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L'homme ne vivra pas que de business
(Anonyme)
La foi. Oui. La foi, la confiance, si différente de la religion (traditions). Tout ça dixit André Frossard (1915-1995).
L'auteur de Dieu existe, je L'ai rencontré, citant l'étrange Bernanos (1888-1948), rappelle que les convertis sont encombrants. Encombrants pour les institutions : religieuses, culturelles, sociales [1]. Les convertis ? Comme leur nom l'indique, ils transforment quelque chose : leur propre matière, eux-mêmes, leur coeur. Et ils attribuent ce changement fort (qui va jusqu'à baigner le monde, le reconfigurer à leurs yeux), eh bien ils l'attribuent à l'extérieur. À un agent qui les dépasse. En stature peut-être, encore et surtout en qualité : disponibilité, hauteur de vues, présence réelle au monde. Et, croyez-le si vous voulez, c'est un agent... qui les aime. C'est-à-dire qui prend le risque à leurs côtés. Et les soutient [2].
Le coeur, pour les convertis comme pour les autres, c'est la sensibilité, l'intimité qui perdure : c'est - pour citer l'Écclésiaste (et faire une boucle vers Don Richardson) - ce qui pressent l'éternité [3], cet état, ce vécu qui dépasse même la mort. Et ressemble donc à l'amour (voire se confond avec lui, ou procède d'une même source). L'éternité ? Le coeur la recherche, en mode actif ou par aspirations (plus ou moins conscientes, plus ou moins fructueuses - cf. recours aux idoles). Alors ce coeur, il va vers quoi ? Mmh ?
Le mien va vers ça, en dessous. Je veux dire que ces bouquins m'apportent des trésors :
Je leur ajoute La Croix et le Poignard (David Wilkerson), de même que The Incredible Power of prayer (anglais très simple à lire) de Roger J. Morneau. Reprenons Wilkerson (livre de ma fin d'adolescence) et ajoutons, côté témoignages, l'incroyable Miracle sur la rivière Kwai du vétéran Ernest Gordon (1917-2002), ouvert aux expériences les plus extrêmes. Une beigne. Digne de Papillon. Bouquin parallèle au film Le Pont de la rivière Kwai (mêmes faits).
Mention spéciale à Corrie ten Boom aussi. Son Dieu en enfer (The Hidding Place) - qui glace le sang - montre qu'on est loin (bien loin) de la guimauve. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment [4], après Ravensbrück, on peut trouver la force d'avancer ? (Bouquin sublime, bouquin ultime.) Le Rentrer chez soi d'Henri J.M. Nouwen [5] est un très beau condensé de théologie : logique, touchant et simple. On y comprend... tout. Il y a aussi, sur la question de la Trinité, le bel Évangile de Jean (individu qui a connu Jésus de son vivant), traduit par Jean-Yves Leloup. Une sage autorité (atypique, documentée) s'en dégage.
Le Business Unlimited de J. Gunnar Olson ? Affaires sans frontières, en français ? Il m'a « juste » aidé à vivre pendant 4 mois.
Allez, je finis avec L'Éternité dans leur coeur de Don Richardson. Livre-beigne aussi.
[1] Ce qui, anthropologiquement, participe du même socle, voire se maille dans les approches et se confond. Cf. idéal de transversalité, à l'instar de ce que font par exemple Edgar Morin, Boris Cyrulnik ou Joël de Rosnay.
[2] Dieu serait-Il Promoteur ? Persévérant ? Empathique ? Débat stérile, mais drôle et ouvert.
[3] Pour les chrétiens, la juste appréciation de l'éternité (sa juste canalisation, comme si c'était une aspiration, un besoin, voire une pulsion) passe par l'expérience, ici et maintenant (ou progressive), de la résurrection. Celle-ci donne sa pleine mesure à la vie. Elle lui fait passer un cran, la sort non pas de ses contingences (ici-bas, les épreuves et la frustration), mais de sa vanité. De son creux. De son à-quoi-bon. De sa solitude intrinsèque. Là, tout change : c'est beaucoup plus qu'un espoir, beaucoup plus que des modifications, c'est un royaume qui vient (comme dans le cas de Naaman ou de l'eunuque de Candace). Un nouvel ordre qui s'installe : une transformation (un réveil, cf. Degré 2). Qui ouvre au monde et au prochain (sorte d'horizontalité). Et qui ouvre à la Source de vie (verticalité stimulante). À l'explosion fraîche et vivante.
[4] Même si le contexte diffère du tout au tout, le pasteur palestinien Maron peut expliquer comment vivre. Le pardon personnel, en temps de guerre, il connaît bien.
