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[ < Culbuto et F2F | Communication - 7e partie ] Vrac de janvier - 8e partie [ Vrac de presqu'été - 9e partie > ]
E bella la vita !
Fier de moi : voilà ce que je suis. L'effet culbuto, abordé ici, joue pleinement aujourd'hui. Je pourrais être abattu et c'est l'inverse qui se produit. Merci (et grands bravos) à moi - oui ! Mille raisons de jeter l'éponge brillent de leurs feux froids. Eh bien moi, j'ai de très bonnes raisons (et de très grands plaisirs) à vivre, à jouir, à me battre, à comprendre. Le pilier-moteur, c'est la poursuite du bonheur, ou plutôt l'envie, la grâce et la joie. En clair, la vie. La vie suffit : la vie s'autosuffit. Vivre est un bonheur en soi. (C'est Casanova qui le dit, il a raison - Spinoza, avant lui, disait que la félicité était... une fin en soi.) Jodorowsky, le probablement plus grand artiste-philosophe du XXe siècle, confirme tout ça en vivant. En créant... En riant.
La beauté est calme et folie, humour, courage. La beauté ? Confiance et foi, è bella la vita !
En outre, plusieurs choses précises me mettent en joie profonde. Il y a, depuis quelques jours, ces deux superbes livres. Profitez-en :
Et puis il y a (juste en dessous) cette magnifique illustration du complexus dans lequel nous vivons. Le tissu de la vie est dynamique comme un vrai tissu : il prend une forme, se reconfigure, s'actualise en direct comme un vêtement. De plus, les accrocs de la maille de l'épaule (événement A) peuvent déliter l'ensemble de l'étoffe et affecter la maille ou le bouton du bas (conséquence B). De la même manière, par capillarité, le fait de mettre un parfum précieux à un endroit du vêtement diffuse et fait boire la beauté balsamaire à l'ensemble. Nos vies ont un impact (merci Matoo et Max Le Mans) - look :
[ Tenez, un chat avec l'un des auteurs de 80 Hommes, Matthieu Le Roux | Les Quatre Accords - ressources de Thierry Cros | Maud Séjournant et Olivier Clerc | Don Miguel Ruiz se range parmi les grands du management, consultez donc l'excellent Businessballs | le complexus est une notion maîtresse du travail du lumineux Edgar Morin | attributs du complexus en sciences humaines | voir le grand Jodo | << Quand j'étais petit, mon père me disait qu'un château humain certes ne prenait pas de coups mais ses fortifications l'empêchent aussi de vivre les courants et les stimulations de la vie, c'est-à-dire le bonheur >> - Un psychothérapeute toulousain, fils de psychothérapeute | croyances limitatrices, à corréler avec les scenarios morbides - prophéties autoréalisatrices de William Isaac Thomas, incitateurs de Taibi Kahler (drivers) et jeux d'Eric Berne (stratagèmes inconscients) | Jean Cottraux, un spécialiste de l'inconscient et de ses scénarios morbides | ce qui est morbide, c'est ce qui s'autolimite, s'autocensure et bégaye | la vie, c'est sortir de l'idée de sécurité et accepter le tout-venant avec sérénité, avec joie ! - cf. Tchouang Tseu | blessed are the flexible for they will not snap ]
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File prendre ton bain (sémiotique)
Vous le connaissez, il est horrible ce schéma. Si primaire : Emetteur => message, forcémment codé => Récepteur.
Grâce au Ciel, en 1994, un formateur m'en a montré les limites. Bien sûr que communiquer, c'est pas ça - quelle horreur ! Bien sûr que Jean-Marc Froquet, c'est son nom [1], m'a montré autre chose. Je dois donc vous citer l'Analyse transactionnelle (AT) et la Programmation neurolinguistique (PNL). Dépassés, ces arts de la communication ? Oui et non. C'est vrai qu'il y a aujourd'hui bien mieux. Pour autant, ces écoles font un premier vecteur... solide. Champs investis ? Le besoin si fondamental de signaux de reconnaissance, les répétitions morbides (programmes, scénarios noirs), l'interprétation personnelle des choses, la grille de lecture du monde (autour de croyances donc de valeurs - ces raccourcis utiles pour donner un sens aux choses), le besoin d'être avec des gens qui nous comprennent, la qualité (adaptation de la forme) des messages adressés à Untel ou Untel. Ok. Que dire alors ? Mmh, la communication, c'est de l'intellect (clarté des choses, sensorialité donc force des messages) mais encore et surtout c'est de l'affectivité. Le socio-émotionnel, en somme : nous sommes proches, presque structurés de la même manière, je suis dans votre camp, je vous respecte, je reconnais votre spécificité, je vous reconnais une vraie place [2], dans mon périmètre humain, dans le monde aussi.
