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Provoquer et expérimenter des optimums
Selon le psychologue américain Martin Seligman, « il existerait des qualités personnelles, que l'on peut cultiver, qui favorisent la vie. Mihaly Csikszentmihalyi, professeur au Claremont College (Californie) est l'autre grande figure de la psychologie positive. Avec [...] l'expérience optimale [réalisation d'activités qui engagent l'envie et le talent personnels, nda], la vie passe à un autre niveau. L'aliénation fait place à l'engagement, l'enchantement remplace l'ennui ; le sentiment de résignation est chassé par le sentiment de contrôle. L'énergie psychique n'est pas orientée vers la poursuite de récompenses externes, mais elle est utilisée de façon à favoriser l'épanouissement de soi. »
Achille Weinberg, Sciences humaines - Les Nouvelles Psychologies (hors-série n°3)
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[ Que peut être un optimum ? Une émotion, physiologique ou plus cérébrale (relire Antonio Damasio), qui procure un bien-être authentique. Authentique : 1.a minima en prise avec les besoins de l'espèce (revoir les strokes), 2. encore et surtout capable d'amener l'apaisement (confort) ou la jouissance propre à chaque profil (6 patterns, par exemple en PCM), 3. au maximum capable de conduire le ressenti vers une plénitude différente des projections, de l'inquiétude, des conditionnements, comme quand l'essence est disponible, parfaitement dans l'eccéité, la conscience forte et apaisée, le présent intense et intuitif (ressenti alors comme éternel, véritable, libre des conditionnements ou des ruminations du passé [par ex., effet Zeigarnik] ou des anticipations partielles, pressantes - et forcément bridées - de ce qu'on appelle le futur) | l'authenticité c'est un naturel, un plein vécu de ce centre de la personnalité - inconscient - qui pulse et ressent quelles que soient les animations hydrauliques (systèmes faisant pression les uns sur les autres), combinatoires, synergétiques, telles qu'Animus et Anima, instinct de conservation et poussée d'évolution | le psychothérapeute Alexandro Jodorowsky donne une graduation aux satisfactions (qui s'acheminent - vous allez le voir - vers un bonheur authentique) : 1. satisfactions liées au moi corporel (instincts de survie, auxquels j'ajoute le repos, ce retrait dont parle Eric Berne), et/ou qui dépendent du moi émotionnel (besoin de reconnaissance, d'appartenance, de guidage parental, de sanction ou de cadrage), et/ou qui découlent du moi intellectuel (satisfactions Animus liées au contrôle des idées ou des opinions, à l'orgueil d'avoir des modèles fonctionnels, universalisants), et/ou qui touchent au moi sexuel (conquête, agressivité, séduction, procréation) - relire Cabaret mystique ; 2. celles qui résultent d'un vécu authentique de ces besoins, à l'aune d'une prise de conscience, d'une guérison, d'un moi-parmi-les-autres adulte et assumé (pragmatisme, pleine conscience, compréhension des choses essentielles, plaisir d'être autonome, joie du don gratuit, créativité, libre cours aux puissances de félicité, de naturel, etc.), 3. vient ensuite cette sensation d'éternel présent (Nirvana, ou Pardes, selon des traditions connues), de pleine habitation sur la terre (habitation calme et concernée, libre et concentrée), de plein investissement de la vie, avec cette distance et cette conscience que nous faisons partie d'un tout qui concourt à sa propre félicité, à son propre partage, à sa propre finalité : la vie | un œil attentif verra dans les besoins décrits plus hauts le découpage traditionnel des quatre éléments de la médecine et de la philosophie antiques : Terre, Eau, Air, Feu | un esprit plus contemporain retrouvera là certains des appuis neurologiques de l'Après-Guerre (cerveau et ses régimes reptilien, limbique et cortical, interactifs entre eux) | pour les thérapeutes issus de la mouvance Palo Alto, ce qui compte, c'est la résolution de problèmes : 95 % de la difficulté de (se) soulager provient du mal à dire où est le problème en termes concrets (relire le très terre-à-terre Milton Erickson) ; exit la notion de psychologie positive (qui recherche les invariants du bien-être en général), tout est affaire de cas précis, de situations du quotidien, de choses à résoudre ]
Quelqu'un parlait de pansement, de soin. C'est ça, oui. « Soigner », « prendre soin de... ». (Le nom du bonhomme ? Il m'échappe.) Ce que je retiens - c'est bien ça -, c'est que penser participe de la même idée, de la même racine que panser. La pensée, c'est un soin pour soi, comme un pansement. Ça fait du bien. Partir d'un point de vue malade (ou boiteux ou partiel) pour rétablir et/ou mieux faire, bref coller à un idéal. Idéal (totalisation) de soi-même et de son propre ethos, façon personnelle d'être au monde. Façon d'avoir son style à soi. Style sain, accompli, plein (en termes de potentiel - car c'est bien ça la santé, un accomplissement du maximum possible, accomplissement doublé d'un sentiment de bien-être). Aller bien ; intéressant.
Ouais.
Ainsi, perception, processus mentaux (patterns ou schèmes), style et créativité personnels, bref tout ça viendrait d'un soin. Un entretien continu, un respect, une hygiène - de soi à soi, de soi aux autres. Une bienveillance, une écoute pénétrante.
Un mieux.
Penser, c'est se faire du bien. C'est mieux faire avec et dans le monde. Avec les autres (cf. Gandhi et son idéal d'interdépendance, de connectivité - le religare latin -, de partage et de communication vécus comme une finalité, comme un bonheur en soi).
Mais qu'est-ce que penser ? Le pré carré de René Descartes ? sa chose à lui ?
Pardon pour les cartésiens. Pardon pour trois choses - je vous dis ça. Premièrement, Descartes c'est un génie certes, mais un génie qui prend le parti quasi exclusif de la cogitation (du cerveau gauche, pour reprendre un terme de communication). Parti-pris du tout rationnel qui, par définition, élude tout le champ des possibles, tout le fécond dialogue avec la fulgurance intuitive, le ressenti saisissant, la percée, l'engagement nerveux dans son ensemble. Eh oui, choisir (opter pour X plutôt qu'Y), c'est éliminer. On sait désormais [1] que l'esprit, pour faire un travail optimal (assembler, trier, choisir - cf. cognition), bref qu'il nécessite un recours permanent aux ressentis [2], à cette partie que Descartes soupçonne de troubler l'entendement du sage, de l'autonome, du lucide. Troisièmement, penser que l'on est parce que, présentement, on pense à notre pensée (récursivité - forme de preuve), c'est très occidental : il suffit de consulter les Asiatiques, pour qui être est d'une intensité (métaphysique, artistique ou nerveuse) beaucoup plus tangible (beaucoup plus vraie, c'est-à-dire productrice d'effets) qu'une spéculation. Qu'un reflet, qu'un détachement de soi regardant... le soi (distanciation rationnelle). Troisième point, Descartes est un produit, une fierté nationale, une nécessité, un choix culturel (une restriction ?) venant de notre propre culture. Et l'ethnocentrisme à tout va, c'est encore un choix. Partant, une fermeture. Certains (Auguste Comte en tête) se drapent dans la rationalité à tout crin pour dévaloriser les modes traditionnels (naturels) d'appréciation du monde. En découle une arrogance et une fermeture à l'Anima des peuples.
Alors Descartes, pfff.
Descartes ou plutôt l'usage bestiassou qu'on en fait.
Fig. 1 - L'enfer des certitudes -
« The Magic Number », (c) Escapista @ Flickr.com
Allons à présent vers ce que notre siècle compte de novateur.
L'esprit respire. Animus et Anima s'autorisent de somptueux renforcements mutuels : collaborent masculin et féminin [3], rationalité et créativité, organisation de l'esprit et affectivité, volonté de changement du monde (goût de l'intervention, pôle actif) et réceptivité (retour à soi, observation du réel, pôle passif - ce qu'Eric Berne nomme le besoin de retrait).
Une ambition bat pavillon. Interrogeons les grands Edward de Bono (efficience humaine) et Alexandro Jodorowsky (psychothérapie).
Vous venez ?
