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Ce qui est équilibré, c'est la mort : la mort est stable. À l'inverse, tout ce qui vit est mouvant, dynamique et transformatoire en puissance. C'est-à-dire porteur de champignons, de problèmes, de germes, de décalages et de contrariétés. Étant entendu que le problème est un fossé, une frustration entre les rêves d'épanouissement (appelons-les des objectifs) et les réalisations-terrain (mmh, sans appel). Un peu comme si la réalité faisait en permanence la nique au principe de plaisir. C'est comme ça. Que voulez-vous : c'est propre à la vie.
Reparlons du problème. Le problème est là, qui peut certes mener à la vraie mort si rien n'est fait (imaginons que tout explose, se corrompe ou perde son mojo, sa cohésion, sa raison d'être).
Le problème ? Il peut tout autant, et il faut voir ça, forcer un collectif à changer. Il est chargé de vie. Je veux dire que par essence, il incite un système à se transformer, par opposition au bidouillage d'une ou deux bricoles (cf. changement de degré 1 ou 2). Le bidouillage est tentant, presque naturel. En un sens, il est conservateur et rassurant. La métamorphose, elle, est exigeante et consommatrice d'énergie [*], c'est un processus quasi biologique.
Tout ça pour dire que la peur de changer se cheville aux corps. Témoin, cette conversation interne entre commerciaux. L'un d'entre eux fait un boulot superbe, fidélise et rassure ses clients. Qui, du coup, reviennent vers lui, de peur d'aller vers les autres, jugés plus rêches. Alors le collectif perd son équilibre, se décentre et dérive en direction du good salesman. Beaucoup l'envisagent comme une avarie : risque de... risquer quelque chose. Risque de perdre.
Ce que je dis moi, c'est qu'il est en déséquilibre, ce collectif. Bien sûr. Mais de ce déséquilibre stimulant et dynamique qui fait qu'on marche, appui instable après appui instable (l'enchaînement de ces instabilités, pour peu qu'on soit fluide et engagé, est équilibrant). Marcher, c'est évidemment risquer de tomber, mais c'est aussi jouir de vivre, être content de soi et rendre la course (la vraie) un jour possible. Voire même tout de suite, là : right now. Il faut y penser.
La lenteur fait tomber les anxieux,
pour les sagaces il y a... le roller
Quid de la conquête ? C'est, par définition, perdre la terre d'origine, le juste-avant. C'est aussi faire mieux (puisqu'on sort de soi-même, puisqu'on existe). Qui plus est, au contact ou dans la direction de celui qui nous fait vivre : le client, le bizarre, l'Autre.
Alors messieurs...
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[*] Relire Henri Laborit. Ou mieux : Joël de Rosnay et son magnifique Macroscope, aussi indispensable à l'entreprise qu'une liasse fiscale.
[ Image (c) Placestosse @ Flickr.com | la peur de tomber, confirme Gilbert Durand, est un vieux schème, un vieil ensemble nerveux gravé dans nos têtes aux premiers âges de la vie, il est puissant (cf. héroïsme vertical et identitaire Vs mysticisme digestif et rentré en lui-même ou dynamique copulatoire, rythmée, mixte et circulatoire) | le mouvement mondial de la qualité, depuis 2000, insiste sur un lissage de tout en direction du client, celui pour qui les choses sont faites | dans le même registre - très parlant - la cale du PDCA (vidéo), une tentative de vérouiller les acquis (donc de rassurer une bonne fois pour toutes) mais aussi d'interdire le retour en arrière, donc d'autoriser la poussée d'évolution (cf. Romey) ]
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Métamorphose Vs modifications
<< En proie à un cauchemar, le rêveur a la possibilité de faire plusieurs choses en rêve : courir, se cacher, se battre [1], hurler, sauter d'une falaise, etc., mais aucun changement issu d'une de ces actions ne pourrait mettre fin au cauchemar. Dorénavant, nous appellerons cette sorte de changement le changement 1. La seule possibilité pour sortir d'un rêve comporte un changement allant du rêve à l'état de veille. Il est évident que l'état de veille ne fait pas partie du rêve [2], mais représente un changement complet. Cette sorte de changement sera désormais désignée par le terme de changement 2. >>
Paul Watzlawick, John H. Weakland et Richard Fisch, in l'indispensable Changements
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[1] Le psychologue Jean Monbourquette préconiserait plutôt d'apprivoiser le cauchemar. Au lieu d'en combattre les composantes dévorantes (lire d'ailleurs les excellents travaux de l'anthropologue Gilbert Durand sur la dévoration). Cf. en outre le remarquable apport de Monbourquette à la psychologie des profondeurs (un corrélat par ici, via Marie-Louise von Franz, disciple de Carl G. Jung). Par ailleurs, sur le rêve, mettre à profit le lumineux Alexandro Jodorowsky et Georges Romey l'érudit.