Mais ce n'est pas ça que je veux dire. Je veux avant tout parler de cet émetteur et de ce récepteur. Froquet avait l'art de mettre l'accent (le primat) sur l'émetteur. Il avait raison. Il est tellement plus simple de bien travailler son adresse à quelqu'un (en respectant son intelligence, son tempérament, ses attentes) que de gérer la réception d'un message mal configuré (place peu enviée du récepteur). Je m'explique : l'émetteur - pour être efficace - dépense une misère, nerveusement, pour transmettre quelque chose de bon. Alors que le récepteur est à la peine : comprendre un truc mal ficelé est consommateur d'une montagne d'énergie. L'idée ? Bien s'exprimer en amont, bien parler à la tête (clarté), au corps (ancrages sensoriels) et au coeur (respect du tempérament de l'autre), c'est prendre soin de la communication, c'est transmettre un bon relai. A l'inverse, penser que l'autre doit s'adapter au tout-venant qui sort de nos bouches, c'est : 1. stérile, 2. scientifiquement faux. L'expérience montre que l'émetteur fait tout ou presque. Avec peu. Le récepteur, le pôvre, est toujours plus lent. Il dépense plus, ouvre toutes les oreilles possibles et souvent renonce, s'énerve, ignore. Bref passe à côté. Inconsciemment. C'est humain, c'est normal. Alors, pour une bonne hygiène [3], pensons à bien émettre. Malheureusement, quand quelqu'un comprend, il le doit à sa propre intelligence (efforts, adaptation continue, changements permanents de tactique de saisie - des dizaines au minimum, pour un seul message). Rarement à la pédagogie [4] de l'émetteur.
Fig. 1 - Un bain. Figurez-le vous sémiotique (hum hum).
La sémiotique, explique Ferdinand de Saussure,
c'est la science générale de tous les systèmes de signes (ou de symboles)
grâce auxquels les hommes communiquent entre eux.
Bon, je reviens au début. Pourquoi ce schéma est-il, en somme, dépassé ? Et d'un parce qu'il date de cette période agaçante du réductionnisme : l'homme envisagé comme des flux, des trucs, des mouvements. C'est typiquement les années du tout-technique : années 1950. Deuxièmement parce que la science considère à présent (merci Boris Cyrulnik) que la communication est une activité. Entendons par là quelque chose de naturel, d'instinctif. Nous baignons vous et moi dans un bain sémiotique (les signaux deviennent porteurs de sens, pour le cerveau) : l'idée du tissu (complexus en latin) est là. Nous baignons dedans : ce que j'émets, je l'adresse à tout le monde en même temps, y compris à moi-même (les bien heureux tenants d'un inconscient psychique approuvent). Et en plus j'envoie un paquet de choses non-dites. L'autre reçoit, interprète mais en plus émet en même temps, y compris le simple fait qu'il reçoit-interprète. Vous me suivez ? Emetteur-récepteur, c'est has been. Qui est quoi ? Qui fait quoi ? Tout le monde fait tout. Et ça passe par un bain.
Etre un humain, c'est ça. C'est agir dans le bain, par le bain.
Des bises et bon week-end. Salutations à l'équipe Absara : Flemming, Guillaume, Nadia, André. Et Fabien.
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[1] Il a formé... des milliers de gens.
[2] Voir les chaises de Patrick Çabal.
[3] L'expression plairait à Jacques Salomé.
[4] L'impact, écrit comme oral, ça se travaille.