De Bono met la pensée scolaire, raisonnable et bien pensante, au rebut. Secteur antiquités. Son Réfléchir vite et bien prévient que « Souvent une hypothèse ou une explication nous convainquent uniquement parce que nous ne pouvons pas en imaginer d'autres. Un exemple classique est celui de la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces. Elle est plausible, rationnelle et meilleure que toute autre. Elle est également impossible à démontrer. [...] Une partie de la théorie de Darwin est une tautologie [affirmation prenant appui sur elle-même pour se justifier, nda] : Si un organisme survit, c'est qu'il devait survivre. [...] De manière générale, analyse de Bono, ce sont les théories scientifiques satisfaisantes pour l'esprit qui constituent les plus grands obstacles au progrès. [...] C'est l'hypothèse de départ qui détermine nos perceptions et le genre de preuves que nous cherchons. [...] Alors, que faire ? questionne de Bono. Il faut simplement changer de registre [...] pour nous donner une vision plus large [plus complète] du problème. [...] L'explication [au sens classique, étroit du terme] est un domaine où l'on se laisse facilement prendre au piège de l'acceptable. »
Ce déplacement des angles de pensée, cette façon de faire feu de tout bois, pour élargir le faisceau des associations neuronales, porte un nom : le pragmatisme. Ou le lateral thinking, approche qui considère le cartésianisme comme une simple façon - parmi mille autres - de résoudre les problèmes de la vie. Souvent, partir de biais, et revenir enrichi de stimulations, de ferments, d'altérité, de paradoxes, amène la matière qui enrichit le problème, la dimension qui élargit la fenêtre de considération du monde. Traiter quelque chose de dilaté, d'ample et d'inter-relié, soulève des tas de possibilités qui - croisées dans des associations de soins - fabriquent du mieux. Nous nageons dans la systémique : le monde est un tissu qui mérite concentration, créativité, implication de tout le cerveau. Les a prioris ? Des parti-pris [4]. Penser, c'est juste être. Fort, vite et partout. De manière... bizarre. À l'instar de la vie foisonnante. À l'instar du chasseur qui rampe et barrit pour attraper la vivacité du monde ou du gibier.
Mimétisme... Adaptation. Ambition. Abandon des certitudes : ouverture. Et concentration.
Seul compte un résultat. Le mérite va aux audacieux. J'ajoute : à l'écoute d'eux-mêmes, de la réactivité du monde, du tempérament de leurs collaborateurs.
Ce pragmatisme est une richesse. J'en reviens aux Asiatiques. Il y a ces approches du zen où bien souvent le disciple philosophe, raisonne, cogite et masturbe son intellect. Surgit la gifle du maître, qui le rappelle à la réalité tangible du monde. Ce qui nous entoure a une densité, un poids et des effets majeurs sur notre physiologie, nos gestes et nos vies. Le mental est une échappée gazeuse. Une illusion. Percevoir en direct (éprouver avec la totalité de ce qu'on est) est une façon d'être. Une vérité naturelle. Le reste est logos, langage, artifice.
Pôvre, je dis bien pôvre Descartes.
La parole est à Jodorowsky. Sa rose est une illustration que je trouve majeure. Retrouvez-la, je vous le conseille, dans Cabaret mystique - Histoires spirituelles.
Il y a cette histoire de petite fille.
Lui apprendre à penser. Voilà ce qu'elle demande à son père, et lui, sage, lui parle d'une rose. Cette rose, elle est belle :
| selon les goûts personnels de la petite fille (d'autres préfèrent le jasmin),
| selon son ressenti du moment (dans huit semaines, elle peut en préférer d'autres),
| avec ce qu'elle en perçoit et avec les limites anthropologiques de sa perception-compréhension (examinons la rose de plus près, on y verra des pucerons, sans parler de la vie microbienne - potentiellement hermétique),
| à un moment donné de la vie de la fleur, prise dans un grand tourbillon transformatoire (jeudi, elle évoluera vers des tons marron),
| par rapport à d'autres roses (il en existe des centaines de sortes, toutes similaires et forcément différentes, mieux : uniques).
La rose est elle belle dans l'absolu ? Réfléchis. Et observe, conseille le papa.
Tout est mouvement. Tout est passage et tout est vie.
Penser, c'est garder cette ronde à l'esprit. C'est s'appuyer sur le monde pour, en son sein, trouver (inventer ? combiner ? considérer ?) du mieux.
Penser, c'est vivre [5]. Penser, c'est bouger.
Excellent mois de juillet.
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[1] Cf. les angles du neurologue Antonio Damasio et, bien avant lui, de Blaise Pascal.
[2] Les traducteurs de l'anglophone Antonio Damasio rappellent à escient que feeling génère en français « affects », « émotions », « sentiments ». Ce terme-racine, fort pratique, est riche.
[3] La série d'expressions provient de Michèle Delcourt, graphologue experte (Historia - Thématique de mai-juin 2008, n° 113, sur Léonard de Vinci).
[4] Il y a ce discours du grand Jean-François Champollion (1790-1832), qui explique à ses pairs qu'ils ont eu tort. Pour eux, les hiéroglyphes égyptiens sont restés fermés parce que leur mode de pensée (ici, d'investigation) comportait un bridage. Ils présupposaient que le système d'écriture des Anciens codait un ensemble de sons OU un ensemble d'idées. La force de Champollion fut de s'en tenir aux faits vierges et bruts, de chercher, de recouper, de s'interroger et de découvrir que les dessins rendaient compte de sons ET d'idées.
[5] Se souvenir du grand Montaigne (1533-1592), pour qui penser allait de pair avec marcher ou monter à cheval.
[ Edward de Bono et son lateral thinking comme expression non plus de l'habitude, du frayage, mais de la vraie pensée, celle qui innove et traite à fond ]
« Nous avons des points de vue différents par rapport à l'argent, explique Alexandro Jodorowsky. Personne n'a dans les poches les mêmes billets et les mêmes pièces de monnaie [*]. À la valeur économique s'ajoute une valeur émotionnelle. [...] L'enfant ne connaît que l'argent que lui donnent ses parents, ce qui crée en lui l'habitude de demander. Plus tard, incapable d'atteindre la maturité, il continue à demander à des chefs, à des institutions gouvernementales, des bourses, des retraites, des prix de télévision, etc.
» En réalité, estime Jodorowsky, tant qu'une personne, dans cette société, ne gagne pas d'argent en employant son talent créatif, on ne peut pas dire qu'elle est adulte. [...] La manière dont nous nous percevons [économiquement - ndlr] est essentielle. Il est très rare qu'on nous juge sur ce que nous sommes, on le fait, conclut le psychothérapeute, sur la façon dont nous nous voyons et nous sentons. »
[*] À ce propos, mettre à profit le Sibkis (See it big, keep it simple) que Charlie T. Jones préconise aux chefs d'entreprise, gagneurs d'argent. Une ambition (y voir grand, très grand, en termes de marché et de développements), ambition qui développe une idée simple (simple et qui surtout le reste au fil du temps).
[ Ah, Budapest - Hier, restaurant près du gigantesque centre commercial, puis (au Millenáris) Boban & Marko Marković, fanfare serbe bien connue des films d'Emir Kusturica, puis café clandestin (si !), puis LE grand bar sur le toit dont le logo est une théïère rouge (mmh, nom parti dans les limbes) et puis bars en plein air (quasiment sur le Danube) : l'excellent Buddhabeach Klub, enfin le décevant Chachacha Terasz | retour en taxi pour 8 € à 3 personnes | Nico me conseille, en outre, de découvrir le plus fameux des jazzmen de Hongrie : Akosh S. (tiens, encore un aquarius, comme Mozart et Mike Patton) ] Read More
« Nous avons des points de vue différents par rapport à l'argent, explique Alexandro Jodorowsky. Personne n'a dans les poches les mêmes billets et les mêmes pièces de monnaie [*]. À la valeur économique s'ajoute une valeur émotionnelle. [...] L'enfant ne connaît que l'argent que lui donnent ses parents, ce qui crée en lui l'habitude de demander. Plus tard, incapable d'atteindre la maturité, il continue à demander à des chefs, à des institutions gouvernementales, des bourses, des retraites, des prix de télévision, etc.
» En réalité, estime Jodorowsky, tant qu'une personne, dans cette société, ne gagne pas d'argent en employant son talent créatif, on ne peut pas dire qu'elle est adulte. [...] La manière dont nous nous percevons [économiquement - ndlr] est essentielle. Il est très rare qu'on nous juge sur ce que nous sommes, on le fait, conclut le psychothérapeute, sur la façon dont nous nous voyons et nous sentons. »
[*] À ce propos, mettre à profit le Sibkis (See it big, keep it simple) que Charlie T. Jones préconise aux chefs d'entreprise, gagneurs d'argent. Une ambition (y voir grand, très grand, en termes de marché et de développements), ambition qui développe une idée simple (simple et qui surtout le reste au fil du temps).
