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 Pandaloup - 2e partieThu 31 Jul 2008
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Loup !


Le loup. C'est, après le panda (et son ennemi le gros félin), un guide utile : voyons voir ce que l'animal à dents pointues nous dit des émotions, de ce qu'elles apportent, de leur vocation.

Il y a six émotions de base, un détour par le travail du prêtre et psychanalyste Jean Monbourquette nous permet, vous et moi, de voir ce que la dynamique du loup soulève. Gros contenus, juste après.

Bien sûr Antonio Damasio et Edward de Bono rappellent combien les émotions et combien les associations [1] entre idées et volitions (idées différentes, sensations, ressentis), bref ce que ces mélanges spontanés - ou pilotés - provoquent de fort. Pour la science actuelle (cf. cognition), c'est un fait. Le quotidien, par exemple en entreprise, est éloquent : une collaboration entre raison et intuition (entre hémisphères cérébraux) génère synergie, puissance, harmonie, dépassement de soi.

Pragmatisme et créativité sont là. Polyvalence humaine ? Son talent s'exprime à plein.

Dans l'indispensable Apprivoiser son Ombre, Monbourquette raconte cette légende de loup. Il y a un village, il y a saint François d'Assise (1182-1226), il y a ce traumatisme, qui lui fait vite appréhender la souffrance du village. Un loup, voilà ce que balbutient les habitants hagards. Un loup qui dévore, tapi près du village : il prend sa part d'humains, il met en pièces, il terrorise. Que fait saint François ? Prend-il une épée, ou une lance façon saint Georges ? Que nenni, le saint part à la rencontre du loup, le trouve et lui donne ce qui manque le plus aux saisons de misère : de la nourriture. Il rend la bête calme et docile, presqu'utile.

Eh oui.

Les appétits sont des manques : saint François s'adresse à la bête en lui donnant à manger (cf. parallèle avec les strokes). Sa sensibilité naturelle, son empathie, lui permet de comprendre la souffrance. La souffrance ? C'est ce qui tenaille et anime le loup. C'est bien ça : quand une bête réclame son dû, c'est qu'elle rappelle qu'une fonction vitale (épanouissement, écologie), bref qu'une fonction sourde et nécessaire passe à la trappe. Famine, détresse et violence : l'animal, comme dans la lame du Mat, devient instinct mordant la chair. Ce retour - ici animal - du refoulé confirme que : 1. nous avons un corps, une chair parcourue d'instincts, 2. c'est bien elle qui nous rend vivants donc en capacité, donc en mesure de ressentir et d'être heureux (le bonheur, c'est avec et dans le corps, avec et dans le cœur, avec et dans le système nerveux), 3. le corps, temple de l'âme (l'intériorité), se respecte et se bichonne, sachant que c'est ce même lieu, cette même réalité qui fournit l'énergie, la frustration, l'envie d'atteindre d'autres états, d'autres sensations, d'autres apaisements (cf. changement et reconfigurations systémiques). Le corps permet de changer. Sensible, violent, mortel, il rappelle la nécessité de vivre, d'atteindre, d'évoluer. Tout est en mouvement, tout est passager, le corps est un véhicule, profilé pour pousser (cf. pulsions). Le corps, instance hydraulique, sort du confort, le corps rappelle, le corps fait changer.

Comme un loup.

La frustration motive.




Fig. 1 - Le loup inattendu de la belle série Fables,
comics disponible en français



Les besoins ? Des moteurs. Les besoins de la chair sont énergie pure (mise en mouvement). Or l'énergie instinctive engloutit, submerge, anéantit - agent de chaos (cf. Ombre). Ou elle propulse, favorise, fraie ses propres chemins d'évolution - agent d'accomplissement.

Que faire alors ?

Lâcher la bête et attendre bien sagement que la dévastation convoque en retour les pulsions de vie, d'organisation, de civilisation ? C'est coûteux, c'est passif, c'est cynique et c'est lâche. Dégotter un bouc émissaire et convaincre son prédateur d'épargner le village ? C'est affreux, c'est la tendance que le dynamicien de groupe Yves Enrègle relève en entreprise. C'est ce que déplore, en outre, l'anthropologue des civilisations René Girard.

Que faire ?

