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 Des émotions pour se décider - 3e partieWed 11 Mar 2009
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[ < 2e partie | thémas Cerveau, Émotions & Damasio | catégorie Sciences humaines | archivage automatique du billet sur Obama | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre pour commenter ou naviguer par thèmes ]


Éprouver, c'est déjà s'impliquer


Eh oui. À la base de notre style, de notre façon (si personnelle) de nous placer dans le monde et d'interagir constamment avec lui, il y a le cerveau. Si on étudie la bête, si on se penche sur ses échanges avec le système nerveux [*], les organes (perception, action) et les événements du monde, on a tout - ou presque - du fait humain.

C'est passionnant.

Plus passionnantes encore, les avancées des deux dernières décennies. Le neurologue américain Antonio Damasio, on le sait, fait figure de référent.

Je me saisis du Nouvel Observateur de cette semaine (n° 2313, dossier Voyage au centre du cerveau) et vous soumets quelques phrases, tirées de la plume du journaliste scientifique Michel de Pracontal :

Au sujet d'Elliott, un blessé du cerveau, opérationnel avec l'intellect mais incapable de prendre une décision simple, le docteur Damasio mettra longtemps à comprendre où réside le problème [...]. Le dysfonctionnement - d'Elliott - est de nature émotionnelle : il est incapable de choisir parce qu'il ne s'implique pas dans le choix. [...] Il apparaît qu'un cerveau purement « intellectuel » est incapable de prendre une décision sensée. [...] « La pensée est toujours reliée à la chair », résume Damasio. [...] En somme, il faut être quelqu'un pour être pleinement humain. Le neurologie de demain, estime Pracontal, sera celle de la personne.



(c) Mehdi & Bruno Dubois -
Le Nouvel Obs


La personne, au sens complet, se décide. Elle éprouve. Et c'est en éprouvant les choses qu'elle les connecte à son vécu. Ce vécu se colore, au fil de l'eau, de sensations (furtives, durables, conscientes ou non - cf. impressions fugaces, ou intuitions qui synthétisent le vécu). Elles prennent une valeur (agréable ou désagréable ; utile ou futile ; urgente ou secondaire ; toujours connectée à l'ensemble du vécu). C'est ce trajet permanent entre ressentis du présent, du passé, entre percepts, idées et sensations qui permet d'avancer.

De trancher.

Si je ressens que quelque chose m'est profitable ou non, je peux m'impliquer.

J'avance. Je risque. Je risque en live.

C'est plus (et c'est mieux) que du calcul : c'est la concertation d'un système tout entier, dynamique, à l'écoute.

Intelligent.

Avec tout ce qui me compose, je perçois, ressens, accumule, relie, grandis en expérience, arbitre, assume et progresse.

Je vis.

Se décider, c'est ça.

C'est vivre.

Je laisse la parole aux collègues et amis Marc Traverson, Olivier Piazza, Alain Fernandez et Laurent Ryckelynck. Et vous laisse à tous le soin de commenter, de témoigner, de prolonger, d'ouvrir.

Au plaisir !

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[*] Interprétation (revoir le modèle de l'attribution, cf. Klaus Scherer et Dan Sperber), hiérarchisation des données et priorisation, stockage, interconnection avec le réseau des expériences, actualisation-activation. Cf. Cognition. Mettre aussi à profit l'arc réactif du grand Charles Baudoin.

[ Michel de Pracontal publie des essais de vulgarisation et des romans mâtinés de science (interview) | le cerveau, quelques belles conférences en ligne gratuites | autre sujet - Aider une entreprise (une équipe) à se décider, c'est favoriser le scoring de ses activités, c'est concevoir avec elle un planning des actions à mener, profitables, mesurables, potentiellement rectifiables : en tout cas claires et caractérisées (identification des processus, de leurs pilotes, des parties-prenantes et du 3qo2cp dans l'espace, dans le temps, dans le budget, dans les attentes financières et les résultats attendus de qualité perçue - cf. planning, cf. objectifs) | c'est aussi écouter et intégrer les réactions, les freins, les poussées de motivation - en direct ]  Read More


 ChoisirMon 22 Dec 2008
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[ < thémas Décision, Pensée, Réflexion, Complexité, PCM, Edward de Bono, Gérard Collignon | catégorie Coaching | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]


Choisir c'est faire parler


Trois. Et même s'il y a des milliards de façons de décider, il y a peut-être trois fulgurances - trois chemins mentaux vifs - qui permettent de le faire proprement. C'est-à-dire de résoudre des choses.

