Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: christianisme

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 SolidaritéMon 3 Jan 2011
0 comments
picture

[ < thémas Anthropologie, Livres, Intelligence collective & Foi | archivage automatique du billet sur le grand Don Richardson ]

Le groupe. Eh oui. Qu'est-ce qu'on peut en dire ? Le pire (un groupe génère des normes, des inerties, du rejet). Le meilleur aussi. (Et surtout.) En vrac : de la protection, du partage, du lien, de l'efficacité (travail, amélioration du quotidien), des racines.

Tout le monde peut le constater.

Et puis vivre le groupe, vivre le socius — quand il est chaleureux —, c'est une bénédiction.

Qu'est-ce que l'anthropologue et missionnaire brésilien Ronaldo Lidório peut dire de tout ça ?

Mille choses évidemment.

Son travail chez les Konkomba d'Afrique de l'Ouest (Ghana, nord du Togo) est une réjouissance. Je ressors à peine de son Ils ont osé défier le bois sacré.

Il dit avant tout que l'homme a besoin de repères. Et s'en fabrique. Avec un système de rites, ici cruels (sacrifices humains). Avec des croyances qui pèsent. Avec des tabous. Avec un système de régulation spirituelle qui découle de la terreur.

Il y a heureusement deux points que je vois avec lumière. Le premier, c'est que l'amour (qui est un risque), ça paye. Je vous laisse découvrir en quoi. Le second est plus social. Lidório aime le discernement, il est honnête. Quand quelque chose est une gangue ténébreuse, qui colle à la vie des gens, il le dit. Quand quelque chose est neutre ou bon, il le dit aussi. Là, ça touche à la marche du groupe.

Regardons.

Il existe, et c'est là que j'en viens, un mécanisme social chez les Konkomba qui attire l'attention. Quand un groupe hostile se présente (comme souvent dans les peuples traditionnels, où la notion de territoire — au sens large — peut tout à coup surgir), eh bien les Konkomba ont un truc à eux.

Un truc en deux temps.

Tout d'abord, ils ont — dans la peau — un contenu de formation. Tout homme est connaisseur. Capable, qu'il est, de se défendre : qu'il porte des armes ou non. Caste ? Guerriers spécialistes ? Certes non : des hommes. Et même les vieux participent puisque l'anthropologue explique qu'ils ravitaillent. Ils sont utiles (provisions, matériel). Tout le monde est... compétent.

Deuxièmement, ils ont un cri. Un cri de ralliement. Si le danger arrive (individu, groupe malveillant), toute personne a un cri, que le collègue le plus proche (et quelle que soit la distance) reproduit. Et ainsi de suite. Tout homme arrête son travail et se précipite vers le crieur le plus proche, et tutti quanti, jusqu'à la source : c'est un réseau qui afflue. Qui fonctionne à la vitesse du son... et des jambes. (Lidório précise combien les Konkomba courent vite.)

Résultat : des hommes accourent, convergent et forment très vite, sur place, un bloc en alerte. Un bloc fin prêt.

Effet massif. Effet dissuasif. Effet dynamique. Et intervention si le besoin se confirme.

Apologie de la guerre ? Surtout pas. Lidório aime la paix (et même plus que ça — lisez bien). Il dit juste que l'idée, dans son principe, est pragmatique. Et moi, je vous soumets ça. Un groupe compétent, qui court, qui fait masse critique est un groupe qui fonctionne.

Ajoutez-y maintenant : 1. la sagesse (les Konkomba chrétiens refusent la guerre), 2. la foi, qui construit, qui dépasse, qui creuse le sillon d'un fleuve existentiel.

Vous avez là une panacée, à l'échelon groupal. Avec, en plus, des racines individuelles fortes. Des choix de coeur.

Excellente année à chacune et à chacun d'entre vous.

God bless...
__

[ Les Konkomba, une étude (ancienne) de Jean-Claude Froelich | la solidarité — un peu plus loin avec Serge Moscovici et son modèle des Minorités persuasives (voir le paramètre qui touche à la solidarité groupale) ]


 Richardson of a...Wed 20 May 2009
0 comments
picture

[ < thémas Anthropologie, Livres, Paradigmes, Émergence & Complexité | Share/Save/Bookmark | archivage automatique du billet sur l'agressivité groupale, le Triangle dramatique, le recours à un Mobilisateur-moins, ainsi que des trucs sur le leadership ou sur la civilisation telle que l'envisagent René Girard et André Bonnard | réagissez à ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre ]


Pff, waow, etc. Ouais...


