Comment manger ses concurrents ? Il y a une théma là-dessus.
Je vous renvoie, en outre, à la notion d'imagination, de projection du client dans un Et... si. Dans la lignée des meilleurs PNL-istes, Kofi Yamgnane fait ça très bien. Celui qui place l'esprit d'autrui dans une solution déjà là (fût-ce dans un futur potentiel), eh bien il prépare son interlocuteur à du mieux, à du mouvement, à du Mon esprit, du coup, travaille là-dessus : je m'y vois déjà.
En clair, j'y suis. C'est la capacité projective.
C'est puissant.
L'on dit que certains prisonniers de guerre (je songe à David Wilkerson) tiennent dans le temps, survivent et vivent, améliorent même leur condition sitôt qu'ils sont dans ce type de futur tout-de-suite-au-présent, de rêve éveillé, de solution tangible, d'espoir concret, de déjà-là. C'est de la foi, cette force morale qui déplace les montagnes. C'est du même acabit. Le cerveau, puissant autothérapeute, génère déjà son remède : premièrement il se soigne pour le passé, pourrait dire Georges Romey. Il panse ses traumatismes et compense les neurones blessés, en créant des circuits plus sereins. Mieux que tout, deuxièmement, il provoque et rend prêt : il conditionne au bonheur, à la saisie quand ça vient (cf. attitude). Le futur (*) advient.
Alors quoi ?
Croisons tout ça et parlons d'appels d'offres (on en revient à la concurrence).
Comment gagner ? Si je me sers de la puissance projective de mon donneur d'ordres, et que je sais que mille concurrents lorgnent sur le même marché, eh bien j'ai quelque chose à faire. Je m'arrange pour interagir, dans le cadre de la Loi, avec le client. Une communication fait l'affaire, histoire de caractériser le cahier des charges (spécifications). Puis je demande dans la foulée : Si vous me dites oui c'est parce que ma proposition de solution est plus "quoi" que la concurrence ? et moins "quoi" que la concurrence ?
Questions simples. Capacités projectives au maximum (solution déjà là). Marqueurs logiques forts ("plus", "moins"). Perspectives, ouvertures, cinéma intérieur : tout y est.
Et surtout, je dis bien surtout, vous résolvez l'histoire du Ch'ais pas trop : beaucoup d'offres, l'une dépasse d'une tête, trop de parasitages, trop d'offres et trop de confusion pour répondre ; c'est un fouillis, ça tranche, un truc ressort et c'est comme ça.
Là, on vous répond : quelque chose se passe en vrai.
[ < thémas Imagination active & Regard positif sur autrui, fût-il dans l'épreuve | catégorie Coaching | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre pour poster vos commentaires et naviguer par mots-clés ]
Haltères et go
Tenez, parlons télé. Et téléréalité, un mot qui fait naître la passion. Gros audimat d'une part, grosses critiques de l'autre. Grande hypocrisie ? Peut-être : à chacun de voir (vous me direz). Alors, que dire des Maçons du coeur? L'émission américaine de 42 minutes (5 saisons, chaîne ABC) peut se voir depuis la TNT française (cf. blog). L'idée ? Simple : une famille dans le besoin (santé, argent, habitat insalubre, deuil, traites, etc.) postule auprès de la production. Laquelle, sitôt qu'elle retient ladite famille (parmi sûrement beaucoup), dépêche sur place : 1. une équipe d'animateurs, 2. une équipe de réalisation, 3. une équipe de travaux, d'architecture et de décoration. Là, le grand show commence, comme un agenda au jour le jour (écrit, scénarisé) : l'équipe de travaux détruit la maison familiale (mal adaptée à la situation de détresse), en refait une à neuf, moderne et de grand standing, capable d'héberger un nouveau départ. La joie de la famille éclate. Parfois même un mécène (souvent l'entrepreneur de travaux) règle les traites de la famille ou provisionne des études pour les enfants (hors de prix chez l'Oncle Sam). Les gens du quartier mettent la main à la pâte, les sponsors pleuvent, les bons sentiments aussi et la mise en scène émotionnelle prend des accents volontaristes et larmoyants, politiquement corrects.
Sûr.
Certains téléspectateurs détestent.
Une chose est certaine : en sept jours (!), une armée de fourmis, de tous corps de métiers, s'active et délivre un résultat tangible. Une grande maison. Un havre de paix. Un tremplin pour la vie.
