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 Ce que l'autre me coûte - Codes et territoires culturels, 4e partieFri 13 Feb 2009
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Hongrie-zonant


Toulouse. Et un groupe, là. Dans la rue. Gitans d'origine roumaine. C'est une famille qui discute. Ils parlent fort, c'est animé. Gestes, propos : tout est vivant.

Tout est « du Sud » (comme on dit chez moi).

J'ai souvenance du travail d'Edward Twitchell Hall, un grand. Le domaine ? Les territoires corporels, donc culturels (réglés par des codes : valeurs, conventions). Distance et espacement entre personnes... Qui varie selon les cultures. Yep. Il y a les Japonais, qui ont traditionnellement besoin d'espace. Si on prend les Tokyoïtes et si on considère le temps qu'ils passent dans le métro saturé, on souffre pour eux. Culture de réserve et de respect du champ corporel de l'autre (contacts réduits, réservés à l'intimité). Or, les Tokyoïtes se touchent, se frôlent, se compriment dans le métro. Un bien pressant socius. Mon analyse, c'est qu'un nombre massif arrive au travail stressé. Voire vidé, en lutte, en besoin de retrait (cf. AT). Donc : perte de compétence et de confort.

Oui.

Je revois les Gitans. Et je pense à la Hongrie, ce pays qui - parfois - les comprend si mal. Ou si peu. Xénophobie, repli, complications.

Et, parallèlement, j'entends le silence hongrois. Croyez-le si vous voulez : Budapest, la grande, est calme. Écoutez bien, vous avez les klaxons. Bien sûr. Écoutez maintenant les gens : c'est de l'air. Ils sont silencieux comme l'air. C'est impressionnant, les gens qui utilisent leur mobile... murmurent. Le métro ? Calme. La kinesthésie (pratique du toucher, ancrages sensoriels, cf. PNL), discrète à l'extrême.

Tout vit dans du feutre.

Une prof de hongrois me disait que l'âme de son peuple (culture intrinsèque), c'était de l'engagement solide, du parler-peu, du parler-vrai. Comme une gravité. Comme un silence qui pèse. Et signifie.

Il y a les codes, bien sûr. Il y a aussi le bain sémiotique. Tout ce qui touche les Hongrois est affecté, c'est sérieux. Profond. Important. Passionné. Porteur. Médié par du subtil. (Donc du lourd.)

Il faut décrypter ça... C'est du travail.

C'est de l'habitude.

Alors, la communication, quand elle vient d'Europe occidentale ou de pays latins, certains Hongrois la vivent en heurt. Je repense aux hordes d'Anglais, pour l'occasion extravertis. À Budapest, des bus entiers viennent déverser de joyeux buveurs de bière (l'été, cf. festivals). Et, le reste du temps, beaucoup de clients de prostituées viennent siffler les filles, en terrasse.

Dur.

Je termine en pensant que les Gitans d'Europe centrale ont des codes. Comme tout peuple. Il y a du il-faut et de l'interdit.

Parler fort est permis. Exprimer ses émotions, interagir aussi.

En Hongrie, au Japon et chez les experts-comptables, ce serait (et c'est peut-être) mal vu.

Affaire de codes.

La culture humaine est un formidable lieu de rencontre. C'est aussi un lieu d'éviction de l'autre.

Le genre humain est un territoire, avec ses prérogatives et ses us (clés d'entrée, clés de sortie du champ collectif).

Ouais...
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[ Qu'ils soient micro ou ici macro, les groupes humains sont des organismes vivants, pétris d'homéostasie, parfois électrisés d'envies (ou de besoins) d'évolution (dynamiquement, c'est le trajet entropique) ; revoir Georges Romey et son formidable travail sur les pulsions - théma Changement | Ce billet est le 900e du blog, merci de votre fidélité ! ]  Read More


 Oui madame, l'organisation est une activité motivationnelle - 14e partieFri 16 Nov 2007
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Exceptionnellement, cet article est (c) - Je le dédie à Hervé

Certes une entreprise est-elle plus dynamique si elle est organisée : elle sait voir où sont les priorités et les sujets à fortement investir. S'il y a nécessité de mettre le paquet sur le service après-vente ou la conquête d'une niche au Brésil, l'entreprise a un sens, une direction, un motif de se dépasser. J'appelle ça un moteur.