Apprendre à la bête à sublimer ? à collaborer ? à investir l'énergie autrement ? à construire un Surmoi (idéaux de réalisation, déconnexion des besoins primaires) ? à construire un Moi (projection dans le monde des conséquences, dans le monde des humains, dans le monde du socius) ? C'est utopique. J'ajoute que c'est se bander les yeux face à Milosevic, c'est abandonner Srebrenica en espérant que l'éthique et le droit internationaux vont arrêter les loups de Mladic et Karadzic.

Criminel.

Qui fait l'ange, rappelle Pascal, fait la bête : vouloir moraliser (civiliser) l'animal, c'est ouvrir le champ à la désolation. Seul l'arrête un estomac comblé (le sien propre). Et malheur aux victimes.

Il reste une voie.

Cette voie, c'est celle de l'écoute. Saint François comprend la bête, on l'a vu. C'est la compassion qui veut ça. Et en tant que saint, il la voit comme créature de Dieu, comme utile et comme partie-prenante du Tout. Elle a sa dignité d'agent : ce qui est enfoui, hurlant, brut et cru fait aussi son travail.

Qui écoute la bête alimente son ange. Et augmente sa part d'humain. Les ressentis violents rappellent qu'il faut certes vivre et ressentir pour être heureux (revanche de l'Anima). Ils montrent aussi comment être heureux. Là c'est précieux.

Passons par les émotions (ou affects ou ressentis ou feelings en anglais).

Regardons ça. Un modèle général [2] nous dit qu'il y a :

| la colère,
| la joie,
| le dégoût,
| la peur,
| la tristesse,
| la surprise.

Émotions primaires. Certes leurs effets sont-ils agréables ou non. Durables ou pas. Ils sont dévastateurs ou profitables.




Fig. 2 - Intensité & durée supposées des affects,
en appui sur les travaux de Carroll E. Izard,
Christian Derbaix (modèle Lisa Q) ou encore Michel Tuan Pham (modèle Gaim) -
image (c) Coralie Duval



Un point de vue spirituel se fait jour, qui donne à l'homme une vocation beaucoup plus large que celle de la pure animalité : et si les émotions nous servaient ?

Interroger le pourquoi des émotions, en contournant le cliché évolutionniste, bref donner un sens inédit et moral à tout ça, peut se révéler dur peut-être, passionnant sûrement.

Témoin, le questionnement des enfants. Si pressant.

Si tout ou presque a un sens, et si tout ou presque est agent de dépassement, d'évolution, pour soi, pour les autres, pour le tissu dans lequel nous vivons, alors :

| la colère préfigure la reconnaissance et le respect de soi (tempérament, valeurs, priorités), en ça elle annonce le détachement par rapport aux figures parentales (autonomie),
| la joie favorise la spontanéité, l'espièglerie, le naturel,
| le dégoût augmente le discernement, la sagesse, la juste appréciation des choses,
| la peur facilite la prudence, elle mène à la lucidité puis - quand les débouchés sont prometteurs - au courage, à la volonté, à l'audace,
| la tristesse (expérience du deuil) enseigne le lâcher-prise, la réalité de la transformation permanente du monde (vie-mort), et donc - par contraste - la profondeur,
| la surprise, c'est plus compliqué, c'est peut être le maître intérieur (la cohérence de l'inconscient) qui encourage l'offre de soi au monde (confiance, bienveillance, curiosité, concentration, disponibilité pleine).

Quand la sensibilité s'exprime, c'est qu'elle dit qu'il faut la reconnaître, l'écouter, la regarder.

La chérir.

L'énergie de l'émotion sert un dessein spirituel. Comprise et surfée, elle permet de s'accomplir.
__

[1] Les volitions, c'est l'ensemble des événements mentaux qui appellent une réaction ou - plus spécifiquement - une décision volontaire. Les bouddhistes regroupent tous ces schèmes nerveux sous l'appellation de sixième sens : un sens de saisie, d'épreuve, de ressenti des choses, internes ou venant de l'extérieur.

[2] Les études les plus connues sur les expressions du visage et l'affect qui les produit proviennent de Paul Ekman, Wallace V. Friesen et Phoebe C. Ellsworth (1972).

