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 Autonomie psychologique - 2e partieMon 13 Oct 2008
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Provoquer et expérimenter des optimums


Selon le psychologue américain Martin Seligman, « il existerait des qualités personnelles, que l'on peut cultiver, qui favorisent la vie. Mihaly Csikszentmihalyi, professeur au Claremont College (Californie) est l'autre grande figure de la psychologie positive. Avec [...] l'expérience optimale [réalisation d'activités qui engagent l'envie et le talent personnels, nda], la vie passe à un autre niveau. L'aliénation fait place à l'engagement, l'enchantement remplace l'ennui ; le sentiment de résignation est chassé par le sentiment de contrôle. L'énergie psychique n'est pas orientée vers la poursuite de récompenses externes, mais elle est utilisée de façon à favoriser l'épanouissement de soi. »

Achille Weinberg, Sciences humaines - Les Nouvelles Psychologies (hors-série n°3)

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[ Que peut être un optimum ? Une émotion, physiologique ou plus cérébrale (relire Antonio Damasio), qui procure un bien-être authentique. Authentique : 1. a minima en prise avec les besoins de l'espèce (revoir les strokes), 2. encore et surtout capable d'amener l'apaisement (confort) ou la jouissance propre à chaque profil (6 patterns, par exemple en PCM), 3. au maximum capable de conduire le ressenti vers une plénitude différente des projections, de l'inquiétude, des conditionnements, comme quand l'essence est disponible, parfaitement dans l'eccéité, la conscience forte et apaisée, le présent intense et intuitif (ressenti alors comme éternel, véritable, libre des conditionnements ou des ruminations du passé [par ex., effet Zeigarnik] ou des anticipations partielles, pressantes - et forcément bridées - de ce qu'on appelle le futur) | l'authenticité c'est un naturel, un plein vécu de ce centre de la personnalité - inconscient - qui pulse et ressent quelles que soient les animations hydrauliques (systèmes faisant pression les uns sur les autres), combinatoires, synergétiques, telles qu'Animus et Anima, instinct de conservation et poussée d'évolution | le psychothérapeute Alexandro Jodorowsky donne une graduation aux satisfactions (qui s'acheminent - vous allez le voir - vers un bonheur authentique) : 1. satisfactions liées au moi corporel (instincts de survie, auxquels j'ajoute le repos, ce retrait dont parle Eric Berne), et/ou qui dépendent du moi émotionnel (besoin de reconnaissance, d'appartenance, de guidage parental, de sanction ou de cadrage), et/ou qui découlent du moi intellectuel (satisfactions Animus liées au contrôle des idées ou des opinions, à l'orgueil d'avoir des modèles fonctionnels, universalisants), et/ou qui touchent au moi sexuel (conquête, agressivité, séduction, procréation) - relire Cabaret mystique ; 2. celles qui résultent d'un vécu authentique de ces besoins, à l'aune d'une prise de conscience, d'une guérison, d'un moi-parmi-les-autres adulte et assumé (pragmatisme, pleine conscience, compréhension des choses essentielles, plaisir d'être autonome, joie du don gratuit, créativité, libre cours aux puissances de félicité, de naturel, etc.), 3. vient ensuite cette sensation d'éternel présent (Nirvana, ou Pardes, selon des traditions connues), de pleine habitation sur la terre (habitation calme et concernée, libre et concentrée), de plein investissement de la vie, avec cette distance et cette conscience que nous faisons partie d'un tout qui concourt à sa propre félicité, à son propre partage, à sa propre finalité : la vie | un œil attentif verra dans les besoins décrits plus hauts le découpage traditionnel des quatre éléments de la médecine et de la philosophie antiques : Terre, Eau, Air, Feu | un esprit plus contemporain retrouvera là certains des appuis neurologiques de l'Après-Guerre (cerveau et ses régimes reptilien, limbique et cortical, interactifs entre eux) | pour les thérapeutes issus de la mouvance Palo Alto, ce qui compte, c'est la résolution de problèmes : 95 % de la difficulté de (se) soulager provient du mal à dire où est le problème en termes concrets (relire le très terre-à-terre Milton Erickson) ; exit la notion de psychologie positive (qui recherche les invariants du bien-être en général), tout est affaire de cas précis, de situations du quotidien, de choses à résoudre ]


