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1. La dialectique, c'est quand deux polarités s'opposent. Un peu comme le jour et la nuit, l'un chasse l'autre, sur un territoireunique, peut-être partageable, en tout cas convoité [1]. Tendu. On peut y voir un avatar du paradigme hydraulique [2], de ce tronc commun de représentations philosophiques ou techniques où s'envisagent des rapports de force au sein d'un même système et, partant, la domination d'une composante sur les autres (équilibre instable, entropique), par exemple au sein d'un tempérament, d'un état complexe. Pour faire simple, l'eau pousse sur de l'eau, dans une bassine, dans un milieu contingent. Vous voyez les remous.
Alors que la dialogique, emblématique du travail d'Edgar Morin, c'est quand deux tendances viennent cohabiter sur un territoire commun : il y a mélange. Ou plutôt composition d'un mixte, d'un arrangement, d'une entente. L'un renforce l'autre. Et s'enrichit à son tour des différences mises en friction, s'augmentant lui-même. Il y a là quelque chose de chimique [3] : c'est la synergie. La synergie demande aux pulsions d'évolution, chères à Georges Romey, mais aussi en filigrane à l'École de Palo Alto [4], bref aux pulsions de dépassement de s'exprimer. Les intérêts individuels se coulent dans une association tendue (finalisée) vers un mieux général, on passe à un autre cadre de référence : le système, pourtant homéostatique, envisage la poussée qualitative comme une évolution vitale. Un mieux à plusieurs. Ça collabore.
Très bien.
Dans beaucoup de courants, dans beaucoup d'écoles, ces régimes dialectique ou dialogique [5] se distinguent. C'est particulièrement vrai pour le coaching. Il y a les tenants d'un changement par l'Animus, soit la volonté, la cogitation, la prise en main volontariste du changement. L'idée emprunte à la dialectique, une tendance franche (par exemple la détermination) l'emporte. Et colore l'ensemble du système, par exemple le quotidien de la personne. Il y a - à côté - la tendance Anima : en revenir à des choses sourdes et intimes pour dévoiler des leviers de motivation authentiques. Viennent alors la créativité, le jaillissement d'énergie : les choses, presque naturellement, semblent se faire. Une réconciliation interne a lieu. Le mieux vient de l'instinct, de l'essentiel, du centre naturel de la personne. C'est certainement plus doux. Et la dialogique a lieu : l'Anima vient imprégner la cogitation et la conation (volonté). Les actes se font d'eux-mêmes, l'inspiration et l'accord intime avec soi-même illuminent le quotidien [6].
Oui.
2. Parlons à présent des buts et des objectifs. Faisons-nous prosaïques un instant. (Well.) C'est ce matin, et qu'est-ce que je vois sur la porte d'une école ? Les parents sont priés d'apporter des mouchoirs en papier, les enfants n'en ont plus. Voilà un but, une intention. Je veux m'adresser aux personnes qui managent des projets. Ce but est une simple amorce : il trouve son appui motivationnel et sa caractérisation (sa prise en main par des repères, des moyens d'agir) sitôt que le lecteur (ou mieux, l'émetteur) en fait un objectif. L'objectif, vous vous souvenez, est un ensemble de chiffres ou de seuils. L'histoire des mouchoirs se transforme, par exemple, en 75 % des familles, soit les patronymes allant de A à P, sont priés d'apporter un ensemble de 100 mouchoirs minimum (soit 2 boîtes standard) entre le 3 avril et le 25 mai : une note vous attend dans les casiers individuels - Merci.
Voilà qui ressemble davantage à quelque chose d'opérationnalisable. Donc de mobilisateur, si le ton est toutefois adapté (là, c'est un peu sec). Voilà, par rapport au départ, un objectif. Un vrai.
Be seeing you.
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[1] René Girard est peut-être le Français qui parle le mieux de la rivalité, du partage conflictuel (ou de l'attribution pour le coup violente) des prérogatives, des mérites, des choses à jouir. Caïn et Abel conditionnent le fait humain.
[2] La psychanalyse, pour certains, découle du système hydraulique : mouvements de pressions diverses. Conflits, en circuit fermé. Parfois mélanges, désordonnés (névrose).
[3] Cf. la belle notion de noces chymiques (humanisme et alchimie).