Alors, on le sait, la décision, c'est le domaine du stratège, qui pense, imagine, constate, ressent et voit dans un contexte tendu. Et finalise son être (avec des priorités tout de même) vers un succès. Vers un mieux. Vers une position haute, ou solide. Tout ça au sein d'une creuset bouillonnant de rapports de force.

Gros boulot.

Edward de Bono, grand psychologue actuel, concret, consultant pour des organisation internationales, indique à quel point nous réfléchissons généralement mal (cf. éducation, institutions, conformations sociales, etc.). Son Réfléchir vite et bien décrit avec clarté comment fabriquer des solutions. Actions réalistes qui produisent du fruit [1]. Actions qui dépassent de loin la stérile Tragédie des communs. Actions utiles.

C'est simple et créatif. De Bono décroche encore une palme.

Décider ou se décider doit convoquer des forces (des capacités) et non les disjoindre, les mettre dos à dos, les faire entrer en dialectique [2]. Il est évident que chacun voit les choses différemment, avec son filtre à lui (son style, ses préférences). Comprendre que le malentendu est inhérent à tout ce qui anime un groupe est le point de départ, la base (cf. Conflits - Comment les résoudre, du même auteur). Alterner les points de vue, passer méthodologiquement par les différentes couleurs de l'arc en ciel, permet justement d'avoir un spectre complet, qui économise de l'argent, du temps, des procédures, et permet au leader d'avoir un arc décisionnel pratique et fiable (en même temps qu'il permet aux uns et aux autres de recevoir les feedbacks au travail, feedbacks psychologiques dont ils ont besoin).

Laissons le grand de Bono. Laissons un peu ça. Et reprenons du champ : je vous ai parlé de trois méthodes en gros, les voici.

La première est compliquée. Elle liste des éléments, les fait dialoguer entre eux, elle pèse le pour et le contre. Elle est rationnelle (ex. : choisir une voiture d'entreprise). Son intérêt ? Majeur pour des situations simples, où se combinent des valeurs en nombre limité, faciles à identifier (prix, look, performances, utilité, impact sur l'environnement, etc.). Outil emblématique : la liste-papier avec les plus et les moins. Un bilan (une addition, par exemple avec des coefficients) permet alors de trancher.

La seconde méthode est complexe. Elle marie beaucoup d'éléments qui, de plus, changent au fil des journées (tout peut fluctuer). Question possible : le choix d'un associé. Il y a tellement de choses à considérer chez Paul et chez Rémi (ambition, moralité, compétences, gentillesse, disponibilité, etc.), ces choses sont tellement fluctuantes et interactives (la situation de son fils rend parfois Paul taciturne), qu'il vaut mieux - dans l'appareil cérébral - écouter son propre hémisphère droit. Vous savez ? Celui qui voit les choses en général et dégage une impression (une intuition). Ici, la liste-papier devient vite un chantier. Soit vous la transformez en mind map, interactive et colorée, soit vous prenez le temps d'écouter les rapports de synthèse que vous fait votre cerveau droit (je trouve et ensuite je cherche). Outils recommandés : la discussion avec un proche, la méditation, le rêve nocturne, les loisirs décalés, qui amènent leur lot de digestion personnelle, d'écoute de soi, d'écoute des autres.

Il y a un troisième chemin. C'est le questionnement mental des facettes (des dynamiques) qui composent notre personnalité. Comme elles ont toutes une façon de voir le monde, et que tous ces styles ont une utilité (ce sont des ressources), chacune peut (doit) avoir voix au chapitre. À la suite de Taibi Kahler, ce père de la PCM, renforcé dans son modèle par les travaux de la Nasa, eh bien le psychologue français Gérard Collignon propose, en cas de questionnement aigu (ou qui dérange), de faire un « tour du propriétaire ». Dans une vidéo datant de 2000, Collignon recommande d'interroger à tour de rôle (dans sa tête) les six grandes tendances que nous avons tous en nous. La première statistiquement (pour une population occidentale) est celle qui fait la part belle aux sentiments, au bien-être avec les autres. C'est celle de l'Empathique. La seconde, par ordre d'importance, répond aux besoins du Travaillomane, qui recherche les faits, la maîtrise des objectifs et du temps. Il est rationnel. La troisième, c'est une vivacité, un amusement, une interactivité joueuse avec les autres : bienvenue au Rebelle. Quatrièmement, accueillons le Persévérant et ses impératifs de fiabilité, de conviction, d'engagement personnel, d'opinion, de morale. La cinquième tendance nécessite du calme, de l'introspection, de la recherche intérieure féconde et calme (imagination), en même temps qu'une date-butoir pour livrer enfin ce ressenti des profondeurs, nous avons là le Rêveur. Puis, pour terminer, place au Promoteur, qui recherche l'action, la séduction, le rapport de force, le défi changeant, le pragmatisme et cette piquante électricité qui fait ressentir la trépidante course de la vie.