 Le bonheur, une fin en soi - 1e partieTue 7 Oct 2008
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Tout un courant. Prometteur : en croissance, depuis sûrement une quinzaine d'années. Je veux parler de la psychologie positive. Son objet ? Envisager l'individu comme une machine (un système) à aller bien. Par opposition à l'angle classique, psychopathologique, qui prend le genre humain (et l'étudie) par ses troubles. Ce qui ressemble à la charrue qui grille une politesse aux bœufs.

Chez l'homme, la téléologie (caractérisation des finalités de la vie, de la direction des efforts), en clair la téléologie s'oriente d'elle-même à la hausse : tout pousse l'individu à aller bien. Comme un programme en lui, fondé sur des constantes (les invariants). C'est donc légitime que la psychologie positive cherche à identifier les ressorts positifs. Et les questionne.

Commençons. Et parlons du psychisme versant sombre. On le sait, les bénéfices secondaires sont des installations intermédiaires (parfois durables), où le psychisme tire un suc, profite d'un relatif état de confort. Comme le dit la théorie des jeux, les gains sont optimaux - et c'est agréable - sitôt qu'ils excèdent les efforts demandés (engagés). L'intériorité, et sa formidable économie, peuvent alors « planter les sardines ». S'installer. S'endormir. Et souffrir, quand l'opportunité de rester comme ça se termine - car tout passe. Focalisé sur son acquis, le psychisme peut négliger, auto-censurer, voire nier le désir, cette saine poussée vers la procréation, l'inventivité, l'ethos authentique, la félicité. Ici, l'homéostasie pèse, étouffe et fabrique un ressenti morbide. La transformation, régime intrinsèque de la vie, patine et s'arrête.

Blam.

La téléologie envisage certes cette force (ambiguë) qui trouve les meilleurs compromis, les meilleurs rapports qualité/prix. Car coûteuse est la vie. Et limitée dans le temps.

Bien sûr.

Pour autant, la téléologie fait des visées de long terme, qui transcendent les états de satisfaction intermédiaires. Elle se projette dans une réalisation du potentiel humain. Sur le terme, et au quotidien (eccéité, intensité, joie d'être soi-même, plaisir du vivre-ensemble, disponibilité, profit de ce qui se présente). Tout ça en simultané. Tout ça dans une profondeur du ressenti qui confine à l'éternel présent. (À l'éternité.)

Au bonheur.




Fig 1. - L'homme, une architecture vivante ?



Tout ça pour quoi ? Pour dire que la psychologie positive s'approprie un champ longtemps réservé à la philosophie, à la mystique, aux institutions symboliques et idéologiques (sociales, religieuses, politiques).

Ce champ ? Celui de l'épanouissement. Vaste et profond. Mobile. Paradigmatique au possible (perméable à l'idéologie). Et pourtant vierge et natif : universel. Anthropologique. Au cœur énergétique de l'homme. Certes l'homme est-il singulier. Certes la feuille du chêne - quoiqu'unique - ressemble aux autres feuilles de l'arbre.

Ouais.

Psychologie positive ? Une affaire à suivre...