Autre effet vertueux : tous les Travaillomanes souscrivent à ça, non pas au côté challenge (bien au contraire), mais à la précision des projections. Ce qui représente 25 % des troupes [1] selon Taibi Kahler, qui se reconnaissent dans une structure qui dit ce qu'elle vise, qui se fixe des échéances à succès, qui s'en donne les moyens physiques. C'est la clarté cognitive de l'AT, la dynamique perfectionniste (voire observatrice) de l'Ennéagramme ou le principe Animus de Carl Jung et de Georges Romey.

Il y a là des composantes de base.

Nous parlons bien d'organisation. Il y a encore beaucoup de choses qui, venant d'elle, suscitent le faire-bouger (motiver). Regardons ensemble ces histoires : 1. de géographie professionnelle, 2. de recours aux strokes. Il y a là d'importants sous-bassements motivationnels.

1. Dans les préconisations que fait le consultant en économies de temps, il y a toujours le planning. C'est un outil de management visuel, qui montre tout de suite qui fait quoi, à quel point ça avance dans le temps (grâce à des personnes physiques), de quelle manière - en clair - les satisfactions prennent corps. C'est avec ce type d'outil que le leader, gardien des caps, de leur impact sur les représentations (peur ou confiance - cf. homéostasie) et de la vision, bref des valeurs (ce qui compte) : c'est avec ça que le leader donne une structure, une métrique (art de suivre et de mesurer, art de guider), bref une forme (Gestalt) à sa boîte. L'identité s'enracine. Nous sommes dans un système et c'est quelque chose qui roule (qui vit).

Le leader, en fondateur, établit ainsi la notion de progrès : il donne un déversement possible à la sourde et puissante poussée d'évolution (cf. Georges Romey). Humainement, c'est déterminant. D'ailleurs, le consultant en management Hervé Gougeon rappelle que tout ce qui est considéré (ici mesuré) progresse. C'est une constatation courante, à laquelle je souscris.



Fig. 1 - Le planning déploie
un certain nombre de colonnades


Parlons du planning. Sa réputation en fait l'outil de maîtrise du cours des choses et, par extension, du temps lui-même. Il est bon de rapeller qu'il permet aussi de maîtriser l'espace. Vous savez, l'ergonomie : le bassin (fluide ou compliqué) des échanges humains. En disant qui fait quoi et quand, le planning spatialise l'entreprise : on entrevoit les flux relationnels. C'est la logistique des corps, et des sensibilités qu'il y a derrière. Untel va ici et là, rencontre Antoine, Béatrice ou Coralie. Le Où et le Qui s'interpénètrent (cf. 3qo2cp). Alors quoi ? Il y a trois enseignements latents.

1.1 Le premier, c'est qu'il faut un plan au sol pour pouvoir dire qui fait vraiment quoi. Ce que la TPE visualise facilement, il faut le documenter pour une grande boîte, et surtout avoir des interlocuteurs qui s'y connaissent en circulation des flux humains, en intra (salle de consultation du planning, couloirs, ascenseurs) et en extra (parking, accès au resto d'entreprise, connexion avec la bretelle d'autoroute). Ces trucs-là comptent à la longue. Spatialiser, c'est concrétiser peut-être, c'est encore et surtout donner de la chair aux trajectoires, on le voit juste en dessous.

1.2 Le second élément, c'est qu'il y a un sociogramme induit. Le modèle ? Une émanation de Jacob Moreno, l'un des pères [2] de la dynamique de groupe. La représentation de qui va voir qui ou quoi, de qui passe dans le périmètre de qui, permet - en fonction des affinités ou des répulsions - de dire qui va tenir dans le temps ou qui va s'accrocher avec Josiane Rottweiler de l'accueil. C'est-à-dire éroder sa propre positivité [3]. Quelqu'un qui aime prendre l'air aura tout intérêt à passer par la coursive de derrière. Quelqu'un qui vomit la fantaisie devra contourner le pôle Créa, où règne ce troll en résine issu d'une plateforme de jeux vidéo. Ménager la susceptibilité des gens, favoriser le confort socio-émotionnel, c'est tout un taf. Qui revient à cartographier les territoires (plus largement, les chaises - cette assise symbolique individuelle) des uns et des autres.