Nous avons là un canevas riche. Avant de prendre une décision importante, je me demande :

| quel bien-être je peux envisager pour les autres et pour moi-même,
| quelles solutions concrètes (quels faits) peuvent venir se mettre en place au quotidien,
| quelle interactivité ludique je peux vivre avec mon environnement,
| quel type de conviction chez moi (et quel genre de fiabilité chez les autres) les choses peuvent garantir,
| quel contenu profond, quelles images peuvent découler,
| quels défis excitants telle ou telle option fait surgir.

Une impression, une force alimentée, une idée se fait jour. C'est quelque chose qui me ressemble : je peux y aller.

Je me sens bien.
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[1] Ou, plus prosaïquement, qui ramènent les chiffres-terrain vers la ligne d'objectifs désirée (cf. résolution de problèmes).

[2] Revoir ce qu'Edgar Morin dit de cette opposition systématique entre un oui (thèse) et un non (antithèse), pressentis pour accoucher d'un oui mais (synthèse), coûteux en énergie, en débats, en fâcheries, en temps. À la dialectique, il préfère évidemment l'approche dialogique, qui vérifie s'il y a des et (éléments de conjonction, de coexistence logique, de synergie). C'est le fameux : c'est compatible, qu'on constate tous les jours.

[ De Bono, le site | Balayage intérieur - Une autre approche peut, par exemple, convoquer les quatre Moi d'Alexandro Jodorowsky (ici), qu'en pensez-vous ? | penser, c'est se situer soi-même dans un contexte ; réfléchir, c'est produire des solutions - c'est très voisin puisque se penser soi-même c'est en même temps se situer (envisager la topographie de l'être, la géographie environnante), donc ressentir les contingences, les frustrations, les amorces de solutions voire impulser les stratégies complètes ; cf. arc réactif de Charles Baudouin (1893-1963), psychanalyste et physiologiste humaniste transversal, pionnier, remarquablement riche et facile à lire ]


 Argent ! - 3e partieMon 2 Jun 2008
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[ < 2e partie | théma Argent | catégorie Coaching | interagissez sur ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre | 4e partie > ]


Se donner les moyens


Troisième épisode. Aujourd'hui, parole à David (prénom d'emprunt). David est un musicien de mon ami Olivier. Olivier le guitariste. Qui d'ailleurs - quoique parallèlement très pointu - trouve du succès dans un laaaarge public (la preuve).

Écoutons David. Ce que je sais de lui me fait dire qu'il a une vision adulte de l'argent. Une vision sage de la réussite, du placement du travailleur (à succès) dans le monde.

Celui qui réussit financièrement, dit-il, c'est celui qui se donne les moyens. Un musicien doit par exemple investir dans du matériel professionnel : c'est ce type de geste qui garantit à l'avance la bonne exécution de ses contrats. Il est cohérent donc en mesure de. C'est-à-dire en place.

Simple ? Complètement ; plein de vérité.

Les communicants nomment cet état de fait la congruence, capacité à incarner, à animer dans sa forme concrète un fond ressenti, vécu comme vrai. Bien sûr, ça fait envie : les autres vous envisagent comme crédible. Et c'est pro donc glamour [*]. Matrice à succès.

Les musiciens ont une expression pour ça : c'est raccord.

Donc efficient.
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[*] Expression journalistique. Est glamour ce qui fait envie, ce qui donne envie de poursuivre (par exemple de lire).

[ Ishikawa, un moyen classique de lister les moyens | Tony Buzan : d'après moi passage obligé, beaucoup plus riche | la congruence, pour la grande Anne Ancelin Schützenberger, c'est passer de la prédécision à la décision façon Lewin | pour Kurt Lewin, par ailleurs, la correspondace fond-forme, tellement énergétique, est une Gestalt aboutie ]


 Sweet emotion - 2e partieMon 18 Feb 2008
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[ 1e partie | thémas Cerveau, Cognition, Sensibilité, Affects, Décision, Peur | catégorie Coaching | mots-clés, permalien, vos commentaires | 3e partie > ]


Je dédie ce billet à Anne


Banderas peut se rhabiller. Pour les rats de bibliothèque comme moi [1], il y a un Antonio - quoique moins beau - qui le surpasse. San Antonio ? À l'évidence [2]. Mais c'est d'Antonio Damasio que je veux aujourd'hui causer. Il est Américain, il est neurologue.

