Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: intramotives

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 Motivation, facteurs intrinsèques et extrinsèques - 2e partieFri 13 Oct 2006
0 comments
picture

[ << Ce qui dépend de nous - 1e partie ] Confiance en soi - 2e partie [ Les pieds dans le tapis - 3e partie >> ]


Facteurs motivationnels intrinsèques et extrinsèques
~ les ressorts de l'intra et de l'extramotivation



Emotionnellement parlant, il y a deux types de porteurs de projet. Les premiers ont intériorisé tous les compliments, toutes les marques de confiance et d'estime jadis adressés par leurs proches. Je dis jadis pour parler de l'enfance. Ces gens-là disposent d'un capital d'assertivité (affirmation de soi) et de foi en eux-mêmes qui les amène généralement loin [1]. Eh oui. Valoriser les enfants, en quantités intelligentes, c'est leur fournir le carburant qui leur permettra de persévérer dans un projet. Persévérer [2] en dépit : 1. du principe de réalité, tellement castrateur, 2. des critiques liées au balisage permanent des territoires humains, 3. du manque persistant de strokes, en cas de pénurie prononcée.

Et puis il y a les autres.

Les autres, ce sont ceux qui ont besoin de proches. Ils mettent à profit les strokes de leur entourage. Et c'est là leur moteur. L'on appelle cela : tirer sa motivation de facteurs extrinsèques, ici socioémotionnels.

C'est comme ça. Je sais que l'Education nationale encourage les appuis motivationnels internes (travail personnel important) et - côté externe - qu'elle confie le gros des strokes au bon vouloir des professeurs, encore trop souvent inconditionnels dans leurs remarques (cf. "Peut mieux faire", dans l'absolu).

L'idéal, c'est d'avoir les deux leviers. Des leviers sains et assumés. S'appuyer sur soi et sur les autres équivaut à avoir plusieurs colonnes dans sa maison.

__

[1] Ils vont loin si tant est que le projet soit bon (voir ceci). Ou qu'ils en changent sitôt qu'il produit des fruits douteux. Parlons de ceux qui vont loin, justement. Napoléon Bonaparte avait tellement confiance en lui (merci à sa maman Corse) qu'il se fiait à son instinct en toute circonstance. Son ambition et son sens de l'observation (ressorts intrinsèques) lui suffisaient amplement. Pour être si autonome, du point de vue motivationnel, il faut - comme lui - être valorisé abondamment. Dès le plus jeune âge. Il était persuadé d'aller loin, dans tous les cas. N'importe où que ce soit. L'Histoire a d'ailleurs cristallisé ce trait mental dans une citation restée célèbre : Il ne va pas bien loin celui qui sait d'avance où il va. Ce qui plaide en faveur de l'impulsion interne, de la force désirante qui s'autosuffit. (Quand elle est mise en synergie avec une force d'adaptation et une capacité à engranger les expériences, comme chez Napoléon.)

[2] A l'instar du "père-haine" que le psychanalyste Yves Enrègle entend dans l'adjectif pérenne, il me semble que le persévère sonne comme un "père-sévère". (A relier d'ailleurs à la description que Taibi Kahler fait du profil du Persévérant.) Et vous, qu'en dites-vous ?

[ Les incitateurs (drivers) sont des injonctions parentales, passées en mode inconscient - donc constructrices de scenarii de vie ; ces incitateurs s'actualisent dans les épreuves et souvent se confirment voire se renforcent | l'expérience montre que les intramotivés ont tendance à trouver satisfaction dans les retours d'eux à eux (attention à la subjectivité, ou au syndrôme de la "tête de mule"), tandis que les extramotivés, en cas de coup dur, attendent souvent les confirmations d'un entourage parfois déconnecté (être proche émotionnellement, cela peut induire une certaine distance intellectuelle ou une saisie incorrecte - souvent à la baisse - des enjeux de celui qui, dans l'épreuve, demande des strokes) | l'on se souvient combien Françoise Dolto préconisait les marques d'affection claires et fréquentes, pour les enfants, afin de les rendre autonomes sur le plan affectif (et cognitif, donc intellectuel - l'on sait depuis Antonio Damasio combien les affects et les idées sont liés) | elle avait bien raison, Dolto - dire tout l'amour pour permettre à l'autre de "faire le plein" et de se détacher pour vivre une vie libre, c'est la finalité psychique absolue | ajoutez cette liberté à la créativité et à la présence au monde, dans son acception la plus grande, vous avez là le triptyque cher à Alexandro Jodorowsky, certainement le plus doltoïen des psychothérapeutes actuels, avec peut-être Jacques Salomé | à propos de l'assertivité, je me souviens qu'une Franco-Américaine expliquait sur France culture, il y a un an ou deux, que les petits Américains qui se cassaient la figure dans les parcs publics étaient encouragés par leur mère à recommencer leur défi physique, alors que les mères françaises réprimandaient systématiquement leur bambin pleureur - ah, la culture ! ]


 Confiance en soi - 1e partieMon 4 Apr 2005
0 comments
picture

Confiance en soi - 1e partie [ Intra et extramotivation - 2e partie >> ]