[ Image (c) M6 | Qu'est-ce qu'un symbole ? | symbole et synthème - pour le grand René Alleau, le nom de synthème doit être réservé aux signes conventionnels par lesquels un lien mutuel est établi par les hommes : un pont communicationnel est jeté entre eux, cf. De la nature du symbole | semiosis et vie sociale, la thèse passionnante de Josiane Boulad-Ayoub (pdf) | pour les sciences cognitives ou sociales (mais aussi pour la poésie ou la métaphysique), un homme, c'est un inventeur de symboles, un producteur d'activités et un fournisseur - pour autrui - de marques de reconnaissance | c'est Françoise Dolto qui affirmait que l'homme n'était que langage (la figuration des choses ; les interactions avec autrui) | sciences de l'information et de la communication, panorama | fonctions du discours selon Roman Jakobson ]
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[ << Analyse transactionnelle et jeux | miniscénario ] Incitateurs - 10e partie [ Incitateurs et profils PCM - 11e partie >> ]
Deux éléments. Premièrement, l'Analyse transactionnelle : l'AT d'Eric Berne, nous l'avons vu, est un projecteur braqué sur les chantages, cercles vicieux et autres jeux psychologiques. Vous vous souvenez ? Deuxièmement, Taibi Kahler. Ce disciple de l'AT voit dans les apports de Berne un formidable vivier (une galaxie) qu'il convient d'optimiser, de condenser. Autour d'idées-forces, centrales, cohérentes. Des points d'entrée dans la machinerie AT. Allons plus loin : ces points d'entrée sont aussi des tentatives de grilles de lecture fiables, transposables de manière indépendante à peu près partout. Je dis bien de manière indépendante. Au point de former un nouveau système, un modèle post-transactionnel, opérant : la Process Com (PCM). Alors voyons : d'une part l'AT et les jeux, d'autre part la PCM. Questions naturelles : Qu'est-ce qui incite, inconsciemment, à jouer ? quite à faire des dommages collatéraux ? D'autre part, qu'est-ce qui préside à la constitution des profils PCM, ces structures de la personnalité qui - selon Kahler - pétrissent le monde ? Réponse : c'est en grande partie les drivers. Ces incitateurs [Fr] sont les lignes de force inconscientes qui charpentent les gens, les actes et les rapports humains. De soi à soi, et de soi aux autres. Les drivers, pour les deux auteurs, sont les moteurs [1] du monde.
Continuons un peu. Le sujet d'aujourd'hui mérite que l'on se replonge dans le bouillonnement pré-PCM. Nous sommes en 1974. Taibi Kahler et Hedges Capers, transactionnaliste lui aussi, planchent sur le Miniscénario [2], ce 'pétage de plombs' universel qui, pour de 'simples' stimulations interpersonnelles non obtenues [3], fait dériver la personne vers des conduites a priori aberrantes. Quoique quotidiennes [4]. (Tout le monde stresse, joue... et perd, c'est un classique.) Il faut ici reconvoquer le consultant Giampaolo Possagno, qui fait un intéressant tour d'horizon des drivers :
1. 'Sois toujours parfait', 'Ne fais pas d’erreur'. Cet incitateur recquiert une qualité d'exécution parfaite et minutieuse. Tout est dans la maîtrise, vérouillée, fermée au monde et aux objectifs réels. La personne est enfermée en elle-même, focalisée sur les détails. Tous les détails. La fin du programme ? Quand la personne peut (enfin) constater que tout est maîtrisé à fond. Jouissance à la clé. Quand je suis sous cette emprise, reprend Possagno, en règle générale, j’attends aussi des autres un comportement de cette nature. Ajoutons que pour le consultant en communication René de Lassus, les croyances ici engagées se résument à : ne rien laisser au hasard, un être humain peut - concrètement, et ça lui est profitable - faire les choses à la perfection. Croyances (hélas !) renforcées par ce que la psychologie appelle l'attention sélective [5],
2. 'Fais toujours vite', 'Dépêche-toi', 'Regarde toujours en avant'. Le mot d'ordre ? Tout régler rapidement, énumère Possagno, répondre vite, parler vite, etc. C’est, selon lui, un appel à la précipitation, un appel à quitter le présent. Souvent aussi : un mécanisme d'autoprotection (implicite) pour éviter les gens de trop près. Leitmotiv : mieux vaut aller vite et se montrer pressé, analyse Lassus,