L'expérience scientifique, comme aime le rappeler Le Dictionnaire des sciences humaines, a tout d'une histoire humaine. Ouverte à la sensibilité, ouverte au hasard. Nous sommes à la fin du XXe siècle [3]. La vie privée d'Elliot, dit le dictionnaire, est un fiasco : divorce, remariage, nouveau divorce. A. Damasio aurait pu croiser Elliot sans y prêter beaucoup d'attention. Mais il fut au contraire très intrigué et analysa de très près son comportement pour en rechercher la cause par les méthodes de la neuropsychologie [4]. Il fit alors une hypothèse étonnante [aujourd'hui théorie validée, ndlr] : les émotions sont nécessaires pour prendre une décision adéquate. La raison et les connaissances ne suffisent pas. Voilà pourquoi Elliot, privé d'émotions depuis sa lésion cérébrale, se trompe si souvent. Un classique est né de ce travail (L'Erreur de Descartes, 1994), qui déboussole (et stimule) les valeurs occidentales de la modernité. Le génie de la modernité, René Descartes (1596-1650), en prend pour son grade [5] : loin d'être des perturbations des décisions rationnelles, les émotions - pour Damasio - co-construisent la décision, fût-elle rationnelle comme un plan d'Airbus A380.

Damasio va à l'encontre des idées reçues. Étendue de la remise en cause ? Importante. Le résultat : la réunion inattendue de deux instances, depuis des siècles fâchées. Par la culture occidentale. Je veux parler de la raison et du corps.

Reprenons. Pour se décider, il faut une représentation correcte de soi, du contexte, des autres. Ce qui, rappelle le neurologue, se pose sous le terme de conscience. Eh bien, cette conscience, elle emprunte à la cogitation et à l'émotion, à la raison et au corps (sensations nerveuses). Elle les réconcilie et les agrège.

Elle emprunte aux deux.

La conscience, sommet de l'organisation mentale en Occident, convoque bel et bien le corps. Cette « conscience-noyau » serait le fondement de soi. Elle reflèterait tout ce qui se passe dans l'organisme [système complexe]. Et de ce fait, elle n'existerait que parce qu'elle vient d'un organisme vivant, avec un corps et un cerveau capable de se représenter un corps.

Penser se fait avec le corps puisque le cerveau est un élément du corps, qui pense et qui éprouve, et qui fabrique une image de ce même corps (et d'ailleurs, le corps n'est qu'une image culturelle [6] - l'organisme, lui, est une notion médicale). Tout se répond : conscience et corps. Tout est dynamique et lié.

Logique. Logique et fécond : l'émotion (engagement du vécu, engagement de la subjectivité, engagement du corps) permet de se décider. L'émotion complète et renforce la raison, en ceci qu'elle co-forme une conscience. Un homme averti en vaut deux.

J'ai maintenant envie (je regarde ma montre) de vous parler de Robert Zuili, un coach français, auteur de Découvrez votre émotion dominante.

Partons pour ça dans la BD. Vous vous souvenez sûrement de Wildstorm, l'éditeur de Planetary, le comics. Je passe à une autre équipe de superhéros, The Authority. Et saisis le n°19 en VO (ou n°2 en VF chez Semic books) et, dans la foulée, vous campe le personnage du Docteur des années 1960 (autoproclamé génie criminel). Un affreux misanthrope, affligeant, drôle et cruel. Il est l'ancien shaman planétaire, le magicien absolu, doté des pouvoirs les plus fous, comme celui de remodeler la réalité. De faire converger ou diverger les lois qui régissent le monde. Torturé par le Midnighter, un autre joyeux idéaliste, il lui siffle : Pourquoi est-ce que les gens tuent, imbécile ? Parce qu'ils ont peur, se sentent menacés.




Fig. 1 - Les brutes en collants moulants de The Authority



La peur. Tout est là : l'émotion est une pulsion de vie, poussée d'évolution ou instrument de l'atteinte aux autres. Ce que Zuili nomme l'affect : ce qui éprouve et modifie le rapport au monde. Des autres. De soi. (C'est adjacent.)

Naturellement, avoir une place dans ce monde (une chaise) est un challenge. Life is tough, et pas seulement dans l'économie. Déjà, confirme l'indispensable Georges Romey, tout se passe dans le regard parental. Capter l'autre, quand on est petit, agréger sa confiance, conserver une prérogative : voilà qui participe de la survie. Pulsion écologique (et affective, même schéma).


Fig. 2 - Sweeeeet emo-ootion, Aerosmith !


De sorte que les affects, formant le Parasite de Don Miguel Ruiz, sont en trop. Ils dévastent. Ou plutôt, il faut les écouter, écouter leur origine [7]. Et capter ainsi le jaillissement de l'émotion. Jaillissement qui vient du besoin ou de l'envie de vivre (dixit le Docteur dans The Authority). Ou de la peur de mourir, ce qui est pareil.