(Mmh.) Des idées ?
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[ L'excellente contribution de Jean Heutte | la psychologie positive s'intéresse à l'individu qui va bien et - par l'investigation - (re)découvre les vertus qui favorisent un bien-être durable | la téléologie (fait humain, élan vital, aménagement psychique en continu) mêle sûrement les forces d'homéostasie et d'entropie tout autant, sinon plus étroitement, que les pulsions de vie (état d'alerte, voire de conquête et d'épanchement) et les pulsions de mort (relâchement) | pour savoir ce qui va mal, il est intéressant de se demander ce qu'aller bien veut dire (aller bien, par exemple en PCM, c'est obtenir des sensations ciblées) ou, plus prosaïquement, quels sont les besoins humains et comment ils se mélangent (allant à l'infini) dans chaque individu ; de la même manière qu'il y a des milliers de façons pour les mêmes sortes d'atomes de former des combinaisons, réactives et mobiles (complexes) | la psychologie positive ressemble à une anthropologie, elle-même proche de la recherche des besoins (qui définissent une nature) | curieux matérialisme, qui considère l'homme comme une combinaison d'atomes, plus ou moins animés d'un principe de complexification (grotesque, si on en croit Stephen J. Gould et sa mise en valeur des bactéries, stationnaires à l'extrême) - l'homme peut tout autant se vivre comme une flamme, comme une intentionnalité, une Gestalt sensible et poétique (capable de faire des symboles, d'expérimenter des ressentis), une perception en mouvement, une recherche de transcendance, une envie de synthèse totalisante, etc. | trouver un référentiel de ce qui va bien, c'est sortir du regard réducteur (sociocentré) avec lequel on examine ce qui va mal - c'est, encore et surtout, une façon d'utiliser le cerveau dans son plein potentiel, cerveau qui fonctionne avec des affirmations, des choses positives, dites et désignées (et non leur contradiction, leur symétrique, cette apophasie à la petite semaine) | le représentant le plus connu de la psychologie positive est Martin E.P. Seligman, suivi de Mihaly Csikszentmihalyi ; il y a aussi - selon moi - les grands thérapeutes humanistes (optimistes pragmatiques) tels qu'Abraham Maslow, Milton Erickson, Alexandro Jodorowsky, Georges Romey, etc. | Seligman, histoire d'un déclic | le Positive Psychology Center | mmh, les belles photos d'/ivan | Tiens, que pensez-vous de l'écopsychologie ? ]


 Synergie - 3e partieSat 2 Sep 2006
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[ << Le brainstorming vote à droite... du cerveau - 2e partie ] Synergie - 3e partie [ Permanence et changement | vous aussi, contribuez à l'émergence des nouvelles pratiques >> ]

Reçue par mèl, la contribution d'Olivier Piazza, expert en développement personnel et animateur du lumineux Selfway.fr. J'ai décidé, me confie-t-il, de passer quelques jours en compagnie de ta question [ndlr - Comment illustrer le concept de synergie ?], qui me plaisait beaucoup. Les idées me sont venues par rebond, par association, et je me suis pris au jeu. Lionel, poursuit-il sur son blog, lance un appel à l'illustration du concept de synergie. Comment expliquer ce fameux 1 + 1 = 3 qui chamboule notre vision rationaliste ? Cette stimulante question m'a inspiré quelques idées que je souhaitais partager avec vous. Allons-y. Exception faite des illustrations légendées, tout ci-après est de la main d'Olivier :


Illustration pseudo-mathématique

Explorons l'entité formée par l'addition des deux unités, le (1 + 1).

Si chaque unité ne peut librement se mouvoir dans le nouvel ensemble ou si ses qualités sont annihilées par des incompatibilités de l'autre partie, alors chaque entité risque de ne mettre en jeu que la moitié de ses capacités. Nous aurions alors 0,5 + 0,5 = 1.

Revenons en revanche sur l'état initial. Supposons que les deux unités n'étaient pas au maximum de l'expression de leurs potentialités. Par exemple, considérons que chacune était aux 2/3. Nous avions alors 0,66 + 0,66 = 1,33, addition équivalente à 1 + 1 = 2, avec un simple changement de repère. Imaginons maintenant que l'union des deux unités leur donne l'opportunité de révéler le 1/3 de potentialités inexploitées auparavant. Nous avons alors 0,66 (devenue 1) + 0,66 (devenue 1) = 2. Ce 2 est 1,5 fois supérieur au résultat (1,33) produit par les deux unités séparées. En ramenant cet accroissement au repère initial, à savoir 1 + 1 = 2, nous obtenons bien 3. Le tout est supérieur à la somme des parties.

Résumons cette petite illustration par une idée-clef. La synergie est l'obtention d'une nouvelle entité transcendant les individualités en leur donnant l'opportunité de révéler leurs potentialités auparavant inexprimées.

Le 1 invisible et additionnel est la dimension d'interaction, le lien entre les parties, sa force de cohésion.

