Pff, c'te langue de bois. Prenez "chômeur" : tout le monde comprend. Eh bien la pression sociale fait de cette pourtant gigantesque catégorie un état à cacher, comme une honte. Les périphrases ou les emprunts ronflants ont bien cinq ou dix ans. Souvenez-vous.
"Cadre en repositionnement" fut un temps à la mode. Puis vint "consultant" (no comment). Et depuis une grosse année, "entrepreneur", qui se taille la part du lion. Mmh.
Il est évidemment une foule de créateurs qui développe une activité sincère, établie, modélisée. Bien sûr. À côté, il y en a sûrement vingt pourcents qui, à mon avis, se donnent un titre à la gomme. Comme si cette étiquette ouvrait des portes ou procurait les gratifications qui aident. Un sésame en carton-pâte. Que dire ? Je connais d'excellents chômeurs, bourrés d'expérience et d'à-propos. Et puis d'horribles cadres, aigris et doctrinaires. Ce qui fait la qualité de quelqu'un, c'est tout sauf son statut : c'est ce qu'il est en vrai. Alors à quoi bon mentir ? Ceux qui, par une tartufferie socioprofessionnelle, trompent le chaland lors de soirées pros échouent à dire ce qu'ils font... en vrai. C'est pathétique et à chaque fois, je me sens gêné. Ça vous le fait aussi ?
Que faire alors ? Assumer. Avoir de l'humour, exister par soi-même. L'Américain Don Miguel Ruiz rappelle qu'attendre de la reconnaissance des autres est un leurre coûteux. Pour être heureux, il faut s'entendre avec soi, se respecter [1], être adulte et se faire du bien. Et puis s'ouvrir au monde, être dans une relation immédiate, intense et sérieuse à ce qui se passe. Et puis aussi dire non. Être là, être présent, être intuitif, être attentif (à l'écoute d'un discernement bienveillant, intérieur), ça suffit amplement. Être normal est une puissance.
Alors pourquoi mentir ?
Moi, j'ai souvent menti, je l'avoue. Par malice ? Je ne crois pas : par excès d'enthousiasme, oui. Souvent. Comme une passion, comme un emportement. Et c'est dans ces moments-là que je suis le plus faux. C'est-à-dire le plus faible : je passe à côté. Alors je me calme et me vide le mental, je laisse flotter quelque chose d'indicible et, comme un laser, mon efficacité fuse : le cerveau est en phase, tout se connecte [2], j'envoie "le bois". C'est comme ça que je me tire du brouillard. Je plonge dans ce qui est, dans ce que je suis, dans ce qui a du sens. Au centre de moi, là, comme une bille tendre. Et je fonctionne.
Alors que j'ai aidé les professionnels à faire de bons elevator pitches, je peux seulement dire que le mien vibre et fonctionne maintenant. Depuis peu. Quand je me recentre, je sais qui je suis, le métier que je fais, les gens que j'aide. Je ne suis plus dans de la pub, je suis dans ce que je suis. Et je suis vrai : je suis là en vrai.
C'est tout un lâcher-prise, c'est tout un travail d'autonomie affective (nan, je ne séduirai pas pour séduire), c'est tout une jouissance pour moi. C'est nouveau.
J'y suis maintenant. Alors par pitié, épargnez-moi que vous êtes le mentor ou la cousine en secondes noces de Loïc Le Meur ou de Ban Ki-Moon.
J'aurais l'impression de me voir avant. Ou pire : de vous voir tel que vous n'êtes pas. De vous louper. C'est ça, de vous louper. Et de me louper aussi, comme un veau.
Avoir de l'impact, c'est avoir une consistance. Fonctionner, c'est être dans le monde. Être un pro, c'est être soi.
[2] C'est encore Jodo qu'il faut lire. Dans son Doigt et la lune, il parle de ce drôle de jardinier qui a une main en bois. Alors il se la tape, fait un son qui plait à l'oiseau et indique à son collègue que les actes vrais se connectent spontanément à la vie (ici animale), que le bois produit un vrai son. Rappelons que la pièce de lutherie qui fait sonner un violon s'appelle l'âme : le bois est synonyme de naturel, de vibration, d'instantanéité aux choses.
