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 Psychologie - 2e partieSat 16 Sep 2006
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L'intelligence collective pourraît bien venir... des bêtes


Etre une bécasse, une peau de vache, un requin, un jeune loup malin comme un singe... Les animaux, dans l'entreprise, ne sont pas à la fête. Et pourtant ! Leur meilleur défenseur, l'excellent Boris Cyrulnik, spécialiste des comportements humain et animal, les réhabilite en tant qu'inspirateurs. Il dit même que ce sont eux qui nous ont aidé à forger une humanité sociale. En les admirant, en les domestiquant, nous avons développé ce qui nous rend si spéciaux.

Ah oui ?

Regardez donc les loups. Ils chassent en plaçant sur les flancs les gros individus lourds, capables de terrasser par les dents. Par le milieu, ils font fuser les jeunes intrépides, légers, qui éreintent leurs cibles. Résultat : la trajectoire des proies, d'abord confuse, s'écrase ensuite sur le mur des gros tueurs, par côté (c'est se jeter dans la gueule du loup, commente Cyrulnik). Travail rôdé, intelligence synergétique affirmée, les loups sont des maîtres. Il est évident que les hommes les ont copiés, spécialisant les fonctions selon les talents de chacun (ou les atouts biologiques, concède Cyrulnik). Les butins de chasse ? Partagés en fonction de la vaillance et de la valeur contributive : la hiérarchie est née. Et avec elle, un découpage fonctionnel, qui devient peu à peu social : les statuts se font psycho-symboliques, ils deviennent fonctions de régulation. L'ordre culturel, ainsi que son infinie machine à idées, peuvent émerger. La transmission traditionnelle trace ensuite une multitude de sillons.



Fig. 1 - Boris Cyrulnik sur France 5 (vidéo)


Que dire des rennes, au nord de l'Europe ? Ces cervidés si précieux sont - tenez-vous bien - des amateurs d'urine humaine. Et alors ils suivent les hommes, l'urée représentant pour eux... une friandise. Ils la lèchent. Obligatoirement, une amitié inter-espèces naît : l'homme urine et le renne porte les lourds ballots de l'être qui marche debout. Mais il y a un prix, le renne est impossible à parquer, il faut donc le suivre. Le nomadisme vient de naître. Et avec lui, son luxuriant folklore [1].

Autre exemple ? Le cheval. Originellement chassé, ce merveilleux coureur se laisse monter (avec efforts) et l'homme élargit alors sa vision de l'espace. Tout devient surmontable. Les civilisations (cf. les Mongols, les Scythes ou les Arabes) rendront à l'équidé un fier hommage. Ils parviendront à bousculer les peuples, à s'installer, à dérober des ressources. Et donc à écrire l'histoire antique.

Autre apport du monde animal à nous : les outils. Bien sûr que le martin pêcheur perce l'eau comme un expert, bien sûr que le corps des animaux, si spécialisé [2], forme un arsenal précis. C'est une ressource imaginaire [3] et technique dont l'homme va s'emparer, par la réplication [4]. CQFD : tout devient possible...

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[1] Dévorez donc Arnold van Gennep (folkloriste). Ou le grand Mircea Eliade (surtout ceci).

[2] L'on dit de l'homme qu'il est un excellent généraliste : il sait tout faire correctement. Le poisson, à l'inverse, nage à merveille. Mais s'il s'agit de courir...