Je suis tellement JOYEUX [en gras dans le texte] depuis que je n'ai plus PEUR de dire que ma COLÈRE cachait une profonde TRISTESSE, font dire à leur personnage - en début d'ouvrage - Zuili et le dessinateur François Baude.

C'est ça. La peur qui affecte [8]. Peur de perdre ses prérogatives (son territoire, sa zone de confort voire sa jouissance), peur de perdre sa dignité (injustice, colère dit Zuili). Son image de soi.

Me faire voir (et accepter et aimer) des autres. Et me faire aimer de moi.

Quel programme.

Ahla-la.

(Classe comme conclusion, n'est-il pas ?!?)
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[1] Il y en a beaucoup. Notre maître à penser ? Umberto Eco, himself. Quand on lui demande s'il lit tous ces livres (un peu genre bibliothèque du Nom de la rose), il répond toujours non. Il manque de temps. Aimer les livres est une chose. Aimer les lire, encore une autre. En avoir le temps, quand on travaille, c'est une gageure. Certes Eco a-t-il de l'humour. Car il faut, dans son propos, se fixer sur le verbe lire. Lire ? À l'évidence, non. Mais consulter : mille fois oui. Les gens qui aiment les livres en ont généralement beaucoup. Et sans les lire, ils en consultent fréquemment plusieurs dizaines à la fois, comme un fil d'Ariane arborescent. Comme une toile d'araignée de questions-réponses, où le savoir et les points de vue sont fragmentés, multipolaires, forcément complémentaires (Qui opposerait Aristote à Charles Bukowski, Philip K. Dick à Ken Blanchard ?). Le fait humain ? En architecture naturelle, foisonnante et irradiante, souffle Tony Buzan. À l'instar d'une navigation Internet, bondissante, de nœud en nœud (mots-clés). Et s'il leur manque une information, les rats de bibliothèque adorent avoir la base de consultation sous la main : une tonne de livres. Parcourus en travers, sous forme de focus ou au hasard, les bouquins incitent à ce que je nomme le complexe alexandrin : l'illusion, douce et plaisante, d'un savoir à portée de la main, à portée du cœur. Façon bibliothèque (évidemment brûlée) d'Alexandrie. Babel montre toutefois que le savoir est évanescent, fragile et présomptueux. Par essence. Le zen et le taoïsme privilégient l'intensité au monde plutôt que sa cognition (traitement, jugement, distance, par opposition à la disponibilité d'emblée, courageuse et puissante). Et je crois que toutes ces écoles du dévoilement ont raison : l'intellect passera. L'âme (principes essentiels de rapport au monde), non. Celui qui chasse, dixit Alexandro Jodorowsky, n'a pas besoin de filet. Tout est live, tout est vécu. Vivre se fiche d'analyser (défaire des nœuds). Juste être sincère, concentré, fidèle à l'instant présent. Ça, finalement, c'est vivre. Vivre, c'est être là. Alors jaillit la confiante intuition, si créative : l'eccéité illumine et féconde le rapport au monde. Vivre devient possible. C'est un saisissement. Un saisissement permanent.

[2] Frédéric Dard, alias le commissaire Sana, est peut-être aussi créatif que François Rabelais (fin XVe-1653) ou Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Et puis quels ressorts inconscients, le mauvais goût assumé ! quelle santé ! quels voyages !

[3] Ce Dictionnaire des sciences humaines prend le parti d'introduire ses entrées par des exemples. C'est à la fois parlant, documenté, charnel (au sens de sensible, compréhensible). Le dico ? Il a du style, il est « écrit ».

[4] Approche systématique et rationnelle des représentations et des comportements humains, par l'étude des rôles et des interactions se jouant à partir et dans le sein du creuset nerveux : processus cérébraux (mentaux), système sensoriel, hormones, moelle épinière. Bref, toute la machinerie fine. Machinerie qui déploie le spectre fort nuancé du confort et de la souffrance de l'âme (de l'intériorité).