De la nature et de la qualité de ce lien dépend le résultat de la somme des unités.


Illustration biologique : la reproduction sexuée

En reproduction asexuée, chaque cellule se scinde en deux. La multiplication cellulaire est en fait une division... Le cellule mère + la cellule fille = 2 cellules.

Lors de la reproduction sexuée [1], l'union du gamète male et du gamète femelle donne naissance à une nouvelle cellule originale, issue d'une combinaison unique des matériels génétiques des deux cellules mères. Les deux parents poursuivent leur existence, en compagnie d'un rejeton. Nous avons bien 1 + 1 = 3 et même beaucoup plus...

Pour l'homme, l'aboutissement en est le mariage et la création d'un foyer surpassant la simple addition des individualités.


Illustration génétique : hétérosis

Plutôt que de paraphraser l'Encyclopedia Universalis, voici un extrait de l'article relatif à l'hybridation : "Lorsqu’un régime de consanguinité entraîne une trop grande homozygotie des descendances, les individus sont généralement chétifs, présentent des tares et même, dans certains cas, deviennent inviables. Par contre, dans la plupart des hybridations où les parents appartiennent à une même espèce, mais sont issus de groupes d’origine écologique différente, les descendants manifestent une remarquable vigueur hybride (hétérosis)."

L'explication de ce mécanisme est avancée plus loin. Pour faire simple, disons que les tares génétiques sont portées par des gènes récessifs. L'homozygotie des parents risque de combiner deux chromosomes d'un gène récessif, lui donnant alors l'occasion de s'exprimer et de se manifester. C'est le problème de consanguinité des parents. Si en revanche, les deux parents sont "éloignés" génétiquement, ce risque est diminué, donnant au descendant une plus grande vigueur.

On retrouve le principe même de synergie. Les faiblesses des individualités sont gommées pour laisser apparaître toutes leurs potentialités.


Illustration business : vraie ou fausse synergie

Prenons l'exemple des fusions d'entreprises. L'exemple le plus immédiat de synergie correspond à la fusion de deux entités qui se complètent harmonieusement, chacune compensant les points faibles de l'autre. Exemple : Pixar-Disney. D'un côté, le pur talent créatif, de l'autre, la capacité de distribuer dans le monde entier, de valoriser des produits dérivés. La combinaison des deux devrait, fort de la complicité entre Steve Jobs et Bob Iger, donner une synergie de croissance. Plus de ventes et plus de résultats.

L'exemple plus courant n'est malheureusement pas celui-ci. Il consiste généralement en une fusion de de deux entreprises concurrentes ou similaires. Chacune voit alors ses potentialités déjà exploitées se renforcer mais n'a nullement l'occasion de développer ce qu'elle ne faisait pas auparavant. 1 + 1 reste égal à 2.

Pour bénéficier de cette fusion, les dirigeants recherchent alors une synergie de coûts par des suppressions de doublons et la recherche d'effets d'échelle.

En maintenant le chiffre d'affaires et en coupant dans les dépenses, la nouvelle entité sort plus de résultat. La variable d'ajustement est alors le salarié qui augmente sa charge de travail pour une rémunération inchangée. L'apparent 0,75 + 0,75 = 2 est une fausse synergie. L'entité collective croît aux dépens de ses membres et fragilise donc ses fondations. Ses salariés quittent le navire ou sombrent dans une profonde anémie, la performance se dégrade avec le temps.

Dans un dernier cas enfin, le principal gain provient d'une réduction de la concurrence autorisant un accroissement des marges, au détriment du consommateur. Cette stratégie monopolistique n'est qu'une synergie illusoire puisque l'entreprise se développe en épuisant son biotope. A terme, elle en subit les contrecoups. Les consommateurs se détournent vers de nouvelles solutions plus saines.





Fig. 1 - Mandala (c) Tglass.net



Illustration comportementale : gagnant-gagnant

Issu de la théorie des jeux, ce vocabulaire est très employé dans le monde de la négociation et plus récemment de la communication et du management. Dans une transaction entre deux personnes, la position gagnant-gagnant est la plus vertueuse, apportant à chaque partie une victoire individuelle ainsi qu'une victoire collective : une véritable relation de confiance, germe de futures gains additionnels.


