Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: histoire

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 Saurez-vous protéger Rome ? - 8e partieSun 30 Dec 2007
1 comment
picture

[ < 7e partie | archivage automatique du billet sur l'enjeu énergétique ] AddThis Social Bookmark Button [ Catégorie Stratégie | permalien, mots-clés et commentaires | 9e partie > ]

Ah, Rome. Rome la Belle. Tu rayonnes comme une maîtresse et les peuples te convoitent. Ta naissance ? Huit siècles avant notre ère. Tu inaugures ensuite l'ère de Jésus-Christ, puis te partages le monde méditerranéen au bout de quatre siècles (pars occidentalis et orientalis, 395). Puissante. Au sixième siècle, tu t'effondres, sous les coups de boutoir de nomades pourtant épris de toi. Rome la sédentaire, Rome la bien faite. Voilà le paradoxe de ta passion : passionnée, tu es passionnante. Tu portes un feu dans ton essence. Ce feu te dévore et maintenant te mange. Viennent les siècles et leur patine. Et leurs cendres.

Mais basta nostalgie.

Voici un article dont vous êtes le héros : il s'agit de stratégie. Voilà votre challenge, ok ?

La stratégie se passe en entreprise comme sur le champ de bataille ou à la tête d'un empire. C'est la vision passée, actuelle et à venir [*] des rapports de force qui vous sont d'emblée favorables. Le gros de la stratégie ? Ce qu'il faut faire, où et quand (et avec qui), pour prendre et surtout conserver la main. Puis imposer son empreinte, son style, sa façon de vivre et ses valeurs. C'est de la politique. Vous situez ? Alors je vous pose la question. Nous sommes entre les quatrième et sixième siècles de notre ère : saurez-vous protéger Rome ? et la sauver ?

Vraiment ?

Donnons la parole à l'historien Paul Veyne, auteur de Quand notre monde est devenu chrétien. Le Point d'août dernier (n° 1822) l'interroge.

La chute de l'Empire romain n'est nullement due à une décadence, qui n'a jamais existé ! prévient Veyne. Si relâchement il y a, c'est très, très tardivement : au Ve siècle. La civilisation romaine affiche alors trois symptômes : 1. le remplacement des tuiles par des toits de chaume, 2. le disparition de la monnaie (outil économique et politique), 3. l'évanouissement du tour de potier, véritable moyeu civilisationnel. Il est évident que les Grandes Invasions ont étouffé l'Empire. Pour autant, précise Veyne, le IVe siècle - juste avant - voit un socle romain plus fort que jamais, grâce aux réformateurs Dioclétien puis Constantin (dévouement à l'Empire, leadership militaire et relance d'un sentiment d'appartenance par le christianisme). Que dire ? L'armée compte des centaines de milliers d'hommes, l'administration fonctionne bien, on frappe toutes sortes de monnayages. Que s'est-il passé alors ? Un accident, déplore l'historien. Excatement comme un vase qui tombe d'une cheminée.

Il faut évidemment revoir l'histoire des seuils de bascule (paroxysmes, acmés - théma Changement).




Fig. 1 - « La menace est plus forte que l'attaque »
(Aaron Nimzowitsch, champion d'échecs)



La cheminée, le vase qui tombe. Il y a là trois raisons qui brouillent le système. Et le déstabilisent (entropie).

1. L'Empire a en son centre un gros trou, la mer Méditerranée, ce qui a pour conséquence d'étirer considérablement ses frontières, donc ses longs tissus poreux, et - j'ajoute - de rallonger les trajectoires sur le bord du trou, ou d'affronter la mer au milieu, bref de perdre du temps pour défendre ou ravitailler. Et l'armée du Sud prête main forte au Nord s'il y a une attaque : c'est déshabiller Paul pour habiller Pierre. Vulnérabilité et lenteur. Pour ce qui est de la lenteur, renchérit Veyne, la machinerie romaine s'y connaît (intendance, logistique, transport des vivres). Elle vit mal les escarmouches permanentes. C'est le point 2. : comme une chasse au lièvre avec de trop lourdes bottes, l'armée est puissante mais visqueuse. Les Barbares ? Fluides, motivés, usants. Enfin, termine l'historien, le gros de la soldatesque se focalise sur l'empereur, au détriment des provinces. 3. Défendre le chef en permanence, voilà un trait statique et morbide : comme dans une partie d'échecs en repli, où on mobilise toutes ses ressources contre le mat. L'armée défend l'empereur plus que l'Empire. Une grosse erreur.

