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 Le bonheur, une fin en soi - 1e partieTue 7 Oct 2008
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Tout un courant. Prometteur : en croissance, depuis sûrement une quinzaine d'années. Je veux parler de la psychologie positive. Son objet ? Envisager l'individu comme une machine (un système) à aller bien. Par opposition à l'angle classique, psychopathologique, qui prend le genre humain (et l'étudie) par ses troubles. Ce qui ressemble à la charrue qui grille une politesse aux bœufs.

Chez l'homme, la téléologie (caractérisation des finalités de la vie, de la direction des efforts), en clair la téléologie s'oriente d'elle-même à la hausse : tout pousse l'individu à aller bien. Comme un programme en lui, fondé sur des constantes (les invariants). C'est donc légitime que la psychologie positive cherche à identifier les ressorts positifs. Et les questionne.

Commençons. Et parlons du psychisme versant sombre. On le sait, les bénéfices secondaires sont des installations intermédiaires (parfois durables), où le psychisme tire un suc, profite d'un relatif état de confort. Comme le dit la théorie des jeux, les gains sont optimaux - et c'est agréable - sitôt qu'ils excèdent les efforts demandés (engagés). L'intériorité, et sa formidable économie, peuvent alors « planter les sardines ». S'installer. S'endormir. Et souffrir, quand l'opportunité de rester comme ça se termine - car tout passe. Focalisé sur son acquis, le psychisme peut négliger, auto-censurer, voire nier le désir, cette saine poussée vers la procréation, l'inventivité, l'ethos authentique, la félicité. Ici, l'homéostasie pèse, étouffe et fabrique un ressenti morbide. La transformation, régime intrinsèque de la vie, patine et s'arrête.

Blam.

La téléologie envisage certes cette force (ambiguë) qui trouve les meilleurs compromis, les meilleurs rapports qualité/prix. Car coûteuse est la vie. Et limitée dans le temps.

Bien sûr.

Pour autant, la téléologie fait des visées de long terme, qui transcendent les états de satisfaction intermédiaires. Elle se projette dans une réalisation du potentiel humain. Sur le terme, et au quotidien (eccéité, intensité, joie d'être soi-même, plaisir du vivre-ensemble, disponibilité, profit de ce qui se présente). Tout ça en simultané. Tout ça dans une profondeur du ressenti qui confine à l'éternel présent. (À l'éternité.)

Au bonheur.




Fig 1. - L'homme, une architecture vivante ?



Tout ça pour quoi ? Pour dire que la psychologie positive s'approprie un champ longtemps réservé à la philosophie, à la mystique, aux institutions symboliques et idéologiques (sociales, religieuses, politiques).

Ce champ ? Celui de l'épanouissement. Vaste et profond. Mobile. Paradigmatique au possible (perméable à l'idéologie). Et pourtant vierge et natif : universel. Anthropologique. Au cœur énergétique de l'homme. Certes l'homme est-il singulier. Certes la feuille du chêne - quoiqu'unique - ressemble aux autres feuilles de l'arbre.

Ouais.

Psychologie positive ? Une affaire à suivre...

(Mmh.) Des idées ?
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[ L'excellente contribution de Jean Heutte | la psychologie positive s'intéresse à l'individu qui va bien et - par l'investigation - (re)découvre les vertus qui favorisent un bien-être durable | la téléologie (fait humain, élan vital, aménagement psychique en continu) mêle sûrement les forces d'homéostasie et d'entropie tout autant, sinon plus étroitement, que les pulsions de vie (état d'alerte, voire de conquête et d'épanchement) et les pulsions de mort (relâchement) | pour savoir ce qui va mal, il est intéressant de se demander ce qu'aller bien veut dire (aller bien, par exemple en PCM, c'est obtenir des sensations ciblées) ou, plus prosaïquement, quels sont les besoins humains et comment ils se mélangent (allant à l'infini) dans chaque individu ; de la même manière qu'il y a des milliers de façons pour les mêmes sortes d'atomes de former des combinaisons, réactives et mobiles (complexes) | la psychologie positive ressemble à une anthropologie, elle-même proche de la recherche des besoins (qui définissent une nature) | curieux matérialisme, qui considère l'homme comme une combinaison d'atomes, plus ou moins animés d'un principe de complexification (grotesque, si on en croit Stephen J. Gould et sa mise en valeur des bactéries, stationnaires à l'extrême) - l'homme peut tout autant se vivre comme une flamme, comme une intentionnalité, une Gestalt sensible et poétique (capable de faire des symboles, d'expérimenter des ressentis), une perception en mouvement, une recherche de transcendance, une envie de synthèse totalisante, etc. | trouver un référentiel de ce qui va bien, c'est sortir du regard réducteur (sociocentré) avec lequel on examine ce qui va mal - c'est, encore et surtout, une façon d'utiliser le cerveau dans son plein potentiel, cerveau qui fonctionne avec des affirmations, des choses positives, dites et désignées (et non leur contradiction, leur symétrique, cette apophasie à la petite semaine) | le représentant le plus connu de la psychologie positive est Martin E.P. Seligman, suivi de Mihaly Csikszentmihalyi ; il y a aussi - selon moi - les grands thérapeutes humanistes (optimistes pragmatiques) tels qu'Abraham Maslow, Milton Erickson, Alexandro Jodorowsky, Georges Romey, etc. | Seligman, histoire d'un déclic | le Positive Psychology Center | mmh, les belles photos d'/ivan | Tiens, que pensez-vous de l'écopsychologie ? ]