[ Damasio décortiqué | si quelque chose ou quelqu'un se sent frustré, il se sent tout de suite mieux si : 1. quelqu'un lui donne de la considération, par exemple en parlant la même langue de perception privilégiée du monde (cf. style ou langue intello-émotionnels), 2. cette personne, avec plus ou moins de délai, lui indique à quelles conditions de réciprocité elle peut collaborer avec lui, si toutefois cette collaboration est agréable ou utile aux deux à la fois (sinon, gare aux déséquilibres de dignité, gare à Karpman) | les émotions primaires, tableau récapitulatif des différents modèles | l'excellent mémoire de Coralie Duval sur le marketing et la réponse émotionnelle | les émotions que les jeunes enfants appréhendent le plus vite et le mieux sont, dans l'ordre : colère, joie, tristesse et peur (théorie de l'esprit, Marcelle Ricard) ]  Read More


 Crois-sens - 1e partieFri 30 Nov 2007
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La question me tarabuste, en processus sous-jacent, en composante sourde, depuis des années. Et là, dans ma tête, elle éclate (pour un tout autre sujet) : elle se révèle en même temps que sa réponse. Ou plutôt c'est la réponse qui me vient comme ça, accolée à ce qui l'a générée en amont, travaillée au corps pendant longtemps : réponse et question me viennent simultanément, comme les deux faces d'une même pièce. (Il s'agit, je le comprends, d'un système [1].)

Alors je vous livre ça. Comment se fait-il que la motivation repose autant sur les renforcements positifs, le meilleur exemple étant celui des strokes à haut potentiel du Manager-minute, je veux parler des félicitations-minute [2] ? Comment se fait-il que les félicitations mettent autant (ou aussi durablement) l'autre en mouvement (motivation) ?

Réponse : féliciter revient à révéler la foi qu'on a en quelqu'un [3]. Ce quelqu'un a une place dans le monde [4], sa réussite et lui-même sont désirés. Le féliciter c'est le conforter dans la vision bienveillante qu'on a de lui. C'est comme dire : Tu manifestes ce que tu as de meilleur et qui dormait en germe, je le savais.

Cette foi en l'autre (confiance fidèle, même racine), c'est une donnée d'amour.

C'est du moins comme ça que le cerveau de votre interlocuteur l'interprète. La félicitation est un encouragement. On encourage toujours celui en qui on a confiance, celui qui est prometteur et déjà sur la voie : l'encourager c'est simplement l'aider à accomplir son destin personnel. C'est aider un destin que l'on sait - par les yeux de la bienveillance (ou en cas de talent manifeste) - éminemment positif.

Un chef qui félicite envoie des signaux positifs, indispensables à la croissance et à la prise progressive d'autonomie.

Chaque félicitation sincère [5], et même rapide, est un boost absolu. Un fortifiant naturel.
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[1] Cf. systèmes.

[2] Nécessairement individualisées, j'ajoute profilées.

[3] Cf. Caïn et cette incroyable dynamique de la considération. Mais il y a une nuance : la foi se situe a priori (c'est un pari, comme tel un risque). La considération ? Elle vient tout de suite après ; elle se renforce, en outre, au gré des signes encourageants. La foi participe seulement... de la foi. Quels que soient les signes. C'est un amour inconditionnel, parfaitement compatible (heureusement) avec le discernement. Pour autant, c'est un engagement, que la route monte ou descende, que la Fortune manifeste ou non ses humeurs (relire les stoïciens ou les chrétiens de l'Église primitive).

[4] Une chaise, tellement réconfortante.

[5] Pour Confucius, être sincère est la seule condition de l'offre à autrui - regardez.

[ Relire Kenneth Blanchard | féliciter, c'est dire Je crois en toi et aussi Je t'ai toujours cru capable, si je prends le temps de te le faire remarquer, et m'arrête là-dessus, c'est que tu en vaux intrinsèquement la peine, je le sais | féliciter, c'est investir en l'autre | l'Autre, si bien approché par Emmanuel Lévinas (éthique du visage) ]


 Oui madame, l'organisation est une activité motivationnelle - 14e partieFri 16 Nov 2007
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[ < 12e partie | théma Motivation ] AddThis Social Bookmark Button [ Catégorie Organisation | permalien, mots-clés et commentaires | 15e partie > ]

Exceptionnellement, cet article est (c) - Je le dédie à Hervé

Certes une entreprise est-elle plus dynamique si elle est organisée : elle sait voir où sont les priorités et les sujets à fortement investir. S'il y a nécessité de mettre le paquet sur le service après-vente ou la conquête d'une niche au Brésil, l'entreprise a un sens, une direction, un motif de se dépasser. J'appelle ça un moteur.