[ Ah, Budapest - Hier, restaurant près du gigantesque centre commercial, puis (au Millenáris) Boban & Marko Marković, fanfare serbe bien connue des films d'Emir Kusturica, puis café clandestin (si !), puis LE grand bar sur le toit dont le logo est une théïère rouge (mmh, nom parti dans les limbes) et puis bars en plein air (quasiment sur le Danube) : l'excellent Buddhabeach Klub, enfin le décevant Chachacha Terasz | retour en taxi pour 8 € à 3 personnes | Nico me conseille, en outre, de découvrir le plus fameux des jazzmen de Hongrie : Akosh S. (tiens, encore un aquarius, comme Mozart et Mike Patton) ] Read More
[ < théma Argent | catégorie Coaching | archivage automatique du billet sur l'innovation qui soit découle d'un travail d'ingénierie de la concurrence (stratégie de l'offre), soit d'un retroussement, d'une incorporation dès le départ des attentes du client, que l'on associe tout au long à la démarche du Voilà ce que je veux, pour ça j'achète, pour ça je paie, démarche de service continu, en prise live avec les goûts du client, en amélioration tendue, continue, vive | interagissez sur ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre | part. 2/3 > ]
Merci, d'abord. C'est ce qu'on dit quand on est poli. C'est, encore et surtout, ce que je veux dire aux 800 personnes [1] qui lisent ce blog ces jours-ci. Ces jours-ci où les billets sont rares [2]. Votre fidélité est un cadeau : chaleureusement merci. Et félicitations.
C'est d'argent qu'on parle aujourd'hui. Vous venez ?
Ah, l'argent. Motif de réjouissance ou matière à soucis, selon qu'il rutile ou brille par son absence. Connaissez-vous votre seuil de charges à dépasser ? Moi, j'en ai 3, très simples à mémoriser. Le minimum qui paie mes crédits et factures. Le mouais qui permet de renouveler mes cravates, mes costumes, de m'acheter quelques bouquins et CD, de financer quelques restaurants. Le waouh qui autorise des départs familiaux en vacances - à l'étranger -, d'investir un peu et de provisionner les études de ma progéniture.
Trois seuils. Très généraux, à la centaine d'euros près. Comme dit à ma compagne, c'est alors comme ça que je peux ressentir l'argent. De grandes masses : des nécessités à dépasser. Des objectifs ? Oui. Objectifs simples, fondés, réalistes. Faciles à ressentir (mémoriser).
C'est important car c'est un cap. Trois vitesses, quoi. De ça découle tout. Je dis bien tout.
Alors je veux vous citer trois hommes, fort différents. Le premier, c'est Jodorowsky, que vous connaissez. Il nous dit deux choses. Le second ? Le Tremendous, ami et mentor du grand Ken Blanchard, gourou du management. Le dernier enfin, c'est un anonyme. C'est le musicien d'un musicien. C'est le collègue de mon pote Olivier.
Right ?
Jodo est un être à part. C'est un maître : inspirateur, thérapeute, artiste précurseur. Jodo est pff... Jodo est une espèce d'oriental-occidental [3], gorgé d'Animus, d'Anima, de courage, de jeunesse et d'entrain.
Il relate deux choses quant à l'argent. Une séance de psychomagie, indique-t-il, l'amène à faire une prescription sur ça. Que celui qui manque de finances retire une quantité de petites pièces (à bon marché), qu'il se saisisse de cette menue monnaie, qu'il la jette. De manière ostensible. Comme ça. Ça dégrippe un mécanisme : l'inconscient repart, se met en mouvement, active à nouveau la chaîne dépenser-gagner. Eh oui. Ce cerveau qui dépense s'affûte en direct, se met en recherche d'argent : une pompe à eau s'ébroue, la dynamique circulatoire (qui est comme un archétype [4], comme un ancrage nerveux, anthropologique), bref la logique s'auto-alimente. Comme un manque à combler, de fait. Et ça revient.
Il y a aussi son autre histoire. Il parle là d'une sorcière [5], thérapeute traditionnelle d'Amérique Latine [6]. Cette femme, à quelqu'un qui peine à gagner sa vie, conseille de rester alité (!). Avec un pot d'urine placé sous le lit. Jodo indique à quel point l'urine, de jour en jour, se met à puer. Le patient, d'instinct se lève et quitte sa couche, au bout de quelques temps, et spontanément se met en recherche d'argent. Foin de psychanalyse [7], explique Jodo. C'est juste que le gars sort de son urine (qui commence à sentir) et devient un homme : compétent, capable, ancré dans la réalité.
L'argent, c'est la réalité.
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[1] Personnes et moteurs de recherche, en connexion directe, hors agrégations RSS.
[2] Quand ils sont fréquents, le trafic habituel se stabilise à 1 400 connexions directes.
[3] Oriental ? Jodorowsky est l'élève du maître zen Ejo Takata (1928-).
[4] Au sens de Gilbert Durand. Au sens également de Georges Romey, digne successeur de Durand, de Jean Piaget (côté francophones), d'Arthur Janov, de Carl Gustav Jung, pour les internationaux.
[5] Pachita. Cette femme s'appuie sur l'inconscient, sur la façon - culturellement opportune - de saisir l'inconscient, de l'impressionner (à l'instar de la lumière sur un film-photo). En clair de le stimuler dans sa dynamique, dans ses ressorts innés (pulsions de vie) ou acquis (programmes intimes et personnels).
[6] Jodo est né au Chili (1929). En outre, il connaît bien le Mexique.
[7] Ce ballet des sphincters rappelle combien donner-engranger touche à l'intime. À l'organique.
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Exceptionnellement, ce billet est (c) - Merci de votre compréhension
L'on a tort de penser que la mort d'un proche dépouille et appauvrit : au contraire. Elle élague, elle enlève les pensées secondaires et rapproche de la nature vraie des choses, d'un centre éternel [*] profond. En ça elle construit, mais ça fait mal. Quand j'étais petit, j'avais mal dans les jambes et mes parents m'expliquaient ça par la croissance. S'adapter est une douleur. Mes jambes disaient : Attention, travaux.
Ce qui harasse et mine, c'est le message que les neurones se transmettent à tous : Psst, il est mort, fais passer (le cerveau se reconfigure). Ce qui fait mal, c'est aussi le constat de la perte : Je ne le verrai plus (c'est le chagrin). Et il y a encore autre chose : Bon sang, je suis mortel moi aussi (débrouille-toi avec ça).
Ouais.
Je suis dans ce procédé de changement profond. Un deuil est un changement forcé. Mais ce qui force ramène toujours à la réalité, qui est le vrai siège de la vie. Réalité du moment, si dure, et réalité de la nature des choses en général. Il n'y a de vie que parce que la mort retire du monde des choses et des gens, vivre demande de la place et des ressources. C'est vrai. Par ailleurs, la mort donne un éclat à la vie : la vie n'a d'intérêt que parce qu'elle s'arrête un jour. Alors être soi-même et jouir devient une nécessité urgente. Gandhi, cité par Edgar Morin dans La Méthode, l'humanité de l'humanité, aurait dit que l'interdépendance de soi aux autres, en clair le religare, était un but en soi. Quelque chose de souhaitable et de sain. L'autonomie complète (d'origine grecque) est un leurre. Le vivre-ensemble, une bénédiction. L'enfer, c'est l'absence de l'autre.
Dernier truc, la mort met à plat les vanités (celles de l'Ecclésiaste) et oblige à avoir une spiritualité, elle interroge le fil de la vie : vie, tu t'arrêtes à la mort ou la transformation que tu procures par la mort est un tremplin vers autre chose ? Qu'est-ce que je vais devenir ? et les autres ? et ce mec qui me parle, ce prochain, qui me ressemble un peu (beaucoup) ?
Vivre c'est justement se régler avec les autres, c'est donner un parfum au tissu (complexus) qui nous nimbe et c'est s'harmoniser soi-même : tenir une place typique, dynamique, jouissive et vraie.
C'est vrai, ouais. Mais ça fait mal.
Beaucoup de témoignages parlent de comment ne pas être malheureux, un grand nombre de comment être satisfait, très peu de comment être heureux, en cohérence et en jouissance avec la nature profonde de ce que nous sommes.
En vrai : mortels.
Je me souviens des superbes conversations avec mon grand-père. Le vieil homme allait à l'essentiel. Celui qui avait été si plein était alors simple. Et sage.
Merci, Marcel : ça aussi c'était exemplaire. Peut-être autant (ou plus) que tout ce que tes mains avaient bâti.
Tes mains, elles vont nous manquer, mais on va faire avec.
God bless.
