succès ? Moyen. Les perspectives ? Riches, voyons ça.
Le marketing tête-en-bas, c'est, pour mettre une offre et sa demande en phase, intégrer en continu les remarques des commerciaux-terrain : les remarques d'en-bas, dirait un Raffarin en fin de repas. Sachant, et c'est bien naturel, que les commerciaux connaissent bien mieux que quiconque les attentes des cibles puisque c'est eux qui les pratiquent (les attentes et les cibles). De sorte qu'une circulation s'installe. Là où, avant, dominait un flux décisionnel fixe et descendant, convoquant la tête (headquarters) et puis ensuite les jambes (concrétisations-terrain), eh bien un changement s'opère. Une mise à plat circulatoire [1], où peut-être s'évapore le poids hiérarchique classique, mais où se renforcent et s'affinent les constituants.
Fig. 1 - Ouroboros, le principe d'une circulation qui donne à un ensemble
force et subtilité, performance et pénétration
Le cahier des charges ? Désormais, son ébauche a lieu sur le terrain à chaud, par ordinateur portable, dans la voiture ou sur une table de restaurant isolée. Le Quoi (ici Quoi faire) prend alors appui sur le décryptage live des réalités. Les quartiers généraux redeviennent « simples » stratèges (le Quoi de long terme, les tendances, les grands rapports de force) et les gens de marketing, « simples » organisateurs (un Comment de circonstance : un Comment de campagne). La stratégie reprend sa vocation de longue visée et de démarche politique (prendre et conserver le pouvoir pour imposer une patte). Le marketing se transforme en caisse de résonnance des ressentis-terrain : il trie, il priorise, il conclut tous les ajustements à fournir et génère les budgets pour ça. En clair, il passe son temps à donner sens aux remontées et - sitôt que tranchent la stratégie et la gestion-finance - à déployer les moyens idoines. Disponibilité de rigueur.
Révolution mentale, questionnement des territoires, tabous en chaîne. Voyons maintenant tout ça. Et parlons de peur (Qu'avons-nous à y gagner, sous-entendu à perdre de notre situation actuelle ?). C'est vrai : l'homéostasie enfle et bloque un tel changement. Les réactions de la tête affichent souvent des rationalisations : Les commerciaux que nous avons ne savent ni ne peuvent faire ça ou alors Changer nous ferait perdre du temps et la concurrence gagne du terrain tous les jours. Autre remarque, si fréquente : La norme ISO 9001 nous oblige déjà à faire ça (notez l'« oblige »).
C'est vrai.
Je veux juste vous présenter trois angles mentaux. Ils sont saillants et c'est le n° 281 d'Action commerciale (janvier) qui les décline dans son cahier pratique. Vous me direz ce qu'ils vous évoquent.
Au sujet de la synergie réelle entre équipes du marketing et de la vente :
L'information ne circule pas naturellement entre nos deux services, analyse avec justesse et modestie [ c'est moi qui l'ajoute ] Pascal de Nervo, directeur marketing chez Devoteam. Il faut encourager financièrement les vendeurs à partager leurs données, estime de son côté Xavier Gazay, consultant en relation-clientèle au sein du cabinet Accenture. Il faut, complète Édouard de Rémur, cofondateur et associé de la SSII Oodrive, encourager de tels échanges avec des moments de convivialité.
Tout est là. Décider que c'est faisable, ou s'en faire convaincre avec chiffres à l'appui (les consultants savent faire ça). Puis engager une démarche de changement, sur 12 à 18 mois (revoir Serge Moscovici et David Gleicher, ici). Et enfin valoriser, par le management motivationnel (portant, y compris sur le renforcement des statuts, sur l'orgueil bien légitime, et puis sur la sécurisation des positions des uns et des autres), bref valoriser toutes les actions allant dans le sens de l'amélioration (et donc perte d'un existant rassurant mais moyen). Je veux parler d'amélioration documentée, manifestée par un tableau de bord [2] clair et engageant. Tout ça ? Prenant et à la fois réjouissant.
[1] Une boucle se constitue, englobant les recommandations du terrain (les remontées) pour venir féconder en permanence les modélisateurs de campagnes et de produits. En clair, les gens de la stratégie, du marketing et les bureaux d'étude (ou départements créatifs). Puis, redescente et applications-terrain. Et ainsi de suite. Renforts mutuels, synergie.
[2] Tout ce qui est mesuré s'améliore, rappele le consultant en performance humaine Hervé Gougeon.
[ Xavier Gazay, cité dans un cours de vente en ligne (.doc) | Flemming Funch, que vous connaissez bien, est un apôtre et pionnier du knowledge management (collecte, stockage, enrichissement, circulation-partage de l'information et du savoir) : depuis dix ou vingt ans, il conseille, adapte et conçoit les solutions participatives simples (donc coopératives), telles que plateformes ou logiciels de travail, wikis et blogs | À quand un bottom-up qui intègre tant les remontées-vendeurs que celles des partenaires, des fournisseurs, des clients ? C'est là le rêve de la qualité, je dis rêve car l'attribution d'une certification repose sur ce qui est constaté de manère formelle (les rouages), rarement sur la volonté managériale réelle et vécue et ressentie et appliquée, plus subtile, plus tabou (cf. résistances), plus induite | contribution sur la qualité (TQM) et les pulsions de vie d'un organisme | la chauve-souris, symbole romeyen de l'inversion du regard (et des valeurs usuelles), symbole de la plongée lucide en soi-même | l'organisation, c'est introduire le temps et la finalité (le client) dans un organisme vivant, que ce soit un individu ou un collectif, les deux étant pétris de pulsions d'évolution (envies de changer) et de besoins de permanence (homéostasie) - il faut donc s'appuyer sur leurs leviers motivationnels propres, et travailler la capacité de mise en mouvement et de commandement des dirigeants, pour pousser les individus et les équipes à travers des seuils de changement pré-définis, souples et rassurants ]