Autre effet vertueux : tous les Travaillomanes souscrivent à ça, non pas au côté challenge (bien au contraire), mais à la précision des projections. Ce qui représente 25 % des troupes [1] selon Taibi Kahler, qui se reconnaissent dans une structure qui dit ce qu'elle vise, qui se fixe des échéances à succès, qui s'en donne les moyens physiques. C'est la clarté cognitive de l'AT, la dynamique perfectionniste (voire observatrice) de l'Ennéagramme ou le principe Animus de Carl Jung et de Georges Romey.

Il y a là des composantes de base.

Nous parlons bien d'organisation. Il y a encore beaucoup de choses qui, venant d'elle, suscitent le faire-bouger (motiver). Regardons ensemble ces histoires : 1. de géographie professionnelle, 2. de recours aux strokes. Il y a là d'importants sous-bassements motivationnels.

1. Dans les préconisations que fait le consultant en économies de temps, il y a toujours le planning. C'est un outil de management visuel, qui montre tout de suite qui fait quoi, à quel point ça avance dans le temps (grâce à des personnes physiques), de quelle manière - en clair - les satisfactions prennent corps. C'est avec ce type d'outil que le leader, gardien des caps, de leur impact sur les représentations (peur ou confiance - cf. homéostasie) et de la vision, bref des valeurs (ce qui compte) : c'est avec ça que le leader donne une structure, une métrique (art de suivre et de mesurer, art de guider), bref une forme (Gestalt) à sa boîte. L'identité s'enracine. Nous sommes dans un système et c'est quelque chose qui roule (qui vit).

Le leader, en fondateur, établit ainsi la notion de progrès : il donne un déversement possible à la sourde et puissante poussée d'évolution (cf. Georges Romey). Humainement, c'est déterminant. D'ailleurs, le consultant en management Hervé Gougeon rappelle que tout ce qui est considéré (ici mesuré) progresse. C'est une constatation courante, à laquelle je souscris.



Fig. 1 - Le planning déploie
un certain nombre de colonnades


Parlons du planning. Sa réputation en fait l'outil de maîtrise du cours des choses et, par extension, du temps lui-même. Il est bon de rapeller qu'il permet aussi de maîtriser l'espace. Vous savez, l'ergonomie : le bassin (fluide ou compliqué) des échanges humains. En disant qui fait quoi et quand, le planning spatialise l'entreprise : on entrevoit les flux relationnels. C'est la logistique des corps, et des sensibilités qu'il y a derrière. Untel va ici et là, rencontre Antoine, Béatrice ou Coralie. Le Où et le Qui s'interpénètrent (cf. 3qo2cp). Alors quoi ? Il y a trois enseignements latents.

1.1 Le premier, c'est qu'il faut un plan au sol pour pouvoir dire qui fait vraiment quoi. Ce que la TPE visualise facilement, il faut le documenter pour une grande boîte, et surtout avoir des interlocuteurs qui s'y connaissent en circulation des flux humains, en intra (salle de consultation du planning, couloirs, ascenseurs) et en extra (parking, accès au resto d'entreprise, connexion avec la bretelle d'autoroute). Ces trucs-là comptent à la longue. Spatialiser, c'est concrétiser peut-être, c'est encore et surtout donner de la chair aux trajectoires, on le voit juste en dessous.

1.2 Le second élément, c'est qu'il y a un sociogramme induit. Le modèle ? Une émanation de Jacob Moreno, l'un des pères [2] de la dynamique de groupe. La représentation de qui va voir qui ou quoi, de qui passe dans le périmètre de qui, permet - en fonction des affinités ou des répulsions - de dire qui va tenir dans le temps ou qui va s'accrocher avec Josiane Rottweiler de l'accueil. C'est-à-dire éroder sa propre positivité [3]. Quelqu'un qui aime prendre l'air aura tout intérêt à passer par la coursive de derrière. Quelqu'un qui vomit la fantaisie devra contourner le pôle Créa, où règne ce troll en résine issu d'une plateforme de jeux vidéo. Ménager la susceptibilité des gens, favoriser le confort socio-émotionnel, c'est tout un taf. Qui revient à cartographier les territoires (plus largement, les chaises - cette assise symbolique individuelle) des uns et des autres.