Je dis chapeau.
Il y a, en outre, une chose intéressante : la projection. Le travail psychologique des animateurs, qu'on l'aime ou non, apporte un plus. Et un gros. Je reprends l'exemple de la famille Sears (année 2004). Une adolescente de 17 ans souffre d'une maladie du système immunitaire. Elle se retrouve au coeur d'un protocole de soins lourds, handicapant. Les Maçons du coeur décident de lui construire, à l'emplacement de l'ancienne, une maison pure, capable de filtrer l'air qu'elle respire.
Un gage de retour à la maison, pour une ado fatiguée, échevelée, clouée sur un fauteuil, en surpoids.
Là, une chose s'illumine. Je parlais de projection. Tout le monde connaît la force d'un objectif engageant. D'une issue forte, d'un happy end certain, qui mobilise le désir. Regardons : un point de départ mauvais (A), une issue positive et réaliste (B), fort à parier - avec ça - que le sujet construise le trajet d'A à B, avec ses outils à lui. Car sa nature a horreur du vide.
De l'aveu de certains prisonniers de guerre (1939-1945), c'est l'espoir qui fait tenir, qui maintient le corps. C'est connu. Que faire une fois sorti, ça fait tenir. Et ça prépare l'âme et le corps.
Que fait l'équipe ? Alors que la fille est faible, et frappée d'un pronostic sombre, ils lui aménagent une pièce de musculation. Pour l'étape d'après (d'après la guérison). Pour que l'ado se remuscle et se sente belle.
Ce type de projection, de suggestion, de pari sur la vie, j'appelle ça l'étape d'après. C'est un signe que les autres ou que le monde comptent sur vous pour aller mieux. C'est la preuve, par l'imagination constructive (la foi), qu'un après s'envisage.
Exceptionnellement, cette contribution est sous (c) - Merci
L'homo œconomicus, en économie classique, est une métaphore : il est théorique. Vous trouvez ce comportement rationnellement égocentrique (et assumé comme tel) uniquement dans les modèles qui ont trait aux rapports de force [1] et aux interactions entre une offre et une demande établies (voir coopération conditionnelle). Pourquoi cet homo est-il abstrait ? Parce que son existence concrète est rarissime : l'on sait grâce à la psychologie que les stratégies mentales, par exemple pour atteindre un état de satisfaction [2], sont beaucoup plus subtiles et beaucoup plus inconscientes (plus chaudes) qu'un froid calcul formulable à haute voix. Le fameux « Là, j'estime rationnellement que c'est mieux pour moi, le rapport résultats sur efforts engagés m'est favorable », eh bien ce trajet-là, il relève de la pure sphère théorique. L'humain est beaucoup plus intuitif et complexe (interactif à l'intérieur de lui-même) que ça. De plus, et vous le savez, ce qui préside dans le cerveau, c'est la logique floue.
Alors que dire ? Déterminer pour soi une zone de confort (qui délivre une satisfaction tranquille), c'est du live et c'est un processus intuitif. Pour toutes les raisons que je vous ai indiquées. L'intuition ? Un ici-et-maintenant, une exploitation quasi instantanée du potentiel de tous les réseaux (particulièrement dans l'hémisphère droit, cette fabrique à images [3], ce creuset non-verbal) que nous avons dans la tête. C'est le fameux « Je trouve et ensuite je cherche » [4], c'est l'esprit de finesse pascalien.
All right?
Parlons de cette zone de confort. Nous l'avons vu, c'est l'intuition (appréciation et saisissements intérieurs) qui la détermine. Cette zone, c'est celle dans laquelle bon nombre d'employés s'installent [5], intellectuellement et émotionnellement. Autant dire motivationnellement (mise en mouvement naturelle, par répulsion ou par recherche de quelque chose). La zone de confort est bien une catégorie motivationnelle, qui touche ce qu'on cherche à faire et donc l'énergie qu'on met dans l'action A ou B, selon qu'elles sont plus ou moins implicantes, plus ou moins proches de l'optimum personnel de satisfaction [6].
En outre, la zone de confort est une zone-tampon, où l'on fait escale. En installation plus ou moins durable. Ici, tout est facile, c'est le compromis. On regarde ?
