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Nadia et moi discutons. C'est il y a quelques semaines. Et nous réalisons quelle énergie elle et moi dépensons pour les autres. (Tant mieux, d'ailleurs.) Créations d'emploi, consolidation de business, etc. Que me dit-elle ? Quelque chose de lumineux.
Désormais, quand quelqu'un lui demande service, elle répond qu'il doit garantir de lui renvoyer, un jour ou l'autre, l'ascenseur. Et c'est la condition préalable. J'aime ça : un moyen concret de sortir de l'assistanat (et du Triangle dramatique - revoir ce que fait le Tremendous). Tout le monde peut payer quelque chose, un jour ou l'autre.
J'ajoute, et c'est à présent valable pour moi, que tout le monde peut demander à l'avance une réciprocité.
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Collaboration conditionnelle et discernement
Alors que part pour les archives le billet sur le team building, levier capable de faire collaborer des équipes que tout oppose, nous prolongeons aujourd'hui [1] la théorie des jeux, présente en stratégie (modélisation des tactiques à succès), en négociation (diplomatique, juridique, commerciale), en économie (équilibre des grands ensembles), en biologie et intelligence artificielle (sciences de la vie), en informatique (modélisation des processus de circulation, de stockage et de hiérarchisation des informations) et en physique (science des résistances et des seuils).
La théorie des jeux modélise, grâce à des lois mathématiques, les comportements de plusieurs parties-prenantes, prises dans une situation où se joue à la fois la satisfaction de tous et la satisfaction de chacun. Coup après coup. Dilemme est bel et bien le mot-clé : qui dois-je aider ? moi-même ? les autres ? les deux ? aucun ?
Mais il y a autre chose : la théorie des jeux rappelle que les coups de la partie se font dans le risque, chacun ignorant ce que l'autre va bien pouvoir jouer ensuite. Seule certitude, plus ou moins posée au départ : l'on se souvient de ce que l'autre a joué les quelques fois qui précèdent. Ainsi a-t-il, à nos yeux, un profil, toujours d'égoïste, mais soit loyal et doté d'une relative intelligence collective, soit fourbe et empêtré dans des visées de court terme. C'est l'un ou l'autre : le joueur, pour imposer ses vues, sait plus ou moins collaborer, plus ou moins utiliser l'égoïsme des autres.
Un exemple ? Il émane de l'informaticien toulousain Sébastien Konieczny :
Vous vivez en voisinage permanent et souhaitez écouter votre musique préférée à fort volume. Si vous parvenez à diffuser votre CD à fond - par exemple au détriment du voisin -, vous jouissez à mettons 5/5, si c'est votre voisin qui - à la place - vous impose le sien très fort, vous en retirez un plaisir de... 0/5. Alternative : vous diffusez vos deux musiques en même temps (bonjour la cacophonie), le plaisir génère un faible 1/5. Et si tout le monde, y compris vous, s'abstient de musique, la satisfaction du voisin et aussi la vôtre atteignent un honnête 3/5. Conclusion ? En collaborant, c'est-à-dire en communiquant, en nous entendant avec les autres, nous obtenons des scores individuels, centrés sur nous-mêmes, parfaitement honorables. À la condition bien sûr que tout le monde soit loyal et joue le jeu. (Sinon, c'est du travail de sape : regardez.)
Là où la confiance (et ses résultats constamment salués) maintiennent un collectif de travail, le doute [2] désagrège toute collaboration : les égoïsmes bruts, mal négociés, reprennent la main.
Ce que je vous propose, à notre stade, c'est de faire un test, tiré du très accessible Théorie des jeux de l'économiste Nicolas Eber (p. 64) :
C désigne une collaboration (stroke positif) et D une défection, le joueur « plante » l'autre. Vous-même, que jouez vous (C ou D) quand :
L'autre joueur vient de jouer (au 1er tour) rien ?
L'autre joueur vient de jouer (au 1er tour) C ?
- (au 1er tour) D ?
- (au 1er tour) C + (au 2e tour) C ?
- C + D ?
- D + C ?
- D + D ?
- C + C + C ?
- C + C + D ?
- C + D + C ?
- C + D + D ?
- D + C + C ?
- D + C + D ?
- D + D + C ?
- D + D + D ?
1. la stratégie purement coopérative (10 % des cas), qui joue systématiquement C,
2. celle de la trahison permanente (30 % des cas !), inconditionnelle du D,
3. celle de la coopération conditionnelle (50 % des cas), qui joue ce que l'autre a joué (C pour C, D pour D),
4. tout le reste (10 %).
Voir ce que Robert Axelrod pense de la collaboration conditionnelle, illustrée par le modèle Donnant_donnant.
Excellente journée à vous.
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[1] À bien distinguer des jeux psychologiques, inconscients, groupaux, morbides.
[2] Voir tout le travail autour du diabolos, le diviseur, qui défait les ententes humaines. Sa vocation, c'est de morceler la foi (étymologiquement, la confiance). Il s'attaque au ciment naturel des relations interpersonnelles : l'envie de collaborer (échanger), doublée d'un profond besoin d'efficacité et de concorde (cf. Sigmund Freud et son aimer et travailler). À mettre en tension avec l'angélisme (fort différent de la foi), qui refuse les conflits et - par là même - la réalité du fait humain. À noter que la foi est un amour, elle a un côté inconditionnel. Revoir les fondements de la communication : Je t'aime quand / si... est une remarque conditionnelle. Je t'aime (dans l'absolu) est le ressort inconditionnel de l'amour.
L'amour... Naturellement, le fait d'aimer son prochain comme soi-même (Lévitique, Évangile selon Matthieu) inclut que l'on s'aime soi aussi. Avant tout, peut-être. Ainsi a-t-on le discernement : t'aimer oui, en connaissance de cause c'est mieux. (Écarter à tout prix la culpabilité, qui a tout d'une maladie - cf. Triangle de Karpman - puisqu'elle s'oppose à la grâce, cette liberté spirituelle, ce souffle léger qui remplace un fardeau moral.) La grâce se distingue très nettement du libre-arbitre, ce dernier n'étant qu'un exercice de l'immédiateté brute (je dis bien immédiateté et non spontanéité), bref d'une maladresse puisque - notamment pour Francis Bacon [1561-1626] - La liberté n'est pas dans l'absence de contrainte mais dans l'utilisation raisonnée de ces contraintes. C'est ce que l'on appelle les contingences. En faire notre affaire, et nous en nourrir, conforte l'élan vital de la liberté. C'est pour cela qu'il faut manger la vie à pleines dents, le monde de la félicité s'appuie sur le monde tout court.