1. 3 Le troisième point, c'est la géographie motivationnelle immédiate : l'environnement de travail. Un bureau open space stresse les cultures ou les gens qui ont besoin d'intimité (relire Le Langage silencieux du remarquable Edward Hall). Il faut faire attention. Pour les freelances, il y a aussi la nécessaire distinction entres espaces pro et perso. Exemples nombreux, à commencer par le mien : je travaille à merveille avec une ou deux personnes dans la même pièce. Les signaux corporels qu'envoient les autres forment comme un nuage crépitant qui m'aide à me concentrer. Si je manque de ça, je travaille avec de la musique.

Un autre exemple me vient. Il y a un établissement que je connais bien. Vous pénétrez là-dedans, vous débarquez dans les années 1980-1990 : égalité prônée. Où est le sens de circulation, où sont les points saillants, où est l'accueil, qui est le boss ? Nada. Tout est circulaire et mangé par un puits de lumière central, comme une échelle de Jacob vaine et limitée. Bosser là donne des angoisses : on s'y perd. Tout est possible et donc rien. Zéro accroche, aucun style, un espace de vide occupé par ce centre planté dans rien. Là où le vide donne habituellement envie d'emplir, il y a dans cette entrée un néant : une confusion. Énergie dispersée. Leadership dissimulé, paumé, battu aux quatre vents. Vous saisissez ?

Arf.

2. Passons aux strokes. Que je sois de tempérament intra ou extramotivé, j'ai besoin de regards. Les miens ou ceux des autres (souvent c'est les deux). Pour acter une réussite. Le planning permet ça, qui montre clairement où sont les repos du guerrier, ces plages de mise à profit, de Aah, j'y suis arrivé, où le bilan forme un sourire intérieur. Le Tout est accompli de fin de semaine (où le planning fait intentionnellement un blanc) est une sensation nécessaire. Imaginons que j'aie un boss adepte des félicitations-minutes (façon Manager-minute, le modèle de Kenneth Blanchard) : si j'ai ça, je suis un chanceux. Et si je n'ai pas la considération bienveillante, la clarté de vues et l'appui de mon chef, qu'au moins le planning m'indique mes plages de repos du guerrier. C'est comme un shabbat reconstructeur. Ainsi puis-je jouir de la satisfaction de ce que j'ai accompli. Pour les autres, pour l'avenir de la boîte, pour le client, pour ma carrière, peu importe. Je suis capable, compétent, dans mes chaussures, ici et là. Et je jouis de ça.

Mmhhhh.

Un récapitulatif des fruits motivationnels du planning ? après quoi je vous souhaite un bon week-end ? Let's go.

L'outil du consultant en économies de temps, le planning, donne des priorités, donc une direction dynamique au collectif. Il remplit sa fonction de clarificateur du devenir, il concrétise une intelligence spatio-émotionnelle (porteuse elle aussi de motivation), il donne une place dans l'espace à chacun, conforte son rang symbolique (à la fois unique et partie-prenante de la réconfortante chaîne de travail), il dessine des plages attitrées de repos, pour savourer les actes.

Be seeing you.
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[1] Les statistiques du père de la Process Communication s'appuient sur des tests issus des États-Unis. Et ces tests concernent évidemment plusieurs milieux professionnels. Au pays de René Descartes, d'Auguste Comte, du TGV et de l'école de la République, je soupçonne la proportion de Travaillomanes d'être encore plus forte (ajoutons-y en parallèle une composante Persévérant et Rebelle). En Afrique ? Elles est plus faible du fait d'une intuition laissée plus libre (cf. Anima).

[2] Méconnu en France.

[3] Le terme est de Cizia Zykë.

[ Sondage - Le PDCA, outil vécu comme fixateur, comme canalisateur ou comme libérateur du progrès ? ]


 Team building - 2e partieMon 5 Mar 2007
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[ < 1e partie ] L'avocat du diable [ 3e partie > ]


L'avocat du diable


Adios l'article sur l'Aiguille. (Ah non, il est encore en bas...) Bref, nous parlons aujourd'hui de team building, construction des conditions pour qu'un groupe fonctionne. Ou re-fonctionne.