[5] Il faut être indulgent à l'égard de ce titan sensible. Descartes a perdu beaucoup de ses proches. Et son entreprise de rationaliser le Réel (l'insaisissable) est une formidable pulsion d'espoir et de vie. Pour autant, et dès son époque, Blaise Pascal (1623-1662) envisage déjà la raison comme un outil parmi d'autres (la sensibilité de son Feu de la saint-Clément est prégnante, cf. Pensées), et comme un outil limité (revoir l'esprit de géométrie de son Article premier). Mesurer aussi que la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent consiste à dire que cette même raison n'est que faible si elle ne va jusqu'à connaître cela. Le mysticisme de Pascal emprunte aux racines du christianisme (et au-delà même, si on lit L'Ecclésiaste), ainsi qu'au scepticisme (ou plutôt discernement) quant à la nature humaine. Pour les chrétiens, la raison appartient à la galaxie des idoles (reflets illusoires, projections porteuses d'une fascination enfermante). Quant aux bouddhistes, ils envisagent la raison comme un phénomène mental parmi beaucoup (c'est même un sens, comprendre une sensation nerveuse, un filet à saisir, à figer illusoirement le Réel). Donc un motif de fascination, un attachement se tournant sur lui-même, une démarche productrice d'un voile. Productrice d'une perte de soi. L'inquiétude de veiller sur ses habits quand on se baigne (cf. Jodorowsky dans son commentaire de kôans, Le Doigt et la Lune) est normale : veiller au quotidien le plus prosaïque a du sens. Mais s'enflammer l'égo avec l'illusion de maîtrise est mortifère. Et gage de pleurs.

[6] Le corps est une catégorie sociale, religieuse, artistique et morale. Cf. notamment le travail de Jean-Yves Leloup sur la tri-unité et l'apport civilisationnel (éthique) qu'elle a semé dans les pays (ou plutôt les individualités) ouverts à l'Incarnation, à la rencontre corporelle de la Grâce et de la condition humaine. Voir aussi ce que le principe du Sel condense de vulgaire et de sacré dans l'hermétisme tardif (alchimie de la Renaissance - cf. Paracelse en Suisse ; ou déjà chez l'Arabe Geber au VIIIe s.). Pour l'hermétiste contemporain Hervé Delboy (érudit parmi les érudits), le principe Sel est une réunion... de Terre et de Feu. Vous imaginez le cocktail ?

[7] Écouter l'Ombre, dirait l'excellent Jean Monbourquette.

[8] Quand elle dépasse son rôle de simple protectrice de la vie (atteinte d'un paroxysme, puis bascule), la peur dévisse et se met à bloquer amour et foi (disposition confiante, ce qu'Eric Berne nomme ok/ok). Elle ferme lien organique et confiance, activité naturelle et ouverture au monde, relation et disposition et activité, amour et travail sain, dirait Sigmund Freud.

[ La Chaîne de valeur émotionnelle (CVE) de Zuili s'articule autour de la joie (épanchement naturel du sentiment de succès, de réussite dans un contexte plus ou moins tendu), de la peur (besoin d'éloigner, de contenir ou de traiter un danger, capable d'engendrer l'inconnu, et - partant - la fin possible de tout, c'est-à-dire la mort), de la colère (expression soudaine de la frustration, du sentiment d'injustice, de dévalorisation de l'image personnelle - tellement structurante, tellement rassurante), de la tristesse (mélancolie, expérience directe de la finitude, de la castration, de la dépossession des choses - deuil forcé du sentiment de visibilité, de maîtrise, de modelage du monde selon nos attentes) | engrenage, bien ou mal orienté, mettant en jeu des engagements nerveux, des sensations, voilà une traduction possible du processus naturel, mais aussi de l'outil - une fois actualisé - que devient, pour Zuili, la CVE | Damasio est neurologue ; pour se repérer dans les métiers de la relation d'aide, voir ceci | 1. la réhabilitation des émotions (intégration de l'Anima, dirait Romey), 2. l'analyse des freins, des résistances au changement (homéostasie), 3. l'identification des bénéfices secondaires : voilà, à mon sens, les trois grands défis du coaching | pour comprendre ce qu'est un bénéfice secondaire, il faut consulter l'excellent Marc Traverson ]  Read More


 Pré-décision et décisionMon 7 Jan 2008
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Exceptionnellement, ce billet, de même que les mots et expressions-clés qui - du seul fait de l'auteur - s'y rattachent, sont (c), merci


Dans les sciences humaines d'expression francophone [1], qui fait autorité comme Anne Ancelin Schützenberger ?

Son expertise ? J'en vois trois majeures : 1. dettes inconscientes (l'attachement aux ancêtres - charnels ou symboliques, en tout cas porteurs d'une justification de la vie et d'un système de références - bref, cet attachement favorise chez l'individu une culpabilité latente à l'idée de réussir des percées d'émancipation, d'où des pressions inconscientes d'autosabotage, pour « rester comme » ou, par exemple, « changer sans changer »), 2. tâches inachevées (attachement excessif à ce que la vie a pu interrompre, ressassement psychologique, comme pour terminer - digérer - les actions figées par le temps, cf. effet Zeigarnik), 3. somatisations symboliques (le corps devient traduction et caisse de résonnance de vérités, pourtant porteuses de sens, pourtant étouffées), bref des mal-à-dits façon Françoise Dolto.

