[ < 7th part | Grief & Faith | automatic storage of worthy professional readings | 9e partie > ]
Vertigo. It's all about loss. Loss of everything that made you: identity, self-esteem, fatherhood, financial security, sex, collective and personal projects.
So: vertigo. (Grrr.)
Fig. 1 — NIN
And? Still this Kübler-Ross model. Everywhere. Just say Grief to anyone, you'll have this model in front of you.
Like steps:
Fig. 2 — From change manager Luc Galopin's resources
I don't believe in steps (childish and positivist s...). I believe in chaos. In complexity. In soul. In plasticity. In poetry. In red color. In fluid suns. In inner logics: The heart has its reasons of which reason knows nothing (Blaise Pascal). I do believe in group dynamics. (Sure.) But for individuals, this kind of model — to me — just turns into a ghost. An abstraction.
My personal grief has a spiral shape. Which is a no-shape stuff. A spiral jelly, a dynamic porridge, a cheese match, a misty fire. Or just different states, sometimes at the same time. Mixing. Or coming back, or going further. Or repeating themselves. Sometimes at a better level. Sometimes not. Just a daily shaking process.
Each time I feel a ray of light, or a deep darkness coming, everything collapses. And jumps from one step (from one feeling) to another, randomly (to a more comfortable zone I guess).
Confusion.
So? Nothing helps.
Because there are things that don't match together. First is time. Time, when you have a strong project (before the loss, before the grief), well time is a long term perspective. Providing structure and daily feedbacks.
But time is also a daily entity. When you're empty, it hurts. Because your gas engine just works... with air. With abstraction. With long term nothingness.
So?
Feeling alive is a good thing. With intelligent friends. Meeting girls (friends I said) is cool as well: it can help understand what kind of evil lurks in the heart of ladies. And then forgive it.
Time management is a mess when your russian mountains just suck off all your energy.
So, uh?
Grace.
And that's all.
Walking through sin, despair, doubts. With no promise. Nothing. Just a strong hand holding yours. Especially when you're a loser. When you cry every hour. When you even can't. Especially when you say: Ok Lord, I've loved this woman more than myself. And I don't want to get rid off what brought me happiness. So this is my treasure. My personal pride. My heart. My intimacy. I can give it to you. I'll never turn my back to it. Because her and I were the same soul. We shared the same blood. The same sexuality, the same dreams. So I keep it for me, in my best remembers. I just want to talk to you about this paradise. And allow you to come and sit down near it. And blow on it. With love, care and respect. This is my gift to you Lord. I've loved her more than you. You're too abstract. She was concrete and loving and warm and sexy. I give my soul sister to you. Because this story deserves it. My soul is in her heart. So this is my gift to you. I trust you. You can kick ass. You can go to a cross for me. Just blow up my spirit. Bless her. Bless me. Bless her boyfriend. Bless fucking life. Take my suffering. Sit down in my life, Jesus. Near my treasure. I wanna test yours. And coldly take this decision. Please just do it. Please.
Yep.
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[ Useful and simple — Divorced guy Brian Dittmer's survival guide | sincere HelpGuide.org ]
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Raw is the color of pepper skinless bodies
Of shouting hearts
Of yellow tears in wide basins
(Anonymous)
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So what? Many things. Or just a couple, rather. Megyünk.
1. Grief. (Yeah.) That slaps the face. There is a bunch of f....n' books that talk about it. (F.... them.) I personally stay connected to Ed Underwood's. With highs and lows. With doubts. With (sometimes) rays of light. This guy has more than a heart.
And if I had courage, I'd also go back to Cloud and Townsend's one. (Asskickin' and tender.) Courage? Yep. Efficient book that reminds me the months-and-months when I took back my (sad) plane after time with the kiddies, in France, and... yes, with their gorgeous-and-yet-distant mother: S.
So... pain. Hopes that die like gyufák. Intense emotions. Intense... intents. Swampy, complex, humiliating and dark-and-golden ill context.
And it's all about her. (S.) And, for a decade now. Decade, that long? Sure. And... this morning again. (Rain.) Strange evening, yesterday. Strange morning now.
So, yesterday. By f....n' night. What happened? Long conversation with my friend I. (she and A. are warm and dedicated persons, that spent days and nights at my flat, when staying by my own was too heavy — Concrete help I call it). And? The personal feeling, yesterday, that something — in a mute mode —, was kind of blood-boiling in me.
Instincts.