Je vous campe le décor. Ch'uis dans un café, attendant à proximité le rendez-vous avec la directrice d'une école pour une partie de ma progéniture. Je discute de ladite école avec le personnel : C'est comment ? L'on me répond, et tout, et tout. Arrivent les collaborateurs d'un cabinet d'avocats établi à l'entour. C'est la pause-café. J'imagine qu'ils vont se détendre ou bien se libérer. C'est la libération qui l'emporte. Et ô combien : les discussions fusent, des cris aussi. Le contexte est tendu. (Incroyab'.) D'un côté : le staff d'avocats associés. De l'autre : un pool d'assistantes, usé par un persistant "mauvais climat". Je regarde, j'écoute. (Nous sommes dans un bar.) Je me dis en même temps : Bon sang, ces deux clans-là, ces deux univers ont besoin de team building.

Je vous explique.

Quand vous avez deux équipes à cran, avec une différence socioculturelle, une différence de reconnaissance ou de prestige (lire Caïn), la rivalité s'installe. Une sorte de parano flotte. La collaboration devient un champ de tir et abondent alors les mécanismes de sociocentrisme (repli sur sa propre famille, sur son semblable, par besoin de concorde et d'acceptation, par peur naturelle de l'autre-qui-blesse).

Que faire ? Il faut jouer avec ce sociocentrisme (solidarité), le faire travailler, et rendre à nouveau possibles les relations intergroupales. Là où il y avait un caractère morbide, il faut permettre à la vie, à ce qu'il y a de plus sain, de frayer à nouveau sa voie. Le team building est là, qui permet au manager de (re)bâtir des relations de travail entre individus et groupes. Bien sûr si le chef était un manager solide, impliqué, motivant, constructeur de visées claires, la zizanie resterait larvaire. Le problème, c'est que les excellents managers sont rares (je rassure tout le monde, les très bons épiciers aussi) et comme ils sont rares - ou qu'ils n'ont pas le temps d'être bons -, il faut souvent guérir un mal déjà bien mûr. Souvent, le mal, bien cristallisé, fait des ravages. J'invite les intéressés à revisiter les contributions sur le leadership et la névrose groupale, c'est meu-meu.





Je vous ai parlé de sociocentrisme. Faites appel à un intervenant extérieur, quelqu'un de neutre aux yeux de tous. Là, le consultant (souvent en communication interpersonnelle ou en management) sépare les équipes et les place dans deux pièces éloignées, insonorisées. Les équipes font bien sûr bloc.

Le consultant va voir l'équipe A, dans la pièce A. Pendant ce temps, l'équipe B cogite et c'est normal. Aux A il dit : - Je veux que vous me disiez tout ce que vous détestez chez les B. Allez-y, lâchez-vous, je vous donne du temps pour ça. Je veux juste que vous restiez dans cette pièce, au bout d'une heure et trente minutes, tous les griefs (fondés, infondés, peut m'importe) seront couchées là-dessus, j'écris tout à la volée, dit-il en montrant un tas de feuilles A4. Je vous écoute, qu'est-ce que vous n'aimez pas chez eux ? demande-t-il. Là, la glace se fendille et un premier interlocuteur assène un premier coup : - Ce sont des blaireaux, le Bernard, par exemple, est un arriviste arrogant, etc.

C'est gagné ! C'est le défouloir. Le consultant note tout, reformule fréquemment pour optimiser sa prise de notes (fous rires de l'assemblée, qui jubile de sa propre haine). Il note tout, je dis bien tout, au mot près. C'est du travail, il faut être concentré et endurant.

Puis, il laisse l'équipe A, vidée (tout a été dit, puis confirmé, sinon on continue encore et on valide, etc.). Le processus prend fin, les feuilles vont dans une pochette confidentielle que le consultant scelle du secret professionnel. Le bonhomme va voir l'équipe B et dit : - Si vous saviez tout le mal qu'ils ont dit de vous [ndlr - le consultant garde un secret absolu sur les contenus, les émetteurs, les cibles]. Alors je compte sur vous pour vous lâcher, reprend-il. Il faut y aller franco : dites-moi tout, etc.

Rebelotte. Les piques fusent, s'enrichissent mutuellement, le sociocentrisme est à l'oeuvre : tout le monde forme un tampon d'hostilité à l'égard des "autres". Même chose, le consultant note tout. Et expérimente jusqu'au dernier soubressaut de haine, le torrent s'asséchant peu à peu.