3. 'Donne-toi toujours de la peine', 'À la sueur de ton front', 'Travaille sans jamais t’arrêter' (Try harder). Celui qui agit selon cet incitateur fait de chaque tâche l’oeuvre du siècle. Rejaillissement sur les autres : le sujet cherche aussi à amener les autres à ce qu’ils fassent des efforts avec lui. Mot d'ordre : surtout ne pas se relâcher. Proverbe idoine : les dieux ont placé la sueur avant la réussite. Et quelqu'un qui en bave, dixit Lassus, finit toujours par y arriver. La croyance aliénante ici en jeu, c'est que l'on peut faire plaisir à tout le monde, il est important de montrer qu'on essaie constamment, avec acharnement [6],
4. 'Contente toujours tout le monde', 'Sois toujours aimable', 'Le chapeau à la main ...' L’autre a toujours plus d’importance que moi. (Fais plaisir ! ordonne le psychisme.) Les autres se sentent bien ou mal ? J'en fais une affaire personnelle. En fait, j'ai besoin que les autres m'estiment. Le risque : mettre ses propres besoins sous le boisseau. Phrases-clés : il faut être bien avec tout le monde, et ainsi se montrer aimable et dévoué, il y a moyen de contenter tout le monde,
5. 'Sois fort en toutes circonstances', 'Serre les dents' ('Ne montre rien', ajoute Lassus). Surtout, renchérit Possagno, ne jamais montrer de faiblesse, être un modèle, garder une attitude ferme, être intransigeant et si possible tout accomplir soi-même. Cet incitateur serait un appel à l’héroïsme. Il trahit un certain manque de confiance à autrui et une horreur (une fuite) de la vulnérabilité. Interdiction, par ailleurs, d'être triste. Schème impliqué : la méfiance, c'est important de faire croire [ndlr - y compris à soi-même] que l'on est fort.
Fig. 1 - Les éditions Tascabili Bompiani
Le mot de la fin à René de Lassus. Il existe heureusement des remèdes. Les injonctions se combattent avec des contre-ordres. Ici, des permissions. Voici les principales : Existe, ose être toi-même, prends du pouvoir selon les circonstances - Ose agir, pends des initiatives, des risques bien calculés - Réussis ce que tu entreprends - Réfléchis toi-même, ose dire tes propres idées - Deviens un adulte, ose prendre des responsabilités, analyse les pensées de ta jeunesse pour en retenir les meilleures - Fais confiance, tu sais apprécier qui est digne de ta confiance et qui ne l'est pas, délègue - Intéresse-toi aux autres, sois plus proche des gens - Ressens les choses et les individus, fais confiance à tes émotions et à ton intuition - Sois gai, sois libre, tu as le droit de t'amuser - Sois raisonnable, équilibré, fais preuve de mesure.
Un bon exercice, que je vous soumets, serait de relier ces permissions aux incitateurs.
Excellente soirée - Très bonne Pentecôte à vous.
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[1] Les strokes, dans le dialogue offre-demande, forment le carburant. (Bifurquons un instant par la motivation.)
[2] Nous sommes 15 ans avant le fameux Addendum.
[3] Précisons qu'ils s'agit ici de strokes ciblés : leur absence est inconsciemment ressentie comme un rejet. Tout le monde a besoin de signaux de retour, de preuves qu'il existe, qu'il est voulu, qu'il peut avoir sa liberté, sa vie propre. Lire René Arped Spitz. Ainsi que Jacques Salomé, qui relève quelques besoins fondamentaux : 1. la survie, 2. se sentir en sécurité, aimé, respecté, entendu, 3. les rapports sociaux (le socius ou la reliance du sociologue Marcel Bolle de Bal, commentée par Jean-Louis Le Moigne), 4. se sentir distinct des autres (individualité), 5. prendre en main son destin (autonomie), 6. la distance et le silence (repli), 7. la réconciliation et l'harmonie des choses mises dos-à-dos (symbiose).
[4] Cf. la dimension des scénarios de vie, par Jean Cottraux. Voir notamment ses passionnants schémas de personnalité, en complément des drivers.