On le voit. À l'évolution linéaire des choses, comme une courbe qui croît, comme une globalité qui progresse, eh bien les sciences sociales et humaines préfèrent désormais le modèle du paradoxe ou du tissu [1]. Le monde ? Imprévisible et capricieux, tout juste bon à scénariser - Et encore. Modèle de joyeuse transversalité [2], où tout communique, où tout s'inter-contamine (capillarité), s'effiloche mutuellement (dominos, ruptures, cascades), où des choses enfin, en friction les unes avec les autres, en bref où des choses émergent. Viennent à la vie. Liées au flux, liées aux rencontres, aux sympathies [3] (procréation). Ces choses ? Idées ou faits. Ressentis, pensées, formes de vie. (Phénomènes.) Qu'on ait prévu tout ça... ou non. C'est réaliste et c'est proche de la vie, de sa façon d'innover, de bondir, de fabriquer, de combiner, de rejaillir partout. Comme un creuset magmatique. Comme un réseau de neurones. Un tissu d'étoiles. Ou comme un arbre gorgé de sève. Certes : puissant, continu, vif et sourd.

(Grosse théma là-dessus.)

Ok.

Dans le registre des ovnis, il y a un homme de poids. Que peu de gens lisent. Pourtant, son L'Éternité dans leur coeur (1981, Regal Books) est une bombe. Une stimulation fraîche et passionnante. Le champ : anthropologie et questions transculturelles (cross-cultural) (religions, représentations, identification de piliers, de principes humains communs - les « cages flexibles »). En France, ce type de recherches - fût-il empirique et simple à lire - reçoit des faveurs confidentielles. Témoin, l'accueil timoré des travaux à ciel ouvert antiparadigmatiques (pionniers, libres, perturbants, anti-consensuels) de Rupert Sheldrake, de Jeremy Narby, voire d'Alexandro Jodorowsky (savoirs traditionnels). Ces chantiers ? Résolument protéïformes et transversaux. Sacrément stimulants.

Que dire de Don Richardson ? Son travail, fondé sur les observations de plusieurs générations de missionnaires (dizaines de sources), développe des perspectives hallucinantes. Forcément riches. Et religieusement incorrectes. (Quel plaisir !)




Don Richardson
(c) Don Richardson & Carol Joyce



Je continue ici ? Non, je préfère vous recommander chaudement le bouquin. Et vous proposer de commenter à l'envi.

Excellente fin de semaine.

__


[1] Côté francophone, cf. Joël de Rosnay ou Edgar Morin. C'est Reda Benkirane qui, de mon point de vue, fait l'état des lieux le plus avancé. Voir, en outre, et côté anglophone, l'étonnant Max Sandor.

[2] Je rappelle que l'érudition transversale était une vertu à la Renaissance (Jean Pic de la Mirandole, ici, ou Giulio Camillo, ). Comme le dit le sociologue François Dubet, l'hyperspécialisation occidentale (de même que l'organisation individualiste de la recherche - cf. Institutions), en clair toutes ces travées resserrées (quoique sérieuses et porteuses de fruits) contribuent à brouiller le corpus de connaissances tout autant qu'à l'enrichir... de chapelles. C'est particulièrement vrai pour l'homme, décortiqué médicalement, socialement, psychologiquement, économiquement, géographiquement, religieusement, etc. En ce siècle de défis (Edward de Bono le rappelle ô combien), il existe heureusement des initiatives, typiquement ouvertes, typiquement moriniennes, telles que celle-ci.

[3] Métaphore du fleuve, via Héraclite (IVe et Ve s. av. J.-C.). Cf. Fragments, pdf.

[ La religion ? On se souvient de la fascination que provoquaient au XXe siècle les travaux du grand spécialiste (et francophone) d'origine roumaine, Mircea Eliade (1907-1986) - Le meilleur panorama éliadien est peut-être celui du Cahier de L'Herne n° 33 (1978, pdf) ]


 Amour, foi, risque et vieTue 7 Apr 2009
1 comment
picture

[ < thémas Amour, Foi, Citations | archivage automatique du billet sur le stratégie, l'art de la narration, le cinéma intérieur et l'art d'envisager les choses par leur fin | Share/Save/Bookmark | vos commentaires ]


À Nadia


La Guérison des souvenirs est un ouvrage lumineux. Les auteurs : Dennis et Matthew Linn [1], théologiens américains spécialistes de la relation d'aide [2]. De cet ouvrage, je peux dire mille choses.

Je peux dire qu'à chaque fois que je traverse une épreuve majeure, comme il y a dix ans pile - et comme maintenant -, ce bouquin m'aide à grandir. Sa vision du monde, de l'identité humaine, du rapport à Dieu et aux autres est riche et trempée de pragmatisme.