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Jeu bureaucratique
La Montagne sacrée. Voilà le film que mon collègue Olivier et moi sommes allés voir à L'Utopia, tout récemment. Le réalisateur est Alexandro Jodorowsky (1973) :
Etrange et beau film, produit par John Lennon. A la sortie, nous avons parlé de beaucoup de choses, et notamment du modèle psychothérapeutique (puissant) de Jodorowsky. Dans les pages de La Danse de la réalité (Jodorowsky) et J'ai mal à mes ancêtres (Patrice van Eersel et Catherine Maillard), il semble que désormais des psychiatres se forment audit modèle. Et les résultats cliniques pleuvent.
Nous avons rapidement parlé de la névrose et des formations névrotiques groupales, ou comment des entreprises, des familles, des pays (totalitaires) donnent leur accord inconscient [1] à une résolution morbide à plusieurs. Naturellement, c'est le Triangle infernal de Stephen B. Karpman qui prédomine ici. La figure collective énergétique se vérouille et développe sa propre économie interne (échanges). Un renvoi vers le psychiatre Michel Dubec [2] est tout aussi intéressant : un individu (ou un groupe) trouve son équilibre (mécanisme compensatoire, mouvement de rétablissement, à l'instar des tissus intelligents, des tissus infroissables ou à mémoire), bref un système trouve une organisation stable dans un enfermement mental ou dans un comportement insolite voire excessif (bouffées ou échappées délirantes, passages à l'acte). Ou comment se rendre malheureux et par là-même construire le malheur des autres.
Certaines entreprises y parviennent à merveille. Donnant toute force à un Boris Cyrulnik universalisant (Un Merveilleux Malheur, 2002). A être malheureux (névrose ou psychose), un système vivant trouve des compensations, des bénéfices. Voilà tout le paradoxe de nos systèmes. Gregory Bateson, avec sa double contrainte, décrit un bien gros travers de nos organisations. Fais et en même temps ne fais pas [3], voilà qui affole, déstructure ou paralyse. Voilà qui peut nous occuper longtemps...
La solution ? Le changement de degré 2, la sortie d'un système, l'accès à quelque chose de plus totalisant, de mieux réparti, de plus engageant (énergies à présent tendues [4] vers un objectif).
Oui.
A l'instant, je trouve un bon passage du psychosociologue Alex Mucchielli (le fils de son père). Le texte est extrait des Motivations (éd. Que sais-je ?). Il évoque le sociologue des organisations Michel Crozier, c'est passionnant :
« Rappelons l'analyse du "jeu bureaucratique à la française". L'analyse englobe le cas de deux administrations : un centre de chèques postaux et une préfecture. Dans le cas du centre de chèques, les acteurs en présence sont : 1. les employés qui ne sont pas satisfaits de l'état des choses et de la manière dont cela se passe. Malheureusement ils ne peuvent eux-mêmes rien faire, sinon exercer tous ensemble une pression, 2. les cadres subalternes : en situation de tampon entre les cadres supérieurs et les employés. Ils sont en concurrence entre eux pour essayer d'obtenir des moyens pour leur service. Ils sont protégés par leur statut et les réglements, et leur avancement se fait à l'ancienneté. Pour avoir le maximum de moyens, ils sont conduits à fausser les informations transmises à leurs supérieurs. Ils s'efforcent d'entretenir de bonnes relations des deux côtés et ce qui se passe "n'est pas de leur faute", 3. les cadres supérieurs : conscients de leur capacité à percevoir la réalité, se contentent de prendre le minimum de risques en choisissant des décisions de routine et en se retranchant derrière "le réglement". Il se passe la même chose dans l'administration préfectorale. [...]
» Si les acteurs en présence continuent année après année à jouer à ce jeu, c'est, nous dit Crozier, que d'une part, chacun en retire des bénéfices secondaires et que, d'autre part, ce jeu satisfait des motivations profondes inavouables chez chacun des partenaires.
» Le bénéfice secondaire serait pour les différents acteurs d'avoir satisfaction de passer pour des victimes du système. Par ailleurs, le maintien du système bureaucratique qui comporte un coût très important pour tous les participants ne peut donc se comprendre que si l'on admet qu'il répond à des motivations profondes. Pour l'auteur ces motivations sont typiques de la société française : il s'agit de la peur des relations professionnelles de face-à-face, du goût pour l'autorité hiérarchique formelle, de la recherche de la sécurité dans le travail, de l'individualisme et du besoin d'égalité. De plus, pour Crozier, le "système bureaucratique à la française" entretient ces valeurs et contribue à "bloquer la société". »
Conclusion ? Les maladies mentales (configurations morbides) peuvent toucher les groupes. La raison : des bénéfices secondaires, qui brouillent la finalité collective (recherche du bonheur, d'après Baruch Spinoza). Les comportements individuels - nécessairement égoïstes à l'état brut (cf. Adam Smith) - génèrent une homéostasie confite (puissance de persistance, inertie d'un confort illusoire). Autre point : les valeurs véhiculent des motivations (des "mises en mouvement", selon l'étymologie). Pour finir, l'on peut dire qu'une culture nationale (ici française) entretient ses propres valeurs et, partant, ses propres troubles [5] : réticence communicationnelle, refuge dans la colonne hiérarchique, satisfaction du travail pour le travail (infantilisme - Fais plaisir, Sois parfait), individualisme et besoin d'égalité de traitement. Pour rappel, la mise en mouvement des choses est salutaire. Et naturelle : seul le changement est durable, dit le poète.
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[1] Ces accords, ces adhésions se prennent parfois à contrecoeur. Cf. la théorie des agreements de Don Miguel Ruiz.
[2] Cette approche économique (transferts d'information ou d'énergie dans un système homogène, un milieu plus ou moins poreux avec l'extérieur), bref cette approche rappelle les fondements de la Gestalt. Cette théorie de la Configuration a notamment pour ambassadeur un immense monsieur, bien connu des consultants : Kurt Lewin. A sa manière, avec Le Macroscope, l'excellent Joël de Rosnay y souscrit. Pour prolonger, je vous renvoie à la théma sur la systémique, beaucoup de choses y figurent.
[3] Tout le monde a vu un chien courir en rond après sa queue ? L'animal se prend au jeu et enrage. Par ailleurs, cette gestion de deux contraires (je veux un truc alors qu'il est fait pour m'échapper) pourrait conduire à un paradoxe enrichissant, à une symbiose, une fusion de deux états, quelque chose qui dialogue en interne. Eh bien non, c'est la confusion, le chaos, l'ambigüité, l'angoisse. Georges Romey explique très bien qu'il faut une cure (un soin, une prise en compte des attentes profondes, parfois un deuil accompli) pour dépasser l'opposition du début et permettre ensuite aux contraires de constituer des pôles compatibles, riches, utiles. Tout à fait voisin de ce que dit Jean Monbourquette. Mettre à profit, d'ailleurs, les ressources sur Animus et Anima (ici). Cf. symbiose, également.
[4] Un objectif se mesure. Le consultant Hervé Gougeon estime que tout ce qui se mesure s'améliore : c'est une tendance humaine. De son côté, le grand Charlie T. Jones, gourou américain du management, rappelle à quel point le simple fait de noter quelque chose nous fait pencher vers sa déjà presque réalisation. (Pour peu que les efforts suivent.)