[5] Nouwen exprime une lecture particulièrement proche de celle de Girard, pour qui la racine du mal humain, c'est la convoitise : jalouser l'autre. Ce mauvais Animus (peur de la perte) exerce un contrôle morbide sur autrui. (Revoir ce pauvre Abel.) Pour affaisser ce pouvoir (terme de Nouwen), Dieu choisit l'impuissance : il décide de détruire le leurre et sa logique... de l'intérieur. À lire absolument.
[ Je suis protestant (2 % de la population française, l'un de ses berceaux, et 9 fois plus... en Corée du Sud), en même temps mes écrivains catholiques préférés sont Frossard et François Mauriac - de même que j'aime le photographe Joël Peter Witkin (eh oui - voici d'ailleurs mes photographes favoris, attention not safe for work, NSFW) | autre sujet - La grâce serait une synergie (rencontre, mélange énergétique) entre amour et liberté (Qu'en dites-vous ?) | l'amour, lui, pourrait être le carrefour vif entre contingences et liberté, c'est-à-dire risque volontaire (engagement) et dépassement de la mort (qui est repli, séparation, peur) : engagement, tiens, oui c'est ça - ou fidélité, ou attachement inconditionnel et confiance (Any idea, mmh ?) | who Nouwen was, video | Nouwen aidait les déficients mentaux | Corrie ten Boom, the museum | Ernest Gordon, personnage-choc pour le musicien Paul Adams | Bad Lieutenant, plus grand film sur la rédemption ? Interview de son réalisateur (inclassable) Abel Ferrara | après tout ça, soyons fous, rions ] Read More
Si nous avions su... Si nous avions su - insouciants et légers - que la semaine passée, un ami mourrait, si vigoureux, si jeune, si plein de projets.
Et voilà que sa famille prend l'avion ce matin (7 h), pour aller voir le corps, recueillir (et donner) du soutien, connaître plus encore les causes de sa mort.
Mon coeur est avec eux, en ce moment même, dans cet avion qui fait le lien. Habituellement, l'avion rapproche les gens qui s'aiment. Là il va permettre de constater.
De constater que le corps de J. est brisé.
Comme nos coeurs...
Les mots me manquent.
Me viennent ceux de sa famille. Ceux du père, qui se dit brisé mais pas détruit. Il trouve même la force de dire des choses gorgées de vie, au bord du gouffre. Ceux de la mère, qui dit que nos proches sont à empoigner les mains ouvertes (ils ne nous appartiennent pas). Ceux d'une de ses soeurs (dédicace écrite) ou des amis (il y a un temps pour tout), qui pleurent, s'interrogent et constatent. Me revient aussi le violon de Zaza, présent à l'office.
Musique poignante...
J. était un météore, de ceux qui brûlent, qui s'engagent et vivent fort. De ceux qui questionnent, soutiennent et sont au monde. Avec un rapport direct et un éclat.
Que faire ?
Prier, panser les plaies. Et vivre. Forcément ébranlés. Forcément dans ce monde.
Vivre.
Et se souvenir.
Et marcher.
Si possible dans la confiance.
Un homme, nous dit le père de J., porte du fruit s'il meurt. Il y a là un accomplissement définitif : une réalisation.
Une vocation définitive (spirituelle).
C'est cet aspect définitif qui rend le temps si long. Peupler ce temps par de l'amour, voilà ce qui reste à faire. Et à vivre.
Car c'est peut-être ça, la vie. L'amour d'un couple, qui engendre. L'amour des liens, ensuite. L'amour qui persévère et repousse la mort. Et enfin, l'amour qui donne un sens. Qui rencontre la mort et se mêle alors à l'essentiel.
L'éternité, le rapport vrai.
Dieu, que c'est dur.
Mais je veux quand même, moi aussi au bord du gouffre, me joindre à la vie de cette famille que j'aime.
Et reparler d'espoir. L'espoir brille aujourd'hui. Dans le noir pour nous. Dans la pleine lumière pour J.
Je sais (par la foi) que ce beau fruit en donnera des milliers. Il nous le tarde à tous...