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[*] C'est Jodorowsky qui rappelle que le cerveau fonctionne au présent : le passé, par la mémoire ou par l'intervention constante de l'inconscient, est en permanence effectif (influent) donc occurrent, donc présent. Quant au futur, il n'existe pas, c'est le fruit - tardif dans la psychogenèse individuelle - de l'imagination. En cela les bébés sont proches du temps cérébral originel, de l'intense présent, si voisin de l'éternité. L'éternité serait donc la mesure originelle de ce que nous sommes en dehors des conditionnements. De ce que nous sommes en vrai.
[ L'intelligent sait réduire la morsure de la gêne et de la contrariété : il sait résoudre des problèmes, il améliore (il crée) ou rétablit ; le sage, lui, a trouvé des actes ou des réponses à la mort, il vit en profondeur ]
Un bravo, pour commencer, aux contributeurs de la communauté Mozilla (éditrice de Firefox). Une extension permet à présent d'organiser votre veille. Oui : que les sites soient, ou non, porteurs d'un flux RSS, votre Update Scanner - c'est son nom - vous indique dans un volet de Firefox lesquels parmi vos favoris ont un changement de contenu, en clair lesquels affichent des nouveautés (consultation possible hors connexion). Ces nouveautés se mesurent en nombre de caractères changés : en plus, en moins, en différent. Un seuil ? Par exemple 5 à 10 caractères changés (là c'est très sensible, l'alerte est fine). Ou 50 à 100 caractères : l'alerte est plus grossière, donc plus rare (grandes occasions). Vous réglez, pour chaque site, la sensibilité de l'alerte, via un curseur, comme sur une réglette.
Priceminister, ensuite. Comme six millions d'internautes, je suis membre de la plateforme française d'achat-vente à prix réduits (neuf avec remises ou occasions). Eh bien figurez-vous que d'y vendre des livres, des CD ou des DVD devient vite... une drogue. Les sensations sont excellentes : 1. vous virez vos cochonneries des étagères, 2. vous les vendez en trois clics. Sachant que l'étape 1,5 (ma préférée) consiste à optimiser le rapport efforts du paquetage (ou somme engagée pour sa confection) sur qualité du colis. Un plaisir (vous pouvez, en outre, personnaliser la correspondance : messages électroniques, prises de contact chouettes, petit mot dans le paquet). J'adore. Du coup, je guette en permanence si on m'achète des trucs.
Autre chose ? Ah, j'ai acheté - sur cette même plateforme - l'intégrale X Files. Ouah, c'est chouette. Et j'ai l'impression d'avoir dix ans de moins. (Mes proches en sont témoins : Un jour, dès que l'intégrale d'X Files sortira, j'me la f'rai péter.) Le pet a eu lieu. Ça plus les Troma qu'on m'a passés, je peux vous dire que les œuvres de genre me défilent d'vant les mirettes.
Fig. 1 - Troma, de grandes quantités de bon goût
Dernier truc ? Oui. Je trouve qu'on reconnaît un homme (ou une femme) à ses modèles. J'ai, pour mon compte, la constellation chrétienne (ici), de même qu'une foule d'autres choses. J'ai, encore et surtout, le grand Jodo pour me parler sur papier. Son "faire comme si... dans la vraie vie" met le jeu, le challenge et l'imagination en branle, il éclaire des voies inédites et permet, en fin de compte, d'atteindre de vieux rêves par des voies tout autres que celles qui nous semblaient bloquées (par des complexes). Cette audacieuse créativité, tellement simple (!), est à mon sens plus féconde que les apports, pourtant fournis, de la PLN. Contourner la montagne ou en triompher par un chemin inattendu me semble enthousiasmant, dingue et porteur. Et puis, dans un autre registre, j'aime chez cet homme le sens des réalités : [...] Avant d'entreprendre quoi que ce soit, il est capital de bien connaître le terrain. Ce principe, je l'ai appris de l'auteur du Traité des cinq roues, Miyamoto Musachi. Avant le combat, dit-il, il faut se rendre très tôt sur le terrain et en acquérir une parfaite connaissance. Mmh, rien qu'à eux deux, ces principes me semblent plus intelligents que des foules de spéculations invérifiables. "Faire comme si" pour voir ce que cet "autrement" génère de nouveau. Et puis s'imprégner des données du terrain. Là, tout le cerveau travaille. (La citation provient du Théâtre de la guérison.)
Je termine le vrac avec quoi ? Oui. Dernier jour de crèche pour une partie de ma descendance (ça se fête). Pour la première fois, cette semaine, nous sommes allés voir un film sur grand écran. Les Simpsons sont aussi drôles qu'à la télé. Pour ce qui est du dernier Disney (Ratatouille), pff, ch'ais pas. Ça me parle moins : j'espère en tout cas que ça chante pas (Le rêêve bleeeeeuuuu...).
Bon août à vous. Gardons le contact grâce à Twitter.
[ Rentrée - Plus de trente événements économiques dans la Ville rose ] Read More
Pff, c'te langue de bois. Prenez "chômeur" : tout le monde comprend. Eh bien la pression sociale fait de cette pourtant gigantesque catégorie un état à cacher, comme une honte. Les périphrases ou les emprunts ronflants ont bien cinq ou dix ans. Souvenez-vous.
"Cadre en repositionnement" fut un temps à la mode. Puis vint "consultant" (no comment). Et depuis une grosse année, "entrepreneur", qui se taille la part du lion. Mmh.
Il est évidemment une foule de créateurs qui développe une activité sincère, établie, modélisée. Bien sûr. À côté, il y en a sûrement vingt pourcents qui, à mon avis, se donnent un titre à la gomme. Comme si cette étiquette ouvrait des portes ou procurait les gratifications qui aident. Un sésame en carton-pâte. Que dire ? Je connais d'excellents chômeurs, bourrés d'expérience et d'à-propos. Et puis d'horribles cadres, aigris et doctrinaires. Ce qui fait la qualité de quelqu'un, c'est tout sauf son statut : c'est ce qu'il est en vrai. Alors à quoi bon mentir ? Ceux qui, par une tartufferie socioprofessionnelle, trompent le chaland lors de soirées pros échouent à dire ce qu'ils font... en vrai. C'est pathétique et à chaque fois, je me sens gêné. Ça vous le fait aussi ?
Que faire alors ? Assumer. Avoir de l'humour, exister par soi-même. L'Américain Don Miguel Ruiz rappelle qu'attendre de la reconnaissance des autres est un leurre coûteux. Pour être heureux, il faut s'entendre avec soi, se respecter [1], être adulte et se faire du bien. Et puis s'ouvrir au monde, être dans une relation immédiate, intense et sérieuse à ce qui se passe. Et puis aussi dire non. Être là, être présent, être intuitif, être attentif (à l'écoute d'un discernement bienveillant, intérieur), ça suffit amplement. Être normal est une puissance.
Alors pourquoi mentir ?
Moi, j'ai souvent menti, je l'avoue. Par malice ? Je ne crois pas : par excès d'enthousiasme, oui. Souvent. Comme une passion, comme un emportement. Et c'est dans ces moments-là que je suis le plus faux. C'est-à-dire le plus faible : je passe à côté. Alors je me calme et me vide le mental, je laisse flotter quelque chose d'indicible et, comme un laser, mon efficacité fuse : le cerveau est en phase, tout se connecte [2], j'envoie "le bois". C'est comme ça que je me tire du brouillard. Je plonge dans ce qui est, dans ce que je suis, dans ce qui a du sens. Au centre de moi, là, comme une bille tendre. Et je fonctionne.
Alors que j'ai aidé les professionnels à faire de bons elevator pitches, je peux seulement dire que le mien vibre et fonctionne maintenant. Depuis peu. Quand je me recentre, je sais qui je suis, le métier que je fais, les gens que j'aide. Je ne suis plus dans de la pub, je suis dans ce que je suis. Et je suis vrai : je suis là en vrai.
C'est tout un lâcher-prise, c'est tout un travail d'autonomie affective (nan, je ne séduirai pas pour séduire), c'est tout une jouissance pour moi. C'est nouveau.
J'y suis maintenant. Alors par pitié, épargnez-moi que vous êtes le mentor ou la cousine en secondes noces de Loïc Le Meur ou de Ban Ki-Moon.
J'aurais l'impression de me voir avant. Ou pire : de vous voir tel que vous n'êtes pas. De vous louper. C'est ça, de vous louper. Et de me louper aussi, comme un veau.
Avoir de l'impact, c'est avoir une consistance. Fonctionner, c'est être dans le monde. Être un pro, c'est être soi.
[2] C'est encore Jodo qu'il faut lire. Dans son Doigt et la lune, il parle de ce drôle de jardinier qui a une main en bois. Alors il se la tape, fait un son qui plait à l'oiseau et indique à son collègue que les actes vrais se connectent spontanément à la vie (ici animale), que le bois produit un vrai son. Rappelons que la pièce de lutherie qui fait sonner un violon s'appelle l'âme : le bois est synonyme de naturel, de vibration, d'instantanéité aux choses.