 Quintina - 12e partieWed 12 Dec 2007
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Le quinquina, c'est une liqueur. Mais la quintina, ça vous déroute tout autant les sens. Il s'agit d'une voix chantée, ou plutôt non. Parlons aujourd'hui de ce qui émerge sitôt qu'une combinaison fonctionne, sitôt qu'un collectif atteint un point d'harmonie (formation énergétique ou Gestalt). Discutons d'un ensemble pourtant plus fort et plus remarquable qu'un simple ajout de composantes : discutons synergie. Et nous verrons en quoi, justement, la quintina n'est pas chantée. On y va ?

Une discussion avec Olivier, hier, nous amène à parler de la vie. Et comme d'habitude, le bonhomme évoque la part dynamique de maîtrise-non maîtrise sur les événements. Il s'agit là d'une clé : se saisir de ça amène des satisfactions que les Stoïciens, les taoïstes ou les bouddhistes décrivent depuis longtemps avec profondeur. C'est vrai : pour connaître un champ d'action, il est sage de cartographier la route, c'est-à-dire de connaître à l'avance ces lieux praticables qui tapissent un contexte incertain ou dangereux de reliefs, de forêts et d'étendues d'eau. Savoir ce qu'on peut bien faire (par exemple s'améliorer, décider, être là, vivre ou être soi), ça se fait dans le champ de ce qu'on établit comme hostile, aléatoire ou compliqué : les surprises, la durée de vie, l'écho et l'amplification des choses, le tout-venant - bref, le cours du monde ou la complexité. Connaissances apprises et intuition sont les deux faces d'une même monnaie, c'est un constat de base.

Nos mentalités, pourtant, nous amènent à croire qu'une maîtrise exclusivement technique peut sécuriser nos parcours dans la vie [1], voire donner une empreinte à l'ensemble. Un peu comme si croire très fort [2], investir sa frustration ou son appétit de vie (libido) et travailler beaucoup [3] faisaient tout. Il faut évidemment de la clarté d'esprit, de la résolution, de la méthode et de l'adresse à exercer des choses (c'est là même la compétence). Pour autant, les surfeurs savent très bien que tout se fait en appui sur la vague.

C'est elle, par son impulsivité, sa force et son danger, qui définit ce qui est faisable : elle restreint et représente un potentiel de plaisir, de réalisation.

Agir, c'est circonscrire. Décider, c'est éliminer. Jouir, c'est expérimenter la contrainte.

Reprenons la métaphore du surf. Pour passer un bon moment, il faut :

| compétence technique (connaissances),
| planche de surf,
| bonne vague, bonnes conditions météo,
| contexte humain balisé (spot identifié comme tel),
| conjonction de tout ça, en live.

C'est cette conjonction qui fait tout. La relation entre tout ça fait un système, bien orienté ou non. La bonne entente de toutes ces composantes entre elles vous amène soit à jouir, soit à engloutir (ici le fond marin).

Il faut prendre toute la mesure du contexte, de ce qui bruisse, conditionne, porte ou empêche. La notion même d'individu, porteur de sa volonté propre, la notion même d'identité est à revoir : il faut l'envisager comme quelque chose de poreux, comme un ensemble avec ce qui englobe et - du coup - vaporise le Moi. Le grand anthropologue Ray L. Birdwhistell (1918-1994) fait comme un phare : L'unité d'analyse n'est pas la personne, prévient-il. Ce que nous appelons une personne [4] est un moment dans un ordre théorique donné [ndlr - une catégorie, une partie dans le rangement, dans l'ordre des choses] [...]. J'ai compris qu'un système de transport n'est pas fait d'une voie ferrée, de gares, de wagons, etc., mais que la chose dans son ensemble, le système, devient le processus ; les parties ne sont pertinentes que dans la mesure où elles constituent le processus de transport (La Nouvelle Communication, années 1970, ouvrage indispensable, simple, vivifiant, complet).

Tout est dans la relation, dans l'interaction. La vie est un orchestre où nous avons notre place dans la symphonie permanente : qui joue sur nous, dont nous jouons. Où tout se dessine et se décide et se joue. Et en direct.

Voilà qui caractérise la vie, et - partant - ce qu'on doit en faire, ou plutôt ce qu'on doit faire avec elle, avec ses principes (être libre, c'est comprendre les contraintes de la vie). Tout ça pour être heureux, puisqu'être heureux se vit dans le bassin de la vie (en dehors, c'est la rêverie, la perversion ou la folie).