Cet article va parler de froussaille. J'ai deux amis francs-maçons. Et parmi les piliers de leur doctrine, ils envisagent certaines valeurs comme formant un triangle énergétique entre elles (quasiment une Gestalt). Ce qui nous amène indirectement au concept de la peur, vous allez voir. On reprend : il y a - par exemple - la peur et puis son opposé, la vaillance (ou la bravoure). Pour les aristotéliciens, les deux notions sont potentiellement des vices, comprenez des excès. Elles deviennent intéressantes dans la mesure où elles trouvent, dans le spectre qui les rejoint, une valeur d'équilibre, un réglage rationnel utilisable. Est vertueux celui qui est à la fois prudent et capable d'avancées. Ce qui nous conduit, comme prévu, au triangle. Pour les francs-maçons, et autres partisans de systèmes traditionnels, le troisième pied du tabouret est une entité à part, qui est beaucoup plus intéressant qu'un simple mélange, qu'un simple réglage intermédiaire entre les deux autres termes. Prenons la liberté. Puis l'égalité (oui les composantes de la devise républicaine française). Le seul point énergétique, la seule jambe solide qui permette à ces deux opposés de tenir d'aplomb et - surtout - de marcher ensemble, c'est la fraternité. C'est une clavicule.
Intelligent. Et puis très proche des percées fulgurantes du système des koân ou de la pensée latérale. Utile, en clair.
Ce qui nous permet de dire que la tension dialectique peur-vaillance trouve son échappée non dans un mélange, mais dans une troisième voie (c'est Traverson qui va être content). Une troisième voie très, très Jodorowsky [*], du type "discernement". Ou "lucidité". Ou "pragmatisme", ou "volonté". Sortir de la peur, ou du ch'uis-tout-puissant, c'est simplement discerner comment agir au mieux. C'est simple, c'est original : c'est concentré.
Fig. 1 - De quoi les Français ont-ils peur ?
(extrait des succulents Contes de la crypte, que je me suis rachetés en DVD)
Revenons-en à cette histoire de peur. C'est Georges Romey, le psychothérapeute le plus intéressant depuis peut-être l'École de Palo Alto, qui explique que les deux courants dont dépendent les choses de la vie sont : le besoin de permanence, qui pousse tout organisme à sa conservation, et la pulsion d'évolution, qui assure son devenir. Hors d'un équilibre entre ces deux fonctions, rien ne peut exister dans l'harmonie ("Le Rêve éveillé libre").
À notre stade, on peut dire que la peur, c'est la survalorisation de l'acquis, du passé, de la solidité, de la permanence, par opposition au danger de trop évoluer trop vite, c'est-à-dire de régresser. Oui, c'est un fait. La peur est utile. Quand elle touche un système, par exemple un groupe de choses (atomes, cellules) ou de gens, elle se décline en homéostasie, en néguentropie ou en résistance (ou frein) au changement. Parlons aussi de conservatisme, voire de traditionnalisme (regardons vers ce - tellement coûteux - qui nous a construits et étouffons ce qui risque de nous faire changer de configuration, d'organisation, d'état énergétique entre nous).
Moui, c'est tout ça la peur. Mais, la peur, c'est surtout : 1. un manque de confiance en soi et aux autres (foi), et par là même manque d'amour (l'amour est un risque), 2. un frein au mieux (qui est très différent du "beaucoup plus", que l'on voit dans toutes les organisations peureuses ou bloquées).
La peur est un tue-l'amour et un empêche-évolution. Or, évoluer c'est tout simplement vivre. La peur, c'est la mort.
Ce qui me conduit à cet exemple, que je garde en ma besace depuis tout à l'heure. Je vous le livre, en guise de conclusion. L'est amusant. C'est Jean-Louis Boursin ("Les Maths pour les nuls") qui nous l'indique. C'est l'histoire du clavier Azerty, que les francophones utilisent tous les jours. Eh bien, le saviez-vous ? Cet arrangement de lettres provient, à l'origine, de l'intention de... ralentir votre frappe. Si ! Comme les marteaux des machines à écrire s'emmêlaient en permanence, l'idée, c'était de ralentir la valse des saisies. Donc l'efficience de votre travail. C'est incroyable. Incroyable, je veux dire, que nous l'ayons conservé, ce système de pas-bien.
Force de l'habitude ? Procrastination ? Bêtise ? Standardisation aveugle ?
Je vous laisse conclure.
__
[*] Voir la notion de symbiose, construction naturelle d'un troisième grand terme, hors des opposés. Ce terme émerge d'un rapport intense aux choses, ou d'un détachement (ce qui est la même chose, eu égard à la sortie que l'on provoque du circuit quotidien - donc lié à la perception du temps (impatience, ennui, etc.) - des frustrations-compensations).