[5] Voir aussi les effets de la prophétie autoréalisatrice de William Isaac Thomas. Ou encore les renforcements groupaux façon Janis.
[6] Je pense forcément aux devises Shadocks :-)
[ D'après l'Association internationale d'Analyse transactionnelle (ITAA), nous jouons pour : 1. obtenir des strokes, par tous les moyens possibles (surenchère, etc.), y compris si cela se termine mal, 2. occuper son temps (amplifier la sensation de maîtrise ou obtenir des sensations 'électriques'), 3. se voir confirmer (cf. attention sélective) que les croyances auquel l'on adhère sont bonnes et ainsi se sentir rassuré. A quoi j'ajoute personnellement le besoin de Tout cela est affaire de craintes : curieuses stratégies que celles de l'homme... Un bel appel à la symbiose, qui transcende (dépasse) les choses - cf. Marie-Louise von Franz | par ailleurs, le Triangle thérapeutique (sorte de contrepied vertueux du Triangle dramatique, ici intériorisé), peut s'envisager, selon la coach Patricia Coosman, comme une actualisation de la Puissance, de la Permission, de la Protection - à voir | un bon moyen de mesurer l'importance des jeux dans notre vie, le Questionnaire de scénario (p. 355) in : Que dites-vous après avoir dit bonjour ? | un bon moyen de les éviter, c'est d'être assertif et de refuser (poliment) de prendre part à l'un deux, quand il vous semble manifeste | autre apport, les positions de vie | Process com, tableau récapitulatif | l'école du Dialogue intérieur pousse l'idée des drivers jusqu'à envisager, derrière chaque injonction, des personnages intrapsychiques bien distincts ] Read More
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[ << 2e partie - Quand le collectif parle (et s'impose) à chacun ] L'entreprise névrosée - 3e partie [ La névrose de groupe, un conflit entre nécessaires puissance de maintien et pulsion d'évolution | Michel Crozier et le jeu bureaucratique à la française - 4e partie >> ]
Sociologue Eugène Enriquez - Une presque plongée dans Léviathan
Est-ce que la psychanalyse explique tout de l'entreprise ? Non. Certes met-elle en jeu les tensions - agressives et érotiques - qui se jouent. Pour autant, il faut convoquer la dynamique de groupe pour tout comprendre, je veux dire pour savoir comment les forces s'organisent [1] concrètement. Voire aborder l'anthropologie, étude (entre autres) des territoires, donc des prérogatives de chacun. Autant dire des alliances et des guerres qui en découlent (cf. pouvoir). Je suis en train de me replonger dans le brillantissime René Girard, anthropologue français dont je recommande - pour commencer - la lecture du fraichement paru Les Origines de la culture, dialogue simple et fécond entre universitaires. Que dire ? Oui la violence parcourt les groupes. L'issue : trouver un bouc émissaire, chargé de libérer les tensions et de porter ce lourd héritage humain, ce signe que la concorde (le savoir aimer et travailler de Freud) exige un prix à payer. (Vilaine condition [2] que celle des groupes.) Un décharge-misère ? C'est le rôle du mobilisateur négatif, pour le psychanalyste et consultant Yves Enrègle (cf. Assurancetourix du Village gaulois). Le groupe, c'est tout cela. Et le pire, vous savez ? Ce ne sont pas les tensions de haut niveau, qui ensanglantent des chefs au cuir déjà épais. Ce sont les bassesses des échelons intermédiaires. Là, la guerre se fait à l'arme blanche : les places du 'mieux'- par opposition à 'cette base fangeuse d'où l'on vient et qui nous fait horreur' - sont peut-être les plus chères. Gare aux petits chefs, les leaders spontanés - autocrates en puissance - mal cadrés donc en chasse permanente. Un jeu de massacre, accentué par l'incertitude à pouvoir conserver sa place (voir les chaises de chacun, chères au psychiatre toulousain Patrick Çabal).
Mais le trophée de la violence revient d'emblée aux choses larvées, qui frappent en silence, qui minent. Vous savez, les pesanteurs internes, les boulets, les croix inter et auto-imposées. Dans un entretien d'avril 1991, donné à Sciences humaines, le sociologue et expert en psychanalyse des organisations Eugène Enriquez dresse un lucide bilan du fait humain en entreprise :
Sciences humaines : - Pourriez-vous donner un exemple de ce que signifie une analyse de groupe ou d'organisation ?