[2] Scientifiquement discutable, puisque tout un chacun rêve en permanence, y compris pendant sa veille. Ainsi va l'état actuel des connaissances sur le cerveau. Que dire du rêve constant, en journée ? Il est - psychologiquement - soumis au Moi, qui le coiffe et le sort du champ de la conscience. Eh oui, l'homme descend du songe, disait déjà Blondin...
[ Le changement dans l'entreprise | groupes humains | les profils en dynamique de groupe | changer avec David Gleicher | le changement 2 est un des effets de la surmultiplication de l'énergie, d'abord condensée par les parties-prenantes puis libérée - plus ou moins volontairement - pour subitement hisser le système vers une expression plus haute (autre état de conscience, intelligence collective, insight, masse critique opérante, nouvelle configuration, visant de nouveaux angles) | changement de conscience - mettre à profit le richissime patrimoine des kôan | éthique et homéostasie | d'après le psychosociologue Serge Moscovici, les effets de masse critique opérante (le terme est de moi) peuvent faire basculer un collectif dans un tout autre état (état = caractéristiques comportementales plus ou moins stables, génératrices à terme d'une culture : grille de lecture et pratiques communautaires reconnues en interne) | territoires, enjeux de résistances | la synergie, productrice de masse critique et d'effets de seuil (cliquets), ne modifie pas : elle métamorphose | masse critique implosive ou explosive, d'après Max Sandor | tiens, le papillon - formidable métamorphe - est une allégorie de l'intériorité (âme), comme si celle-ci était vouée à la transformation continue | ah, les symboles ! | retour à l'entreprise, via le trajet mythologique - la boucle est bouclée ] Read More
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[ << Et toc ! Correction - 6e partie ] Ethique en boîte - 7e partie [ Les indispensables - 8e partie >> ]
Pour plein de raisons j'étais hors de moi vendredi dernier. Par ailleurs, j'animais un cours. Et qu'ai-je trouvé, à la recherche d'une craie, en jetant un coup d'oeil dans le bureau de la salle ? Un transparent parlant de la notion de marque. Certainement un truc tiré du Publicitor, cette somme aussi pompeuse qu'inutile. (La pub, en France, se passe de recettes. Tout au plus la communauté concernée dispose-t-elle de quatre ou cinq outils classiques pour organiser son travail.) Revenons au transparent, je vous en livre le dernier paragraphe [*]. Qui est le huitième. Cela parle des marques et de l'éthique :
Marque éthique [arfff], son bénéfice consommateur : satisfaction liée au comportement responsable de la marque dans ses rapports à la société (écologie, emploi, citoyenneté, publicité non choquante).
Mmh... Bref rappel : l'éthique, pour le meilleur et pour le pire, recouvre communément trois acceptions :
1. L'art de discerner, dans une situation, le Bien du Mal. Les majuscules montrent l'état d'objectivité que la double notion est censée embrasser. Comme quelque chose d'absolu. Je n'y vois personnellement d'intérêt que si l'on aborde ce champ sous l'angle anthropologique : pour plus des neuf dixièmes de la population humaine, faire l'amour avec sa mère ou sa soeur est condamné. Ou encore : pour la plupart des sociétés humaines, l'assassinat de sang froid équivaut à une mise à l'écart (y compris dans la mort) du criminel. Le Bien et le Mal n'ont de sens qu'eu égard aux constantes anthropologiques les plus archaïques (et donc les plus opérantes, même chez nous autres) : préservation de l'individu, de sa lignée, de son groupe général. Comment ? Par : 1. des règles socio-écologiques, 2. un ordre psychologique particulier (ex. : la culpabilité), 3. un mode d'organisation psychosociologique précis (homéostasie, etc.) Tout cela, c'est l'éthique au sens classique. C'est tout à la fois stimulant (du point de vue de la cogitation) et - de mon point de vue - inutile en entreprise : trop linéaire. Pas assez systémique.