[3] A noter que l'anthropologue Gilbert Durand place l'imagination (onirique, artistique, etc.) devant l'inventivité technique. Ce qui, très indirectement, donne une belle étoffe aux célèbres mots d'Antoine Blondin : L'homme descend du songe. Propos en phase avec les découvertes d'un Jeremy Narby plus que fascinant (anthropologue). L'homme est avant tout un être de symboles et d'affectivité. Au fait, le saviez-vous ? René Descartes, champion présumé du cerveau gauche (technique, analytique), était un fervent admirateur des artistes (soulevé par Louis Pauwels et repris, à sa façon, par le bien inégal Henri Pena-Ruiz) : Il peut paraître étonnant que les pensées profondes se rencontrent plutôt dans les écrits des poètes que dans ceux des philosophes. La raison en est que les poètes ont écrit sous l'emprise de l'enthousiasme et de la force de l'imagination. Il y a en nous des semences de science comme en un silex des semences de feu ; les philosophes les extraient par raison, les poètes les arrachent par imagination : elles brillent encore davantage. Outre l'hommage à peine voilé aux alchimistes, extracteurs de principes, Descartes s'abandonne surtout aux joies de ce que Pascal nomme l'esprit de finesse, par opposition à l'esprit de géométrie. Preuve que le cerveau (est-il besoin de le rappeler) fait - et doit faire - les deux (analyse et/ou synthèse, calcul ou jaillissement créatif) à merveille. Cf. théma cerveau. Et détour conseillé par De Vinci.

[4] La mimesis interpelle. Depuis l'anthropologue René Girard, et le rôle civilisateur - fût-il tragique - qu'il lui confère, en passant par le psychologue Jacob Levy Moreno, la capacité de reproduire les choses est un ressort intriguant. Consulter en outre le périple des mèmes.

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 Communication - 2e partieFri 21 Jul 2006
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File prendre ton bain (sémiotique)


Vous le connaissez, il est horrible ce schéma. Si primaire : Emetteur => message, forcémment codé => Récepteur.

Grâce au Ciel, en 1994, un formateur m'en a montré les limites. Bien sûr que communiquer, c'est pas ça - quelle horreur ! Bien sûr que Jean-Marc Froquet, c'est son nom [1], m'a montré autre chose. Je dois donc vous citer l'Analyse transactionnelle (AT) et la Programmation neurolinguistique (PNL). Dépassés, ces arts de la communication ? Oui et non. C'est vrai qu'il y a aujourd'hui bien mieux. Pour autant, ces écoles font un premier vecteur... solide. Champs investis ? Le besoin si fondamental de signaux de reconnaissance, les répétitions morbides (programmes, scénarios noirs), l'interprétation personnelle des choses, la grille de lecture du monde (autour de croyances donc de valeurs - ces raccourcis utiles pour donner un sens aux choses), le besoin d'être avec des gens qui nous comprennent, la qualité (adaptation de la forme) des messages adressés à Untel ou Untel. Ok. Que dire alors ? Mmh, la communication, c'est de l'intellect (clarté des choses, sensorialité donc force des messages) mais encore et surtout c'est de l'affectivité. Le socio-émotionnel, en somme : nous sommes proches, presque structurés de la même manière, je suis dans votre camp, je vous respecte, je reconnais votre spécificité, je vous reconnais une vraie place [2], dans mon périmètre humain, dans le monde aussi.

Mais ce n'est pas ça que je veux dire. Je veux avant tout parler de cet émetteur et de ce récepteur. Froquet avait l'art de mettre l'accent (le primat) sur l'émetteur. Il avait raison. Il est tellement plus simple de bien travailler son adresse à quelqu'un (en respectant son intelligence, son tempérament, ses attentes) que de gérer la réception d'un message mal configuré (place peu enviée du récepteur). Je m'explique : l'émetteur - pour être efficace - dépense une misère, nerveusement, pour transmettre quelque chose de bon. Alors que le récepteur est à la peine : comprendre un truc mal ficelé est consommateur d'une montagne d'énergie. L'idée ? Bien s'exprimer en amont, bien parler à la tête (clarté), au corps (ancrages sensoriels) et au coeur (respect du tempérament de l'autre), c'est prendre soin de la communication, c'est transmettre un bon relai. A l'inverse, penser que l'autre doit s'adapter au tout-venant qui sort de nos bouches, c'est : 1. stérile, 2. scientifiquement faux. L'expérience montre que l'émetteur fait tout ou presque. Avec peu. Le récepteur, le pôvre, est toujours plus lent. Il dépense plus, ouvre toutes les oreilles possibles et souvent renonce, s'énerve, ignore. Bref passe à côté. Inconsciemment. C'est humain, c'est normal. Alors, pour une bonne hygiène [3], pensons à bien émettre. Malheureusement, quand quelqu'un comprend, il le doit à sa propre intelligence (efforts, adaptation continue, changements permanents de tactique de saisie - des dizaines au minimum, pour un seul message). Rarement à la pédagogie [4] de l'émetteur.