Illustration systémique : le changement de niveau 2

L'école de Palo Alto a identifié deux niveaux de changement. Le changement de niveau 1 correspond à une nouvelle combinaison de facteurs produisant un résultat différent mais de même nature, c'est le maintien de l'homéostasie. 1 + 1 = 2.

Le changement de niveau 2 provoque une solution radicalement nouvelle qui sort du système usuel pour en créer un nouveau, c'est l'évolution. 1 + 1 = 3.

Dans le monde de la publicité, la multiplication des media est de premier niveau : presse, TV, cinéma, affichage... Chacun est une nouvelle solution mais de même nature.

Le changement de niveau 2, c'est Google. On ne paie plus l'espace sans savoir ce qu'il en advient mais uniquement la transaction confirmée.


Illustration politique : droite et gauche

Mesdames, messieurs les politiques, je suis au regret de vous informer que seule l'union des complémentaires, droite et gauche, sera porteuse de synergie pour le pays. Tant que chaque camp s'efforcera de révéler les pires faiblesses de son ennemi, la politique française restera dans la fosse à purin où elle se complaît. 1 + (-1) = 0.

Dans quelques décennies ou siècles, les générations futures toiseront ces heures sombres avec le même regard que nous portons bien lapidairement sur le Moyen-Âge et traiteront ces pratiques de barbares.

Un jour viendra où droite et gauche définiront de grands chantiers de réforme sur lesquels elles s'entendront de manière concertée et s'engageront à les poursuivre quelles que soient les issues électorales. Cette voie imposera de dépasser les simples préoccupations égotistes et électoralistes afin d'oeuvrer pour le bien national, celui de tous, pauvres et riches, jeunes et vieux, salariés et chômeurs...


Illustration sociétale : la diversité

En combinant des profils divers, des cultures différentes, des personnalités d'horizons variés, le groupe peut transcender les individualités. Une condition néanmoins : additionner les ouvertures d'esprit et non les oeillères individuelles. Si le groupe fonctionne de manière ouverte et créative alors chacun acceptera d'explorer des zones d'inconfort personnel, en misant sur la richesse du collectif. L'intelligence collective dépassera alors la somme des intelligences individuelles. D'où l'idée que la diversité est créatrice de richesses. La synergie est à l'oeuvre.

En revanche, si le groupe se rigidifie, que chacun défend ses petites opinions sans s'aventurer au-delà de son terrain de jeu habituel alors les fermetures d'esprit se combinent pour restreindre les mouvements de l'entité globale. Cette logique du plus petit dénominateur commun conduit inexorablement à un appauvrissement du collectif.

Ce processus se vérifie systématiquement dans les groupes de créativité. Si les participants luttent et résistent, le groupe produit moins que la somme des parties. Si les participants rebondissent sur les idées, acceptent les propositions des autres, favorisent la libre circulation des idées, alors se développe un état de fluidité, parfaitement synergique. Ce type d'expérience permet de vivre la synergie, de la ressentir en tant que process et non comme concept lointain.


Illustration sportive : la victoire de l'outsider

Lorsqu'en coupe de la Ligue une équipe de foot de Nationale bat une équipe de Ligue 1, c'est le fruit d'une synergie. La somme des aptitudes individuelles de la première équipe étant inférieure à celle de la deuxième, elle ne peut vaincre qu'en développant une motivation supérieure, une plus grande énergie collective, une meilleure intelligence de jeu collectif.


Illustration poétique : l'union fait la force

"Autant l'union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite." Esope


Illustration musicale : la symphonie

Le subtil mariage des instruments, la contribution de chaque timbre instrumental, leur parfaite harmonie, produit une oeuvre unique, symphonique. La partition jouée par chaque instrument est incomplète et ne révèle son sens que portée par l'ensemble de l'orchestre.