1. 3 Le troisième point, c'est la géographie motivationnelle immédiate : l'environnement de travail. Un bureau open space stresse les cultures ou les gens qui ont besoin d'intimité (relire Le Langage silencieux du remarquable Edward Hall). Il faut faire attention. Pour les freelances, il y a aussi la nécessaire distinction entres espaces pro et perso. Exemples nombreux, à commencer par le mien : je travaille à merveille avec une ou deux personnes dans la même pièce. Les signaux corporels qu'envoient les autres forment comme un nuage crépitant qui m'aide à me concentrer. Si je manque de ça, je travaille avec de la musique.

Un autre exemple me vient. Il y a un établissement que je connais bien. Vous pénétrez là-dedans, vous débarquez dans les années 1980-1990 : égalité prônée. Où est le sens de circulation, où sont les points saillants, où est l'accueil, qui est le boss ? Nada. Tout est circulaire et mangé par un puits de lumière central, comme une échelle de Jacob vaine et limitée. Bosser là donne des angoisses : on s'y perd. Tout est possible et donc rien. Zéro accroche, aucun style, un espace de vide occupé par ce centre planté dans rien. Là où le vide donne habituellement envie d'emplir, il y a dans cette entrée un néant : une confusion. Énergie dispersée. Leadership dissimulé, paumé, battu aux quatre vents. Vous saisissez ?

Arf.

2. Passons aux strokes. Que je sois de tempérament intra ou extramotivé, j'ai besoin de regards. Les miens ou ceux des autres (souvent c'est les deux). Pour acter une réussite. Le planning permet ça, qui montre clairement où sont les repos du guerrier, ces plages de mise à profit, de Aah, j'y suis arrivé, où le bilan forme un sourire intérieur. Le Tout est accompli de fin de semaine (où le planning fait intentionnellement un blanc) est une sensation nécessaire. Imaginons que j'aie un boss adepte des félicitations-minutes (façon Manager-minute, le modèle de Kenneth Blanchard) : si j'ai ça, je suis un chanceux. Et si je n'ai pas la considération bienveillante, la clarté de vues et l'appui de mon chef, qu'au moins le planning m'indique mes plages de repos du guerrier. C'est comme un shabbat reconstructeur. Ainsi puis-je jouir de la satisfaction de ce que j'ai accompli. Pour les autres, pour l'avenir de la boîte, pour le client, pour ma carrière, peu importe. Je suis capable, compétent, dans mes chaussures, ici et là. Et je jouis de ça.

Mmhhhh.

Un récapitulatif des fruits motivationnels du planning ? après quoi je vous souhaite un bon week-end ? Let's go.

L'outil du consultant en économies de temps, le planning, donne des priorités, donc une direction dynamique au collectif. Il remplit sa fonction de clarificateur du devenir, il concrétise une intelligence spatio-émotionnelle (porteuse elle aussi de motivation), il donne une place dans l'espace à chacun, conforte son rang symbolique (à la fois unique et partie-prenante de la réconfortante chaîne de travail), il dessine des plages attitrées de repos, pour savourer les actes.

Be seeing you.
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[1] Les statistiques du père de la Process Communication s'appuient sur des tests issus des États-Unis. Et ces tests concernent évidemment plusieurs milieux professionnels. Au pays de René Descartes, d'Auguste Comte, du TGV et de l'école de la République, je soupçonne la proportion de Travaillomanes d'être encore plus forte (ajoutons-y en parallèle une composante Persévérant et Rebelle). En Afrique ? Elles est plus faible du fait d'une intuition laissée plus libre (cf. Anima).

[2] Méconnu en France.

[3] Le terme est de Cizia Zykë.

[ Sondage - Le PDCA, outil vécu comme fixateur, comme canalisateur ou comme libérateur du progrès ? ]


 Le temps, c'est du piment - 5e partieFri 12 Jan 2007
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[ << Le rangement, tout un truc - 4e partie ] Le temps, c'est du piment - 5e partie [ Jean-Luc Watine - 6e partie >> ]


Vous faire gagner du temps


Oui, je sais. L'excellent Marc Traverson, coach parisien, dit du temps que c'est occidental. La notion équivaut à un ensemble vide en Orient : nip, queud', walou, nada. Le temps, c'est quelque chose de culturel avant tout. Et c'est aussi ce que dit l'anthropologue Edward Twitchell Hall : l'espace et le temps sont des objets culturels, les croyances et les pratiques de tout groupe humain colorent ça de manière typique (cf. Occident Vs Orient). Au point que la culture - c'est moi qui le dis - serait une émergence de dyades (grilles de lecture avec deux grands pôles), relatives à l'espace et au temps : proche/éloigné, rapide/lent, intime/public, à point nommé/en décalage, etc.

