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Tellement humaine, cette histoire de con, que Gustave Courbet lui a consacré un tableau
(Anonyme)
Le temps ne fait rien à l'affaire : c'est Brassens qui le ploum-ploum-ploume. (Le con.) Non pas Brassens : je veux dire le con de la chanson. (Moui.) Parlons-en, et de larges plages le font, ci ou là. Mais le con, c'est qui ? Un peu comme le bobo, enchaîne Renaud. Chanteur sympatoche-aphone qui, par certains côtés, s'imagine qu'il fait aussi partie du lot. Quand j'étais môme, quelqu'un (ch'ais plus qui) me disait : On est toujours le con de quelqu'un. Première réaction : quel propos con ! La deuxième ? Mmh, ça comporte un sens. Réflexion, donc. Ré-flèc-cheun. Et croyez-moi si vous voulez, c'est Kahler et Axelrod qui débrouillent le mieux l'affaire [1] : on y va ?
Dans la catégorie communication (identifier, rassembler, pratiquer ensemble [2] ce que les gens différents ont... de commun), Taibi Kahler chamboule tout. Donc fait du bien (il explicite avec beaucoup de profondeur).
Kahler dit deux choses.
Et d'un, pour l'autre, la forme de ce qu'on lui dit a plus d'importance que le fond. On est clairement dans l'aphorisme percutant, voisin de ceux de Palo Alto (Bateson, Watzlawick, Erickson). C'est donc du lourd ; j'ajoute que ça taille un costard à la poussiéreuse tradition européenne, qui - en bon petit soldat platonicien - place les idées avant tout. Hé, guys, il faut s'y résoudre : le socius c'est la guerre et comme l'homme est parano, dans l'acte d'être et de palabrer, c'est la forme qui prévaut. Le contenant renferme une logique. Logique interne, logique magnétique, frénétiquement agglutinante (revoir Congruence ou Gestalt). L'homme écoute les lèvres autant que le flux qui en sort. Mieux : la façon d'incarner quelque chose a, pour lui, plus de sens que le coeur du débat. Gandhi ou Martin Luther King l'ont prouvé (revoir Minorités persuasives). N'en déplaise aux poètes, être (ou signifier) l'emporte sur dire. La forme rend compte d'un fond. Mieux : elle le modèle et lui donne à vivre. À exister. Dans son ivresse, l'autre retient surtout votre flacon. C'est ce dernier qui lui parle. Et non l'abstraction de votre flux mental, trop léger. La façon... façonne une intention. Elle adresse les choses.
Et de deux, dixit Kahler, l'homme change d'énergie au cours sa vie (ce qui botte le croupion, en psychologie, aux tenants des profils humains fixes).
On reprend : le ton, le climat, le non-dit, l'enveloppe et l'adresse du propos influent sur l'autre. Tout autant, sinon plus, que ce qu'on lui dit en vrai. Ça nous remémore que l'homme pense et ressent... à la fois (cf. Damasio). En outre, ce qu'on est intrinsèquement change : la source de satisfaction évolue. C'est ce que l'honorable docteur en psychologie, et son école de process-communicants, appelle le changement de phase [3]. Roseau pensant, roseau éprouvant, et maintenant roseau changeant ? (Revoir théma Changement.) L'homme est une surprise. Tant mieux, ai-je envie d'dire.
Forts de tout ça, que dire du con ? Les pieds ancrés dans les acquis de Kahler, on peut risquer : le con, c'est celui qui me donne ce qu'il a dans l'magasin, et non pas ce que je recherche, fût-ce inconsciemment. Minie-pause. Quand quelqu'un s'adapte à ce qui me constitue (envie de ci, passé comme ça, intelligence de tel type, préférences cérébrales de telle tendance), je le kiffe. Je l'aime, oh-oui-oh-oui. Il me stimule et me valorise (en plein dans les strokes). À l'inverse, quand il me peigne dans le sens de ses poils et non des miens, je ramasse. Je stresse. Je dégoupille : il y a danger. Danger pour la relation avec mon vis-à-vis, danger pour cette écharpe, dirait Jacques Salomé, que lui et moi tenons.
Pourquoi ? Parce que l'autre - analyse Kahler - parle simplement une langue qui diffère de la mienne. La grammaire de son cerveau, donc de sa bouche, m'oblige à faire des efforts fatiguants. Me mettre au diapason me coûte. Alors que s'il s'adapte, le coco me fait un bien fou : il m'appaise (revoir théma Paix). Je ressens du confort, de la mise en mouvement (cf. note [2]). C'est intrinsèquement humain.
Le con ? C'est ç'ui qui : 1. me stresse, et 2. me dévalorise (en me montrant combien venir à moi lui coûte, le contorsionne, le fait grimacer). Différent de moi... il le reste. Le con, c'est les autres façon Sartre [4].