2. L'éthique en matière de culture. D'accord, les lois anthropologiques fécondent le champ culturel et lui donnent toute sa densité (lire à ce propos l'extraordinaire Gilbert Durand). Ceci étant, il convient ici de séparer le fait humain strict (constantes et états anthropologiques) de la production culturelle, qui donne un sens au groupe, à la vie, aux choses. Parlons de cultures et même de différentes cultures : les grandes familles humaines. Un groupe met au point tout un ensemble de règles qui lui est propre. La civilité, le droit, les moeurs, les valeurs, les normes : tout cela entre en ligne de compte. Cette éthique-là, c'est la conformité d'une conduite à l'égard d'un référentiel (ex. : le code civil français ou la condamnation - beaucoup plus tacite - de l'appartenance à une secte). En ligne de mire, tous azimuts : la Loi des juristes, les règlements, les codes, les moeurs dans le champ sociologique, ce qui est choquant, le 'politiquement correct', etc. Retenons bien cette seconde acception car c'est celle que recycle le langage courant : 'voilà qui est éthique, voilà qui ne l'est pas'.
3. L'éthique comme caractérisation d'un contexte, pour terminer. C'est probablement la plus intéressante. Ou tout au moins la plus applicable, y compris dans la sphère un peu controversée (que moi j'adore !) des entreprises. Cette éthique-là, je la nomme systémique décisionnelle ou modélisation des enjeux économico-humains. C'est bien simple : ici, il faut envisager la totalité et l'importance des impératifs économiques et des valeurs que l'activité au quotidien (et dans le futur) 'remue', met en jeu, interroge, malmène ou sollicite. Cela doit se raisonner pour les individus (impératif de survie économique, valeurs personnelles a, b, c, d, etc.), pour le groupe (même chose, en envisageant - de plus - les mécanismes psychosociologiques qui influent sur l'état de la structure concernée), mais aussi pour l'entreprise, pour la branche professionnelle, pour le pays, etc. Tous ces ensembles ont des impératifs et des valeurs propres. Parfois en harmonie, très souvent en dialogue, souvent en conflit dès lors que se présente un problème, tel que la vie nous en fait surgir tous les jours (problème : constat entre une situation en dessous de son équivalent rêvé, attendu, souhaité).
Il convient donc de dégager des 'Moi, je réalise le processus X tant que cela reste (au moins à 75 % - seuil chiffré) encore conforme à la fois à mon impératif de garder mon travail et aussi à ma valeur Y.' Ou bien 'L'entreprise Lamda restera sur sa valeur Z jusqu'à ce que...', etc. Vous l'avez compris : il faut dégager les points de bascule, les opérateurs bernéens pertinents, soumis à la pression du quotidien (eh oui, le monde est dynamique). Et faire correspondre à ces opérateurs des seuils chiffrés. Dans les faits, je vous jure que c'est facile : la preuve.
Cette éthique est un art de cartographier tous les enjeux, en termes de changement, de prise de décision, de lancement de quelque chose, et d'assumer - de fait - tout ce qui peut en découler. Evacuées la notion de Bien et de Mal ou de référentiels tant législatifs que culturels (culturels au sens où les groupes ont tous une lecture du monde différente). Nous sommes bel et bien dans les faits - quels qu'ils soient -, dans les résultats scénarisés. Donc à peu près prévisibles (attention, toutefois : nous nageons dans la complexité). Le tout - pour terminer - étant de dire : 'Que je fasse ceci ou cela, j'en mesure à l'avance les conséquences, pour moi, pour mon équipe, pour mon entreprise, pour mes proches, pour la planète, etc.'
Terminons ici. Dans l'optique du transparent, la démarche (ou plutôt le trait mental) clairement affiché est celui d'une éthique de type 2. Quoiqu'intéressante, elle est - à mon sens - au rabais. Cela reste un politiquement correct, par définition battu à tous les vents. Prévoyez, mesurez, assumez : voilà mon cri. (Et bien sûr, faites du bien autour de vous - produisez des choses améliorantes... objectives).
A lundi.
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[*] Le reste dit : 1. Marque de repérage, le bénéfice pour le consommateur -> - Y - voir clair, se repérer dans l'offre, identifier rapidement les produits recherchés. 2. Marque de praticité [sic] -> Permettre un gain de temps et d'énergie par le rachat à l'identique et la fidélité. 3. Marque de garantie -> Etre sûr de trouver une qualité stable partout, quel que soit le lieu d'achat et le moment. 4. Marque d'optimisation -> Etre sûr d'acheter le meilleur produit de sa catégorie, la meilleure performance pour un usage spécifique. 5. Marque de personnalisation -> Se voir conforté dans son self-concept [re-SIC] ou l'image que l'on donne de soi aux autres. 6. Marque de permanence -> Satisfaction née de la familiarité et de l'intimité des liens à une marque que l'on a consommée depuis des années [superbe, l'anglicisme grammatical !] et qui dure. 7. Marque hédoniste -> Satisfaction liée à l'esthétique de la marque, à son design, à ses communications. Gosh.
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