[5] La psychothérapeute et PNL-iste toulousaine Carine van den Broek rappelle qu'une valeur, qu'un principe (ou programme) n'est valable que jusqu'à un certain point. Au delà de quoi, il faut changer son fusil d'épaule. Ou souffrir. Traiter cela en pleine lumière, c'est l'objet de l'éthique des affaires. Ses articulations ? Les valeurs, oui. Et surtout les seuils, les points de bascule : les "jusqu'à-ce que" (l'inspiration est évidemment bernéenne).
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Excellente année à vous !
Parfois c'est moyen, mais là c'est aigu : j'ai du mal à voir partir un article. Je veux dire faire l'effet goutte d'eau qui fait déborder, flouc : en fait écrire l'article qui, dans la page du blog, chasse le plus ancien. Vous savez ? Là, c'est "Innovation technologique et rapports de force (ITRF) - 4e partie" qui subit l'arrivée des présentes lignes, plus fraiches. Byebye "ITRF". Pourquoi je l'aime ? Parce qu'il condense des choses vitales. L'idée, c'est de le retrouver via le moteur :
Voilou.
Alors parlons de Charles "Tremendous" Jones aujourd'hui. Cet homme est un grand. Charlie T. Jones (look) est un des vingt meilleurs orateurs [1] du XXe siècle. Je crois que j'aime tout chez lui : le bonhomme et les idées. Et chez lui d'ailleurs, cet ensemble est un vrai tout. Que dire ? Deux grands trucs.
1. Sa notion d'aide est un simple et merveilleux moyen de déjouer le Triangle dramatique de Stephen B. Karpman, cette cochonnerie qui envenime les systèmes humains, les équipes. Récapitulons un peu : Karpman, l'ancien associé d'Eric Berne, identifie trois parties-prenantes infernales, c'est-à-dire trois individus ou trois institutions ou trois départements, ou trois parties de nous-mêmes (ça marche aussi à l'échelon individuel), qui jouent aux Indiens, aux cowboys et à la cavalerie. Les uns persécutent, les autres subissent, les derniers sauvent les seconds sans toujours leur demander leur avis. Ce type de jeu, tellement classique, est morbide, c'est-à-dire inconscient, fréquent, mangeur d'énergie, blessant et bloquant pour les vrais sentiments et le vrai bon travail (les résultats qui réjouissent et font avancer). Un vrai chantier. Protection, sabotage, souffrance : un cercle vicieux. Autre particularité : les rôles sont interchangeables, et c'est pour cela que ça vérouille la figure. Untel était Victime, voilà qu'il est maintenant Bourreau et son ancien persécuteur de geindre comme un bébé, c'en est trop, le Sauveur intervient et se fait Bourreau du méchant, qui à son tour pleure, etc. Eh bien Charlie "Tremendous" Jones a une solution. Quand quelqu'un vous demande de l'aide, accordez-lui UNE aide. C'est-à-dire quelque chose qui le dépanne et l'engage à la fois. Je prends un exemple : S'il te plait, dévisse-moi le bouchon du pot de moutarde. Là, vous dévissez en partie (juste avant le plouc libérateur) : c'est le demandeur qui termine le travail (- Plouc - Aah, j'y suis arrivé). Autre élément, et c'est Charlie qui fait comme ça, quelqu'un que vous aimez vous demande mille euros. Donnez-lui pile la moitié, son talent fera le reste. Le demandeur devient acteur. Et vous, vous restez juste un ami. Ou un collègue. Vous n'êtes ni sa maman, ni son papa. De plus, si la démarche est bonne, le coco trouve un succès mérité, et si c'est une entourloupe vous sauvez une partie de votre pécule (ou de votre énergie, ou de votre fierté ou, mieux, de votre réputation - cf. la précieuse image de marque). C'est simple et génial. Et si le demandeur se fait agressif (Dis donc, tu es gonflé, tu pourrais me donner ta femme et ton chien en plus), c'est qu'il joue. Involontairement, il est déjà Bourreau : laisse tomber j'ai envie d'dire.
Fig. 1 - Charlie T. Jones à la remise du prestigieux Cavett Award (2006)
2. Parlons d'une deuxième bonne pratique. Le Tremendous est quelqu'un de pragmatique, qui a su devenir millionnaire avec des principes centraux [2]. Dans son excellent La Vie est magnifique - A vous le leadership, il dit en page 25 [3] que son bureau d'assurances a adopté la formule SIB-KIS et l'a écrite sur tous les bulletins, l'a gravée dans tous les coeurs et en a fait un mode de vie. SIB-KIS est l'abréviation de "See it big - Keep it simple" (Vois-le en grand, garde-le simple). Eh bien moi, j'adore. Une envie de se dépasser, une belle clarté d'idées et un esprit de terrain, je dis que c'est génial.
Portez-vous bien - A bientôt.
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[1] C'est un magazine américain qui l'a désigné ainsi. Ah, les orateurs. Les orateurs et conférenciers-motivateurs, comme il en existe essentiellement aux Etats-Unis. Oui. Outre-Atlantique, la pratique protestante a fait naître des générations de pasteurs, de prédicateurs et de performers motivateurs très engagés, dynamiques et puissants. Certains sont chrétiens, d'autres sont agnostiques. Mmmh, majoritairement, ils sont chrétiens. Les Etats-Unis baignent dans cette pratique orale, dans ce corps à corps passionné, impactant, avec l'auditoire. Ils savent toucher le cerveau tout autant que les tripes et le coeur. Chez nous ? La plupart des prestations orales s'appuient sur un mauvais diaporama, sur des balbutiements intello-jargonnants. Et le corps, le corps - mes amis - n'y est pas.
[2] Tous ces leviers d'excellence, dans le monde de la performance humaine, sont souvent simples à comprendre. Ils se retiennent facilement et s'appliquent à merveille (sitôt neutralisée la fichue homéostasie des milieux complexes, milieux complexes tels que les équipes ou bien l'esprit humain). Ces outils-là, moi, je les nomme outils atomiques. Simples, petits, manipulables. Et surpuissants. Des exemples ? Eh bien le 2A, le 5C-4P, le 3QO2CP, l'Amdec, les matrices stratégiques. Cf. Outils atomiques.
[3] Un Monde différent, Itée - Editeur québécois, distribué en France par Librentreprise.com et Dilisco. C'est ici.