Antoine est un commercial à qui son manager demande de vendre 100 imprimantes professionnelles tous les 20 jours ouvrés. Par tranche de 10 imprimantes supplémentaires, il touche 5 % en plus. Mais l'effort pour générer 110 % de l'objectif lui « coûte » en moyenne 4 heures complémentaires par semaine. La perception de ce complément de travail, il la subit comme négative : c'est souvent le vendredi soir qu'il doit « cravacher » davantage. Exit le dîner coquin avec sa fiancée Béatrice. En termes de valence (de valeur subjective - cf. Victor Vroom), ces 5 % de salaire supplémentaire pèsent moins que les beaux yeux de Béa. Pour être précis : 5 % de bonus salarial (et surtout de travail) pèsent pour lui 2/10. Alors qu'un sourire de Béa obtient 9/10.
Sa zone de confort se situe à 100 % d'objectifs, au delà, l'insatisfaction amoureuse (éminemment subjective) guette. Et ce levier prévaut dans la vie d'Antoine.
Creusons un peu le cas. Il y a certes ce qu'Antoine apprécie dans la vie. Il y a aussi l'instrumentalité de ce qu'on lui accorde (Vroom, op. cit.). En l'espèce, c'est la confiance qu'a Antoine en Cécile, la responsable des paies. Celle-ci oublie une fois sur deux de lui payer ses primes (à cause d'un logiciel technologiquement dépassé) : il doit toujours aller perdre quarante minutes devant son bureau, pour réclamer ce que l'entreprise lui doit. Et ça le fatigue. Et ça l'humilie, il a l'impression d'avoir quatorze ans. Son entreprise, il la voit - à cause de Cécile - comme un tiroir-caisse sans cœur. Il a déjà signalé le problème pendant plusieurs mois : il ronge son frein, ça le démotive.
Instrumentalité de la récompense = 0,5/10. Crédibilité dans le rouge. Ethique en berne.
Travailler en plus, et surtout le vendredi, lui procure du stress. D'abord, la valence de la récompense la rend bien maigre (À quoi bon se péter ?). Ensuite, la boîte tient sa parole une fois sur deux. Au lieu d'une belle carotte, voilà ce que gagne le lapin :
Fig. 1 - Et là, la carotte, tu la sens... sur tes doigts ?
Image (c) RATP
Aller à la hausse coûte à Antoine du stress (de surcroît mal récompensé, à ses yeux - cf. valence), et en plus il risque une belle déception (instrumentalité proche de zéro). Résultat : il se maintient à « seulement » 100 % des objectifs (aller en dessous lui coûterait la tranquilité qu'il a avec Didier, son responsable commercial).
Aller plus haut ? Non merci. Descendre ? C'est dangereux. Antoine se vérouille en zone de confort : c'est là que son instinct lui montre qu'il est le mieux. Il s'installe dans sa zone-tampon, qui lui apporte une satisfaction raisonnable, un univers de performance qu'il maîtrise à fond (énergie, capacités, délais d'obtention : 10/10 - cf. expectation).
Même un excellent consultant en motivation peinera à l'en déloger : sûrement devra-t-il, en plus de l'analyse de ce qui fait avancer Antoine (ses leviers propres, à forte valence), signaler le problème du logiciel de Cécile et - peut-être - du montant ou de la nature des primes.
La zone de confort est un système à désamorcer, avec l'engagement de tous, y compris - et surtout - celui de la direction.
Pour défaire le nœud, il faut envisager plusieurs angles à la fois. Avec précaution : le bas de l'iceberg (au départ invisible) peut surprendre une entreprise, et lui faire peur. Les racines plus longues que prévues sont des causes fréquentes d'effroi. Creuser peut annoncer du travail... pour l'entreprise.
Hardi les gars.
Be seeing you.
__
[1] L'étude de ces rapports de force, avec tous les passages de seuil (caps chiffrés), est le propre de l'économie. En ça, la science économique se comporte intellectuellement comme la physique ou la mécanique, la systémique en plus (montées en charge, virements, interactions et synergies permanentes).
[2] Satisfaire, c'est résoudre une tension. En cela, la résolution des problèmes de l'entreprise (différence entre un souhait et le résultat mesuré de ses applications) est une démarche de satisfaction.