Something that dealt with life, sex, death, decisions, spirituality. (Instincts.) Intuition. Forces. Mud. Unconscious. Crossroads, like an intimate melting pot. A potential. Energy. Like a mess. Like radioactive liquid granite. Like injured frogs. Like knives, chains, lymph, identity. Ok?
2. It just drove me to Jan Saudek. And Joel Peter Witkin. Spiritual and instinctive photographers.
(Humans.)
God loves sincerity, I'm sure.
He knows instincts as well, in their thickness.
These photographers, I used to consider them pillars in my instinctive world. Just before meeting lovely S. Just before being touched by her... feminity.
Just before love.
Love (hers) has gone. Bulls, photographers, darkness and pulsing forces drive me back to who I was, before her. When I thought I was myself. When, after my mother's death, I swore I would live through art.
Et qu'est-ce qui marche alors ? quand tout est fini ? Je parle ici de ce qui donne un sens à la famille. Son dynamisme et son amour : les buts qu'on se fixe. (Les projets.) La vie, quoi (tous les espoirs) — Donc ce qui la rend belle. Jouissive. Trépidante. Aimante. Sexy. Risquée. Complice. Profonde. Amusante.
Bien sûr, tous les donneurs de leçons — souvent bien intentionnés — te répliquent que tu restes un père quand ta femme te quitte. Ouais. C'est gentil. Ce que je dis : tu étais, tu restes et tu seras un père, de tout façon — Voilà où est la vérité.
Un père, ça reste. Même abattu, même triste et mort. Un père, c'est solide.
C'est juste que les gens oublient l'essentiel : ce qui donne la dynamique, c'est tout sauf les enfants. Les enfants, ils sont là : c'est un fait. Et pour tes enfants, tu peux te tuer.
C'est un fait aussi.
Est-ce pour autant que ce pour quoi tu peux te tuer constitue une dynamique, une envie, un but ?
Je dis non.
Ce qu'il faut, c'est l'amour (pour moi, c'est vide — et peut-être même que ça l'était avant ; je m'aimais surtout moi, on dirait). L'amour. Et la guérison.
Ce qu'il faut, c'est le pardon. Ce qu'il faut, c'est marcher. Même quand les jambes te font défaut. Même quand tu te demandes, tellement elles te font défaut, si des jambes, tu en as bien eu un jour.
Et puis c'est comme sourire : tu te demandes si sourire, tu as pu le faire un jour.
Ces saloperies de divorce, c'est ce qu'il y a de plus commun. Et dans ce qu'il y a de plus commun, c'est ce qui fait le plus de mal. Ton identité se détruit, ton coeur se sèche (ou se glace, c'est selon). Tu imagines ton ex (de manière très réaliste, parce que tu l'as aimée de toute ta fibre), eh bien tu la vois dans l'intimité avec son nouveau mec.
Tu cauchemardes. Tu dors mal. Tu engueules tout le monde à ton boulot.
Et tu pleures. C'est incroyable ce que tu peux pleurer.
Et tu supplies Dieu : tu écoutes tous les ragots mystiques, tu lis tous les bouquins, tu tentes sur ton coeur absent toutes les techniques spirituelles.
Et tout ça reste lettre morte ?
Pourquoi ?
Parce que ça n'existe pas.
Ce qui existe, c'est la souffrance. Même la foi est une erreur. Et un effort. Ce qui existe, c'est la grâce : c'est le don gratuit. La grâce, c'est ce que Dieu te donne (alors que tes yeux Le cherchent comme de l'eau dans un désert), eh bien ce qu'Il te donne, c'est ça : l'honnêteté de Lui dire tout ce que tu Lui reproches.
Et à quel point ton coeur est mort. Et à quel point tu te sens mal. Et à quel point tu ignores pourquoi Il permet ça. Lui qui peut tout...
Parmi toutes les idioties que j'ai lues ou tentées pour récupérer mon grand amour perdu (à qui j'ai tenu la main lors des accouchements, elle qui illuminait ma vie et éclairait mon corps et mon coeur), et puis pour diminuer cet enfer intérieur (qui rejaillit à l'extérieur), j'ai seulement trouvé deux choses.
La première, c'est ça, qui parle des vraies émotions. Et la deuxième, c'est ça.
(Je vous laisse découvrir.)
Le reste ? Du vide.
Je sais que cette grâce se laissera trouver. Je sais aussi que tout dépend de Celui qui la donne. Et que moi, là dedans, je vais juste affronter ma douleur. Et recevoir (peut-être).