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Jeu bureaucratique
La Montagne sacrée. Voilà le film que mon collègue Olivier et moi sommes allés voir à L'Utopia, tout récemment. Le réalisateur est Alexandro Jodorowsky (1973) :
Etrange et beau film, produit par John Lennon. A la sortie, nous avons parlé de beaucoup de choses, et notamment du modèle psychothérapeutique (puissant) de Jodorowsky. Dans les pages de La Danse de la réalité (Jodorowsky) et J'ai mal à mes ancêtres (Patrice van Eersel et Catherine Maillard), il semble que désormais des psychiatres se forment audit modèle. Et les résultats cliniques pleuvent.
Nous avons rapidement parlé de la névrose et des formations névrotiques groupales, ou comment des entreprises, des familles, des pays (totalitaires) donnent leur accord inconscient [1] à une résolution morbide à plusieurs. Naturellement, c'est le Triangle infernal de Stephen B. Karpman qui prédomine ici. La figure collective énergétique se vérouille et développe sa propre économie interne (échanges). Un renvoi vers le psychiatre Michel Dubec [2] est tout aussi intéressant : un individu (ou un groupe) trouve son équilibre (mécanisme compensatoire, mouvement de rétablissement, à l'instar des tissus intelligents, des tissus infroissables ou à mémoire), bref un système trouve une organisation stable dans un enfermement mental ou dans un comportement insolite voire excessif (bouffées ou échappées délirantes, passages à l'acte). Ou comment se rendre malheureux et par là-même construire le malheur des autres.
Certaines entreprises y parviennent à merveille. Donnant toute force à un Boris Cyrulnik universalisant (Un Merveilleux Malheur, 2002). A être malheureux (névrose ou psychose), un système vivant trouve des compensations, des bénéfices. Voilà tout le paradoxe de nos systèmes. Gregory Bateson, avec sa double contrainte, décrit un bien gros travers de nos organisations. Fais et en même temps ne fais pas [3], voilà qui affole, déstructure ou paralyse. Voilà qui peut nous occuper longtemps...
La solution ? Le changement de degré 2, la sortie d'un système, l'accès à quelque chose de plus totalisant, de mieux réparti, de plus engageant (énergies à présent tendues [4] vers un objectif).
Oui.
A l'instant, je trouve un bon passage du psychosociologue Alex Mucchielli (le fils de son père). Le texte est extrait des Motivations (éd. Que sais-je ?). Il évoque le sociologue des organisations Michel Crozier, c'est passionnant :
« Rappelons l'analyse du "jeu bureaucratique à la française". L'analyse englobe le cas de deux administrations : un centre de chèques postaux et une préfecture. Dans le cas du centre de chèques, les acteurs en présence sont : 1. les employés qui ne sont pas satisfaits de l'état des choses et de la manière dont cela se passe. Malheureusement ils ne peuvent eux-mêmes rien faire, sinon exercer tous ensemble une pression, 2. les cadres subalternes : en situation de tampon entre les cadres supérieurs et les employés. Ils sont en concurrence entre eux pour essayer d'obtenir des moyens pour leur service. Ils sont protégés par leur statut et les réglements, et leur avancement se fait à l'ancienneté. Pour avoir le maximum de moyens, ils sont conduits à fausser les informations transmises à leurs supérieurs. Ils s'efforcent d'entretenir de bonnes relations des deux côtés et ce qui se passe "n'est pas de leur faute", 3. les cadres supérieurs : conscients de leur capacité à percevoir la réalité, se contentent de prendre le minimum de risques en choisissant des décisions de routine et en se retranchant derrière "le réglement". Il se passe la même chose dans l'administration préfectorale. [...]
» Si les acteurs en présence continuent année après année à jouer à ce jeu, c'est, nous dit Crozier, que d'une part, chacun en retire des bénéfices secondaires et que, d'autre part, ce jeu satisfait des motivations profondes inavouables chez chacun des partenaires.
» Le bénéfice secondaire serait pour les différents acteurs d'avoir satisfaction de passer pour des victimes du système. Par ailleurs, le maintien du système bureaucratique qui comporte un coût très important pour tous les participants ne peut donc se comprendre que si l'on admet qu'il répond à des motivations profondes. Pour l'auteur ces motivations sont typiques de la société française : il s'agit de la peur des relations professionnelles de face-à-face, du goût pour l'autorité hiérarchique formelle, de la recherche de la sécurité dans le travail, de l'individualisme et du besoin d'égalité. De plus, pour Crozier, le "système bureaucratique à la française" entretient ces valeurs et contribue à "bloquer la société". »
Conclusion ? Les maladies mentales (configurations morbides) peuvent toucher les groupes. La raison : des bénéfices secondaires, qui brouillent la finalité collective (recherche du bonheur, d'après Baruch Spinoza). Les comportements individuels - nécessairement égoïstes à l'état brut (cf. Adam Smith) - génèrent une homéostasie confite (puissance de persistance, inertie d'un confort illusoire). Autre point : les valeurs véhiculent des motivations (des "mises en mouvement", selon l'étymologie). Pour finir, l'on peut dire qu'une culture nationale (ici française) entretient ses propres valeurs et, partant, ses propres troubles [5] : réticence communicationnelle, refuge dans la colonne hiérarchique, satisfaction du travail pour le travail (infantilisme - Fais plaisir, Sois parfait), individualisme et besoin d'égalité de traitement. Pour rappel, la mise en mouvement des choses est salutaire. Et naturelle : seul le changement est durable, dit le poète.
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[1] Ces accords, ces adhésions se prennent parfois à contrecoeur. Cf. la théorie des agreements de Don Miguel Ruiz.
[2] Cette approche économique (transferts d'information ou d'énergie dans un système homogène, un milieu plus ou moins poreux avec l'extérieur), bref cette approche rappelle les fondements de la Gestalt. Cette théorie de la Configuration a notamment pour ambassadeur un immense monsieur, bien connu des consultants : Kurt Lewin. A sa manière, avec Le Macroscope, l'excellent Joël de Rosnay y souscrit. Pour prolonger, je vous renvoie à la théma sur la systémique, beaucoup de choses y figurent.
[3] Tout le monde a vu un chien courir en rond après sa queue ? L'animal se prend au jeu et enrage. Par ailleurs, cette gestion de deux contraires (je veux un truc alors qu'il est fait pour m'échapper) pourrait conduire à un paradoxe enrichissant, à une symbiose, une fusion de deux états, quelque chose qui dialogue en interne. Eh bien non, c'est la confusion, le chaos, l'ambigüité, l'angoisse. Georges Romey explique très bien qu'il faut une cure (un soin, une prise en compte des attentes profondes, parfois un deuil accompli) pour dépasser l'opposition du début et permettre ensuite aux contraires de constituer des pôles compatibles, riches, utiles. Tout à fait voisin de ce que dit Jean Monbourquette. Mettre à profit, d'ailleurs, les ressources sur Animus et Anima (ici). Cf. symbiose, également.
[4] Un objectif se mesure. Le consultant Hervé Gougeon estime que tout ce qui se mesure s'améliore : c'est une tendance humaine. De son côté, le grand Charlie T. Jones, gourou américain du management, rappelle à quel point le simple fait de noter quelque chose nous fait pencher vers sa déjà presque réalisation. (Pour peu que les efforts suivent.)
[5] La psychothérapeute et PNL-iste toulousaine Carine van den Broek rappelle qu'une valeur, qu'un principe (ou programme) n'est valable que jusqu'à un certain point. Au delà de quoi, il faut changer son fusil d'épaule. Ou souffrir. Traiter cela en pleine lumière, c'est l'objet de l'éthique des affaires. Ses articulations ? Les valeurs, oui. Et surtout les seuils, les points de bascule : les "jusqu'à-ce que" (l'inspiration est évidemment bernéenne).
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Je suis, pardonnez-moi, obligé de mettre ce billet sous copyright
~ c'est comme ça (la la laah la)
Traces à mes enfants
Le Net repose sur des 0 et des 1, il a un côté fragile. Tout, y compris cette jolie chose qu'est Wikipedia, risque de mourir d'un coup. En vrai ? Oui et non. Mais théoriquement, les supports numériques sont plus éphémères que la pierre sculptée [1]. C'est ce qu'on appelle la finitude, je veux dire que si le Net était un système conscient de lui-même, il serait presque humain : conscient qu'entre la naissance et la borne ultime (la mort), il y a tout l'enjeu de l'amour [2], tout l'enjeu de l'accomplissement [3].