[3] Voir, côté Gilbert Durand, cette somme spectaculaire et passionnante (1963) sur l'imaginaire : Les Structures anthropologiques de l'imaginaire. Voir aussi tous les travaux d'Antonio Damasio sur le mélange et la circulation entre hémisphères, entre idées et sentiments, au sens classique. L'imaginaire est une fabrique permanente d'images, une fonction organique du cerveau, qui coiffe, nourrit, relaie, renforce et baigne tout autre processus, aussi intellectuel soit-il. L'on rejoint évidemment la combinaison (voire la mariage, quand tout est vécu dans l'acceptation et la stimulation réciproques) d'Animus et Anima : nous entrons là dans l'héritage de Carl Jung, héritage entre autres porté par l'excellent Georges Romey.
[4] L'intuition, c'est quand les choses font sens, font une impression soudaine, en utilisant l'autoroute d'un instinct bestial et/ou lumineux (d'un naturel). L'intuition est une efficience particulière, un rapport direct à la donne du monde (contexte, problèmes, solutions). Quand je suis intuitif, je suis disponible : je suis là. Tout s'ouvre, en particulier mes potentialités latentes.
[5] L'expérience montre que le phénomène touche certainement 60 à 80 % d'employés.
[6] La force de maintien (homéostasie) recherche la satisfaction, souvent de courte durée (cf. instinct de conservation), dégradation entropique oblige. Alors que la poussée d'évolution (revoir Romey) recherche de plus hauts degrés de réalisation (changements de degré 2, hypercomplexité morinienne, symbioses à haut potentiel), processus nécessairement plus ardus car transformatoires. Et mâtinés, j'ajoute, de cette ambiance d'éternité (d'éternel présent, d'éternel rapport aux choses, de goût pour l'harmonieuse félicité) qui baigne le cerveau.
[ Un manager maladroit, c'est quelqu'un qui vérouille ses collègues dans leur zone de confort : l'entreprise a peur de progresser | je connais trois commerciaux de trois entreprises différentes qui font juste leurs objectifs, et c'est tout | les grandes théories de la motivation, un exposé du Toulousain Patrice Roussel (pdf) | oublier de féliciter (y compris pour les petites choses) et réprimander systématiquement (y compris pour la moindre erreur) : une belle façon de démotiver, d'encourager la zone de confort (ou de repli) généralisé - ceux qui s'en sortent alors sont les plus perfides (cf. leadersspontanés), les autres partent en arrêt-maladie ou démissionnent ]
Qu'est-ce que je ferais si j'étais moins con ? La question est fantastiquement intéressante, elle fait penser à ces exercices orientés imagination créative. Comme en PNL (par exemple estampillée old school, façon Milton Erickson) ou - mieux encore - avec le concours du grand Jodo. Et je l'aime cette question. Tout comme j'aime, en le découvrant ce soir, le film qui la fait revenir dans la bouche des personnages - et du coup les stimule, c'est Le Cœur des hommes (Marc Esposito, 2003).
Tout s'ouvre : un meilleur nous-mêmes, un meilleur... moi-même.
J'adore.
Ce film est une réussite. Je le rapproche de ce que fait Agnès Jaoui, c'est intelligent et juste. (Je me suis fendu la poire !)
[ < 1e partie ] Tracer les canaux de déversement, les voies d'expansion, puis trouver les conditions d'être [ 3e partie > ]
Imagination créative et cohérence de vie
Le désir s'engorge. Croyez-le ou non, mais ce beau capital énergétique qui nous anime peut faire une boule. Ou un sac de noeuds. Bref, quelque chose qui fait tampon - l'image qui me vient, ce sont ces boules de cheveux que l'on retrouve amalgamées, dans le siphon des lavabos. Ça bouche.
Il m'aura fallu attendre de "prendre une pelle" sur le plan professionnel (cf. vrac d'automne) pour me poser. Et là, les copains se sont révélés précieux. Flemming m'a décapé, mettant le doigt sur ma persona, ce personnage public vantard, qui ne me ressemble pas, et qui - nourri de superficialité - avait gagné sa vie propre. Jusqu'à m'étouffer. Ce spectre vide, cette coque énergétique, brouillait tous les signaux que j'envoyais. Résultat : des projets "à la force du poignet", laborieux, poussifs, très, très "méthode Couet". Finie l'énergie, finie l'impulsion, la ferme intensité, le laser chaleureux, charmeur et vrai (car convaincu) qui était le mien. Finie la ligne de mire. Bonjour brouillard...
Et puis il y a eu Guillaume, qui - hier - a très intelligemment mis le doigt sur mes contradictions. Avec délicatesse. Et là, que dire ? La boule a vécu un mini-séisme (agréable, en plus), je crois que la pelotte de laine sale commence à refaire du fil.