Moi ? Je suis dans sa main. Comme dans une fournaise, qui me révèle la vanité de tout. Donc, sûrement, ce que Lui pense de tout ça. Donc, peut-être, ce qui fait sens dans cet enfer.
Et un jour... Je dis bien un jour... Mes yeux riront de nouveau.
(Peut-être.)
J'espère : quand je le peux...
La bonne nouvelle, c'est que Celui qui donne la grâce aime l'honnêteté.
Il l'aime plus que les idioties qu'on peut penser ou dire de Lui.
La tiédeur ? Il la vomit.
Il saura dire. Et Il est là.
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[ Le divorce (ou la rupture au sens large), un triste phénomène de société, voir l'étude pour l'Europe (2006) de l'Institut national d'études démographiques (Ined) ]
Si nous avions su... Si nous avions su - insouciants et légers - que la semaine passée, un ami mourrait, si vigoureux, si jeune, si plein de projets.
Et voilà que sa famille prend l'avion ce matin (7 h), pour aller voir le corps, recueillir (et donner) du soutien, connaître plus encore les causes de sa mort.
Mon coeur est avec eux, en ce moment même, dans cet avion qui fait le lien. Habituellement, l'avion rapproche les gens qui s'aiment. Là il va permettre de constater.
De constater que le corps de J. est brisé.
Comme nos coeurs...
Les mots me manquent.
Me viennent ceux de sa famille. Ceux du père, qui se dit brisé mais pas détruit. Il trouve même la force de dire des choses gorgées de vie, au bord du gouffre. Ceux de la mère, qui dit que nos proches sont à empoigner les mains ouvertes (ils ne nous appartiennent pas). Ceux d'une de ses soeurs (dédicace écrite) ou des amis (il y a un temps pour tout), qui pleurent, s'interrogent et constatent. Me revient aussi le violon de Zaza, présent à l'office.
Musique poignante...
J. était un météore, de ceux qui brûlent, qui s'engagent et vivent fort. De ceux qui questionnent, soutiennent et sont au monde. Avec un rapport direct et un éclat.
Que faire ?
Prier, panser les plaies. Et vivre. Forcément ébranlés. Forcément dans ce monde.
Vivre.
Et se souvenir.
Et marcher.
Si possible dans la confiance.
Un homme, nous dit le père de J., porte du fruit s'il meurt. Il y a là un accomplissement définitif : une réalisation.
Une vocation définitive (spirituelle).
C'est cet aspect définitif qui rend le temps si long. Peupler ce temps par de l'amour, voilà ce qui reste à faire. Et à vivre.
Car c'est peut-être ça, la vie. L'amour d'un couple, qui engendre. L'amour des liens, ensuite. L'amour qui persévère et repousse la mort. Et enfin, l'amour qui donne un sens. Qui rencontre la mort et se mêle alors à l'essentiel.
L'éternité, le rapport vrai.
Dieu, que c'est dur.
Mais je veux quand même, moi aussi au bord du gouffre, me joindre à la vie de cette famille que j'aime.
Et reparler d'espoir. L'espoir brille aujourd'hui. Dans le noir pour nous. Dans la pleine lumière pour J.
Je sais (par la foi) que ce beau fruit en donnera des milliers. Il nous le tarde à tous...
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[ Me reviennent les (très belles) paroles du père de J., sur JFK. Un président qui voit le mur de Berlin tomber. Il faut alors attendre quatre décennies, quelle qu'ait été la mort de Kennedy, pour en voir le fruit : mur qui tombe en vrai. Puis (autre propos) un industriel et homme de foi, dans le passé, qui perd son fils unique. Puis ses quatre filles, dans un naufrage. Il compose un cantique où il a l'audace (la foi) de dire que son âme est sereine (is well). Oui. Voir à travers, compter sur le coup d'après, la réalisation des choses. Où tout s'accomplit, donne un sens a posteriori. En attendant, il faut vivre. Et bien. Par respect pour les autres. Et pour soi. Et pour la Source de vie. C'est dur... Nous le ferons. Mais c'est dur. Ce lundi a un goût de déracinement. Là, tout à l'heure, j'ai re-parcouru André Frossard, qui a lui aussi conduit sa progéniture au cimetière, douleur parmi les douleurs. ]
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Le grand absent. C'est lui le grand absent, c'est Abel. La guerre, ce propre de l'homme qui incarne ce qu'il a de plus sale (incapacité à s'entendre entre soi), cette horrible guerre nous le prend. La guerre, c'est la jalousie. Témoin, la Bible. Dans leur récit, les Écritures nous parlent d'Abel. Elles nous montrent la portée universelle du crime. (Le crime, c'est une attaque avec mobile, une attaque sous prétexte - contrairement à l'autodéfense, tournée vers le sursaut vital.) Caïn tue Abel car il veut confisquer l'amour (et le regard) de Dieu, par la violence. Pauvre fou. Caïn est un passionné, un tourmenté, un dingue. Il tue son frère et cet acte terrible, le grand René Girard en fait le fondement, le nœud matriciel violent, fracassant, où tout se joue. De ce chaos passionnel naît la civilisation (régulations, paradigmes, productions collectives concertées). Les constructions humaines sont violentes (elles violent), les édifications se font dans le sang.