Allez, j'arrête ici. Connaissez-vous des cas actuels où, comme dans un échiquier, le centre est impraticable, les ailes trop longues, trop coûteuses en hommes et vulnérables ? où, enfin, tout est groupé autour du roi, bref où le gros des troupes est lent, handicapé, mal placé ?




Fig. 2 & 3 - L'Empire, un territoire compliqué | Les Invasions dites barbares (cliquer pour agrandir)



Et pour Rome, avec ce que vous savez maintenant, que feriez-vous ?

Hm ?
__

[*] Le passé éclaire le présent. En ça, il inspire les traits de sagesse et les idées. Le présent ? Un pragmatisme, un engagement nerveux, une attention. Un discernement immédiat. Quant au futur, c'est une projection déductive, comme un aval qui se déroule à partir d'une actualité, d'un bilan in vivo (audit).

[ Image (c) Lorrainemd @ Flickr.com | il y a un facteur motivationnel rarement soulevé : les Barbares fédérés (alliés de Rome) vont se battre à l'autre bout de l'Empire, forcément loin de leurs foyers - c'est démotivant au possible | Rome est un épicentre et un symbole, interdiction de voir la cité tomber : c'est pour ça que l'élite militaire la protège | le déclin de l'empire romain d'Occident vu par Wikipedia | côté tactique, relire Sun Tzu, génie chinois des VIe et Ve siècles avant notre ère | les cartes géo-historiques d'Alain Houot | Rome est devenue - à tort ou à raison - l'archétype du système qui mûrit, enfle et meurt, puis se produit la perte d'un paradis, d'un idéal social ou spirituel (naïvement théorique ou exalté), vient ensuite un chaos | tout mythe produit une tension, une dépense sacrificielle (d'énergie ou bien d'un être ou d'un état mental), vient ensuite un ordre plus évolué, davantage conscient des tours multiples que prend la complexité (impermanence existentielle et - par contraste - éternité des essences) : c'est là le propre de la métamorphose, et de la spiritualité (dévoilement d'un principe essentiel) ]  Read More


 Profils - 15e partieSat 8 Dec 2007
0 comments
picture

[ < 14e partie | théma Profils | archivage automatique de la contribution sur l'histoire du speed consulting ] AddThis Social Bookmark Button [ Catégorie Management-Sc. humaines | permalien, mots-clés et commentaires | 15e partie > ]

C'est agréable. C'est agréable de conserver l'inertie de semaine, je veux parler du lever-tôt, pour se reveiller le week-end comme une fleur. Humeur bonne, sourires familiaux, temps devant soi.

Que dire ? Quelques mots sur le sommeil : j'aimerais voir des blogs parler de rêves. Après tout c'est la voie royale, quite à lire quelqu'un (je veux parler d'une vraie personne), autant le faire en vrai.

Beaucoup de blogueurs se servent de leur support pour faire des revues de presse, dévoiler des scoops sectoriels (sortie de tel appareil), parler de leurs réussites professionnelles, montrer leur compétence dans un domaine (CV ou plaquette), raconter l'éclosion de leur boîte ou aborder une passion et échanger avec d'autres aficionados, dans un cercle précis.

Très peu, à mon sens, innovent quant à la langue (sauf Joël Ronez). Très peu dévoilent un contenu personnel, identitaire, ouvert (sauf Flemming Funch). J'en vois moins encore faire des travaux de recherche à ciel ouvert (à part Dave Pollard). Limitation des risques oblige, notamment en matière de carrière ou de relation-clientèle.

Je le comprends.