L'étape finie (les B sont maintenant "secs"), le bonhomme retourne aux A puis leur dit que les B ont été durs et en même temps... tendres. - De quoi ? dit le leader le plus virulent. - Oui, complète le consultant. Ils ont dit des choses très dures et j'ai senti en même temps du respect professionnel pour vous, une sorte de considération un peu maladroite.

Et là, c'est la surprise, le consultant propose sur le champ de faire le travail inverse : >> Je voudrais que vous m'indiquiez les toutes petites choses que vous tolérez, voire même appréciez chez eux.

La timidité prévaut. Quelques remarques se formulent du bout des lèvres et, petit à petit, une sorte de regret se forme : - Ouais, c'est vrai que Dédé de la compta arrive toujours à l'heure. Et sa mine austère, je crois que des fois, c'est de la fatigue.

C'est gagné, la pompe inverse s'amorce. Les feuilles A4 se remplissent, les propos se complètent, etc. Le consultant valide et termine. Il prend tous les écrits avec lui, symboliquement scellés. Et il fait la même chose avec les B, leur disant que les A les ont trouvés ceci, cela et encore cela (là, pour la première fois, de mémoire, il cite des fragments entiers, sans les noms). Silence de l'équipe : les autres sont des humains, eux aussi soumis à des passions, eux aussi capables de reconnaître nos propres qualités. Re-silence.

L'effet de symétrie se déroule jusqu'au bout. Les B font le même travail.

Puis le consultant réunit dans une même pièce les A et les B, leur lit à présent - collectivement et en vrac - les compliments des deux équipes à l'égard de l'autre. Il faut, à ce stade, que le consultant prenne les feuilles de reproches, les chiffonne l'une après l'autre en disant : - Tous vos griefs, je les connais par coeur, vous les avez tous dits. Je considère que c'est maintenant du passé, je ne veux plus en entendre parler. Je vais vous relire les compliments généraux et vous allez vous isoler dans votre tête, au calme. Je vais dire lentement ces choses et vous allez tous les intégrer.

Sitôt la séance finie, l'expert invite les protagonistes à boire un café ensemble, au calme. Il leur demande d'ancrer dans leur peau (par exemple en se pressant leur propre poignet ou leur propre bras) l'ambiance de calme qui règne alors, cette drôle d'ambiance un peu cotonneuse et si facile à vivre (la décharge émotionnelle fait un effet de repos bien mérité). Puis il s'en va. L'expérience montre que les gens recréent du lien, un lien mesuré, poli, constructeur.

Au moment de quitter l'entreprise, le bonhomme retourne dans le bureau de la direction, rassure tout le monde et prévient : >> Beaucoup de choses ont bougé aujourd'hui. Préparez-vous à ce qu'il y ait, comme avec les séismes, des répliques. Comptez une période de trouble d'à peu près trois semaines. De grosses disputes, comme pour s'enflammer avant de mourir, vont ressurgir. C'est transitoire. C'est le baroud d'honneur des fiertés, des mécanismes du passé (cf. résistances).

Peu de consultants parlent de ces répliques. Elles sont importantes et méconnues, quoique normales.

Voilà, je voulais vous parler de ce team building depuis longtemps. C'est quelque chose de puissant.
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[ Le diabolos, c'est celui qui apporte la zizanie, qui divise, tandis que LE satan (en hébreu, nom commun), c'est l'adversaire ou l'accusateur, celui qui vous crible au tribunal | la division, c'est une forme de dégradation d'un état de cohésion, c'est tout à fait similaire au second principe de la thermodynamique, déjà abordé ici quant à la dynamique de groupe | le remède, c'est cette expansion d'énergie - contrôlée par un méthodologue -, cela s'apparente au coït, qui projette de l'énergie, sature puis purifie les sensations... et libère | cette catharsis est constructrice d'une envie d'aller mieux, de plus elle apporte les premiers pas (cf. Gleicher) qui - de strokes en strokes - donnent envie de progresser, cf. renforcements positifs (cf. Blanchard, cf. Skinner) ]  Read More


 Confiance en soi - 4e partieSun 25 Feb 2007
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Regard, signe de Caïn et racines de la motivation profonde


Consideration, ça c'est le terme anglais. Un excellent terme : englobant, évocateur, précis. Prenons son sens, qui a peu ou prou les mêmes attributions en français. La considération, c'est central : considérer quelqu'un c'est poser un regard sur lui. C'est montrer qu'il existe. A lui, aux autres, à moi (trois dimensions).