Pauvre Abel ! Cette guerre de Quatorze-Dix-huit nous l'aura pris. Abel, c'était le gars dans son champ, le type avec son agriculture et avec son père et sa mère et ses frères, et ses sœurs et ses copains. Pauvre Abel. Abel c'était François et c'était aussi Franz (c'était également Ali, Gábor et tellement d'autres).
Abel (vrai prénom), c'était aussi l'oncle de ma grand-mère paternelle. C'était l'oncle de Georgette. C'était ce gars que le combat de 14-18 mena loin. Et son officier le porta disparu. Des documents l'attestent. Ce pauvre Abel, sorti de l'adolescence, ce pauvre Abel, il est parti loin de chez lui et il a fait un trou. Un trou familial : porté disparu se hurle et se chuchote (c'est le pire cri, celui des pierres - cf. Luc 19:40). Sa mère (grand-mère de ma grand-mère) en est morte de chagrin. Épuisée par l'absence et par les pleurs. Mais tu crois qu'il reviendra, Abel ? Pauvre Abel. Et pauvres deuils, même pas faits.
Un trou.
Et puis par hasard, il y a une poignée d'années, lors d'un voyage, Georgette a retrouvé la trace d'Abel. Comme ça. Abel était bien mort lors d'un assaut.
La grand-mère, la maman d'Abel, pouvait enfin vivre en paix. Et, depuis sa tombe, entamer son deuil.
Toutes les familles ont un Abel en elles. L'immense Anne Ancelin Schützenberger le clame.
Et vous voudriez qu'on arrête de parler de la guerre ? Qu'on désinfecte l'Histoire ? Vous avez vu les monuments aux morts dans nos campagnes ? tonnait mon grand-père dans ses discours sur la paysannerie. Pleins de noms de paysans, les grands oubliés, la chair à canon, la force vive et nourrissante du pays.
Honneur à vous, pauvres hires. Nos familles sont pleines d'Abel.
Et je veux parler ici de violence et de deuils certes, mais aussi d'humiliation.
Le besoin de se sentir fier est anthropologique et profond. Je pense aux familles de chez nous, bien sûr. Je pense aussi à celles de nos frères outre-rhénans. Et puis à tous les grands perdants (pauvre Hongrie). Humiliés.
Je pense aux fracas de l'Histoire, aux mutilations territoriales et culturelles, à l'érection des nations occidentales. Dans le sang. Les grands perdants ? Les civils de tout bord. À l'exception de l'Inde de 1947, pour l'occasion non-caïnique, convertie à la non-violence par un Gandhi inspiré.
Il y a aussi les Juifs, les Palestiniens (sous mandat britannique une partie du XXe siècle), les Gitans, les Africains et tellement d'autres.
L'humiliation, je disais. Pensons au monde arabo-musulman et aux poussées qu'il connaît ce siècle-ci.
Tout est le fruit de Caïn. Caïn le coléreux, le jaloux. Mais aussi Caïn l'illuminé.