C'est vrai, c'est complètement vrai.

Pour autant, votre entreprise - et le réseau qu'elle forme avec les entreprises et les institutions - se met au diapason de ce qui, en Occident, est jugé comme important : le délai. Le délai, c'est central. Il se fonde sur le calendrier : vous m'ferez ça pour jeudi en huit est une chanson commune. Il y a aussi le temps comptable, c'est-à-dire comment dans l'année l'expert répartit, amorce et arrête les événements chiffrés. Puis, il y a le temps commercial, celui qui fait que l'on vend bien de la deuxième semaine de janvier à fin avril, de mai ensuite à fin juin, puis de mi-septembre à fin décembre. Et puis, c'est ce qui m'intéresse aujourd'hui, il y a le temps efficace. Vous savez ? Le temps que l'on déploie pour les projets, pour les campagnes, le temps des plannings, le temps des productions (machines ou hommes), etc.

Ce temps, c'est le temps rationnel (le temps qu'on comprend, qu'on envisage), c'est le temps de travail.

Alors, comment un consultant en organisation peut-il vous aider à optimiser ce temps-là ? J'entends vous aider à y caser plus de choses agréables et/ou profitables ?



Il y a deux outils.

Le premier, c'est l'utilisation des papillons, les fameux Post-it. Je vous renvoie au billet là-dessus. Sûr que la méthode, qui s'appuie sur l'animation d'un groupe, produit des fruits. Vous résolvez des problèmes (mettons d'organisation) et donc... gagnez un temps précieux. Quelques heures de travail améliorent fortement les pratiques. Le plan d'action (ex. : punaiser un gros planning en carton dans le hall) permet alors de mieux saisir qui fait quoi. Et donc de rationaliser ce bon sang de temps.

Deuxième pratique : c'est le scoring. Ou méthode de notation, de priorisation des propositions. Le scoring, c'est le fait de lister plein de choses, par exemple des tâches. Là, vous les avez et vous demandez à votre équipe de donner, individuellement, un nombre de coeurs (les j'aime faire ça) et un nombre d'euros (mmh, ça, ça rapporte à la boîte) pour chaque item. Après, pour chaque ligne, vous multipliez le nombre de coeurs par le nombre d'euros : appelons ça des scores. Et appliquez un écrémage, un 20/80 façon Vilfredo Pareto. C'est-à-dire retenez les 20 % d'items qui génèrent 80 % de scores, ici positifs.

Echantillon :

A) Lire les e-mails le matin [ **** x €€ = score de 8 ]
B) Gérer les contentieux [ * x €€€€ = score de 4 ]
C) Préparer le prochaine campagne commerciale [ *** x €€€€ = score de 12 ]

L'on comprend aisément que l'activité C prime, sa représentation de 33,3 % des items listés génère 12/24 soit 50 % des scores. Tout de suite après ce qui est obligatoire (choses légales ou réglementaires), vous placerez donc dans le planning tout ce qui est relatif à C. Le reste se logera où il y a du temps.

Un conseil : dans les faits, gardez 5 % de tolérance, 5 % de flottement dans l'application réelle des tâches. Considérez qu'il y a des "plantages" possibles (impondérables, incompétence des fournisseurs). Il vaut mieux les inclure dès le départ. Ou alors de considérer que le planning est vrai à 95 %, c'est comme vous voulez.

Sur le terrain, si le "plantage" excède 5 %, réprimandez le fautif (cf. management-minute), discutez avec celui qui a fait une simple erreur (cf. Hervé Gougeon) et félicitez celui qui réussit et tient ses délais.

Voilà ! J'y vais : bon week-end !