Un peu comme un bassin engorgé, d'où partent de nouveaux canaux, tracés dans la glaise, avec le doigt. L'eau se déverse dans les nouvelles travées. Petit à petit, elle charrie les boues et les feuilles décomposées, puis fait pression, et jaillit. Pour l'instant, la source d'eau claire fait chanter un joli filet frais. Pour l'instant, je l'entends qui frémit : c'est léger. Mais à l'instar du micro-nuage du prophète Elie, la vie (ma vie interne) m'annonce un orage.
Je veux dire merci. Je veux aussi vous inciter à re-consulter Kofi Yamgnane. Car les canaux de déversement du désir vicié, ce sont les percées imaginatives précises, les lendemains qui chantent et qui s'entrevoient déjà, conquis par l'esprit. Investis par l'âme. Poussés par les ressources de l'homme : l'imagination et l'envie.
La vie est une pulsion. La vie est un travail. La vie est un plaisir. N'est lourd que ce qui attend un "mieux"...
[ Le cycéon | no bullshit, extrait de MP3 | voilà pourquoi je ne vais plus vraiment dans les communautés virtuelles, depuis 2003 - j'ai tendance à trop y bullshiter, ça me perd ] Read More
Au coeur du symbole - 1e partie [ Ernst Cassirer - 2e partie >> ]
Le symbole est une sorte d'atome : l'une des plus petites unités de compréhension humaine [1] et d'interprétation du monde (l'activité favorite de l'homme). Sa particularité ? Il peut être très petit, c'est-à-dire fonctionner comme un maillon élémentaire de tout un paquet (un essaim, un groupe) de pensée. Il peut aussi représenter un système à lui tout seul, doté de multiples connexions internes, à l'instar d'un macrocosme ou d'une minie-constellation de sens, qui se déploie par-delà l'individu ou le groupe humain qui l'a imaginé, comme doué de vie propre [2]. Son opposé, c'est le diable. Oui, étymologiquement, le dia (opposition, dispersion, division) bolos est un coupeur de cheveux en quatre qui - loin de se plonger dans l'analyse des choses - les disperse et les éclate en un nuage destructuré. Il les fâche. Le diable jette les choses hors d'elles-mêmes et arme les éléments sécessionnistes. L'unité se rompt : l'indépendance voile les coeurs, l'orgueil enfle, qui enfume - voire enflamme - et vend toute différence comme une opposition. Un fratricide [3] est à l'oeuvre. Allons du côté du symbole.
A l'opposé, symbole vient du grec 'symbolon', nous explique le philosophe Jean Lassègue, terme qui désigne un morceau de terre cuite [ndlr - syn veut dire avec] qui était partagé en deux et dont chaque morceau était conservé par deux familles vivant dans des lieux séparés : quand un membre d'une famille devait être reçu chez l'autre, poursuit cet érudit en sciences cognitives, il lui était possible d'exhiber le morceau manquant du 'symbolon' et de le recoller à l'autre, en montrant par là qu'il s'agissait bien d'un membre de la famille alliée. On héritait du 'symbolon', conclut-il, que l'on se transmettait à travers les générations. Le symbole est un 'vivre avec', c'est un pacte [4]. Que les familles (de gens ou de choses) soient voisines ou dissemblables, la réunion est donnée d'avance. Et gagnée.
Passionnant ? A l'évidence. Riche et bourré de ramifications. Je laisse à chacun le plaisir de rêver, en temps et en heure, aux bienfaits de la synergie humaine, de la complémentarité, de l'ajout de forces investies dans une finalité commune. Tout reste à faire. (Ouverture, gentillesse et pragmatisme font des miracles.)
Pour finir, faisons place au grand anthropologue [5] et sociologue Edgar Morin, spécialiste incontesté de la complexité : Au premier abord, la complexité est un tissu (complexus : ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés. La complexité induit un grand nombre d'actions entre éléments d'un même système (actions de l'ordre de plusieurs milliards - donc imprévisibles), de sorte que sujet et objet se renvoient la balle en permanence : ce qui induit une action peut se trouver, à tout moment (et c'est la vie) impacté par cette même action, voire par une autre, en tant que partie-prenante dudit système. Tout, potentiellement, peut tout toucher. Tout le temps. La complexité a toujours à voir avec l'imprévisibilité, voire - nous dit Morin - avec le hasard. Ce qui pousse à la prudence et même à l'humilité (ouverture et lucidité bienveillantes) : si vous avez le sens de la complexité vous avez le sens de la solidarité. De plus, conclut le Français le plus visionnaire de notre temps, vous avez le caractère multidimensionnel de toute réalité.