Le cursus ? Cette quasi-nonagénaire pétrie de terrain est une des élèves de Jacob Levy Moreno, le père de la cartographie socioémotionnelle et du psychodrame (regardez), de Dolto bien sûr, et aussi de Ronald Lippit et Leon Festinger, assistants de recherche du grand Kurt Lewin, pilier de la psychologie moderne.

Mmh, la classe.

Elle incarne une référence mondiale en matière de dynamique de groupe [2], versant thérapie : c'est dire si elle a voix au chapitre.

Et que dit-elle du processus de décision personnelle ?

Elle dit bien sûr qu'il baigne dans un système individu-interactions groupales (représentations, influences réciproques). Elle dit, encore et surtout, que la décision personnelle relève de deux degrés d'implication. C'est dans ce livre.

Il y a tout d'abord la déclaration d'intention. C'est un peu l'incantation, le « je veux » scandé par la bouche, voire traduit par le corps (acte symbolique posé, par exemple : je veux faire du footing, je mets mes baskets devant la porte). C'est, vous l'avez compris, la pré-décision, telle que la définit Lewin.

Il y a son corrolaire profond : la décision. Celle-ci engage les actes en vrai, elle opère quelque chose. Allez je sors, je fais trente minutes de footing dans le jardin public devant chez moi. Vous mesurez toute la distance entre l'un et l'autre des degrés d'implication.

La décision découle de la prise de conscience peut-être (identification d'un problème, assurance qu'un de mes actes peut faire basculer la donne, sélection de cet acte, démarche volontaire de mise en mouvement). Elle provient encore et surtout d'une vraie dynamique de changement, souvent dépensière en énergie. Et puis aussi anxiogène (c'est instinctif). Nous sommes en plein changement 2. Il y a tout un monde entre comprendre et réaliser. Entre réaliser et faire.

La décision, alors ? Redoutée. Et puis l'inconnu, vous savez comme moi que...

Ben oui : agir c'est forcément passer à l'étape d'après. La vie est une enfilade de seuils.

Vivre est un risque... (Et c'est tellement bon !)

Ouaip.

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[1] Alexandro Jodorowsky, bien distinct d'Ancelin Schützenberger, forme lui aussi ce front protéïforme de réappropriation de la clinique humaine. Mouvance francophone certes, et beaucoup anglophone aussi. Regardons ça : clinique mêlant psychisme et corps (psychosomatique), communication et inconscient (anthropologie de Palo Alto), destin individuel et conditionnements groupaux, voire familiaux (psychosociologie, systémique et psychogénéalogie d'inspiration psychanalytique). Il y a là un feu épistémologique que le XXe siècle ambitieux a bien voulu alimenter, séchant sur pied l'ethnocentrisme et l'étroite idéologie du positivisme. Je veux rendre hommage à tout ce magma pénétrant, à tous ces transversaux ou spécialistes géniaux et féconds : Gaston Bachelard et Gilbert Durand, Françoise Dolto, Gregory Bateson, Paul Watzlawick et Ray Birdwhistell, Ludwig Wittgenstein (plus tôt), Alfred Korzybski, Edgar Morin ou Joël de Rosnay (actifs plus que jamais), Mircea Eliade (tellement plus intéressant que Lévy-Strauss et son affreux structuralisme), Alfred Withehead, et plus récemment Georges Devereux, Tobie Nathan et Isabelle Stenger. Je veux encore saluer Georges Romey, l'éternel étonné, l'acharné de travail, le découvreur de symboles. Et puis clore, catégorie borderline, avec Rupert Sheldrake et Jeremy Narby. Nous nageons en pleine post-modernité, finie la notion de progrès, ce carcan mental d'augmentation de tout et de son contraire. La relativisation des portées de la pensée rationnaliste occidentale (Antonio Damasio, dans une certaine mesure Edward de Bono), couplée d'un retour aux racines (parfois ténues) de la perception (bain sémiotique) voire de la fulgurance (intuition, présence à soi, intensité au monde et eccéité), font à présent du monde un vaste complexus marin, un tissage aquatique et multidimensionnel enthousiasmant. Jouissance permanente que tout ça.

[2] Beaucoup de consultants se servent de la dynamique de groupe avec plus ou moins de bonheur (c'est souvent très moyen). Leur angle : la performance d'un groupe professionnel. Bien souvent, bof.

