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 Vrac-télé (retour en France)Tue 2 Sep 2008
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« Le libéralisme ? Les décideurs politiques s'en contentent quand l'économie va bien. En temps de crise, généralement - et c'est pragmatique - leurs faveurs vont au modèle de John Maynard Keynes [intervention décomplexée de l'État, nda]. »

Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction d'Alternatives économiques (magazine C dans l'air, France 5)

[ « L'Espagne et l'Allemagne ont su, pendant les années de croissance, remplir leurs caisses. Résultat : ils peuvent à présent financer leurs politiques. Nous ? Non. [...] Quant à L'ISF, l'Espagne socialiste l'a supprimé. Par ailleurs, en Espagne, 100 € publics dépensés ont un poids beaucoup plus fort que nos 80 € résiduels. » Emmanuel Lechypre, rédacteur en chef de L'Expansion | « En France, au-delà de 4 000 € nets par mois, vous êtes considéré comme riche. » Jacques Marseille, professeur d’histoire économique à Paris-I | les profs d'économie de mes années-lycées (1990's) étaient politisés : Alter éco était leur unique source à penser - la bonne nouvelle, c'est que c'est une excellente revue, fine et autonome | rien à voir - j'aime bien ce truc ]


 Le septième ensemble industriel d'Espagne crache du feu - 1e partieWed 12 Oct 2005
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Le septième ensemble industriel d'Espagne crache du feu - 1e partie [ Dragon-léopard - 2e partie >> ]

Stupéfiant. Autant Arte me déprime [1], autant hier soir, la chaîne franco-allemande m'a donné des élans de jubilation. Un cas réel de stratégie [2]. Et de management. Tout cela en prise avec les valeurs humaines : un cas complet d'éthique, en somme. La coopérative industrielle basque espagnole Mondragón est un ovni. Un ovni qui pèse tout de même ses dix milliards d'euros de chiffres d'affaires (données 2004).

Etrange Mondragón. Regardez plutôt :

1. 40% des bénéfices de l'entreprise vont... aux salariés (si !),

2. le nombre de grèves, depuis cinquante ans (date de création), stagne à zéro [3],

3. le groupe s'est payé le luxe, dans un secteur réputé sinistré, de recruter plusieurs dizaines de milliers de salariés supplémentaires... en moins de dix ans [4] .

Je vous le disais : un ovni.

Décortiquons ce qui 'fait' Mondragón :

1. des principes humanistes bien trempés, coulés dans le code génétique de l'entreprise par le fondateur, le père jésuite José María Arizmendiarreta, véritable visionnaire, instigateur d'une spiritualité alliée au travail et à la reconnaissance des hommes [5],

2. une ventilation des profits plus qu'originale : outre les 40% qui profitent directement aux ouvriers coopérateurs (tous le sont), quelque 10% financent des oeuvres de charité ou de formation (les 50% restants consolident les provisions, réserves et investissements lourds de l'entreprise),

3. un directeur général qui gagne seulement huit fois [6] ce que touche un ouvrier en moyenne,

4. une association de deux instances décisionnelles, à savoir l'équipe dirigeante d'un côte et le conseil des ouvriers de l'autre, qui - dit-on (et c'est quasi unique au monde) - collaborent à merveille [7],

5. une université technologique forte de plus de quatre mille étudiants, financée par Mondragón, à grands coups de millions d'euros (vingt cinq nouveaux millions seront injectés d'ici 2010). Résultat à l'américaine : le groupe industriel s'appuie sur un pôle de recherche et un vivier de compétences pointues. Les deux univers travaillent la main dans la main.

Un paradis ? Certes plus qu'à Hewlett-Packard.

Une panacée ? Cela dépend. Le premier bémol concerne la lenteur décisionnelle : la concertation - eu égard aux habituels délais industriels, particulièrement vifs - est 'chronophage' à l'envi. Demander l'avis de tout le monde, cela prend du temps [8]. Second bémol : la culture. Ce qui fonctionne au Pays basque - pour des raisons de vie séculaire aux côtés des coopératives - risque d'achopper sur le socle des pratiques de... nos pays. Je veux dire ceux-là même qui licencient, perdent du temps dans une lutte des classes délétère et laissent leurs parts de marché aux concurrents.

Mondragón ? Presque trop bien pour nous. Quoique... Un sursaut de notre part est (presque) toujours possible. Hardi les gars.


__

[1] Contrairement à France 5, qui m'enchante.

[2] Synonyme de politique industrielle (Qui conquérir ? quand ? au moyen de quels facteurs-clés de succès ? quelles technologies mettre en avant ? comment rassembler l'offre en un tout cohérent, offensif, profitable ?).

[3] Qui a soufflé 'SNCM' ? Rôôô, c'est méchant.

[4] Effectif actuel : 70 844 salariés (fin 2004).

[5] J'y vois une parenté avec la Jeunesse agricole catholique des années 1940, qui a - entre autres - formé ce jeune résistant plein de fougue, d'ambition et de pugnacité, futur pilier du syndicalisme agricole et champion de la cause paysanne, ami des chefs d'Etat et - au final - éminence grise de bien des gouvernements, qu'allait devenir mon grand-père Marcel Bruel.

[6] Voir - en comparaison - le salaire des PDG de groupes équivalents (chiffres 2003).

[7] Quel plaisantin a re-soufflé 'SNCM' ?

[8] Envisager tout de même le gain de temps... en aval : la concorde décisionnelle, et son précieux corrolaire qu'est l'adhésion individuelle, est un ciment interpersonnel, qui améliore l'ambiance de travail et 'booste' habituellement l'implication - présentéïsme, qualité réalisée - au zénith de l'efficience. Cf. motivation.

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