Parlons accomplissement, tiens. Je veux ici dire ce que je retire du travail : les lois qui marchent pour moi. Je vous les livre, et en même temps j'ai une pensée pour mes enfants. Enfants à qui je dis : Voilà du concentré, voilà des conseils. Alors je les donne. Chers vous tous, j'ai trente-et-un ans cette semaine [4] et je vous livre ici le plus profond de mon coeur, dans ce qui occupe ce blog : le plaisir et le discernement touchant au travail. Compléments commentés et personnels bienvenus. Il y a huit principes-éclairs. On y va ?
1. La portabilité - Savoir facilement changer de casquette (père ou mère, professionnel-le, ami-e, etc.) au sein d'une même journée, c'est gage de sérénité,
2. Le coeur - Savoir apprendre de tout le monde, en toute naïveté émerveillée, tout le temps,
3. La visée absolue - Considérer qu'on va mourir un jour pour occuper le maximum de son temps à être heureux, comme une tâche noble et sacrée,
4. Le discernement - Savoir où sont ses proches et leur faire plaisir le plus souvent possible, c'est gage de joie, c'est gage de paix,
5. L'information pure - Poser aux gens des questions, y compris basiques ou attendues, pour confirmer plutôt que supposer, c'est là une source claire pour s'orienter chaque jour,
6. Confiance en soi - Ecouter son intuition, donner le primat à l'expérience intérieure, à l'instinct, et attendre qu'une pulsation intime fasse vibrer quelque chose pour alors coiffer cette résonance d'un processus intellectuel, voilà qui rend heureux, voilà qui relève d'un appui sain sur soi, l'amour-propre devient jaillissant et solide,
7. Jouissance de soi - Se respecter, en corps, en âme, en esprit, pour allonger la longueur de ses jours et faire de soi-même un ami fiable,
8. jouissance du monde - Prendre plaisir à tout, y compris à la difficulté, voilà qui réjouit le coeur, la vie, le sommeil et les idées.
Bien sûr, je suis croyant. J'ai aussi plusieurs bons maîtres, que je mets dans le coeur de tout ça, puis dans une première couronne et enfin dans une deuxième couronne. Le coeur : Alexandro Jodorowsky, Charlie 'Tremendous' Jones, Don Miguel Ruiz. Je passe à la première couronne : Kenneth Blanchard, Taibi Kahler. Deuxième rang ? Françoise Dolto, Jean Monbourquette, les braves stoïciens et - versant asiatique - Tchouang Tseu ; ensuite Paul Watzlawick, Edgar Morin, Anne Ancelin Schützenberger.
Plus intimement, il y a les exemples de ma famille. Et de quelques amis, mais là, c'est mon jardin secret. Pour mes enfants.
Très bonne fin de week-end,
Lionel
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[1] Parlons de civilisations du passé. Connaissez-vous Jiroft ? Splendide et fou.
[2] L'amour, c'est le bon et beau lien, de soi à soi et de soi aux gens et aux choses.
[3] Ce qui est la même chose à mes yeux.
[4] Il existe une liste de cadeaux oscillant entre 4 et 60 €, ici.
Fier de moi : voilà ce que je suis. L'effet culbuto, abordé ici, joue pleinement aujourd'hui. Je pourrais être abattu et c'est l'inverse qui se produit. Merci (et grands bravos) à moi - oui ! Mille raisons de jeter l'éponge brillent de leurs feux froids. Eh bien moi, j'ai de très bonnes raisons (et de très grands plaisirs) à vivre, à jouir, à me battre, à comprendre. Le pilier-moteur, c'est la poursuite du bonheur, ou plutôt l'envie, la grâce et la joie. En clair, la vie. La vie suffit : la vie s'autosuffit. Vivre est un bonheur en soi. (C'est Casanova qui le dit, il a raison - Spinoza, avant lui, disait que la félicité était... une fin en soi.) Jodorowsky, le probablement plus grand artiste-philosophe du XXe siècle, confirme tout ça en vivant. En créant... En riant.
La beauté est calme et folie, humour, courage. La beauté ? Confiance et foi, è bella la vita !
En outre, plusieurs choses précises me mettent en joie profonde. Il y a, depuis quelques jours, ces deux superbes livres. Profitez-en :
Et puis il y a (juste en dessous) cette magnifique illustration du complexus dans lequel nous vivons. Le tissu de la vie est dynamique comme un vrai tissu : il prend une forme, se reconfigure, s'actualise en direct comme un vêtement. De plus, les accrocs de la maille de l'épaule (événement A) peuvent déliter l'ensemble de l'étoffe et affecter la maille ou le bouton du bas (conséquence B). De la même manière, par capillarité, le fait de mettre un parfum précieux à un endroit du vêtement diffuse et fait boire la beauté balsamaire à l'ensemble. Nos vies ont un impact (merci Matoo et Max Le Mans) - look :
[ Tenez, un chat avec l'un des auteurs de 80 Hommes, Matthieu Le Roux | Les Quatre Accords - ressources de Thierry Cros | Maud Séjournant et Olivier Clerc | Don Miguel Ruiz se range parmi les grands du management, consultez donc l'excellent Businessballs | le complexus est une notion maîtresse du travail du lumineux Edgar Morin | attributs du complexus en sciences humaines | voir le grand Jodo | << Quand j'étais petit, mon père me disait qu'un château humain certes ne prenait pas de coups mais ses fortifications l'empêchent aussi de vivre les courants et les stimulations de la vie, c'est-à-dire le bonheur >> - Un psychothérapeute toulousain, fils de psychothérapeute | croyances limitatrices, à corréler avec les scenarios morbides - prophéties autoréalisatrices de William Isaac Thomas, incitateurs de Taibi Kahler (drivers) et jeux d'Eric Berne (stratagèmes inconscients) | Jean Cottraux, un spécialiste de l'inconscient et de ses scénarios morbides | ce qui est morbide, c'est ce qui s'autolimite, s'autocensure et bégaye | la vie, c'est sortir de l'idée de sécurité et accepter le tout-venant avec sérénité, avec joie ! - cf. Tchouang Tseu | blessed are the flexible for they will not snap ]
[ << Comportements de chasse - 3e partie | coaching | Erikson, Piaget, Wallon, Buhler, Husserl, Vaillant et tutti quanti ] Psychologie - 4e partie [ Pieds dans le tapis - suite >> ]
La vie est faite de caps, de montées en puissance, voire de cycles [1]. Bref, les choses changent. Tout le temps. C'est d'ailleurs l'une des certitudes [2] les plus universelles qui soient. Ou sinon, les choses se condensent dans un mauvais cycéon, elles font de bien vilains grumaux (relire Héraclite, philosophe du mouvement). Ce qui explique la stagnation, je pense, c'est la recherche en boucle de satisfactions 1, alors que la Nature nous a faits pour nous sortir de nous-mêmes (étymologiquement, exister) et nous projeter dans un minimum de satisfactions 2. Alors que dire ?
Ben, c'est Flemming Funch qui a une théorie sur le dégoût. Lors d'une séance de travail, je lui confiais que certains traits de personnalité me faisaient horreur, et tout le monde connaît ce sentiment de arf. Comme vous le savez, je pense, Flemming a longtemps travaillé comme psychothérapeute aux Etats-Unis [3]. Et il a bien roulé sa bosse. Il me disait notamment que l'horreur de certains comportements était une peur inconsciente de régresser, de rencontrer - cette fois-ci chez les autres - des comportements que nous avons plus ou moins bien passés, bref des traits du passé psychologique, de l'avant, de l'archaïque et du grossier. Sûr qu'il y a l'idée d'évolution là-dedans.
Sûr que la vie nous dégrossit. Et ce que nous rejetons, à l'instar de la bête (de l'Ombre) de Jean Monbourquette, c'est une version n-1... (ou n-x) de nous-mêmes.
Encore une fois, je crois que Flemming a raison... Et puis c'est la démonstration qu'il faut accepter en nous-mêmes les versions antérieures, hésitantes, en recherche. C'est une façon de mieux cohabiter avec (tous les) soi-même(s) et - du coup - d'accepter les défauts des autres. Et de mieux aimer son prochain, je rajoute.
Qui fait l'ange fait la bête, d'une part. D'autre part, il faut faire un sort à ce foutu perfectionnisme...
[2] Percy Bysshe Shelley disait : Seul le changement est durable.
[3] Il a même été traduit en... russe. Si ! J'ai vu les bouquins chez lui, c'est illisible.