Il y a dans ce livre une sagesse. Quelque chose qui communique un état, des connaissances, une foi revigorée, normalisée, adulte et pleine.

Une envie.

Un carnet près de ma table de nuit me permet, depuis des années, de noter des idées, des avancées, des choses personnelles. Et hier, comme rarement, j'ai rempli ce carnet. De choses que j'ai comprises. Sur les protections psychologiques, sur le fait d'assumer, de vivre avec des risques, de travailler pleinement, de localiser les idoles [3] qui remplissent un vide.

Un vide en moi.

Charles, bien souvent, parle d'une relation spirituelle dès le début cassée. Dès la conception. Il y a un manque existentiel bien antérieur [4] aux bains intra-utérins pourtant remplis de doute, à la naissance qui morcèle, au sevrage du sein qui isole. Un besoin encore plus radical, plus ancré, de trouver du réconfort, de la mise en mouvement, du soutien, de l'acceptation de soi. Du sens.

C'est inné.

Ouais...

Et les idoles sont de faux dieux : ce sont des béquilles, qui aident à tromper la peur et à déléguer à d'autres autorités - réelles ou fictives - ce qui normalement nous revient : aimer et travailler, pour paraphraser Freud. Surtout, nous assumer. Vivre par et pour nous. Et avancer. Et aimer en vrai. C'est là le propre de la vraie liberté de jouir, d'être un être autonome, pourrait dire Romey. Autonome, inter-relié (façon Gandhi), conscient, donc adulte et aimant.

Sûr.

Merci à Nadia, hier, pour sa fine intelligence. Et son partage d'expérience, sa tolérance, sa gentillesse gratuite.

Cette nana a tout compris de tout.

Merci à l'Esquinade aussi, pour l'accueil fréquent de mes joies, de mes peines.

Merci enfin à Celui qui donne, soutient, anime et est la vie : Esaïe 40 : 25-31 m'a fait grand bien [5].

Je termine en vous souhaitant de belles et bonnes journées à venir. La parole est à Dennis et Matt Linn (op. cit.), signalant un passage du Ne crains pas de l'humaniste chrétien Jean Vanier :

« J'ai appris plus sur l'Évangile, avec les handicapés, les écrasés et les blessés par la société, qu'avec les sages et les bien-pensants. Par leur croissance, leur capacité à accepter et leur modestie, les personnes blessées m'ont appris à accepter mes faiblesses sans prétendre être fort ou capable. Les handicapés m'ont montré combien je suis handicapé, combien tous nous sommes handicapés. Ils m'ont rappelé que nous sommes tous faibles et destinés à mourir et que ces réalités sont celles qui nous effraient le plus [...]. On dit à un alcoolique qu'il faut arrêter de boire, que c'est mauvais pour sa santé. Mais il n'a pas besoin qu'on le lui dise : il a vomi toute la journée. Il n'a pas besoin qu'on vienne lui apprendre la loi, il la connaît. Ce qu'il veut, c'est trouver quelqu'un qui lui donne la force et le goût de vivre. Ce n'est pas parce que vous dites à quelqu'un qu'il ne faut pas voler qu'il ne le fera pas. Ce dont il a besoin c'est de pouvoir s'appuyer sur quelqu'un qui lui insuffle la vie et le courage, qui lui apporte l'amour et la paix. »

__


[1] Ces deux frères de sang sont jésuites de formation. Matthew l'est toujours. Dennis, lui, a épousé Sheila. Tous pratiquent un christianisme de terrain (sûrement le seul valable) : ils font des conférences, pratiquent l'entraide, le partage et l'amour. Leurs ateliers se centrent sur le pardon : tout, chez eux, est intense, modeste et réel. Leurs pas - compatissants et fermes - les ont, entre autres, conduits jusqu'en Hongrie, 2e pays au monde pour le suicide. Ils sont connus aussi pour leur travail auprès des personnes divorcées, souvent en fort besoin de guérison intérieure.

[2] Voir aussi le grand Jean Monbourquette.