Eugène Enriquez : - Dans certaines organisations, on observe des gens qui se comportent comme des morts vivants. Ils préfèrent, malgré tous les dysfonctionnements qui assaillent l'organisation, se cacher la réalité et refuser d'affronter les difficultés. On peut voir des organisations qui préfèrent, parce que cela les rassure [3], maintenir une répétition mortifère [4] de ce qui se fait plutôt que d'envisager autre chose (par peur que tout ne s'écroule). Il y a aussi des organisations qui développent un stress professionnel tendant à briser, à casser les individus.
>> A l'inverse, on observe des institutions où prévaut le consensus, où l'on refuse le conflit et donc le dévoilement de certains problèmes par peur de briser l'harmonie interne. Il y aura donc refoulement de la parole libre, refoulement de l'agressivité...
Fig. 1 - Eugène Enriquez
SH : - En matière de management participatif [cf. les différents styles, plus ou moins opportuns - part. 1, 2 et 3], l'analyste constate-t-il de réelles modifications de pouvoir dans l'entreprise depuis vingt ans ?
EE : - L'idée du management participatif est en réalité une très vieille idée : elle date d'après-guerre [cf. Kurt Lewin]. Elle a mis du temps à s'imposer. En 1956, lorsque je parlais de participation, de consultation, je me suis entendu reprocher de vouloir installer des soviets ! Maintenant, on peut dire qu'il y a des soviets partout ! Ils s'appellent cercles de qualité, groupes d'expression, groupes de projet, groupes ad hoc... Il y a un changement en ce sens que l'on commence à mettre en place des idées proposées par les psychosociologues dès les années 1940. Personnellement, je ne pense pas beaucoup de bien de ces méthodes dans la mesure où la participation est exigée. Michel Crozier avait bien dit dans Le Phénomène bureaucratique que les gens voulaient des compensations à l'investissement en termes d'argent, de prestige [5]. Dans une certaine mesure, il est vrai que la personnalité des cadres ou des ouvriers est plus prise en compte ; ceux-ci se sentent plus valorisés lorsqu'ils ont de nouvelles responsabilités. Mais en même temps, jamais il n'y a eu un tel contrôle sur la pensée et la psyché des individus. Jamais ne s'est autant manifestée la volonté d'emprise de l'organisation sur l'individu. L'organisation tend à prendre l'individu au piège de ses propres désirs.
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[1] Description des interactions par Robert Freed Bales et cartographie socioémotionnelle par Jacob Levy Moreno, par exemple.
[2] L'égrégore, archétype du groupe en tant que structure énergétique aboutie, vérouillée, pourrait influencer les mentalités individuelles. Bien souvent pour le pire (ex. : figures mystiques collectives qui engluent les parties-prenantes du Premier Conflit mondial - cf. Gustave Le Bon).
[3] Puissante homéostasie - cf. Edgar Morin.
[4] Lire La Répétition des scénarios de vie du psychiatre Jean Cottraux (voir ses typologies de personnalité).
[5] Voir, en complément, la notion de valence. Chacun donne à un phénomène donné une valeur de motivation qui est subjective.
[ Autres gourous | psychanalyse d'entreprise | management et cartographie des enjeux éthiques, outils d'équité, de volontarisme et de liberté | Qualiconsult présente Michel Crozier | Eugème Enriquez, membre du Laboratoire de changement social, adossé à Paris VII | Enriquez, synthèse d'ouvrage par le Groupe de recherche en médiation des savoirs | revue Changement social | Girard et Enriquez, même combat ? | Dynamique de groupe, article interactif du grand Didier Anzieu ; Systémique, article de l'incontournable Jean-Louis Le Moigne - excellentes ressources du site de psychiatrie et de pathologies sociales ACpsy | dynamique de groupe, fondements | manifestations de l'homéostasie selon le pédagogue André de Peretti (site exhaustif) | Freud et la dynamique de groupe, article essentiel de Claude Pigott | Thomas Hobbes) et le cauchemar de Léviathan - introduction à l'anthropologie politique (pdf) | Hobbe's resources ]
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Au diable l'avarice. Quant à la restructuration d'Absara.com, elle prend du temps [1]. En attendant, je choisis de poster. Le contenu suivant a trois volets, parfaitement distincts. On y va ?