[ Aider la personne à passer à l'acte, tout le doigté, toute la mise en tension et la facilitation du coaching | dettes inconscientes, l'histoire du clan Kennedy, par Bernard Gensane | Anne Ancelin Schützenberger, interview sur le site du Cairn | le destin, c'est ce contre quoi luttent, par exemple, la psychanalyse - et en philosophie, le marxisme (hum, hum), il y a là une volonté prométhéenne d'affranchissement (s'arracher de sa condition, est-ce vraiment devenir libre, uh ?) | ressasser (rejouer constamment le film), c'est vouloir accomplir par la tête ce que le corps a laissé de côté (pour autant, la tête est toujours plus aérienne, donc futile et usante, qu'un corps qui marque durablement la matière et le cours - même imaginaire - du monde) - c'est là toute la puissance de l'incarnation (voir danse, théâtre, katas d'arts martiaux, gestes de l'artisanat, pélerinages avec les jambes, actes psychomagiques, chant traditionnel choral (si physique - cf. conditions d'émergence de la quintina), performances, doctrine de l'Incarnation, etc.) | sur le risque - vivre, c'est mourir tous les jours puisque la réplication des cellules (multiplication, renouvellement cyclique) se fait à partir de copies, puis de copies de copies, etc. | mourir de vieillesse, c'est mal répliquer la version n-1 (celle juste avant la fatale) | se décider en logique floue ]


 Décision intersubjectiveFri 17 Sep 2004
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A lire un psychosociologue français, il faut résolument choisir Roger Mucchielli. Ce touche-à-tout cumule les points d'honneur : doctorat de Lettres, neuropsychiatrie, poste de chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), direction de collection... Ses passions ? Modèles fonctionnels et pédagogie. Citer les apports de ce bourreau de travail - largement octogénaire - relèverait de l'inventaire. Retenons néanmoins un point que peu d'auteurs abordent. Son classique et passionnant La Dynamique des groupes soulève singulièrement la question de la conclusion, objet du travail collectif. Comment un groupe se met-il d'accord ? Quelle décision forme-t-il ?

Selon Roger Mucchielli, est "vraie" la décision qui est celle du groupe, "élaborée en commun au terme d'interactions et d'échanges des points de vue subjectifs." Le chercheur renvoie dos à dos : d'une part les solutions illusoirement objectives, d'autre part le tout-compromis, synthèse molle de ces groupes qui, bon an mal an, concilient "des positions divergentes". Ainsi la décision de groupe, la "vraie" (quelle que soit son efficacité potentielle), doit-elle obligatoirement émaner du collectif. Elle découle des échanges, des interactions, des transactions. C'est ce qui la scelle, la fonde, lui donne son empreinte de légitimité. S'appuyant sur les travaux de l'Américain Rensis Likert, Mucchielli rappelle que la vraie décision de groupe arrive "au terme d'un processus de discussion de la signification des faits problématiques [...] - et des - solutions possibles". Trois composantes viennent authentifier la véritable prise de décision : "l'expression authentique des points de vue", "l'écoute des autres", "la communication."

Une solution digne de ce nom fait donc appel à la créativité de tous. C'est là, pour tous, le gage d'une motivation durable.


 Décision intersubjectiveFri 17 Sep 2004
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A lire un psychosociologue français, il faut résolument choisir Roger Mucchielli. Ce touche-à-tout cumule les points d'honneur : doctorat de Lettres, neuropsychiatrie, poste de chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), direction de collection... Ses passions ? Modèles fonctionnels et pédagogie. Citer les apports de ce bourreau de travail - largement octogénaire - relèverait de l'inventaire. Retenons néanmoins un point que peu d'auteurs abordent. Son classique et passionnant La Dynamique des groupes soulève singulièrement la question de la conclusion, objet du travail collectif. Comment un groupe se met-il d'accord ? Quelle décision forme-t-il ?

Selon Roger Mucchielli, est "vraie" la décision qui est celle du groupe, "élaborée en commun au terme d'interactions et d'échanges des points de vue subjectifs." Le chercheur renvoie dos à dos : d'une part les solutions illusoirement objectives, d'autre part le tout-compromis, synthèse molle de ces groupes qui, bon an mal an, concilient "des positions divergentes". Ainsi la décision de groupe, la "vraie" (quelle que soit son efficacité potentielle), doit-elle obligatoirement émaner du collectif. Elle découle des échanges, des interactions, des transactions. C'est ce qui la scelle, la fonde, lui donne son empreinte de légitimité. S'appuyant sur les travaux de l'Américain Rensis Likert, Mucchielli rappelle que la vraie décision de groupe arrive "au terme d'un processus de discussion de la signification des faits problématiques [...] - et des - solutions possibles". Trois composantes viennent authentifier la véritable prise de décision : "l'expression authentique des points de vue", "l'écoute des autres", "la communication."

Une solution digne de ce nom fait donc appel à la créativité de tous. C'est là, pour tous, le gage d'une motivation durable.