[3] Idoles : images, projections, reflets, fantasmes. Ce sont des rituels, des passe-temps, des croyances investies, des forces (augmentées de l'habitude) que l'on nourrit dans l'espoir d'obtenir soutien, réconfort, épanouissement (cf. bénéfices secondaires). Or, à l'arrivée, la livraison de l'idole, c'est la torsion de la vue, la fainéantise, la duperie, la fatigue, la répétition morbide. On se trompe soi-même. L'idole est le fruit du péché, ce manque-à-vivre qui en appelle à quelque chose qui nous surpasse, nous nourrit (confort, sensations, énergie), nous protège... en apparence. L'idole est une représentation, une coquille qu'on remplit d'attentes et de projections multiples. Il faut relire les récits de voyage de l'orientaliste Alexandra David-Néel. La grande aventurière explique comment certains peuples chargent une statue vide (idole, ici orientale) : ils la préparent, la chérissent, lui adressent des demandes, lui remettent leur confiance (foi). Ainsi l'objet recueille-t-il les énergies psychiques de tous et se remplit-il magiquement (spirituellement), pour venir rayonner et influer sur le quotidien de ses adorateurs. Voir théma Égregore. Voir les dangers de l'infantilisme spirituel (fascination, sujétion, dévoiement, perte du sens de la vie, tourmente intérieure, utilisation de la fine pointe de l'âme pour une orientation voilée, impasse énergétique absolue).

[4] Et tant pis pour Jacques Lacan. La perte du paradis, de l'unité, de la fusion placide avec un Tout s'envisagent ici avant même la formation du fœtus. Ce qui, au passage, s'accorde assez bien avec l'idée de Françoise Dolto que le fait humain (sa condition) s'enracine à l'avance dans l'inconscient des parents, qui rêvent d'un enfant et déjà l'engendrent symboliquement, lui faisant une peau et des viscères toutes d'inconscient tissées, pétries (l'enfant naît et croît déjà dans le cœur des parents, pourrait-elle dire). Idée proche de celle de l'Adam biblique : avant même que je sois, la trace d'Adam (le fait humain par excellence), cette marque venait déjà me remplir de sens (signifiants parentaux, croyances, attentes inconscientes, culture humaine)... et de vide. Le vide ? Le lien cassé, dont j'hérite en même temps : je suis - dès la matrice - marqué du sceau de la perte. Spirituellement envieux... mais paumé. Ma vie me sert à (re)trouver le chemin. Et à l'arpenter dans la grâce. L'esprit d'aventure. La confiance. La liberté. La réconciliation. La complétude. L'erreur. Le mouvement. Le risque.

[5] Voir, en ligne, un morceau d'Esaïe, version Bible Bayard. Bayard ? Une magnifique traduction, quoiqu'intégrant des livres traditionnels secondaires (compilation hellénistique puis catholique), dès le début extérieurs à la Bible - Cf. apocryphes.  Read More


 ShoppingThu 26 Jul 2007
0 comments

Autant j'aime Kenneth Blanchard, autant je trouve Dale Carnegie fade et creux : dépassé. Ses préceptes sont, à mes yeux, statiques, systématiques, primaires. Je saisis mal pourquoi les managers actuels se réclament de cet homme d'affaires chrétien des années 30. Entre autres conseils, son souriez en écoutant votre interlocuteur sonne aussi naturel qu'une partie de thé à la Maison blanche et aussi ambitieux qu'une manipulation mentale de cour de récré.



Dale Carnegie, complètement has been ?



S'ils veulent de bons auteurs en management (a fortiori chrétiens), que les gens consultent, par exemple, Blanchard et Charlie T. Jones. S'ils veulent du simple, c'est en outre opérationnel. Plus réaliste, plus vrai. Et plus actuel, surtout.

Alors... Pour ceux qui aiment bouquiner (par exemple à la plage), je recommande évidemment Le Manager minute de Kenneth Blanchard et Spencer Johnson, de même que l'accessible et fécond La Vie est magnifique de Charles E. Jones. Là, vous en avez - frais de port inclus - pour 40 € maxi.

Il y a aussi une bonne synthèse (côté français, hors christianisme). C'est Le Leadership motivant pour une participation efficace de Thierry Huynen et Michèle Huynen-Janssens, que l'on trouve d'occasion (j'ai eu le mien aux puces).

Quoi d'autre ? Comment leur dire du post-transactionnaliste Gérard Collignon, dépositaire de la méthode Process Com du grand Taibi Kahler. Absolument. 25 euros pour beaucoup d'heures de quiétude en équipe après. Pour le même prix, tâchez enfin de vous procurer le très pragmatique Priorité aux priorités de Steve Covey (mmh, ce mec est mormon) et vous avez tout : motivation, leadership, dynamique de groupe, organisation-efficience. Pour, voyons, 100 à 120 euros tout inclus.

De Dale Carnegie vous pouvez, façon Jean-Edern Hallier, faire un superbe fzzzzz...
__

[ Pour ceux qui veulent aller plus loin, il y a ensuite l'indispensable Introduction à la pensée complexe d'Edgar Morin, pour sortir - par exemple - des ravages de la pensée positive, puis le superbe Apprivoiser son Ombre de Jean Monbourquette | le tout fait environ 25 €, port compris ]