[ Le Rêve éveillé libre, aperçu | l'équilibre est instable alors que la symbiose apporte une harmonie, une conciliation durable dans une nouvelle forme, voire une procréation, un nouvel arrangement - cf. changement de degré 2 | la différence, selon le généticien Albert Jacquard, entre reproduire une ou plusieurs choses et procréer (vidéo) ]
Cet article va parler de froussaille. J'ai deux amis francs-maçons. Et parmi les piliers de leur doctrine, ils envisagent certaines valeurs comme formant un triangle énergétique entre elles (quasiment une Gestalt). Ce qui nous amène indirectement au concept de la peur, vous allez voir. On reprend : il y a - par exemple - la peur et puis son opposé, la vaillance (ou la bravoure). Pour les aristotéliciens, les deux notions sont potentiellement des vices, comprenez des excès. Elles deviennent intéressantes dans la mesure où elles trouvent, dans le spectre qui les rejoint, une valeur d'équilibre, un réglage rationnel utilisable. Est vertueux celui qui est à la fois prudent et capable d'avancées. Ce qui nous conduit, comme prévu, au triangle. Pour les francs-maçons, et autres partisans de systèmes traditionnels, le troisième pied du tabouret est une entité à part, qui est beaucoup plus intéressant qu'un simple mélange, qu'un simple réglage intermédiaire entre les deux autres termes. Prenons la liberté. Puis l'égalité (oui les composantes de la devise républicaine française). Le seul point énergétique, la seule jambe solide qui permette à ces deux opposés de tenir d'aplomb et - surtout - de marcher ensemble, c'est la fraternité. C'est une clavicule.
Intelligent. Et puis très proche des percées fulgurantes du système des koân ou de la pensée latérale. Utile, en clair.
Ce qui nous permet de dire que la tension dialectique peur-vaillance trouve son échappée non dans un mélange, mais dans une troisième voie (c'est Traverson qui va être content). Une troisième voie très, très Jodorowsky [*], du type "discernement". Ou "lucidité". Ou "pragmatisme", ou "volonté". Sortir de la peur, ou du ch'uis-tout-puissant, c'est simplement discerner comment agir au mieux. C'est simple, c'est original : c'est concentré.
Fig. 1 - De quoi les Français ont-ils peur ?
(extrait des succulents Contes de la crypte, que je me suis rachetés en DVD)
Revenons-en à cette histoire de peur. C'est Georges Romey, le psychothérapeute le plus intéressant depuis peut-être l'École de Palo Alto, qui explique que les deux courants dont dépendent les choses de la vie sont : le besoin de permanence, qui pousse tout organisme à sa conservation, et la pulsion d'évolution, qui assure son devenir. Hors d'un équilibre entre ces deux fonctions, rien ne peut exister dans l'harmonie ("Le Rêve éveillé libre").
À notre stade, on peut dire que la peur, c'est la survalorisation de l'acquis, du passé, de la solidité, de la permanence, par opposition au danger de trop évoluer trop vite, c'est-à-dire de régresser. Oui, c'est un fait. La peur est utile. Quand elle touche un système, par exemple un groupe de choses (atomes, cellules) ou de gens, elle se décline en homéostasie, en néguentropie ou en résistance (ou frein) au changement. Parlons aussi de conservatisme, voire de traditionnalisme (regardons vers ce - tellement coûteux - qui nous a construits et étouffons ce qui risque de nous faire changer de configuration, d'organisation, d'état énergétique entre nous).
Moui, c'est tout ça la peur. Mais, la peur, c'est surtout : 1. un manque de confiance en soi et aux autres (foi), et par là même manque d'amour (l'amour est un risque), 2. un frein au mieux (qui est très différent du "beaucoup plus", que l'on voit dans toutes les organisations peureuses ou bloquées).
La peur est un tue-l'amour et un empêche-évolution. Or, évoluer c'est tout simplement vivre. La peur, c'est la mort.
Ce qui me conduit à cet exemple, que je garde en ma besace depuis tout à l'heure. Je vous le livre, en guise de conclusion. L'est amusant. C'est Jean-Louis Boursin ("Les Maths pour les nuls") qui nous l'indique. C'est l'histoire du clavier Azerty, que les francophones utilisent tous les jours. Eh bien, le saviez-vous ? Cet arrangement de lettres provient, à l'origine, de l'intention de... ralentir votre frappe. Si ! Comme les marteaux des machines à écrire s'emmêlaient en permanence, l'idée, c'était de ralentir la valse des saisies. Donc l'efficience de votre travail. C'est incroyable. Incroyable, je veux dire, que nous l'ayons conservé, ce système de pas-bien.
Force de l'habitude ? Procrastination ? Bêtise ? Standardisation aveugle ?
Je vous laisse conclure.
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[*] Voir la notion de symbiose, construction naturelle d'un troisième grand terme, hors des opposés. Ce terme émerge d'un rapport intense aux choses, ou d'un détachement (ce qui est la même chose, eu égard à la sortie que l'on provoque du circuit quotidien - donc lié à la perception du temps (impatience, ennui, etc.) - des frustrations-compensations).
[ Le Rêve éveillé libre, aperçu | l'équilibre est instable alors que la symbiose apporte une harmonie, une conciliation durable dans une nouvelle forme, voire une procréation, un nouvel arrangement - cf. changement de degré 2 | la différence, selon le généticien Albert Jacquard, entre reproduire une ou plusieurs choses et procréer (vidéo) ]