[ Définitives et magnifiques ressources par et sur Stephen B. Karpman (En) | sachez discerner qui manipule en vous cette fichue fibre de Sauveur | aide et christianisme, le point de vue de Sylvie Corman | tiens, c'est ma belle-mère il y a quelques jours qui m'a dit qu'en institution pour les personnes dépendantes, le terme d'aide avait disparu, l'on parle à présent d'accompagnement vers une autonomie, dans un projet, vers un mieux | saga Manip' | Le Tremendous, une interview, un palmarès inouï | le témoignage d'Og Mandino, l'auteur de The Greatest Salesman in the world ] Read More
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La main qui fait mal
C'est Anna Freud, la fille de son père, qui - dixitCyrulnik - disait qu'il y avait deux sortes de déflagrations dans un choc psychologique. Bien sûr la brusquerie blessante, le argh, et puis l'image sociale du traumatisme. Vous savez : le regard des autres. L'expérience montre que c'est davantage cette deuxième violence, diffuse et décevante, qui fait du mal. Ok. J'ajoute que dans l'économie c'est pareil. Et là, c'est Nietzsche qui vient à l'esprit : On a mal observé la vie si l’on n’a pas vu aussi la main qui, avec mille ménagements, assassine. Qu'est-ce-à-dire ? Que le pessimisme est roi ? Quelle horreur. Le pessimisme est une gnangnanterie chronophage : il vaut mieux la joie de vivre (tous azimuts) et la lucidité. Un coeur et une tête, une tête et un coeur. (Et du rythme, et de la vibration.) Coeur, tête et puis mains. Parlons des mains. La main, vous savez ? Cette main que l'on serre, professionnellement. L'on a déjà vu en quoi les fourberies professionnelles, venant par définition de collaborateurs proches, pouvaient heurter. L'entreprise est un milieu qui dérouille. Et, pire, qui trahit. Croyez-moi ou non : ces quelques derniers jours, trois professionnels [1] que j'estime m'ont confié les coups de poignard que leur ont donné ces mêmes mains qu'ils ont sérrées. C'est incroyable. Et c'est parlant.
Il y a, je crois, deux catégories de mains. Celle qui, fait étrange, vous donne envie - sitôt empoignée - de recompter vos doigts à la fin, pour voir si l'individu ne vous a rien volé. Ca c'est facile : le gars respire le vol et le coup tordu, comme une manipulation qui se sent de loin. Ok. Il y a, à l'inverse, la main du joueur : celle-là est plus difficile à palper. Franche et volontaire, cette main vous inspire... pas grand chose. Ou alors quelque chose de professionnel. (Sympathique ? Pas sûr.) Que dire ? Cette main affiche des voyants collaboratifs au vert : cela peut marcher. Mais c'est vite (ou pas vite, c'est selon) une triangulation qui vous tombe dessus. Et un truc à trois angles, ça fait des bosses.
Vous vous souvenez de Stephen Karpman ? Oui, c'est lui. Son ménage à trois est un classique : une victime, son bourreau, le sauveur de la victime. Et à chaque endroit du triangle une fonction puissante, que les trois parties-prenantes incarnent à tour de rôle. Chacun connaît les cartoons, ce reflet drôlatique des passions humaines (projections, rêves, pulsions - érotiques ou agressives). Eh bien, les changements de rôles (la valse) qu'opèrent Titi, Grosminet et le bouledogue chargé de veiller sur Titi sont une illustration correcte de ce que Karpman désigne comme une machine à souffrir, un système morbide.
Alors que dire ? Eh bien que la main fourbe, celle qui passe son temps à combiner, à exploiter les failles d'un sauveur potentiel (ou d'une belle gueule de victime) sait tout à fait vous paraître fiable, dans un premier temps. Puis fragile peu de temps après (elle incarne la victime) : vous aidez ou accordez de votre temps (c'est pareil) ou vous ouvrez à elle (c'est encore pire) et là, paf elle se fait bourreau-étrangleur. Elle vous dépèce. Sous l'oeil d'un sauveur, bien sûr, qui est décontenancé puisque vous incarnez, en réaction, le bourreau-qui-se-défend-bec-et-ongles. Résultat : la vilain, c'est vous. La victime c'est l'autre. Et le sauveur vous sanctionne moralement, devenant à son tour un bourreau (le zozo du départ jubile). La boucle se boucle. Sauf qu'elle ne se boucle jamais : c'est un jeu. Le jeu tourne, c'est sa vocation. Sa vocation, c'est de servir les intentions manipulatoires d'une, de deux, voire de trois parties-prenantes (même une victime peut jouer de sa vulnérabilité - c'est le cas, dans les contes, du Petit Chaperon rouge qui sait tout à fait "vendre" sa sauce au chasseur-persécuteur de loups). Les parties-prenantes de ce carrousel de la souffrance ? Elles sont toujours liées. Cherchez une victime, vous verrez toujours - dans son nuage relationnel - un persécuteur et un chevalier blanc, qui veille avec son épée.
Rien de tel qu'un associé pour prendre une place là-dedans. Un conseil : méfiez-vous. Plus que le palmarès, regardez l'âme. Et quand vous serrez une main, prenez le pouls du coeur de chair qui bat dessous. Et regardez l'oeil [2], qui est la fenêtre de l'âme. Le discernement. Voilà la vertu cardinale.
Reconvoquons Anna Freud. Et concluons sur la double-peine, ce morceau de souffrance en deux fois. Vous savez ce qui fait le plus mal, en plus du regard des autres ? La honte et la confusion : quand on a été "joué", l'on se déteste. Et le pire, pire, pire de tout, c'est qu'on estime avoir été - à un moment ou à un autre - à la place du bourreau. Place que la "victime" à poil de loups vous avait si chaudement préparée.
Ah, la main assassine. Vous auriez dû garder la vôtre dans la poche. Un signe de tête (lucide et poli) aurait mille fois suffi...
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[1] De trois secteurs différents.
[2] Citation biblique.