Pour rappel, le management de la motivation met en mouvement des parties-prenantes, des travailleurs. Comment ? En activant les ressorts qu'ils ont en eux (ce qui les rend humains et en même temps uniques) et en fournissant quotidiennement la clarté des visées et aussi le bonne ambiance collective de sécurité et d'émulation (aller loin, aller ensemble, dépasser les blocages naturels, tranquillement). Fournir les moyens intellectuels et socioémotionnels de la réussite.

Le management de la motivation est un management de la considération. Considérer, c'est stroker (marquer l'autre d'un signe), c'est montrer une attention [1], c'est démontrer, c'est donc prouver qu'il existe. Si donc j'existe, je peux me projeter dans le temps, estime le collaborateur. Il y a une place (une chaise) pour moi, je peux me mettre en mouvement, je peux agir (ici, exister, me mettre en dehors de moi) : je peux travailler, produire un fruit.

Je peux travailler si l'on me considère. Je peux travailler si l'on me regarde, je peux travailler si l'on me dit ce qu'il faut faire. Un bon manager respecte mon expertise dès que j'en ai une, me laisse de l'espace quand j'en ai besoin, m'aide quand je le demande. Je peux travailler quand quelqu'un de bienveillant me rappelle ce qu'il faut éviter, à temps, et me félicite à chaque fois que je réussis quelque chose. Même des choses petites. Il me stroke (système de signalement et d'ancrage) de bonnes choses.

Considérer quelqu'un, c'est lui fournir un ou plusieurs éléments de tout ça, en fonction de sa mâturité. Pour ça, Kenneth Blanchard a mille fois raison. D'une part pour le primat qu'il accorde [2] au contact individualisé (réprimandes-minutes, félicitations-minutes). D'autre part pour le régime communicationnel (intellectuel et émotionnel) qu'il différencie selon les besoins du travailleur en marche, du travailleur qui gagne en mâturité. A chaque personne [3], un régime différent. Pour seulement une minute par jour et par personne, rappelle le gourou du management. Investir dans l'humain, voilà la plus utile des façons de gagner le défi de la rentabilité durable.

Blanchard est puissant. Le regard du manager (du motivateur) est un regard de discernement. C'est aussi un regard d'encouragement : vous êtes capable du mieux, je vous le montre en reconnaissant vos réussites successives. Le regard du manager suscite un beau regard intérieur : un regard de tranquille lucidité, un regard de capacité, un regard d'amour propre, de sain respect de soi (par opposition au harassant perfectionnisme).

Je termine sur le magnifique travail de Jean-Marc Dupeux, aumônier général des prisons (bulletin audio) et fournisseur de regards bienveillants. Même un détenu (frappé, à tort ou à raison, d'ostracisme) peut changer son regard sur lui-même. Et donner ensuite le meilleur de lui-même.

Un bel espoir pour les équipes humaines.

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[1] Un tel signe est une protection. Cf. le signe de Caïn. Selon la Bible, Dieu protège et apaise, par opposition à l'accusation permanente, qui frappe, sape et détruit. Voir ceci. (Mmh, l'article de Wikipedia est bourré d'erreurs.)

[2] L'on sait, grâce à Michel Crozier, combien le manager français rechigne à rencontrer ses sbires.

[3] En outre, le consultant Bruno Dusollier explique à merveille quelle langue parler au profil psychologique que vous avez en face de vous.

[ Le regard est un discernement (A qui vais-je donner quoi ?), le regard sur l'autre est de toute façon un signe de reconnaissance, ce type de regard (s'il est bienveillant) amorce chez lui un amour propre tout à fait salutaire au travail, à nouveau le discernement fera de belles choses : la boucle est bouclée | communication - ce qui fait changer une personne | le psychothérapeute Georges Romey estime que la présence d'un regard parental (vrai ou supposé) chez l'enfant détermine une partie de sa future capacité à réussir (viser quelque chose de conforme à ses envies et puis l'atteindre) | le regard est un faisceau de vecteurs, qui bâtit un relief singulier : le regard parental, le regard ainsi construit chez l'enfant, les actualisations que font sur cette matière, dans ce système, le regard (supposé ou réel) des autres | l'oeil et la bague | symboles ]  Read More