Certes, les blogs intimistes ferment-ils plus qu'ils n'ouvrent : les dimensions intérieures appellent souvent une confidentialité étroite. De sorte que ça fait oui tout de suite ou alors non ; vraiment. C'est vrai.

Mais un rêve de temps en temps ; je plaide pour une connexion directe au ressenti des gens : quelque chose de drôle, de saugrenu, de stimulant, touchant, créatif. De personnel. Comme un ADN, comme un brin de personnalité qui peut féconder l'imagination du lecteur. Ou lui parler en direct, comme une connexion live.

En clair, j'aimerais voir des Qui suis-je ? en portrait chinois, peints de l'intérieur. Vous savez ? Il y a ces techniques de dessin qui commencent par une ligne, un contour, et puis remplissent ensuite la forme, en plongeant vers le dedans. Et puis il y a cette école qui fait l'inverse : on remplit un centre, qui se répand dans un intérieur pour venir ensuite border un contour, une butée imaginaire. J'aime mieux ça : c'est plus réaliste.

Oui.

Mon rêve de juste-avant-le-réveil, c'était dans une grande pièce de lycée, fraîchement repeinte. Une gigantesque antichambre : plafonds hauts, vide, quelques copains. (Le lycée, c'est - pour moi - l'endroit et la période des grands enjeux, des grands appuis affectifs.) Dans cette grande pièce, je me dis que c'est le moment de déballer ce qui m'a toujours pesé. Je suis avec des amis. L'écho de la pièce, et son emplacement dans ce centre nerveux de mon adolescence, en font le lieu pour crier. Chose que je fais (je me souviens encore de la mélodie), me vient ce que je ressens comme des drivers ou plutôt des programmes liés au Parasite, façon Don Miguel Ruiz. Des choses qui conditionnent la vie, la civilisent peut-être, mais la limitent aussi. Vous savez ? Bref, je hurle avec l'écho, ça s'amplifie. Et ce qui vient ce sont des ordres : des fais ça-empêche-toi de, et tutti quanti.

C'est la première fois que ces programmes-là me viennent, se nomment, passent par ma bouche et font sens à ce point : j'ai tout noté dans un carnet.

Vous connaissez ça ?

Je passe de Charybde en Scylla (ou vais du psychisme au Net) et vous présente maintenant André Larané. (Nous allons parler de profils psychologiques.) Ce journaliste freelance est aussi l'éditeur du gigantesque portail historique Herodote.net [1], le plus consulté de France. L'homme a tout juste sorti (2006) une Chronologie universelle, quelque chose de vif pour comprendre les fils directeurs, les articulations, les seuils de bascule (cf. complexité) et les grandes passions humaines. C'est là que je veux en venir.

Le trait, forcément rapide, est particulièrement fin : les passions sont un moteur [2]. À tel point même qu'elles dessinent des profils précis : profils de peuples, profils de catégories, profils d'influenceurs (ça, c'est moi qui le rajoute).

Je vous les cite : amour, dépassement de soi, création, curiosité, soif de dignité ou de reconnaissance, appétit de pouvoir, etc.

C'est tellement vrai que j'ajoute la contribution de Larané dans le Panorama des profils. Les passions font émerger des tempéraments, des profils, qui forment des comportements, qui se frottent à d'autres : des modèles avec caps sont possibles.

Excellent week-end.

__


Ce que crier veut dire - ici, Mike Patton :

[1] Voyez-y notamment le parallèle entre le président de la République actuel et Valéry Giscard-d'Estaing, ou encore le commentaire sur Les Très Riches Heures du duc de Berry (voir aussi le diaporama en Flash).

[2] En matière de profilage psychosociologique, une observation minutieuse fait de grandes choses. Les médecins-philosophes de l'Antiquité connaissaient ça, de même que les écrivans de tout temps. Revoir Jean de La Bruyère, fin XVIIe, ou - par exemple - Hubert Selby, mort en 2004.

[ Entendu il y a quelques mois sur France culture (Alain Finkelkraut) : Les spécialistes du monde contemporain feraient bien de faire un peu moins de sociologie et un peu plus d'Histoire ]