[ Manager en Orient | en cas de changement de cap managérial, vous pouvez pondérer le critère "coeurs" ou le critère "euros", en coefficientant l'un ou l'autre (ex. : coeff de 2) | comment Alain Lefebvre, patron de 6nergies, utilise les Post-it - photos | regardez à quel point le Travaillomane de Taibi Kahler recherche une maîtrise du temps | time management, la théma (et notamment Getting things done - GTD) | quelques outils atomiques de ma collection personnelle ]


 Penser comme Leonardo - 4e partieMon 11 Dec 2006
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[ << Dimostrazione et sensazione du Maestro - 3e partie ] La réplique du monde - 4e partie

Modéliser, c'est créer une maquette du monde, y introduire des changements, voir comment le tout réagit et en déduire ce qui se passerait à plus grande échelle, par exemple dans le vrai monde. Toutes les sciences sociales et humaines s'y engouffrent : c'est passionnant. Mais un modèle, c'est quoi au juste ? Et qu'est-ce que déduction et induction viennent y faire ?

Un modèle, c'est un juste milieu entre pratique et théorie. C'est donc un ensemble de lois réalistes. Et liées les unes aux autres par une loi plus générale, un peu comme les pulsions érotiques et les pulsions d'agressivité, qui - on le sait - trouvent leur explication dans la vocation qu'a l'organisme à vivre, à subsister. Ok. Deux petites lois, même antagoniques, ont un socle explicatif commun [1] : une loi-mère.

Je parcourais l'autre jour l'excellent Langage silencieux d'Edward Twitchell Hall. Il y avait je crois quelques lignes sur ce fantasme bien connu du chercheur : chercher à expliquer un maximum de choses avec un minimum de concepts, un peu comme si tout était simple en fin de compte. Eh bien, le fait de pouvoir prédire des choses, c'est de la déduction, c'est du développement en cascade, lequel provient selon toute logique d'une origine, d'un amont. Commençons par là : induit celui qui remonte le cours des choses et trouve une cause commune à une collection de faits, de phénomènes au départ disjoints. Ex. : dans un désert, la trace d'huile toute fraîche ainsi que la fumée qui se déplace plus loin sont bien le fait d'une voiture qui passe par là. Vous faites le rapprochement tout de suite. Comme Sherlock Holmes, l'étude des faits nous amène à induire une origine commune chez certains d'entre eux. Une parenté. Là où la déduction opère, c'est quand l'apprenti détective que nous sommes se dit : bon alors si la voiture continue à rouler dans ce désert, l'essence va venir à manquer tôt ou tard, de même que les provisions du conducteur. Ca, c'est de la déduction. Compte tenu du fait qu'il y a là une voiture qui roule, j'en déduis tel et tel faits. La cascade se déverse pleinement.

Alors, un modèle, qu'est-ce que c'est ? C'est un ensemble de choses qui ont des propriétés. Ces choses (des parties-prenantes) obéissent à une finalité qui leur est propre, à un mouvement particulier, comme une cadence ou un rythme sourds [2]. Et la bonne nouvelle, c'est que l'ensemble de tout ça (le système) possède un comportement propre, comme animé de quelque chose de singulier. L'on pense tout de suite à une logique interne.

Un modèle, pour terminer, c'est quoi ? C'est un système miniature induit (formant le résumé, la matrice explicative réduite) de plein de lois, qui engendrent sous votre poussée (ou sous vos problématiques, les fameuses questions) des tas de comportements. Vous en déduisez alors ce qui se passerait dans la vraie vie, à une plus grande échelle.




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[1] Un logos.

[2] J'emploie la métaphore sonore à escient. Je me souviens, en 1998, d'un entretien avec Clément Ségault, l'ancien patron de la start-up Commedia France. Il me disait que pour prendre une décision ferme, il attendait d'entendre une mélodie dans sa tête, signe intuitif puissant que la mécanique de l'esprit aboutissait à quelque chose d'harmonieusement positif. C'est le type de poésie, d'intuition business en marche, que je m'explique à présent par la systémique. Clément travaille maintenant chez Cocciweb.

[ Induction, déduction ? Tout est merveilleusement dit dans Le Théâtre de la mémoire de Giulio Camillo) | la déduction découle de l'esprit de géométrie ; l'induction, de l'esprit de finesse - cf. Pascal) | quelques magnifiques réplicants | l'émergence, c'est quand un système - parcouru de quelques lois simples -, sitôt stimulé, s'anime (cf. les oiseaux de Craig Reynolds) | << Par vie, j'entends pouvoir évolutif >> Jean-Pascal Percheron ]  Read More