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 Ethique en boîte - 7e partieSun 8 Jan 2006
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Pour plein de raisons j'étais hors de moi vendredi dernier. Par ailleurs, j'animais un cours. Et qu'ai-je trouvé, à la recherche d'une craie, en jetant un coup d'oeil dans le bureau de la salle ? Un transparent parlant de la notion de marque. Certainement un truc tiré du Publicitor, cette somme aussi pompeuse qu'inutile. (La pub, en France, se passe de recettes. Tout au plus la communauté concernée dispose-t-elle de quatre ou cinq outils classiques pour organiser son travail.) Revenons au transparent, je vous en livre le dernier paragraphe [*]. Qui est le huitième. Cela parle des marques et de l'éthique :

Marque éthique [arfff], son bénéfice consommateur : satisfaction liée au comportement responsable de la marque dans ses rapports à la société (écologie, emploi, citoyenneté, publicité non choquante).

Mmh... Bref rappel : l'éthique, pour le meilleur et pour le pire, recouvre communément trois acceptions :

1. L'art de discerner, dans une situation, le Bien du Mal. Les majuscules montrent l'état d'objectivité que la double notion est censée embrasser. Comme quelque chose d'absolu. Je n'y vois personnellement d'intérêt que si l'on aborde ce champ sous l'angle anthropologique : pour plus des neuf dixièmes de la population humaine, faire l'amour avec sa mère ou sa soeur est condamné. Ou encore : pour la plupart des sociétés humaines, l'assassinat de sang froid équivaut à une mise à l'écart (y compris dans la mort) du criminel. Le Bien et le Mal n'ont de sens qu'eu égard aux constantes anthropologiques les plus archaïques (et donc les plus opérantes, même chez nous autres) : préservation de l'individu, de sa lignée, de son groupe général. Comment ? Par : 1. des règles socio-écologiques, 2. un ordre psychologique particulier (ex. : la culpabilité), 3. un mode d'organisation psychosociologique précis (homéostasie, etc.) Tout cela, c'est l'éthique au sens classique. C'est tout à la fois stimulant (du point de vue de la cogitation) et - de mon point de vue - inutile en entreprise : trop linéaire. Pas assez systémique.

2. L'éthique en matière de culture. D'accord, les lois anthropologiques fécondent le champ culturel et lui donnent toute sa densité (lire à ce propos l'extraordinaire Gilbert Durand). Ceci étant, il convient ici de séparer le fait humain strict (constantes et états anthropologiques) de la production culturelle, qui donne un sens au groupe, à la vie, aux choses. Parlons de cultures et même de différentes cultures : les grandes familles humaines. Un groupe met au point tout un ensemble de règles qui lui est propre. La civilité, le droit, les moeurs, les valeurs, les normes : tout cela entre en ligne de compte. Cette éthique-là, c'est la conformité d'une conduite à l'égard d'un référentiel (ex. : le code civil français ou la condamnation - beaucoup plus tacite - de l'appartenance à une secte). En ligne de mire, tous azimuts : la Loi des juristes, les règlements, les codes, les moeurs dans le champ sociologique, ce qui est choquant, le 'politiquement correct', etc. Retenons bien cette seconde acception car c'est celle que recycle le langage courant : 'voilà qui est éthique, voilà qui ne l'est pas'.



3. L'éthique comme caractérisation d'un contexte, pour terminer. C'est probablement la plus intéressante. Ou tout au moins la plus applicable, y compris dans la sphère un peu controversée (que moi j'adore !) des entreprises. Cette éthique-là, je la nomme systémique décisionnelle ou modélisation des enjeux économico-humains. C'est bien simple : ici, il faut envisager la totalité et l'importance des impératifs économiques et des valeurs que l'activité au quotidien (et dans le futur) 'remue', met en jeu, interroge, malmène ou sollicite. Cela doit se raisonner pour les individus (impératif de survie économique, valeurs personnelles a, b, c, d, etc.), pour le groupe (même chose, en envisageant - de plus - les mécanismes psychosociologiques qui influent sur l'état de la structure concernée), mais aussi pour l'entreprise, pour la branche professionnelle, pour le pays, etc. Tous ces ensembles ont des impératifs et des valeurs propres. Parfois en harmonie, très souvent en dialogue, souvent en conflit dès lors que se présente un problème, tel que la vie nous en fait surgir tous les jours (problème : constat entre une situation en dessous de son équivalent rêvé, attendu, souhaité).

Il convient donc de dégager des 'Moi, je réalise le processus X tant que cela reste (au moins à 75 % - seuil chiffré) encore conforme à la fois à mon impératif de garder mon travail et aussi à ma valeur Y.' Ou bien 'L'entreprise Lamda restera sur sa valeur Z jusqu'à ce que...', etc. Vous l'avez compris : il faut dégager les points de bascule, les opérateurs bernéens pertinents, soumis à la pression du quotidien (eh oui, le monde est dynamique). Et faire correspondre à ces opérateurs des seuils chiffrés. Dans les faits, je vous jure que c'est facile : la preuve.

Cette éthique est un art de cartographier tous les enjeux, en termes de changement, de prise de décision, de lancement de quelque chose, et d'assumer - de fait - tout ce qui peut en découler. Evacuées la notion de Bien et de Mal ou de référentiels tant législatifs que culturels (culturels au sens où les groupes ont tous une lecture du monde différente). Nous sommes bel et bien dans les faits - quels qu'ils soient -, dans les résultats scénarisés. Donc à peu près prévisibles (attention, toutefois : nous nageons dans la complexité). Le tout - pour terminer - étant de dire : 'Que je fasse ceci ou cela, j'en mesure à l'avance les conséquences, pour moi, pour mon équipe, pour mon entreprise, pour mes proches, pour la planète, etc.'

Terminons ici. Dans l'optique du transparent, la démarche (ou plutôt le trait mental) clairement affiché est celui d'une éthique de type 2. Quoiqu'intéressante, elle est - à mon sens - au rabais. Cela reste un politiquement correct, par définition battu à tous les vents. Prévoyez, mesurez, assumez : voilà mon cri. (Et bien sûr, faites du bien autour de vous - produisez des choses améliorantes... objectives).

A lundi.
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[*] Le reste dit : 1. Marque de repérage, le bénéfice pour le consommateur -> - Y - voir clair, se repérer dans l'offre, identifier rapidement les produits recherchés. 2. Marque de praticité [sic] -> Permettre un gain de temps et d'énergie par le rachat à l'identique et la fidélité. 3. Marque de garantie -> Etre sûr de trouver une qualité stable partout, quel que soit le lieu d'achat et le moment. 4. Marque d'optimisation -> Etre sûr d'acheter le meilleur produit de sa catégorie, la meilleure performance pour un usage spécifique. 5. Marque de personnalisation -> Se voir conforté dans son self-concept [re-SIC] ou l'image que l'on donne de soi aux autres. 6. Marque de permanence -> Satisfaction née de la familiarité et de l'intimité des liens à une marque que l'on a consommée depuis des années [superbe, l'anglicisme grammatical !] et qui dure. 7. Marque hédoniste -> Satisfaction liée à l'esthétique de la marque, à son design, à ses communications. Gosh.

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