Allez :
Fig. 1 - Omar & Fred, SAV des émissions
Le con versant Théorie des jeux, maintenant.
(Oh, puis non : plus tard. Dans la deuxième partie.)
Excellente soirée alors - Be seeing you.
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[1] C'est même l'étymologie du mot analyser : défaire des noeuds. (Avec le con, on reste dans la théma.)
[2] Ce qui revient à définir l'homme. Et mieux : à modéliser ses comportements (dans la complexité), en fonction de ce qu'on sait de lui. L'homme a un développement avec des caps (psychogenèse biologique, affective, sociale, psychanalytique), un bassin culturel qui le conditionne (principes, croyances, valeurs), un milieu familial (donné) et un potentiel de rencontres humaines qui pétrit son inconscient. Il a, encore et surtout, des besoins. Selon qu'il les satisfait d'une part et les maintient en tension d'autre part (création d'un désir, d'une énergie, d'une saine frustration), l'homme est en mouvement (même racine que motivation) - il est en quête - et l'homme est en confort. Il est en recherche et en satisfaction plus ou moins durable (oasis, ou ruisselets volatils). C'est le souvenir des conforts du passé qui motive sa quête, comme des ancrages dans le système nerveux (revoir cerveau), des souvenirs ou des annonces (préfigurations, imagination, projections) d'un mieux potentiel. L'inconscient de l'homme se fraie des biais vers le confort, chemins qui évoluent, se tordent, s'assouplissent (s'optimisent - cf. procrastination) ou se durcissent (conservatisme, lascitude), bref vivent et se travaillent dessus en fonction du flux changeant de la vie (la névrose, c'est un trop-plein voire une saturation des deux : trop de recherche donc un métabolisme à vif, inquiet, qui peut finir par se rentrer en lui-même, donc s'étioler, et trop de confort donc faible incitation à changer). Ces deux forces sont nettes et diffuses. Comme deux puissances complémentaires (dialogiques), ces deux polarités (revoir les schèmes vertical et digestif de Gilbert Durand ou encore les pulsions d'évolution et de maintien de Georges Romey), bref ces deux tendances font de l'homme ce qu'il est : un être tout d'abord. Un être qui éprouve, évidemment. Et qui marche avec deux jambes. Il est en prise avec le monde et il le marque. L'homme se met en groupe, ou tout seul, puis il agit. L'anthropologie, c'est tout ça. La communication, qui étudie comment c'est possible, au nom de quoi, et surtout pour procurer quoi à l'homme (en fonction de ce qu'il est), c'est une anthropologie. Une anthropologie, bel et bien, comme tout ce qui envisage les besoins. L'anthropologie est l'étude des besoins humains : Dis-moi de quoi tu as besoin, je te dirai qui tu es. Or, on l'a vu, trouver - par la pratique - le dénominateur commun de gens différents, c'est-à-dire leurs besoins, c'est communiquer. Dernier truc : les besoins sont peut-être les mêmes, ils diffèrent en tout cas selon les dosages. Un peu comme les crêpes de la Jeanne à Picherande (si !), si elle dose différemment les ingrédients, les crêpes elles changent. (Cette crêperie, c'est mon enfance. Tiens, voilà que TeteChercheuse en parle.)
[3] Pourquoi changer de mode de motivation ? Parce qu'on enterre quelqu'un, parce qu'on gagne au loto (émotions fortes et reconfigurations existentielles), parce que les gens autour de nous nous donnent à jouir quelque chose de fort différent de ce que nous sommes. Adaptation, en clair. Ou plutôt évolution : changement de phase. La vie, par moments, fait feu de tout bois.
[4] Alors qu'autrui, pour le grand Lévinas, c'est le Visage. Beaucoup plus classe. Et plus ouvert. (Quel con, ce Jean-Sol Partre !)
[ La musique est de Franz Treichler, dans l'excellent Great Jewish Music: Serge Gainsbourg | Monsieur Connard, en téléchargement | les irrésistibles Requins Marteaux savent généralement bien camper les cons | un billet du blog de P'tit buisson-Nimu | BD piochée chez Virginie d'Edensland | débat fond-forme, ce qui est terrible c'est que la communication fait un effort : elle adresse les choses et soumet le fond à une forme livrée, compréhensible ; en psychanalyse, c'est le mouvement inverse : tout fourche et se bouscule, l'inconscient (le fond) reprend la main, habite la langue, parle à un Autre totalisant - presqu'illogique - plutôt qu'à une cible, c'est le propos de certaines glossolalies ]
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Steak-frites, avec un os
Menu crise. Mes yeux font la focale : j'ai bien vu. C'est le message d'une pancarte, rue passante, restaurant. Ok, je m'arrête : un resto qui assume. Il dit ce qu'il fait, là, devant les yeux, en gros caractères blancs sur grand stand up noir (ici, ardoise de rue). La crise. (Ouais.) Alors, que penser ? Qu'est-ce que ça veut dire, stratégiquement ? en termes de positionnement ? Est-ce que ça a un sens de communiquer si cash ?