[ Comment se sortir des griffes du loup ? En lui montrant que vous avez tout compris, finement (ce qui est une sorte de jeu). Vous savez ? Par le sourire narquois, qui montre que vous êtes - vous aussi - de cette pseudo-race des seigneurs que les manipulateurs affectent tant. Montrez-lui en outre que vous avez des alliés. Non pas des sauveurs, mais des troupes fraîches. Capables elles aussi d'en découdre. Dernier conseil : gardez la tête froide et rationnelle tout le long. L'individu va peut-être vous pousser à la faute, ou bien vous bousculer, vous menacer. Vos atouts définitifs : force, lucidité, maîtrise, alliances. Et dissuasion : Cherche-toi un vrai pigeon, moi je suis tout l'inverse... et je tire gros. Tout en gardant le sourire, bien sûr : le chef, c'est celui qui tient bon. Et c'est celui qui a de l'humour. Point de morale, là-dedans (jamais !). Que de l'humanité, et du rapport de force. Le jeu n'en valant plus la chandelle, l'animal va se trouver un autre plateau de cinéma psycho-émotionnel, un peu plus loin. Observez-le se ruiner la santé. Et si l'on vous demande votre avis sur l'individu, donnez-le : sans fard, sans pincettes. En vrai. Seulement les faits. | Lisez absolument ce qui se joue dans un groupe, au plan psychologique - Anne Ancelin Schützenberger (sociométrie, psychodrame et projections diverses), Sigmund Freud (tensions de l'oedipe réinvesties dans le groupe - cf. Claude Pigott) et Taibi Kahler (les drivers du Promoteur, par exemple) font des éclairages fiables et précieux sur la question | cinq idées fausses, tellement fréquentes, tellement douloureuses : 1. il va bien changer un jour, 2. je vais l'aider à sortir de sa morbidité, 3. ma blancheur de colombe (ou ma réputation) va m'aider - aux yeux des autres qui me jugent - à m'en sortir tout seul, 4. je reste tranquille, il va bien finir par se lasser un jour, 5. il va respecter mon intégrité de personne humaine, responsable ou noble, fiable et droit(e) dans mes bottes (que nenni, il interpète cela comme de la faiblesse - et la faiblesse, ça l'excite) | en prévention - je suis sérieux - déjeunez avec un candidat au rapprochement, l'on y voit beaucoup de choses ; et ne payez que si vous êtes obligé(e) | quelqu'un qui intrigue est quelqu'un qui a du mal à trouver sa propre chaise, alors il en vole une, en tire les bénéfices, jouit ensuite du jeu dans lequel se lancent les autres, puis vole une autre chaise, ici (c'est mieux), ailleurs (au besoin) | dès qu'il y a rivalité (absence de chaises enracinées), il y a vol, il y a jeu | quand il y a manipulation, il faut se poser la question de la place (la chaise, incarnation du regard positif des autres, du territoire donné et du statut solide et reconnu de la personne), du sens (ce qu'exister veut dire - croyances et valeurs) et aussi de la trajectoire puisque le défaut de chaise se traduit par l'errance et la rapine, avec son corrolaire, le jeu (la manip') | il y a dans la manipulation, l'errance, le vol et le travail de sape la même énergie désespérée à se hisser quelque part, par manque chronique (ou subjectif) de place : les manipulateurs sont des coucous, vous savez l'oiseau qui, faute d'en avoir un, vole le nid des autres | toute guerre larvée est une tentative de (re)trouver une place quelque part, de se fixer... en vain | c'est un travail sans fin | ah, Bad Lieutenant - vous vous souvenez sûrement de cette figure cinématographique de l'amour, cette religieuse, qui explique à Harvey Keitel que ce que les violeurs lui ont fait, c'était une façon pour eux de se servir faute d'avoir (à tort ou à raison) été servis en sécurité affective, en amour | ce que les parents font de bien en comblant les besoins (et pas forcément les attentes) de leurs enfants | les manipulateurs recherchent une limite (un père, une Loi, un stop, les frontières de la vie s'arrêtent ici, maintenant vis dedans), une affection indeffectible (une maman) et une sécurité statutaire plus une reconnaisance (une chaise) - sinon, c'est l'insécurité, l'angoisse sourde, la faim morbide (qui coupe la sensibilité aux autres), l'envie de razzia et le rapport de force interminable | voilà pourquoi il faut un chef dans une entreprise | le chef garantit la concorde, la protection des faibles contre les manipulateurs, et la direction générale de ce bateau vivant et parfois discordant qu'est l'entreprise | le chef coupe les petits potentats à la racine, les leaderships spontanés du P'tit D | de son côté, le manager, c'est le pivot charnel, c'est celui qui anime et mobilise les troupes au moyen de strokes positifs et négatifs ]
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Collaborez, qu'on vous dit
Sûr que je vais parler de carte grise. Et même de préfecture : si. Alors pourquoi un rock ? Mmh, pourquoi pas. Blues ? C'eût été faux, l'épisode qui vient est optimiste à cent pourcents. Complainte ? Même combat. Alors rock, mieux que ballade (plus énergique). Et puis mieux tout court. On y va ?
C'était vendredi dernier. Vendredi dernier carat, m'avait dit ma douce. Pff : j'y vais. Où ça ? A la préfecture, faire refaire la carte grise. Mais quelle horreur. Rapide coup d'oeil et non : cent vingt personnes dans le hall. (Les évaluations, ça m'connaît.) Alors je prends le ticket d'attente : 086. (Mais quelle horreur.) Le bandeau d'affichage indique 247. (C'est pas humain - un pressentiment me vient.) Je me tourne vers mon voisin de banc, la trentaine passée, cool, qui m'explique que le truc arrive d'abord à 300 puis revient à zéro. Attends, attends : ça veut dire que je passe dans... 139 rounds [1] ? Exact, qu'il me dit. Je me concentre : oui, c'est bien ça, les deux mecs du guichet mettent au pire 5 minutes, au mieux 3 minutes pour traiter les demandes. Je règle la moyenne à quatre minutes, ce qui veut dire que je passe dans... 9 heures ??? (J'vais tuer quelqu'un.)
Bon dix-mille trucs se passent : deux employés supplémentaires arrivent vers 14 h 30, le truc avance, etc. Alors je m'occupe en attendant. Longue, longue discussion avec le gars de gauche (qui est cool). Il est architecte, etc. Et puis échange avec un gars de derrière, qui me dit que lui aussi il fait des statistiques pour passer le temps. J'apprends par ailleurs que des gens viennent ici tous les jours depuis x jours. Ouah, Union soviétique, mon amour. Et puis une jeune femme, sympa. Je discute, échange et tout et tout. Et puis elle part (plus le temps) et me file son ticket : 022. Gosh, c'est beaucoup mieux. Et puis le processus, là-bas, devant et derrière les guichets, semble avoir bouffé du lion. D'un coup. Si ça s'trouve, j'aurai le temps de revoir mes filles avant qu'elles soient majeures. Ou que les poules aient des chicots genre jaune, cyan, magenta. Mouais, ça va mieux. Un mec à ma droite. Un imprimeur. Trente-cinq heures, management, paperasse, problèmes du quotidien : nous parlons beaucoup. Et puis il me dit que quand un client est sympa, il lui indique les fautes d'orthographe relevées, en amont. Et quand il est con (je cite), il lui imprime les trucs comme ça. Bien fait ! Marrant. Mon tour arrive. Je m'lève. Tout marche, ouf. Et c'est fini.
Tout ça pour quoi ? J'vais vous dire. Beaucoup de choses se sont passées. Un, la préfecture est incapable d'offrir un accueil quelconque (tout le monde est caché derrière la vitre, pour bien s'isoler du public). Alors les gens organisent leur attente. Intelligemment, j'entends. Discussions, plutôt profondes d'ailleurs (on a l'temps). Puis échange de tickets : Je dois partir, tenez mon vieux, mon ticket est meilleur que le vôtre. Concept contagieux : voilà que - par ricochet - vous donnez le vôtre à quelqu'un que ça avantage (il y en a des dizaines). Et ça fait dominos : en deux minutes, tout le hall échange son propre ticket. Logique. Reconfiguration en direct (nous sommes dans un système). Et puis échange de combines : Vous venez quand ? Quel est le meilleur créneau ? Moi je vous conseille de faire comme ci, comme ça. Il y a des sandwiches à cent mètres, etc.