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[ Le manque de regard et la réprimande mal embouchée conduisent au syndrôme de l'assoiffé de vengeance | La figure d'Abel - Voir Neil Gaiman (le blog) et son magnifique travail sur les archétypes (théma) | Caïn et Abel, personnages récurrents de la saga Sandman de Gaiman (poster, merci Vulture) | autres dessins, et aussi chez Flooby | Le Nouvel Observateur (HS d'octobre-novembre 2008, n° 810 H) est une perle sur l'Histoire, lire notamment l'émouvant édito de Jean Daniel (son blog) | il y a, chez ma grand-mère, une boîte qui contient des photos de soldats de la guerre de Quatorze-Dix-huit | tenez, la dynamique de groupe, vrai labo à ciel ouvert de la violence, de ses régulations, des scénarios qui pendent au nez des parties-prenantes | l'Europe de 2008 est une zone de paix ]
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Exceptionnellement, ce billet est (c) - Merci de votre compréhension
L'on a tort de penser que la mort d'un proche dépouille et appauvrit : au contraire. Elle élague, elle enlève les pensées secondaires et rapproche de la nature vraie des choses, d'un centre éternel [*] profond. En ça elle construit, mais ça fait mal. Quand j'étais petit, j'avais mal dans les jambes et mes parents m'expliquaient ça par la croissance. S'adapter est une douleur. Mes jambes disaient : Attention, travaux.
Ce qui harasse et mine, c'est le message que les neurones se transmettent à tous : Psst, il est mort, fais passer (le cerveau se reconfigure). Ce qui fait mal, c'est aussi le constat de la perte : Je ne le verrai plus (c'est le chagrin). Et il y a encore autre chose : Bon sang, je suis mortel moi aussi (débrouille-toi avec ça).
Ouais.
Je suis dans ce procédé de changement profond. Un deuil est un changement forcé. Mais ce qui force ramène toujours à la réalité, qui est le vrai siège de la vie. Réalité du moment, si dure, et réalité de la nature des choses en général. Il n'y a de vie que parce que la mort retire du monde des choses et des gens, vivre demande de la place et des ressources. C'est vrai. Par ailleurs, la mort donne un éclat à la vie : la vie n'a d'intérêt que parce qu'elle s'arrête un jour. Alors être soi-même et jouir devient une nécessité urgente. Gandhi, cité par Edgar Morin dans La Méthode, l'humanité de l'humanité, aurait dit que l'interdépendance de soi aux autres, en clair le religare, était un but en soi. Quelque chose de souhaitable et de sain. L'autonomie complète (d'origine grecque) est un leurre. Le vivre-ensemble, une bénédiction. L'enfer, c'est l'absence de l'autre.
Dernier truc, la mort met à plat les vanités (celles de l'Ecclésiaste) et oblige à avoir une spiritualité, elle interroge le fil de la vie : vie, tu t'arrêtes à la mort ou la transformation que tu procures par la mort est un tremplin vers autre chose ? Qu'est-ce que je vais devenir ? et les autres ? et ce mec qui me parle, ce prochain, qui me ressemble un peu (beaucoup) ?
Vivre c'est justement se régler avec les autres, c'est donner un parfum au tissu (complexus) qui nous nimbe et c'est s'harmoniser soi-même : tenir une place typique, dynamique, jouissive et vraie.
C'est vrai, ouais. Mais ça fait mal.
Beaucoup de témoignages parlent de comment ne pas être malheureux, un grand nombre de comment être satisfait, très peu de comment être heureux, en cohérence et en jouissance avec la nature profonde de ce que nous sommes.
En vrai : mortels.
Je me souviens des superbes conversations avec mon grand-père. Le vieil homme allait à l'essentiel. Celui qui avait été si plein était alors simple. Et sage.
Merci, Marcel : ça aussi c'était exemplaire. Peut-être autant (ou plus) que tout ce que tes mains avaient bâti.
Tes mains, elles vont nous manquer, mais on va faire avec.
God bless.
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[*] C'est Jodorowsky qui rappelle que le cerveau fonctionne au présent : le passé, par la mémoire ou par l'intervention constante de l'inconscient, est en permanence effectif (influent) donc occurrent, donc présent. Quant au futur, il n'existe pas, c'est le fruit - tardif dans la psychogenèse individuelle - de l'imagination. En cela les bébés sont proches du temps cérébral originel, de l'intense présent, si voisin de l'éternité. L'éternité serait donc la mesure originelle de ce que nous sommes en dehors des conditionnements. De ce que nous sommes en vrai.
[ L'intelligent sait réduire la morsure de la gêne et de la contrariété : il sait résoudre des problèmes, il améliore (il crée) ou rétablit ; le sage, lui, a trouvé des actes ou des réponses à la mort, il vit en profondeur ]
[ Famille et amis d'Ariel - si nombreux -, votre foi illumine tout le monde. Moi le premier : je me joins à vous comme je vous aime. Et tout le monde vous embrasse très fort. Bises à Davy et à Maël. ]