Bon, je regarde. Ce menu de crise, c'est un steak-frites avec café. Huit euros, tarification voisine de la valeur d'un ticket-resto. Rapport qualité-prix ? Correct pour du centre ville. Mais est-ce que ce mot de crise, prédicat noir (anxiogène, qui sape et enferme), est porteur ? Est-ce que ce mot si fort « place » l'établissement ? Surtout, est-ce qu'il fait plus ou mieux vendre ?
Dans cette démarche, reconnaissons la charge empathique. Je suis le restaurateur. Je montre une solidarité, un Je suis comme vous, en phase avec vous : sensible à votre contexte. Par conséquent je fais les choses pour vous et en fonction de vous. Il y a là un effet De Gaulle [1]. Deuxième manifestation, à rebrousse poil : Je montre ma volonté d'adaptation, je surfe. Sur quoi ? Ben, sur la crise, qui vous touche et me touche aussi, par ricochet. Message induit : Votre déprime m'affecte. Et mes revenus dépendent étroitement des vôtres, alors j'agis. Je continue : J'ai besoin de vous. Vos emplettes font mes emplois. Voilà le risque. (Il y a un os...)
La PNL, dans sa sagesse, envisage les mots noirs comme des fermetures. Des contrariétés. Des signaux de crispation, forcément vérouillants. Forcément risqués puisque les autres les interprètent (cf. bain sémiotique). Ils les intègrent : c'est inconscient (involontaire, eu égard aux frayages du système nerveux).
C'est communiquant, c'est porteur.
Alors, je conclus dans la foulée. Puis vous me direz comment vous voyez les choses. Empathie de l'offre : 8 / 10. Franchise et transparence : 7,5 / 10 (le message... est cash). Fond de la pensée : 3 / 10 (inquiétude latente). Congruence [2] et impact final : 4 / 10.
Reste l'adéquation au marché : 8 / 10. Adéquation qui peut, à tort ou à raison, s'interpréter comme de l'opportunisme. À cause de la maladresse d'une forme.
Voilà : 'nuf said.
Une suggestion de pancarte, en ce lundi ?
(Bonne semaine !)
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[1] Je vous ai compris (discours de De Gaulle - Alger, juin 1958). C'est Yves Enrègle qui commente (nous sommes dans les années 1990). De Gaulle, à ses yeux, produit ce jour-là un formidable effet-miroir : il délivre un puissant stroke. Voir, en corrélat, le remarquable Ich bin ein Berliner de Kennedy.
[2] Congruence : primat de la forme. En clair, ce que je veux dire et - surtout - comment je le dis. Il y a, dans les correspondances fond-forme, une énergie. Une cohérence, une adresse forte. Mettre à profit le courant PCM et cette question centrale de la nécessaire adaptation d'une forme : 1. à un fond, 2. à un interlocuteur précis (destinataire, forcément pétri de préférences - ou possibilités - communicationnelles propres).
[ Ah, les restos - Pour le plaisir, revoir Eat at Joe's, motif récurrent, surréaliste et drolatique, de l'univers de Jerky Turkey (Tex Avery) ] Read More
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Se donner les moyens
Troisième épisode. Aujourd'hui, parole à David (prénom d'emprunt). David est un musicien de mon ami Olivier. Olivier le guitariste. Qui d'ailleurs - quoique parallèlement très pointu - trouve du succès dans un laaaarge public (la preuve).
Écoutons David. Ce que je sais de lui me fait dire qu'il a une vision adulte de l'argent. Une vision sage de la réussite, du placement du travailleur (à succès) dans le monde.
Celui qui réussit financièrement, dit-il, c'est celui qui se donne les moyens. Un musicien doit par exemple investir dans du matériel professionnel : c'est ce type de geste qui garantit à l'avance la bonne exécution de ses contrats. Il est cohérent donc en mesure de. C'est-à-dire en place.
Simple ? Complètement ; plein de vérité.
Les communicants nomment cet état de fait la congruence, capacité à incarner, à animer dans sa forme concrète un fond ressenti, vécu comme vrai. Bien sûr, ça fait envie : les autres vous envisagent comme crédible. Et c'est pro donc glamour [*]. Matrice à succès.
Les musiciens ont une expression pour ça : c'est raccord.
Donc efficient.
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[*] Expression journalistique. Est glamour ce qui fait envie, ce qui donne envie de poursuivre (par exemple de lire).
[ Ishikawa, un moyen classique de lister les moyens | Tony Buzan : d'après moi passage obligé, beaucoup plus riche | la congruence, pour la grande Anne Ancelin Schützenberger, c'est passer de la prédécision à la décision façon Lewin | pour Kurt Lewin, par ailleurs, la correspondace fond-forme, tellement énergétique, est une Gestalt aboutie ]