Fig. 1 - Un bain. Figurez-le vous sémiotique (hum hum).

La sémiotique, explique Ferdinand de Saussure,
c'est la science générale de tous les systèmes de signes (ou de symboles)
grâce auxquels les hommes communiquent entre eux.


Bon, je reviens au début. Pourquoi ce schéma est-il, en somme, dépassé ? Et d'un parce qu'il date de cette période agaçante du réductionnisme : l'homme envisagé comme des flux, des trucs, des mouvements. C'est typiquement les années du tout-technique : années 1950. Deuxièmement parce que la science considère à présent (merci Boris Cyrulnik) que la communication est une activité. Entendons par là quelque chose de naturel, d'instinctif. Nous baignons vous et moi dans un bain sémiotique (les signaux deviennent porteurs de sens, pour le cerveau) : l'idée du tissu (complexus en latin) est là. Nous baignons dedans : ce que j'émets, je l'adresse à tout le monde en même temps, y compris à moi-même (les bien heureux tenants d'un inconscient psychique approuvent). Et en plus j'envoie un paquet de choses non-dites. L'autre reçoit, interprète mais en plus émet en même temps, y compris le simple fait qu'il reçoit-interprète. Vous me suivez ? Emetteur-récepteur, c'est has been. Qui est quoi ? Qui fait quoi ? Tout le monde fait tout. Et ça passe par un bain.

Etre un humain, c'est ça. C'est agir dans le bain, par le bain.

Des bises et bon week-end. Salutations à l'équipe Absara : Flemming, Guillaume, Nadia, André. Et Fabien.
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[1] Il a formé... des milliers de gens.

[2] Voir les chaises de Patrick Çabal.

[3] L'expression plairait à Jacques Salomé.

[4] L'impact, écrit comme oral, ça se travaille.

[ Image (c) M6 | Qu'est-ce qu'un symbole ? | symbole et synthème - pour le grand René Alleau, le nom de synthème doit être réservé aux signes conventionnels par lesquels un lien mutuel est établi par les hommes : un pont communicationnel est jeté entre eux, cf. De la nature du symbole | semiosis et vie sociale, la thèse passionnante de Josiane Boulad-Ayoub (pdf) | pour les sciences cognitives ou sociales (mais aussi pour la poésie ou la métaphysique), un homme, c'est un inventeur de symboles, un producteur d'activités et un fournisseur - pour autrui - de marques de reconnaissance | c'est Françoise Dolto qui affirmait que l'homme n'était que langage (la figuration des choses ; les interactions avec autrui) | sciences de l'information et de la communication, panorama | fonctions du discours selon Roman Jakobson ]


 Psychologie - 1e partieMon 4 Oct 2004
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Psychologie - 1e partie [ Les animaux et la psychosociabilité humaine - 2e partie >> ]

"C'est la psychanalyste Anna Freud qui a expliqué cela, il faut frapper deux fois pour faire un traumatisme : une fois dans le réel (c’est l’épreuve, la souffrance, l’humiliation, la perte) et une fois dans la représentation du réel et le discours des autres sur la personne après l’événement. C’est, en effet, bien souvent dans le discours social qu’il faut chercher à comprendre l’effet dévastateur du trauma."

Le lumineux éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik, entretien donné au ministère des Affaires étrangères