[ Identifier les leviers de motivation - 1e partie ] Motiver - 2e partie [ Les yeux et la bague, attributs du meneur - suite >> ]
Motiver, c'est repérer [1] chez l'autre sa part de besoins, écologiques [2] et psycho-affectifs [3], de même que ses attentes [4], pour lui procurer la satisfaction [5] capable de transformer sa frustration initiale (plus ou moins forte selon les personnes) en quatre types d'extrants positifs : 1. argent [6], 2. mouvement d'attachement ou de sympathie [7], 3. force de travail [8], 4. capacité à être à nouveau mobilisable [9].
Cela va sans dire que les satisfactions - et les fruits qu'elles engendrent - varient en fonction des gens, en intensité, en fréquence, en persistance.
J'ajoute que bien motiver, c'est faire tout cela avec : 1. une orientation générale saine et naturelle, 2. un rapport sincère aux valeurs présentes à la fois chez l'autre et chez soi-même [10], 3. une connaissance empirique des notions de reconfiguration permanente du tissu que la personne compose avec son milieu, 4. une vigilance aux changements de niveau 1 et 2 [11], chez tout le monde, à commencer chez soi, 5. un rapport normal (assumé, lucide) au travail et à l'argent.
Mais parlons de vous. (Ch'uis fatigué.) Qu'est-ce qui vous motive, uh ?
__
[1] Plus ou moins consciemment. Cela se fait intuitivement, dans le meilleur des cas, d'où la nécessité pour un manager d'être sur le terrain. L'on ne peut motiver qu'en faisant vibrer, de manière étroite, et en se laissant vibrer et être touché en retour. Sinon, c'est... pff, du vent. Ou de la technocratie. Ou, pire, de la manip'.
[2] Manger, copuler, dormir...
[3] Sempiternelles strokes ! Qui peuvent être cognitives aussi, fournir (ou favoriser) une clarification intellectuelle chez l'autre, c'est - pour beaucoup de profils - quelque chose de recherché. Tenez, comment bien cibler ses strokes.
[4] Valeurs, rêves, désirs, ambitions, bref tout ce qui nous rend humains.
[5] Confucius, de son temps, expliquait que les cadeaux n'avaient de sens (et de portée) que s'ils étaient offerts avec gentillesse et respect. En outre, il y a deux sortes de satisfaction : la satisfaction immédiate (cf. satiété voire vérouillage et répétition, troubles obsessionnels compulsifs, scenarii et mécanismes morbides - cf. Jean Cottraux) et la satisfaction de meilleur niveau (impliquant davantage le désir et la projection), qui induit un risque heureux, une envie, une symbiose (et une réalisation de soi) possibles à plus haut niveau de conscience (lire Marie-Louise von Franz).
[6] Relation marchande, propre à tous les peuples, à tous les contextes, à toutes les époques.
[7] Relation affective, universelle elle aussi. Cf. théorie de l'attachement (sur le sujet, une bonne interview du psychanalyste Serge Lebovici).
[8] Nous sommes dans le cadre d'un projet collectif finalisé, par définition demandeur d'énergie.
[9] Respecter les seuils de saturation de la personne (intimité, besoin de repos, début d'aliénation, faiblesse passagère ou pathologie particulière à l'égard des rapports de travail, de séduction, de pouvoir et d'effort). Attention aux jeux psychologiques. Et gare à la névrose institutionnelle.
[10] Ici, l'éthique nous est d'un grand secours.
[11] Il est évident qu'un Japonais recherchera davantage l'amélioration d'un processus (changement 1) ou alors sa métamorphose (changement 2), mais alors de façon beaucoup plus progressive (montée en puissance), et puis de toute façon respectueuse des traditions, qu'un Occidental de 2006. C'est pour cela qu'il faut toujours manager... dans la culture.
[ Le motivateur est à la fois un satisfacteur (items d'hygiène, cf. besoins et satisfactions de type 1 - attention à la satiété) et un stimulateur (items de valeur, cf. attentes, désir et satisfactions de type 2 - attention au côté trop métaphysique) | hygiène et valeur (ici) | profils de motivateurs ] Read More
|
|
[ << De l'utilité des réseaux, 1e partie ] Remarque éclair - De l'utilité des réseaux, 2e partie [ 3e partie, le don, phénomène à double tranchant >> ]
Celui qui dans ses entreprises cherche uniquement son intérêt propre excite beaucoup de mécontentement, Confucius (551-479 av. J.-C.)
__
A mon avis, s'annoncer dans un tonnerre de trompettes et proposer tout de go un partenariat à quelqu'un n'a pas de sens. Fût-ce sur Internet, où les choses vont pourtant vite. Attention : vite et bien sont compatibles. Et vitaux. Que ce soit sur le Net ou dans la vraie vie, plusieurs facteurs conditionnent le succès, ou tout au moins le 'sans faute' :
1. le 'poids' économique de quelqu'un. Si je représente économiquement moins (même à terme) que ma cible, la relation est déséquilibrée. Que faire ? Attendre de prendre de la masse. Si je pèse autant que ma cible, cela peut valoir la peine d'essayer. Davantage ? Prévoir alors de démontrer l'intérêt, en valorisant - chez l'autre - sa compétence-clé.
2. Les règles de politesse. L'on peut appeler quelqu'un par son prénom, certes. Mais les premiers temps au moins - sauf contre-indication culturelle de sa part - privilégier le vous. Et puis agir comme tous les jours : salutations d'usage, respect de l'âge, du statut, des domaines de compétence d'autrui. Pourquoi ? Parce que c'est culturel. Or, la culture, c'est ce qui donne un cadre à la relation. Et un rythme. Les us sont des modalités connues, qui satisfont le besoin instinctif des uns et des autres de se figurer la forme que prendra l'avenir. Une sorte de canevas rassurant.
3. La progressivité. L'on fait une offre à quelqu'un si et seulement si on le connaît. Bien, je veux dire. L'acte d'amour couronnant de galants préparatifs, l'acte d'affaires obéit à la même règle. Rendez à la personne visée plusieurs services, même petits, surtout sincères : mentalement bien orientés, chaleureux, adultes et assumés. Si elle vous connaît, du point de vue de votre utilité [*] à son égard, elle ouvrira ses oreilles quand vous lui direz : Mon cher, puis-je vous parler de quelque chose qui me tient à coeur, idéalement dans les deux semaines qui viennent ? L'on écoute ceux qui nous aident. Et qui l'ont prouvé.
Les mouches s'attrapent avec du miel. Or ce dernier s'obtient avec patience et tours de main multiples. Pour rappel symbolique, l'abeille figure la sagesse chez les Juifs. En conclusion, le réseau, c'est du temps. Et de la gentillesse : celle qui rend service. La sagesse ? Discernement pur.
[ Relire Confucius, notamment les pans relatifs à la politique et au fait humain ]
[*] Est utile celui ou celle qui satisfait des constantes anthropologiques chez vous : des instincts. Par exemple, vous faire gagner du temps (besoin de maîtriser ce qui s'écoule), de la certitude sur quelque chose (clarté cognitive), de la confiance en vous (valorisation de vos prérogatives et de vos territoires, notamment de compétence), de l'argent (sécurité immédiate), des contacts précieux (sécurité à terme) ou des biens (biens à jouir).
[ Autre sujet - écouter l'anthropologue Philippe Descola. Et par exemple l'enregistrer directement en MP3, à partir du flux de Real player ]
|
|