Reparlons du lien [5], qui fait tout l'intérêt de tout. Le théologien, philosophe et psychologue Jean-Yves Leloup fait de Dieu même une essence unique en trois composantes. Dieu est tenu et plein de ses trois parties-prenantes : une générosité, qui est fondement-origine (le Père, également Mère puisqu'un père ne l'est qu'avec une mère), la présence manifestée de Dieu, à la fois organisatrice du monde et combinée dans la chair (le Logos, le Fils, incarné dans le garçon aîné de Marie) et la relation d'amour (le Saint-Esprit) qui unit le Fils au Père et baigne la Création. C'est la relation de deux puis (instantanément) de trois dynamiques qui fait la spécificité du Dieu unique. C'est cette vie intérieure qui caractérise l'Être (L'Évangile de Jean, 1989).

Il y a là comme une chimie, comme une combinatoire a priori. La sympathie opère à tous les plans.

Tout est dans le lien ou plutôt dans la relation [6], qui en est l'animation. De sorte que cette relation, éminemment énergétique, forme une entité. Elle participe des autres, boit à leur source, et pourtant constitue une force à part : dépendante-indépendante.

C'est ça la synergie.

Et si on va plus loin, c'est ça l'amour : dépendance-indépendance et sincérité. L'attachement libre (différent de la passion, qui est transport de poids). Je te connais, te connaissant je t'aime. Je me retrouve un peu en toi et je trouve en même temps la différence (altérité) dont j'ai besoin pour me sortir de moi. Et être davantage. Et être plus, et être mieux.




Fig. 1 - Chœur polyphonique sarde



Pour terminer, la quintina, synergie acoustique. C'est terrible et fascinant. Quatre hommes chantent, une cinquième voix s'ajoute : une voix de femme. Je vous laisse découvrir le splendide travail de l'ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob. C'est particulièrement saisissant en pages 3 et 4.

Brr. Mais whaao.

Excellente écoute.

__

[1] Cf. fonction Animus.

[2] Revoir ces histoires de pensée magique, de croyances conditionnantes ou de Mojo.

[3] Fichu perfectionnisme.

[4] À mettre en parallèle avec ce que les bouddhistes voient de nébuleux, d'artificiel et de trompeur dans la notion d'individualité. Cf. les agrégats (la structure, les sensations, les représentations, les lois de cause à effet, la conscience - en clair ce qu'on appelle la réalité, ou les conditionnements, diraient les taoïstes).

[5] Le matérialisme fait de la matière un ensemble de propriétés orientées vers quelque chose : la constitution utilitaire d'ensembles et la désintégration de ceux-ci, au profit d'autres, ultérieurs, plus évolués et/ou mieux adaptés (cf. notion de progrès, d'évolution, d'enrichissement continu - il y a heureusement Stephen Jay Gould pour secouer tout ça). L'essentialisme se trompe tout autant, qui fait des choses des identités. Plus réalistes que tou ça : la théologie tri-unitaire, de même que tous les modèles scientifiques postmodernes, à base d'information, de complexité, d'empathie, de communication. S'y glisse une dimension sacrée (voir Le Sens du sacré) : c'est l'animation, issue de la combinaison de tout et aussitôt réinjectée dans le tout. Elle fait la tenue, la danse, les efforts et l'intérêt du monde et des gens.

[6] Le religare se fait par affinités : comme si la substance allait au contact de ce qui lui plait. Le sacré, c'est peut-être un peu ça aussi. Des choses a priori (en tête dirait l'humaniste érudit André Chouraqui).

[ Joël de Rosnay, dès les années 1970, décrit cette tendance morbide du tout-découper, pour lui privilégier une compétence à base de compréhension des contextes et d'écoute générale de ce qui se passe (Le Macroscope) | il faut aussi relire tout ce qu'Edgar Morin dit de lumineux sur la complexité : c'est un maître | rééquilibrer les hémisphères gauche et droit pour évaluer le monde et les situations, cf. cerveau | mettre à profit Georges Romey pour rétablir un dialogue entre Animus et Anima, microscope et macroscope, labor et intuition, esprit de géométrie et esprit de finesse (Blaise Pascal), capacités computationnelles et fabrique à images (Gilbert Durand) | sur cette simultanéité idées-sentiments, absolument voir Antonio Damasio | la logique floue, une tactique du cerveau pour agir avec ce grand point d'interrogation (l'imprévisible destinée de Romey) qu'est la vie | la fulgurance intuitive (Einstein, Mozart, etc.) et l'intensité aux choses ont souvent réputation de charlatanisme dans nos sociétés technico-scientifiques, où le temps passé à accomplir quelque chose a valeur de repère (toutes les étapes y sont controlables voire reproductibles ou industrialisables) | le blog de Bernard Lortat-Jacob ]  Read More