Tout ça pour quoi ? Ben oui, pour parler du comportement coopératif. Exit la vaine pâture, cet horrible syndrôme de plombage d'ambiance, d'isolement et de consommation de ressources pour soi seulement. Parce ce que 'non-contrôle', parce que le chef est parti, parce qu'on est entre nous, sans le gendarme pour dire C'est bien, c'est mal. Je dois absolument vous parler de cette claque de lecteur (décidément), je l'ai eue récemment. Je dois vous parler de Robert Axelrod, le pape de la théorie des jeux. Son Comment réussir dans un monde d'égoïstes - Théorie du comportement coopératif est un coup de pied dans la bouche. Dans la bouche des poncifs. Il déboulonne toutes les imbécilités d'idées reçues en comportements sociaux et en vie de tous les jours. Son gagnant-gagnant est démontré par A plus B. Vous en voulez la preuve ? Quand un individu [ndlr - ou un collectif, par exemple une entreprise] doit-il se montrer égoïste dans une interaction avec un autre opérateur ? C'est bien la question. Pour la traiter, ce prof de sciences de l'information de l'université du Michigan a organisé un test grandeur-nature, à la toute fin des années 1970. En deux mots, une joute. Une baston à grande échelle, en accéléré, avec des centaines de 'coups' donnés en même temps. L'idée : transformer les protagonistes en ordinateurs (c'est rapide, ça calcule plein de choses, les crochets qu'ils se mettent dans le menton numérique sont indolores). Les soupes de phalange ? De simples lignes de code que les ordinateurs se débitent au visage. Le gagnant est celui qui rallie à sa cause, qui persuade par la 'manipulation', tous ses petits camarades. Anatol Rapoport. Retenez bien son nom. Il est le concepteur d'un champion : c'est son programme qui a remporté le tournoi (oui). Son nom de code : Donnant-Donnant. Les stratégies proposées [les programmes] venaient de théoriciens des jeux en économie, psychologie, sociologie, science politique et mathématique, commente Axelrod. J'ai opposé au hasard et successivement les quatorze catégories les unes aux autres [il y avait notamment un programme dopé à la haine, un autre qui agissait de manière aléatoire, etc.] A mon immense surprise, le gagnant fut Donnant-Donnant, le plus simple de tous les programmes proposés. La recette : bien cool-cool au départ [2], Donnant-Donnant amorce des choses positives avec ses 'copains', puis rend un coup sitôt qu'on lui en donne un. Mais 'pardonne' vite, il se remet en position de bienveillance aussitôt. Et de boulot : il avance.
Une panacée ? Oui et non : pour les stratégies sur le court terme (faire un coup) ou bien si l'attitude de votre partenaire est complètement transparente (lisible), c'est moyen. Mais dans le cas où les collaborations durent et où les motivations des autres vous semblent changeantes ou opaques, c'est un outil puissant.
Ce schème comportemental vaut de l'or... gris. (Comme la carte.)
Nuf' said. Ah si : une suggestion, ne change rien, la préfecture. On valide trop de trucs dans tes murs. Excellent week-end !
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Théma rock :
Et le best-of :
[1] Les habitués de Crème de violette (CdV) doivent sourire.
[2] Vous reconnaissez la position de vieok-ok du grand Eric Berne ? Eh oui, la bienveillance - sur le long terme - ça paye. (De même qu'une empathie bien placée. Voir ci et ça.)
[ Calcul avec mon voisin architecte : 6 ou 7 pièces (facture EDF, etc.) pour obtenir une nouvelle carte grise ; il suffit d'un très gros serveur par institution et hop ! avec une requête depuis le site de la préfecture vous croisez tout ça et 'pondez' un bon pour carte grise que le back-office de la préfecture transforme ensuite en vrai papier - une idée ? | à l'évidence, Donnant-Donnant est un programme de management | efficacité de la séquence collaborative humaine : 1. je suis bienveillant a priori, 2. si je prends un coup, je rends aussitôt un stroke ciblé (canal sentimental si le 'collègue' marche aux sentiments, info froide et documentée s'il est intello, épreuve de puissance s'il tourne à la testostérone, etc. - cf. efficience des messages humains), 3. je redeviens bienveillant aussitôt et continue mon travail dans tous les cas, 4. je rends mon comportement simple, prévisible, donc rassurant (cf. clarté cognitive) ; cette attitude est une attitude de main tendue, fructueuse à long terme (en fonction de la qualité des apprentissages successifs), de plus elle court-circuite complètement le triangle infernal de Stephen Karpman (cf. jeux pychologiques) et entretient même les cercles vertueux (les renforcements positifs - façon Kenneth Blanchard) qui poussent les gens à 'jouer leur meilleur tennis' | positifs collabos | collaboration informatique | les quatre principes du winner-winner (win-win) | ici, le destin de Mouche-du-coche, de Tartuffe et d'Un-Oeil-pour-deux-yeux | Likert et sa validation gagnant-gagnant | Axelrod a plus que la classe ] Read More
[ << Un retour ? Non merci - 2e partie ] Trois petits singes - 3e partie [ Souffler le chaud... et le chaud - 4e partie >> ]
Il y a trois écoles, que tout le monde connaît. Représentons-nous un gars dans un fauteuil roulant. Nommons-le Didier. Ce gars dirait : Pff, marre. Qu'est-ce que j'aimerais courir sur mes jambes. Là, trois attitudes fusent. Représentons-nous Amélie, Benoît puis Céline.
A : - Didier, je comprends ce que tu dis. Simplement, il faut que tu envisages ceux qui, en ce moment, ont de surcroît les bras paralysés. Tu te rends compte de leur souffrance ?
B : - Gulp. Didier, une boule me saisit à la gorge. Je me sens mal quand tu dis des trucs comme ça. Je sais pas quoi faire pour toi. Alors j'aime mieux que l'on parle de quelque chose de différent. De plus léger, tu veux bien ?
C : - Didier, je compatis tellement... Je ne sais pas pourquoi le destin a fait de toi ce gars cloué, là. C'est dégoûtant, c'est injuste. (Qu'est-ce que tu dois être malheureux !) Moi, ça me révolte et j'ai envie de pleurer, de m'effondrer, de tout casser, de te porter sur mon dos, de faire corps avec toi, etc.
C'est dur. D'abord parce que : 1. personne ne demande à Didier ce qu'il ressent vraiment. Est-ce 'lourd' ou bien comme un passager vague à l'âme ? un truc exceptionnel ? habituel ? ou contextuel ? Quelle est la situation de Didier [*], telle qu'il la vit, lui, maintenant ? 2. Tout est stérile. Que du constat. Que de l'appitoiement : sur l'un, sur l'autre, sur soi. De la culpabilisation ? Oui. L'utilité frôle le zéro. Même l'empathie (la vraie) est absente des propos A, B et C.