Cet article va parler de froussaille. J'ai deux amis francs-maçons. Et parmi les piliers de leur doctrine, ils envisagent certaines valeurs comme formant un triangle énergétique entre elles (quasiment une Gestalt). Ce qui nous amène indirectement au concept de la peur, vous allez voir. On reprend : il y a - par exemple - la peur et puis son opposé, la vaillance (ou la bravoure). Pour les aristotéliciens, les deux notions sont potentiellement des vices, comprenez des excès. Elles deviennent intéressantes dans la mesure où elles trouvent, dans le spectre qui les rejoint, une valeur d'équilibre, un réglage rationnel utilisable. Est vertueux celui qui est à la fois prudent et capable d'avancées. Ce qui nous conduit, comme prévu, au triangle. Pour les francs-maçons, et autres partisans de systèmes traditionnels, le troisième pied du tabouret est une entité à part, qui est beaucoup plus intéressant qu'un simple mélange, qu'un simple réglage intermédiaire entre les deux autres termes. Prenons la liberté. Puis l'égalité (oui les composantes de la devise républicaine française). Le seul point énergétique, la seule jambe solide qui permette à ces deux opposés de tenir d'aplomb et - surtout - de marcher ensemble, c'est la fraternité. C'est une clavicule.
Intelligent. Et puis très proche des percées fulgurantes du système des koân ou de la pensée latérale. Utile, en clair.
Ce qui nous permet de dire que la tension dialectique peur-vaillance trouve son échappée non dans un mélange, mais dans une troisième voie (c'est Traverson qui va être content). Une troisième voie très, très Jodorowsky [*], du type "discernement". Ou "lucidité". Ou "pragmatisme", ou "volonté". Sortir de la peur, ou du ch'uis-tout-puissant, c'est simplement discerner comment agir au mieux. C'est simple, c'est original : c'est concentré.
Fig. 1 - De quoi les Français ont-ils peur ?
(extrait des succulents Contes de la crypte, que je me suis rachetés en DVD)
Revenons-en à cette histoire de peur. C'est Georges Romey, le psychothérapeute le plus intéressant depuis peut-être l'École de Palo Alto, qui explique que les deux courants dont dépendent les choses de la vie sont : le besoin de permanence, qui pousse tout organisme à sa conservation, et la pulsion d'évolution, qui assure son devenir. Hors d'un équilibre entre ces deux fonctions, rien ne peut exister dans l'harmonie ("Le Rêve éveillé libre").
À notre stade, on peut dire que la peur, c'est la survalorisation de l'acquis, du passé, de la solidité, de la permanence, par opposition au danger de trop évoluer trop vite, c'est-à-dire de régresser. Oui, c'est un fait. La peur est utile. Quand elle touche un système, par exemple un groupe de choses (atomes, cellules) ou de gens, elle se décline en homéostasie, en néguentropie ou en résistance (ou frein) au changement. Parlons aussi de conservatisme, voire de traditionnalisme (regardons vers ce - tellement coûteux - qui nous a construits et étouffons ce qui risque de nous faire changer de configuration, d'organisation, d'état énergétique entre nous).
Moui, c'est tout ça la peur. Mais, la peur, c'est surtout : 1. un manque de confiance en soi et aux autres (foi), et par là même manque d'amour (l'amour est un risque), 2. un frein au mieux (qui est très différent du "beaucoup plus", que l'on voit dans toutes les organisations peureuses ou bloquées).
La peur est un tue-l'amour et un empêche-évolution. Or, évoluer c'est tout simplement vivre. La peur, c'est la mort.
Ce qui me conduit à cet exemple, que je garde en ma besace depuis tout à l'heure. Je vous le livre, en guise de conclusion. L'est amusant. C'est Jean-Louis Boursin ("Les Maths pour les nuls") qui nous l'indique. C'est l'histoire du clavier Azerty, que les francophones utilisent tous les jours. Eh bien, le saviez-vous ? Cet arrangement de lettres provient, à l'origine, de l'intention de... ralentir votre frappe. Si ! Comme les marteaux des machines à écrire s'emmêlaient en permanence, l'idée, c'était de ralentir la valse des saisies. Donc l'efficience de votre travail. C'est incroyable. Incroyable, je veux dire, que nous l'ayons conservé, ce système de pas-bien.
Force de l'habitude ? Procrastination ? Bêtise ? Standardisation aveugle ?
Je vous laisse conclure.
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[*] Voir la notion de symbiose, construction naturelle d'un troisième grand terme, hors des opposés. Ce terme émerge d'un rapport intense aux choses, ou d'un détachement (ce qui est la même chose, eu égard à la sortie que l'on provoque du circuit quotidien - donc lié à la perception du temps (impatience, ennui, etc.) - des frustrations-compensations).
[ Le Rêve éveillé libre, aperçu | l'équilibre est instable alors que la symbiose apporte une harmonie, une conciliation durable dans une nouvelle forme, voire une procréation, un nouvel arrangement - cf. changement de degré 2 | la différence, selon le généticien Albert Jacquard, entre reproduire une ou plusieurs choses et procréer (vidéo) ]