__
[ Me reviennent les (très belles) paroles du père de J., sur JFK. Un président qui voit le mur de Berlin tomber. Il faut alors attendre quatre décennies, quelle qu'ait été la mort de Kennedy, pour en voir le fruit : mur qui tombe en vrai. Puis (autre propos) un industriel et homme de foi, dans le passé, qui perd son fils unique. Puis ses quatre filles, dans un naufrage. Il compose un cantique où il a l'audace (la foi) de dire que son âme est sereine (is well). Oui. Voir à travers, compter sur le coup d'après, la réalisation des choses. Où tout s'accomplit, donne un sens a posteriori. En attendant, il faut vivre. Et bien. Par respect pour les autres. Et pour soi. Et pour la Source de vie. C'est dur... Nous le ferons. Mais c'est dur. Ce lundi a un goût de déracinement. Là, tout à l'heure, j'ai re-parcouru André Frossard, qui a lui aussi conduit sa progéniture au cimetière, douleur parmi les douleurs. ]
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Pourquoi ? Interrogation reine. C'est, en Occident, la porte d'entrée dans la vie. Chez nous, tout a (ou doit avoir) un sens, une explication. Pour le meilleur, la connaissance, porteuse de clarté, d'autonomie. Et pour le pire, l'intolérance et le conditionnement qui enferme (cf. paradigmes). L'intellect est un drôle de maître, qui guide et limite à la fois. Comme l'émotion, d'ailleurs. C'est seulement quand l'intellect est pur, innocent dirait Alexandro Jodorowsky (c'est-à-dire bien orienté, au service de la créativité personnelle et de l'ouverture au monde), bref c'est quand l'intellect est de cette qualité qu'il est porteur de positivité. Ce sont les bénéfices d'un Animus volontaire, structurateur, garant de la concrétisation des talents. L'Anima ? C'est quand elle s'écoute elle-même, se respecte et se combine à l'Animus qu'elle crée l'intuition, la profondeur naturelle, la fulgurance, l'intensité du ressenti. Tout ce qui vient du dedans et connecte et reçoit.
Ensemble, les deux procréent (cf. synergie), donnent un aboutissement, une réalisation à l'âme - nécessairement enfantine - que nous avons.
Une graine pousse.
Alors, dans nos pays, le pourquoi est important.
Vient ce pourquoi, le premier pourquoi, le pourquoi de l'enfance. C'est le pourquoi de ma progéniture [1], l'autre jour, au cinéma. Devant le dessin animé (étonnamment bon) de Kung Fu Panda.
- Pourquoi, Papa, il est méchant [2] le gros chat ?
Je réfléchis, bafouille, connecte mon ressenti à ce que je sais des sciences humaines (certains modèles abordent ça). Et finis par dire que je médite là dessus, c'est promis. Il fait chaud, nous buvons une granita (je suis pensif car je veux faire une réponse du cœur et non pas de la tête - une vraie, en somme). Puis je réponds que ce gros félin, il est méchant parce qu'il veut que son père le reconnaisse et alors lui permette d'être un individu autonome, comme quelqu'un qui se regarderait dans un miroir (cf. regard), quelqu'un capable d'accomplir son destin, de réaliser ses désirs. D'être heureux.
» Pourquoi ? fait encore la petite voix.
- Mmh, réponds-je. Nous sommes nombreux comme ça. Nous avons besoin de savoir que quelqu'un nous aime et veut qu'on soit heureux.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est une sécurité. On sait comme ça qu'en cas de problème, quelqu'un est là pour nous.
- Pourquoi ?
- Parce que nous avons peur d'être seuls et que la mort nous saisisse parce qu'on devient tout faibles. Et tout seuls.
- Pourquoi ?
- Parce que la mort, on sait pas bien ce que sait. Alors on croit comme ça que c'est pas bien, que ça fait mal, comme ça il y a quelque chose en nous qui est sûr de faire ce qu'il faut le moment venu. Et même avant. Comme si on se préparait à repousser la mort ou à lui faire face. Bref à faire ce qu'il faut. Au cas où. Parce que la mort, c'est quelque chose de sérieux, qui touche définitivement.
À suivre...
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[1] Les enfants sont des amoureux de sagesse, des philosophes dans ce qu'il y a de plus pur et de plus puissant. Leurs questions sont les vraies, les bonnes, celles qui font qu'on se trouve une place (un ethos) dans le monde. Leur répondre demande de se plonger dans ce que nous avons d'essentiel : l'innocence, l'expérience, la créativité. Un vrai bonheur, ces mômes... De vrais humains. Des moteurs spirituels, qui veulent capter l'essence du monde et en faire quelque chose de bien, qui ressemble à l'âme (à la vitalité plus ou moins organisée) qu'ils sentent palpiter au dedans d'eux.
[2] Tai Lung, léopard des neiges.
[ La méchanceté, ça pourrait être une férocité de vivre - Reconnaissez-moi, reconnaissez mes besoins -, une pulsion qui oublie les autres, qui écarte toute empathie, qui manque de cette connaissance essentielle que l'Autre et moi-même sommes liés par le regard et, plus généralement, par la condition humaine | le fin du fin, le Royaume des cieux, dit Jésus, est pour ceux qui ont un cœur comme les petits enfants | la peur de la mort, de l'éparpillement, de l'entropie est ce qui nourrit l'homéostasie, cette énergie qui bloque, fait corps et se défend contre les différences émanant de l'extérieur | tiens, dans les archives, une correspondance entre profils stratégiques et animaux emblématiques du kung fu ]