[ Recherche d'excellence, pragmatisme, spontanéité et gentillesse sont - je pense - les remèdes au perfectionnisme | coaching | relire Le Baiser aux lépreux de François Mauriac, ainsi que les superbes travaux de René Girard | c'est Alexandro Jodorowsky qui parle du mépris des Blancs (j'ajoute des positivistes) à l'égard des cultures prétendument primitives - lire d'ailleurs le point de vue de David Nadeau-Bernatchez | le positivisme sous l'angle du philosophe des sciences Thomas Samuel Kuhn (1922-1996) | ah, ce vieux débat Apollon Vs Dyonisos - lire Nietzsche, ce qu'en dit l'Education nationale, ainsi que le sociologue Marcel Rioux | Kuhn, cétéki ? | Joel Peter Witkin, photographe catholique (à la Mauriac, quoique plus... libéral) des catégories humaines rejetées, mais acceptées par la lumière : 1. de son appareil photo, 2. de l'amour divin, par dessus tout ] Read More
[ << Vendre ! - 2e partie | Systémique... ta mère - 8e partie | Psychologie - 2e partie | Profils, vertus et complusions - 12e partie ] La bistourette des prés - suite
Parlons chasse (pour rappel, je suis végétarien), profils et synergie. La chasse, d'abord. Un guerrier est un chasseur. Il calcule tout. C'est le contrôle. Une fois qu'il a terminé ses calculs, il agit. Il laisse aller. C'est l'abandon, nous dit l'étrange Carlos Castaneda. Il est facile d'y voir le lâcher prise, le "pilotage automatique", la fameuse inspiration, fruit - d'après Thomas Edison - de tant de transpiration en amont. Ou bien l'alternance entre cerveau gauche (calcul - esprit de géométrie, disait Pascal) et cerveau droit (siège de l'inspiration et de l'action synthétique - esprit de finesse). Cela vous parle ?
Ce que nous disent, en outre, les excellentes émisions TV sur les guépards, c'est que leur profil est tout sauf celui d'un chasseur. Le guépard est fin, rapide et fragile : il course sa proie comme l'éclair, au risque de mourir d'épuisement en cas d'échec. Son problème, c'est qu'il chasse seul. Eh oui. Prenez le chat : certes chasse-t-il en solitaire. Mais il est surtout bon pisteur, capable de se tapir longtemps. Résultat : quand il bondit, c'est pour faire mouche à cent pourcents, son énergie est bien (dé)pensée. Il y a aussi les loups, dont la chasse synergétique (inspiratice, à coup sûr, de bien des tactiques [*] humaines) est un must.
Que dire ? Ben ouais, y a le mauvais chasseur et le bon chasseur.
C'est hier, en déjeunant avec Guillaume et Sophie, que la métaphore des chasseurs m'est venue : 1. chasse en solo, désespérée, tous azimuts, 2. chasse en solo, patiente et resserée, 3. chasse à plusieurs, synergétique.
L'on trouve ici trois métiers : 1. le métier qui consiste à consumer une passion (si, c'est un métier, que beaucoup font avec sincérité et dévouement), tellement épuisant (à moins d'être sur un tout petit terrain de chasse, ou marché, limité par un "enclos" réglementaire ou démographique ou technologique), 2. le métier du marketing opérationnel, qui repère calmement les tendances et les attentes et qui - paf ! - leur fait correspondre une proposition en phase à cent pourcents, 3. le métier de partie-prenante (ou d'animateur) de groupe, avec des troupes spécialisées, rôdées à la synergie.
Guépard, chat ou loup, quoi.
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[*] La tactique est à bien détacher de la stratégie, les entreprises savent bien (hum, hum) cela. La stratégie, c'est une idée de conquête (ex. : les Francs ont l'idée de reconquérir [sic] le tombeau du Christ - pourtant vide d'après les Evangiles - en "surfant" sur la ferveur fanatisante et sur une certaine crise de la noblesse). Quant à la tactique, c'est le déploiement des outils (cling, cling) sur le terrain : faire ci, faire ça. Et bouger. Regardez :
[ Image (c) le grand Frank Frazetta | Alexandro Jodorowsky nous donne son impression de Carlos Castaneda | Blaise Pascal (1623-1662), le meilleur rempart contre l'esprit cartésien, tellement incapable de résoudre les problèmes complexes : le grand sociologue Edgar Morin rappelle que "dès le le XVIIe siècle, deux types de pensées se posaient. Celui de Descartes (qui a triomphé) disait :"Quand je vois un problème très compliqué [ndlr - mais c'est là l'essence de ce qui est compliqué, c'est divisible, alors que ce qui est complexe est à considérer avec tous ses liens, la relation entre les choses valant souvent autant que les choses elles-mêmes, ce qu'ignorait certainement Descartes], je divise ses difficultés en petites parties et une fois que je les ai toutes résolues, j'ai résolu le tout." Celui de Pascal disait : "Je ne peux pas comprendre le tout si je ne connais pas les parties et je ne peux pas comprendre les parties si je ne connais pas le tout", invitant à une pensée en navette. Pascal n'a malheureusement pas été entendu, ni même compris. La pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence de parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties." - c'est le principe de correspondance ou principe hologrammatique | autre thème - stratégie et SWOT | en tactique, lire Sun Tzu (gratuitement) | le chat, animal efficient | le "tout, vite et bien" - regardez | profils comportementaux - se frotter au tigre, à la panthère, à la grue, au serpent | savourer l'immense Frank Frazetta ou la superbe Claire Wendling ] Read More
[ << Changer ! - la théma | Synergie - 3e partie ] Permanence et changement - 4e partie [ Cartographie de la complexité et bouchons de voitures - suite | Amener un collectif à changer - 5e partie >> ]
Métamorphose Vs modifications
<< En proie à un cauchemar, le rêveur a la possibilité de faire plusieurs choses en rêve : courir, se cacher, se battre [1], hurler, sauter d'une falaise, etc., mais aucun changement issu d'une de ces actions ne pourrait mettre fin au cauchemar. Dorénavant, nous appellerons cette sorte de changement le changement 1. La seule possibilité pour sortir d'un rêve comporte un changement allant du rêve à l'état de veille. Il est évident que l'état de veille ne fait pas partie du rêve [2], mais représente un changement complet. Cette sorte de changement sera désormais désignée par le terme de changement 2. >>
Paul Watzlawick, John H. Weakland et Richard Fisch, in l'indispensable Changements __
[1] Le psychologue Jean Monbourquette préconiserait plutôt d'apprivoiser le cauchemar. Au lieu d'en combattre les composantes dévorantes (lire d'ailleurs les excellents travaux de l'anthropologue Gilbert Durand sur la dévoration). Cf. en outre le remarquable apport de Monbourquette à la psychologie des profondeurs (un corrélat par ici, via Marie-Louise von Franz, disciple de Carl G. Jung). Par ailleurs, sur le rêve, mettre à profit le lumineux Alexandro Jodorowsky et Georges Romey l'érudit.
[2] Scientifiquement discutable, puisque tout un chacun rêve en permanence, y compris pendant sa veille. Ainsi va l'état actuel des connaissances sur le cerveau. Que dire du rêve constant, en journée ? Il est - psychologiquement - soumis au Moi, qui le coiffe et le sort du champ de la conscience. Eh oui, l'homme descend du songe, disait déjà Blondin...
[ Le changement dans l'entreprise | groupes humains | les profils en dynamique de groupe | changer avec David Gleicher | le changement 2 est un des effets de la surmultiplication de l'énergie, d'abord condensée par les parties-prenantes puis libérée - plus ou moins volontairement - pour subitement hisser le système vers une expression plus haute (autre état de conscience, intelligence collective, insight, masse critique opérante, nouvelle configuration, visant de nouveaux angles) | changement de conscience - mettre à profit le richissime patrimoine des kôan | éthique et homéostasie | d'après le psychosociologue Serge Moscovici, les effets de masse critique opérante (le terme est de moi) peuvent faire basculer un collectif dans un tout autre état (état = caractéristiques comportementales plus ou moins stables, génératrices à terme d'une culture : grille de lecture et pratiques communautaires reconnues en interne) | territoires, enjeux de résistances | la synergie, productrice de masse critique et d'effets de seuil (cliquets), ne modifie pas : elle métamorphose | masse critique implosive ou explosive, d'après Max Sandor | tiens, le papillon - formidable métamorphe - est une allégorie de l'intériorité (âme), comme si celle-ci était vouée à la transformation continue | ah, les symboles ! | retour à l'entreprise, via le trajet mythologique - la boucle est bouclée ] Read More
[ << Distribution de strokes ] Qu'est-ce qui provoque le changement de phase ? - 12e partie
<< Lorsqu'un individu change, on ne sait ni pourquoi ni comment, dit Paul Watzlawick. Toutefois, on a observé qu'un stress sévère et durable ou un changement important de mode de vie se trouvaient parfois à l'origine d'un changement de phase. Certaines personnes changent après un deuil, une faillite, ou la naissance d'un enfant... Cela dit, aucune règle systématique n'a pu être établie jusqu'à maintenant : il arrive qu'un stress important ne provoque aucun changement d'étage [ndlr - changement de programme mental]. Ce phénomène ne constitue pas un avantage particulier. En d'autres termes, les personnes ayant vécu un tel changement ne sont pas 'meilleures' que celles qui sont restées dans leur base [1]. Changer de phase n'est pas synonyme d'instabilité, de même que rester dans sa base ne signifie en rien rigidité. Il s'agirait plutôt de processus de développement différents. [...] Le processus de changement de phase [2] ne s'effectue pas d'un jour à l'autre. Les besoins de la personne changent de façon progressive. Par ailleurs, sa 'nouvelle personnalité' reste atténuée par les caractéristiques de sa base, qui subsiste en 'toile de fond'. >>
Gérard Collignon, 'Comment leur dire... - La Process Communication'
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Théma changement :
[1] La base est le tempérament naturel de la personne.