Fig. 2 - La Conjonction, mariage d'une partie lumineuse, noble et autosatisfaite
avec une force ombrageuse, puissante, instinctive et - surtout - avide de dépassement de soi.
Cf. Jean Monbourquette, Alexandro Jodorowsky



Illustration alchimique : coniunctio oppositorum

Le thème de la conjonction des contraires [2] est au coeur du procédé alchimique. L'adam [3] primordial, hermaphrodite, Or philosophique, naît de la fusion des contraires, Lune et Soleil, roi et reine, jour et nuit, masculin et féminin. Comme Carl Gustav Jung l'a superbement montré, ce procédé n'est autre que la conjonction du conscient et de l'inconscient, projeté dans la matière symbolique, et qui produit l'ascension spirituelle ou individuation.


Illustration symbolique : Tao

Yin et Yang sont réunis dans le Tao lui ordonne et régule leur mutations respectives. Etre sur la voie du Tao c'est prendre conscience que les contraires sont aussi complémentaires et vivre cette union au quotidien.

"Le Tao lui-même n'agit pas et pourtant tout se fait par lui", dit Lao Tseu. N'est-ce pas la suprême synergie ?


Illustration spirituelle : l'illumination, l'éveil, le satori, le nirvana...

Le chemin spirituel conduit sur la voie de l'union mystique, l'union de l'Epouse, l'Âme, et de l'Epoux, le Seigneur, le Maître divin, Dieu en soi, union de la vacuité et de la plénitude. De cette union naît l'éveillé.

1 + 1 = Infini voire paradoxalement 1 + 1 = 1, l'unité étant symbole de la plénitude, de l'accomplissement. L'individu résout ses divisions, ses fragmentations, pour restaurer son unité primordiale.

A l'opposé, le schizophrène subit la division de sa personnalité [4] en deux caractères distincts et incontrôlables.
Extase de l'envol psychique d'un côté, enfer de la prison mentale de l'autre.


Illustration individuelle : le Flow

L'homme ressent bien souvent la tension psychique entre forces contraires. Une partie de son attention est captée par une pensée récalcitrante tandis qu'une autre s'efforce d'accomplir une tâche planifiée. Il arrive aussi que ce combat intérieur cesse, que l'ensemble de l'énergie psychique se mobilise dans une seule direction, vers un seul but. C'est ce que le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi nomme le Flow, ce qu'Abraham Maslow intitule l'expérience paroxystique, un état de synergie avec soi-même où l'individu transcende ses frontières habituelles, dépasse son ego et se sent happé par une dimension supérieure, que ce soit une mission collective, la Terre ou le Cosmos.


Illustration en communication : la Congruence

Lorsque communication verbale et non verbale sont concordantes, que l'intention et la parole sont en parfait alignement, la communication décuple son impact. C'est ce que Carl Rogers nomme la Congruence.

Que conclure ?

La synergie est un processus où des entités transcendent leur conditionnement individuel pour contribuer à créer une oeuvre collective d'ordre supérieur.

Merci à Lionel pour cette appel à contribution. J'ai pris un réel plaisir, conclut Olivier, à explorer quelques dimensions de cette passionnante quête contemporaine de synergie. Lecteur de ces quelques lignes, n'hésitez surtout pas à réagir/contribuer pour nourrir la réflexion autour de ce thème inépuisable.

Bravo, Olivier. Parole de lecteur de blogs, c'est de très loin le meilleur travail que j'aie lu sur la question. A quand une synergie... entre nos blogs ?

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[1] Pour ces raisons de synergie, enrichissement ici génétique d'une souche existante, le généticien Albert Jacquard qualifie systématiquement la reproduction de... procréation. Il y a un acte unique, la Nature se fait créatrice : la synergie devient son principe-outil. Cf. le très satisfaisant Moi et les autres.

[2] Lire absolument Marie-Louise von Franz.

[3] Adam désigne en hébreu l'humain. Celui qui - par ailleurs en latin - vient de l'humus. L'homme (et de manière générale le fait humain) vient étymologiquement de la glaise.

[4] Gregory Bateson explique à merveille le procédé morbide dont souffrent les schizophrènes. Il s'agit de l'injonction paradoxale (double bind).

[ J'adore la citation au frontispice du blog d'Olivier : Nous devons devenir le changement que nous recherchons pour le monde - Gandhi ]  Read More