Que faire ? Poser des questions. Puis proposer des choses réalistes, chaleureuses, qui mettent l'autre dans une situation d'égalité, où il puisse bien vivre la solution. Version légère : Didier, et si on allait au cinoche ? ou descendre une bière fraîche ? Il y a quelque chose qui te dit là-dedans ? Version plus sérieuse : Tu veux qu'on en parle ? Version prudente : Il y a quelque chose ou quelqu'un qui puisse t'aider ? Je peux faciliter ça ?
A vos claviers. Excellente soirée.
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[*] Il faut, en guise d'amorce, revenir à ce que Didier a dit : Pff, marre. Qu'est-ce que j'aimerais courir sur mes jambes. Une explication de texte ? Quasiment. L'aide (qu'elle soit amicale ou professionnelle), c'est un point d'appui sur ce qui se dit. Il est normal, par exemple, que l'un des plus fameux psychologues français, Roger Mucchielli, soit aussi un éminent analyste de contenu (figures de style, sémiologie). L'on sait en outre l'importance, cette fois-ci du côté 'boîte noire', qu'occupait la parole pour Jacques Lacan. Cf. parlêtre. Lire aussi Françoise Dolto.
[ L'enfer du jeu, 1 et 2 | étranges échos (ici) d'Éliphaz de Théman, de Bildad de Schuach, de Tsophar de Naama | interventionisme et praxéologie | identifier les six ressorts (signaux, strokes, modalités, canaux) qui marchent ]
[ << Les indispensables - 8e partie ] Ethique et jeux psychologiques - 9e partie [ La main du collaborateur qui assassine | Grand panorama des incitateurs inconscients | Ethique - 10e partie suite >> ]
Prolongement de module
A mes étudiants. Mmh, nous avons beaucoup parlé des jeux [1]. Leurs caractéristiques les plus communes sont que les jeux :
1. empêchent de travailler,
2. font perdre du temps, de l'énergie et de l'argent,
3. détournent des vrais problèmes [2],
4. usent le moral et la motivation de tout le monde,
5. engendrent de la souffrance, notamment lorsqu'il y a désignation [3] d'un bouc émissaire.
Comment reconnaître un jeu ?
1. Il 'dépasse' ses protagonistes (source inconsciente, pour tout le monde),
2. les frontières entre Persécuteur [4], Victime et Sauveur sont floues - l'on peut être plusieurs choses à la fois car chacune des modalités est ambivalente (frontière ténue par exemple entre un Sauveur très, très vindicatif et un réel Persécuteur),
3. les rôles sont interchangeables - une Victime, à l'instar d'une fragile plante carnivore, peut tout à coup dévorer son Persécuteur, bien surpris. Allons plus loin : il y a même une course en rond, par bonds successifs, les 'joueurs' passant leur temps à changer de case, comme si - dans un western - voleur, diligence et shérif tournaient cosaque en permanence. Pour mieux brouiller la donne [5].
Un jeu ? C'est de la manip' à plusieurs. Tout le monde paye pour quelque chose qui lui échappe (une partie est consentante et délibérée, mais la plupart des enjeux réels sont inconscients). Quoi d'autre ? Le jeu pourrait bien relever du cristal d'Henri Atlan (formation collective optimale, efficiente, arrangée - autant dire figée) ou bien de l'insolite égrégore énergétique (cf. Gestalt).
Allez, les réprimandes du manager, maintenant. Justement, pour sortir du jeu du chat et de la souris. (Rajoutez-y le chien.) Et rentrer dans une vraie dimension de travail [7]. Comment remonter les bretelles d'un collaborateur ? Je le survole avec vous, les curieux pourront laisser un commentaire :
1. se calmer (la colère est bien mauvaise conseillère, qui fait perdre le Nord - la finalité -, vous flanque dans une situation de Persécuteur et tend à vous faire ressortir de biens vilaines collections de timbres),
2. faire taire le concert pseudo-informatif des 'blanches colombes', prétendûment choquées de la conduite de la personne fautive (leurs calomnies nourrissent un jeu, favorisent un travail de sape ou de lynchage ou de vengeance, pour des histoires de territoire - c'est comme ça que travaillent les leadersspontanés, qui dominent la cohue),
3. isoler la personne à 'recadrer', de manière discrète [6],
4. remettre l'individu à niveau, en termes de strokes - oui, remonter l'estime de soi [8] d'un pseudo-fautif va à contrecourant de l'esprit commun ; c'est vrai, sachez juste qu'un intellectuel sera en mesure de mieux vous répondre si vous commencez à lui rappeler qu'habituellement, il vous semble fiable et en maîtrise de son travail, un émotif-empathique, qu'il est aimable et apprécié en général, un créatif qu'il est vif et habituellement surprenant... en bien, etc.,
5. là, exprimer sa surprise, voire son indignation de la manière la plus sincère et la plus vraie qui soit (ça soulage) : Mais comment avez-vous pu faire ça ? Je ne comprends pas : j'apprends que... Il faut absolument que vous m'expliquiez, c'est anormal, cette affaire. Les mots me manquent, je suis choqué, outré, abasourdi... Allez, je vous écoute,
6. la personne, chargée - en étape 5. - de son quota de strokes peut ici parler librement (confort émotionnel opérant), c'est important. Ecoutez-la, intensément, sans l'interrompre. Jusqu'au bout,
7. lui dire alors ce que que vous attendez clairement d'elle (le 'plus jamais ça', le 'maintenant, il faut que vous fassiez ça, vraiment, je suis sérieux'),
8. offrir absolument une porte de sortie à cette situation tendue. L'entretien doit se terminer par une perche tendue, sous peine de créer un employé ivre de vengeance, donc ingérable. D'accord ? Je sais que je peux compter sur vous et que vous allez tout faire pour redresser la barre, je crois en vous marche bien. Donnez la garantie que sitôt la porte passée, vous effacez l'ardoise. Terminez calmement. Avec bienveillance. Avec chaleur, même. Et validez : On fait comme ça ?
J'ai souvent fait ça (durée totale : de cinq à vingt minutes au maximum, sous peine de tension, d'épreuve trop longue).
Eh oui, manager c'est aussi remonter des bretelles. C'est, encore et surtout, l'occasion pour tout le monde de 'jouer son meilleur tennis'. Donc de progresser. Le manager est un levier pour les autres. Un levier vivant : un ressort. Un catalyseur ? Oui et non. Plutôt un humain qui travaille. Et un humain qui ressent.
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[1] Lire le formateur en communication Giampaolo Possagno, p. 109.
[2] Problème = différence (de préférence chiffrée, quantifiée) entre une situation projetée, voulue, et la réalité obtenue. Synonyme de 'fossé à combler', par des solutions, selon un plan d'actions (lire Serge Moscovici et David Gleicher). Résoudre un problème, grâce : 1. au cerveau tout d'abord, 2. à la systémique, 3. à l'éthique décisionnelle, 4. aux groupes experts, correctement animés, ici ou là, 5. au management en général.