1. L'école, pour commencer. Je suis prof d'éthique des affaires. Mon conseil annuel a eu lieu hier, avec les profs de marketing, de droit, de gestion. Ce qui ressort du parcours des apprenants : un besoin massif de développer des connaissances généralistes, un bagage culturel. Une façon d'être. Il faut encourager l'apprentissage global, peut-être même en amont de ladite formation [2]. Pour faire un bon manager, il faut à tout prix un esprit alerte, curieux, avide de tout. S'ouvrir permet d'apprendre en permanence. Et de s'améliorer. Ensuite la rigueur intellectuelle. Là encore, la mini-systémique du cours initie chacun au raisonnement dans la complexité. Etre en mesure de saisir cela, de s'emparer de la méthodologie, est un avantage précieux. Décider en entreprise passe certes par l'intuition [3]. Cela s'appuie, en outre - surtout quand on débute sur une activité ou un poste [4] -, sur des méthodes. Digérées, elles viennent ensuite renforcer ' l'instinct ' du manager confirmé. Le comportement, pour terminer. Il est évident que la participation individuelle est exigée : l'investissement paie (présentéïsme, implication). La preuve : les individus qui donnent d'eux-mêmes reçoivent beaucoup en échange (dans un contexte sain, évidemment). La dynamique de groupe [5] est reine : une classe, une équipe, une entreprise est un organisme vivant. L'énergie est faite pour circuler, former des centres d'action, stimuler les hommes, c'est aussi vital que l'oxygène. Un grand bravo à chacun de mes élèves. Au plaisir de vous revoir, peut-être en coaching.
2. L'économie. Dans une approche synthétique, l'économiste et écrivain Jacques Attali, invité de Nathalie Bonvicini sur France culture (station déjà saluée ici), découpe les denrées marchandes (vendables) en trois catégories : a. les biens classiques, qui rendent ainsi un service, b. les idées, qui apportent une amélioration dans un milieu précis, c. l'usage du temps. Un temps bien utilisé (temps de matière grise, de production, etc.) est un vecteur de progrès. C'est ce troisième item qui me marque. C'est intelligent : digne d'être repris. Voilà chose faite.
3. Sciences humaines. Là, c'est le psychiatre Jean Cottraux qui me provoque des réjouissances. C'est très parlant. La Répétition des scénarios de vie, section Les schémas de personnalité(s), prolonge idéalement les drivers d'Eric Berne ou - plus proche de nous - de Taibi Kahler.
La liste ? | N'exprime jamais tes désirs personnels, Soumets-toi, Suis les autres - Personnalité dépendante | Evite les autres, Ne les laisse pas approcher - Personnalité évitante | Utilise les autres à ton profit, Comporte-toi toujours comme si tu étais le meilleur - Narcissique | Méfie-toi des autres, Tais-toi, Ne parle pas, Attaque avant qu'on ne t'attaque - Paranoïaque | Quitte les autres avant qu'ils ne se rendent compte de qui tu es, Fais des crises pour tester leur amour, Règne sur eux en jouant de leurs émotions - Personnalité limite (borderline). |
Brillant. Intéressant. Complet.
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[1] Comme tout ce qui est bon ;-)
[2] La balle est dans le camp de l'Education nationale : il y a un vrai challenge à relever, beaucoup plus général. Laïcité, respect de la République, culture générale et émergence d'un esprit critique, insertion professionnelle, promotion sociale, épanouissement personnel.
[3] D'ailleurs, tous les intuitifs sont-ils des alternatifs ?
[4] Ce sont Kenneth Blanchard et Paul hersey qui - dans les années 1970 - accordent, pour la première fois, un statut véritable à l'état de débutant.
[5] A ce propos, consulter les travaux de Meredith Belbin.
[ Image en provenance de Flickr, trouvée sur le moteur de recherche de tags ] Read More
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