[2] Cf. étage (ci-dessus).
[ J'ai rencontré Taibi Kahler en 1986, alors que j'exerçais en tant que psychothérapeute, utilisant l'Analyse transactionnelle dont il était une des sommités américaines | Nous pouvons dire que 80 % du stress est endogène | barre latérale ~ AT, Kahler | la Process com, vidéo et manuel (excellent) | autre angle - Alexandro Jodorowsky et les changements brefs et profonds (página official - Es) ] Read More
Raoul Ruiz, metteur en scène d'origine chilienne, réalisateur du film Klimt - entendu aujourd'hui sur France culture (fichier ici, facilement enregistrable)
[ Le chaos peut avoir un sens, globalement et sur des échelles très longues, si l'on croit que le Réel (vaste système en vie profonde, bruissante ou sourde, intense, massive) tend vers une finalité pré-établie (et/ou construite voire ajustée en cours de route) - cf. Spinoza et l'idée de félicité comme fin en soi, ou bien Epictète, qui estime que les dieux ont créé tous les hommes afin qu'ils soient heureux ; ils ne sont malheureux que par leur faute. Dans cette optique, le chaos lui-même a une signification et une direction : les phénomènes se déploient pour tendre vers une harmonie durable. Un apaisement à un degré supérieur (évolution, stabilisation, puis jouissance ou alors placidité voire sentiment 'océanique' - selon que l'on se sent plutôt Occidental ou Oriental) | complexité | sur le Réel et sur le monde, lire Alejandro Jodorowsky, un vrai métaphysicien constructiviste, dans la ligne (indirecte) de Gregory Bateson ou Paul Watzlawick | Spinoza, quelques angles | culture et sens | le symbole, outil à attraper du sens | le sens est un logos, un classement des choses, ou alors une fulgurance qui fait évoluer par accoups : changements d'état de conscience ] Read More
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À mes élèves du Cefire - Un récapitulatif des quinze indispensables à lire, à dévorer :
Communication
8/9 Gérard Collignon, Comment leur dire - InterEditions
[ intérêt *** | simplicité *** | bon marché ** ]
7/9 Bruno Dusollier, Comprendre et pratiquer la Process communication (PCM) - InterEditions
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]
6/9 Jacques Salomé, Pour ne plus vivre sur la planète Taire - Albin Michel
[ intérêt ** | simplicité *** | bon marché * ]
8/9 Christiane Grau et Alain Metral, Aider à retrouver un emploi, La PNL au service de la réinsertion - Jouvence, coll. Trois Fontaines
[ intérêt ** | simplicité *** | bon marché *** ]
7/9 Richard Bandler & John Grinder, Les Secrets de la communication, Les techniques de la PNL - Les Editions de l'homme
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]
7/9 Roger Mucchielli, La Dynamique des groupes, Processus d'influence et de changement dans la vie affective des groupes - ESF éditeur, coll. Séminaires Mucchielli
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9/9 Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe - Points, coll. Essais
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Métaphysique
8/9 Alexandro Jodorowsky, L'Echelle des anges : un art de penser - suivi de 'Image de l'âme' - Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes
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Anthropologie et psychologie
7/9 René Girard, Les Origines de la culture - Desclée de Brouwer
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8/9 Jean Monbourquette, Apprivoiser son ombre - Bayard
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8/9 Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives - Odile Jacob
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Ma formation - 1e partie [ Sur mon trente-et-un - 2e partie >> ]
Trente ans depuis janvier. Alors que dire ? Un homme [1] devrait faire des bilans et c'est ce que je fais. Je peux dire que je sais ce qui me plaît et aussi ce qui me déplaît. Pareil dans les comportements, les miens et ceux des autres. Et puis je sais où je veux aller et - par symétrie - ce qui me repousse. Ce en quoi je crois et ce que j'exclus... C'est important.
Je pense qu'un homme devrait aussi pouvoir reconnaître ce qui l'a constitué, inspiré, touché, bâti.
Ma formation intellectuelle, esthétique et morale, jusqu'à aujourd'hui, consiste - entre autres - en systèmes, auteurs ou personnages précis. J'en donne ici vingt, en vrac :
- la Bible m'apporte tout, particulièrement quand je me penche sur le sens premier (étymologique) des mots, le péché, la grâce, le salut, etc.,
- Gilbert Durand m'indique que l'activité humaine s'articule autour de trois grandes fonctions, la première élève et descend les choses, la seconde parle à l'intériorité et bâtit le dedans, la dernière donne un rythme, une répétition, une reproduction (salutaire) aux choses,
- Alejandro Jodorowsky me montre que le monde est un ensemble interprétable et interprété par l'homme, l'homme avec tout son arbitraire superbe, original,
- René Girard fait le pont (notamment historique - phylogénétique) entre nature et culture humaines, c'est passionnant,
- Edgar Morin (aussi important que jadis Pic de la Mirandole) synthétise magnifiquement le savoir actuel, il dépasse la description des choses en montrant le lien intime qui agite et structure les changements, bref la vie,
- Françoise Dolto réconcilie psychisme et corps, individu et lien familial, individualité spécifique et besoins de l'espèce,
- Anne Ancelin Schützenberger décrypte les petits inconscients groupaux, qui font transiter (sauter) l'information de symbole en symbole,
- René Arped Spitz démontre que la survie psychique et physique dépend de l'existence de rapports interpersonnels,
- Kurt Lewin décrit le va-et-vient entre individus et structures groupales, que ces structures soient perceptives ou encore morales,
- Taibi Kahler démontre que nous sommes tous un peu semblables, en proportions intérieures toutefois différentes, et que toutes nos composantes sont utiles - par ailleurs, tout chez l'homme travaille à l'obtention de signes de reconnaissance,
- Boris Cyrulnik a l'intelligence de convoquer l'ensemble des sciences humaines et cognitives pour parler de l'inconscient (ici affectif, cognitif et instinctif),
- Georges Dumézil dit bien que les peuples ont des structures mythologiques précises, qui façonnent leur imaginaire culturel et politique,
- Kenneth Blanchard indique fort à propos que la façon de parler à quelqu'un (c'est important) doit s'adapter aux contextes, par ailleurs un environnement stimulant consiste à surprendre ses parties-prenantes en flagrant délit de... réussite,
- Baruch de Spinoza estime que le monde n'a pas d'autre finalité que sa propre félicité - en cela, il fait du bonheur une fin en soi,
- Carl Gustav Jung décrit le mythe comme un lien puissant, dynamique, fascinant, entre nature et culture et aussi entre individualité et collectivité,
- Charles Bukowski écrit comme il parle, le plus simplement du monde,
- la sculpture des Cyclades et l'art du Ghandara me frappent et me stimulent par leur simplicité étrange (pureté et efficacité esthétiques),
- Martin Luther insiste sur la grâce plutôt que sur les efforts métaphysiques angoissés,
- Jean Moulin et Martin Luther King montrent que la persistance (bien orientée) est une vertu suprême,
- Jacques Bergier et Louis Pauwels [2], enfin, révèlent que la vérité n'est pas dans le corpus académique mais plutôt dans les rêves, dans le vivre-ensemble (socius) et dans les actes des hommes. Génies précurseurs.
Voilà.
Parlons de vous : qu'est-ce qui vous a formé(e) ?
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[1] Un humain.
[2] Merci à mon beau-père de m'avoir fait découvrir la revue Planète très tôt dans la vie. Read More