[3] Il faut ici relire les travaux de René Girard et d'Yves Enrègle (voir ici aussi).
[4] Ou Bourreau. Cf. triangle dramatique, ci-dessous.
[5] Cf. drama triangle rotation, according to Stephen Karpman [En].
[6] Aimer et travailler, des voies de réalisation saines, selon Sigmund Freud.
[7] Eh oui : si vous l'interpelez en public, le collaborateur se sent humilié, menacé, visé. Vous risquez d'en faire quelqu'un d'acculé. Un futur assoiffé de vengeance. (C'est le fameux Sun Tzu qui déconseille fermement d'acculer quelqu'un, sous peine de le voir se transformer en désespéré de la survie, beaucoup plus fort, donc dangereux, que vous.)
[8] Cf. Confort émotionnel, dans la barre de gauche du blog.
[ Image (c) Clinicaltools.com | le triangle dramatique de Stephen Karpman, situation de jeu par excellence, éminemment systémique | Qu'est-ce qu'un système ? | le bon manager, proposition de synthèse | l'entreprise, un lieu de jeux | un lieu de pouvoir | un lieu de casse et de tensions | revenons-en aux jeux, qu'Eric Berne, dans l'excellent Des Jeux et des hommes, caractérise comme suit : 1. deux, cinq joueurs, ou plus, 2. les mots comme monnaie d'échange, l'argent, ou certaines parties du corps, 3. type clinique hystérique, obsessionnel-compulsif, paranoïaque ou dépressif, 4. fixation orale, anale ou phallique, 5. dynamique contrephobique, projective ou introprojective, 6. structure masochiste, sadique ou fétichiste | 101 jeux au total, dont : Battez-vous, Ce brave Joe, Cette fois je te tiens salaud, Coincé, Courtisan, Critique, Dans mes bras, Donne-moi des coups de pieds, Ereinté, Gendarmes et voleurs, Heureux de vous rendre service, Imbécile, Indignation, Jambe de bois, Je n'en sors pas, J'essaie seulement de vous aider, Je vous l'avais bien dit, M. Tartenpion vous êtes formidable, On me laisse tomber, Pas de baiser, Pourquoi faut-il que ça m'arrive toujours à moi, Pousse-pousse, Psychanalyse, Regarde ce que tu m'as fait faire, Réglons son compte à Joey, Sans toi, Schlemiel-gaffeur, Travail en vacances, Tribunal, Vois si tu peux me faire cesser, Vous êtes d'une perspicacité peu commune, Vous ne pouvez rien pour moi, Vous voyez bien comme j'essaie, Voyez ce que vous m'avez fait faire, etc. | en anglais, ces expressions sont vivantes et fleuries | le jeu de poker à votre insu, d'après les joueurs professionnels Richard D. Harroch et Lou Krieger, c'est quand vous n'avez repéré aucun pigeon à la table (ça veut dire que le pigeon... c'est vous) | fourberies entre associés | sortir des jeux, grâce au psychosociologue français Jacques Salomé - système Sappe et méthode Espere | invalider le jeu, en donnant à l'autre : au pire 'un os à ronger', au mieux un signe de reconnaissance ciblé - cf. les travaux post-bernéens de Taibi Kahler | sortir d'un jeu, c'est parfois 'casser' le système en le recadrant complètement (PNL - A quoi cela ressemblerait-il si nous faisions autrement ?) ] Read More
Des gourous du management en prise avec notre banlieue ? C'est vrai sans l'être : il s'agit d'une figure de style. A aucun moment (hélas !) les Américains Paul Hersey ou Kenneth Blanchard, vénérables piliers de la psychosociologie appliquée, n'ont - à ma connaissance - développé d'axe en rapport avec la lamentable micro-guérilla à laquelle notre pays assiste, impuissant. Ce sont les travaux helvétiques de la formatrice en champ sanitaire et social Christiane Grau et du consultant en communication et en réinsertion professionnelle Alain Métral, tous deux rodés à la PNL 'de terrain', qu'il faut ici consulter. Tout d'abord, leur remarquable Aider à retrouver un emploi - La PNL au service de la réinsertion (résumé ici), est un chef d'oeuvre d'à-propos quant au coaching direct. (L'un des meilleurs ouvrages, selon moi, consacrés à la PNL). Ensuite, une synthèse tout à fait opportune du management situationnel de Hersey et Blanchard vient nous chatouiller les neurones. L'on trouve, parmi les schémas didactiques (p. 96), un tableau simple et précis. Quatre types de gens, nous disent Christiane Grau et Alain Métral. Ecoutons-les parler des politiques (ici interpersonnelles) à adopter selon les profils présents :
1. 'Ne sait pas, ne veut pas' | dirigez,
2. 'Ne sait pas, veut' | expliquez,
3. 'Sait, ne veut pas' | négociez,
4. 'Sait, veut' | déléguez.
Croyez-vous que les casseurs soient empathiquement conscients (cas 3.) qu'une société fonctionne sur une base de concorde sociale ? Je ne le crois pas. Du moins ne le touchent-ils pas du doigt. Une voiture est un petit morceau de cette concorde : brûlez-la et le contrat républicain prend un méchant coup de canif. Je préconise un retour à la case départ : diriger. Fermement. Le leadership (même politique) doit s'adapter. Il faut un capitaine (ici l'Etat) dans le navire. Reconduire une même politique de compassion larmoyante à travers les ans ? Je n'y crois pas. L'arbitrage est un incontournable de la préservation d'un climat sain. Certains d'entre nous parleraient volontiers de 'coup de pied au cul'. Oui. Parlons ici de stroke, cette formule d'analyse transactionnelle (AT) qui induit le salutaire Aimez-moi, frappez-moi, mais faites quelque chose. Une donnée basique. Un état anthropologique universel.
Terminons avec l'AT. L'on sait depuis Stephen Karpman, et son fameux Triangle dramatique, que les scenarii les pires sont souvent les plus simples. Jusqu'à quand l'Etat jouera-t-il le rôle du Sauveur de casseurs ? Jusqu'à quand sera-t-il dupe de ces bourreaux déguisés en Victimes ? Jusqu'à quand les vraies victimes accepteront-elles d'être prises pour des défouloirs sociologiques ?
Mes pensées chaleureuses aux personnes flouées par cette triste crise : courage, beaucoup de gens sont avec vous. Par le coeur...
[ Time magazine, Why France is different (En) | nécessité d'une concorde sociale, selon Baruch de Spinoza) | Le Triangle dramatique, structure systémique, Gestalt énergétique ou égrégore ? | villes, éthologie des territoires | Samedi dernier, un homme poignardé sur un banc, place Arnaud-Bernard à Toulouse, semble s'être vidé de son sang, quelqu'un a-t-il des nouvelles ? | changer la culture profonde de notre pays | diriger concrètement | retrouver un article ] Read More