Tout dépend de toi, mon fils (ma fille). Vous connaissez le refrain : c'est dans le diamant que cette assertion semble gravée. La bonne nouvelle, c'est que tout succès comporte une double joie : 1. les avancées produisent le 'mieux' tellement escompté, 2. la fierté du self made man (woman), elle, s'illumine comme une flamme olympique. C'est l'extase. Réussir, c'est mettre en oeuvre ses compétences. C'est aussi conditionner les choses pour qu'elles reçoivent la trace de notre identité. Celui (celle) qui réussit devient la preuve vivante du Quand on veut on peut. Sexy, politiquement correct, enviable. Mais un peu court : que dire alors des échecs ? Un fruit du manque de compétences ? du manque de volonté ? Pire : du manque d'ambition ? Passons les choses au crible. C'est dans la cité grecque de Nicopolis [En], que notre parcours fait aujourd'hui escale.


1. Une estime de soi adulte

En matière de direction de vie, c'est la voix du philosophe Epictète (Ier s. ap. J.-C.), jadis égosillée dans la péninsule de Preveza [En], qui résonne le plus nettement. Un appel à grandir. Les croyances de l'enfance, les injonctions, les rêves se ré-évaluent à la mesure de ce qui a un sens, de ce qu'il est POSSIBLE de faire. Outre les fantasmes. C'est là toute l'essence du stoïcisme, qui traite l'individu en adulte. Quoi qu'il arrive, devoir et lucidité dominent : il faut faire ce qu'il y a à faire. Mais aussi faire ce que la réalité dicte, c'est le pragmatisme. Ce que je dois et ce que je peux faire, tel est le coeur du plan d'actions.



L'ambition, Epictète l'aborde sous l'angle de sa propre condition, tellement spéciale. Il est esclave. Un maître sadique lui cassera le pied [1], tandis qu'Epictète ironisera sur la situation. (Quelle maîtrise de soi !) Alors qu'est-ce que réussir ? Dans quelle mesure la confiance en soi a-t-elle un sens ? Lui prend les choses à la base : Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui ne dépendent pas de nous (voir ici). La croyance en la fortune [2], par exemple, est illusoire. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d'autrui. Une volonté étrangère, explique Epictète, peut nous en priver. C'est ce qui s'appelle se faire battre aux quatre vents : la fortune est de ce bois-là. Donner son énergie à ce qui dépend de l'extérieur - tellement chaotique - est une perte de temps et d'énergie, un danger pour la confiance en soi. Ce qui dépend de nous, estime l'esclave philosophe, ce sont nos actions, nos désirs, nos pensées. A l'inverse, ce qui ne dépend pas de nous ce sont les honneurs, la fortune, la mort [...] Bref, les choses qui sont le fait des autres et du chaos combiné (c'est la complexité, l'incertitude mouvante). Il faut donc savoir que seules les choses qui dépendent de nous peuvent être un bien ou un mal car il demeure en notre pouvoir d'agir sur elles. Le remède est simple : celui qui pense que seul dépend de lui ce qui relève concrètement de sa personne et que dépend d'autrui ce qui réellement dépend d'autrui, celui-là même ne se sentira jamais contraint à agir, jamais entravé dans - l' - action. Conclusion : bien détacher ce qui dépend de moi (de ma volonté, de ma sphère d'influence) des facteurs externes, eux qui - mal compris - peuvent me faire si mal. Je peux (et dois) économiser, et centrer, mon action, dixit Epictète, sur mes actions, désirs et pensées.

Il y aurait donc des déterminants externes et des facteurs internes, seuls leviers d'action véritables. Je peux envisager les zones dans lesquelles avoir confiance en moi. Le tranchant de l'estime de soi est sauf, lui qui s'exerce à bon escient.




2. La légitimité

Il est évident, par ailleurs, que je me sens confiant dans les zones où je me crois (à tort ou à raison) légitime. Ai-je le droit de faire cela : suis-je à ma place ? Un bon indicateur est le feedback (retour) que mon action suscite (pour savoir comment mettre à profit les feedbacks, voir ici).




3. Les signes de reconnaissance

Bien sûr. Si Napoléon rayonnait de confiance en lui, c'est parce que son entourage croyait en lui... et le lui disait. Tout autant que d'oxygène, j'ai besoin de strokes. Mon lien aux autres a un indicateur : les signes humains. L'homme est un support à contacts.




4. Conclusion

Si j'ai un problème de confiance en moi, je considère que : 1. tout ne dépend pas de moi, 2. les facteurs de valorisation à considérer sont (exclusivement) ceux où je peux faire du bien, actions, désirs et pensées, 3. la légitimité de mes actions est rigoureusement fondée, feedbacks à l'appui (beaucoup sont analysables et mesurables), 4. les strokes me viennent ou me viendront : l'activité humaine est un maillage de signes interpersonnels.

Courage. Courage et rationnalité...

_____

[1] L'on a beau dire, le management systématique - à l'époque - était des plus balbutiants.

[2] Réussite publique et professionnelle.

[ Images (c) Footprint.org, Knifeworks.com, Hb.co.nz, Surveysolutions.co.uk | billets sur le coaching | les chaises ]