Fig. 1 - Archetype, par le designer Marco Ganz
CQFD. Le symbole est une réunion dont le principe est durable, qui a lieu dans un tissu où tout, potentiellement, peut toucher à tout. Certes le logos (tri, identification et animation d'une unité de fond) est le bienvenu. A condition que l'esprit de finesse (l'intuition, selon Blaise Pascal - ici, approche idéale de la complexité) trouve tout aussi belle part que notre trop classique et finalement limité esprit de géométrie (logos sec et systématique).
Avec un autre anthropologue illustre, Gilbert Durand, gageons que la folle du logis (l'imagination, selon la formule maintenant dépassée de Sartre) a de beaux jours devant elle. Sa richesse et son épaisseur copient le réel. Et l'infléchissent parfois...
__
[1] La PNL, par exemple, parle essentiellement de la façon dont nous structurons - de manière si typiquement humaine - le monde et ses phénomènes. Structuration qui passe par le langage (par les schèmes langagiers, préciseront les psychologues). Le langage ? Une structure à lui tout seul. Il faut voir en quoi les métaprogrammes neurolinguistiques façonnent l'image du monde et conditionnent les (ré)actions que nous y menons. Nous faisons le langage, qui nous conditionne en retour. Bel exemple de projection hors de nous, qui nous revient en plein visage.
[2] Pour comprendre l'autonomie les figures symboliques collectives (les archétypes), Carl Gustav Jung nous est, encore une fois, bien utile.
[3] Ici, mettre à contribution la façon dont René Girard parle de la violence comme fait fondateur de la civilisation : en cela Caïn tuant Abel marque notre espèce du triste sceau de la condition humaine, condamnée à répéter (bêtement) ses erreurs. Cf. violence mimétique et recherche de bouc émissaire, données anthropologiques désormais admises (quasi) unanimement.
[4] A la suite du psychiatre-psychanalyste américain Eric Berne), le psychanalyste et éthologue français Boris Cyrulnik rappelle que l'homme a inventé les rituels pour donner une forme (et donc consommer dans l'oeuf) l'énergie instinctive, par nature violente. C'est ce qu'a fait le Moyen-Age avec le sang bouillonnant de ses campagnes : les nobles, désormais maniérés, tenaient plus longtemps l'épée dans le fourreau.
[ La PNL, un travail sur et à partir du langage | alliances et territoires | sur l'imagination qui infléchit le réel et bascule les rapports de force, lire quelle tactique l'homme politique Kofi Yamgnane utilise | idem avec les prophéties autoréalisatrices, selon William Isaac Thomas) | Agora.qc.ca, très belles ressources sur les symboles (entre autres choses) | cet article est dédié à Véronique P., que j'embrasse ] Read More
S'imposer naturellement, incarner une fonction - 1e partie [ Le canal et les boues, réquisitoire pour une imagination salutaire - 2e partie >> ]
Qu'est-ce j'aime chez Kofi Yamgnane, le vice-président du conseil général du Finistère ? Tout. Et particulièrement ce pragmatisme : Les Français votent pour vous si et seulement s'ils vous imaginent... en tant qu'élu. Ils ont besoin de se représenter la fonction et vous dedans [*]. Ils vous "voient" à ladite place : c'est à cette condition seule qu'ils vous donnent leurs voix.
Emission Vie privée, vie publique (mercredi dernier)
[*] Constat patent dans les entreprises : Je vous "verrais" bien dans ces fonctions. Cette projection, qui incarne une personne dans un "costume de", est à mon sens le levier inconscient des recrutements, promotions et autres changements de fonctions. Effectivement, je vous vois bien en tant que... Face à cela, les critères rationnels s'étiolent, pour laisser place à une espèce d'intelligence synthétique - qui saisit la totalité d'une question, sans pour autant verbaliser les enjeux.
[ Le site de Kofi Yamgnane | les chaises | les différents cerveaux, ici et là | barre latérale ~ Cerveau | Nous grandirons tous ensemble, livre de Kofi Yamgnane ]