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 La colline a des yeux - 3e partieTue 15 Sep 2009
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Combattre à poil
- Ou comment je fais, dans la vie, quand c'est
dead, mauribond, hors de portée



Comme un général. Un général avant la bataille, en reconnaissance du terrain : de la réalité. En vrai.

C'est ça.

1. Peut-être vous en souvenez-vous : pour dérouiller, moi, j'ai besoin de voir l'ennemi dans les yeux. Là. (L'ennemi : les lieux, le terrain, le contexte.) Je prépare la campagne. Et la vis.

Quitte, et c'est la clé, à vivre un parcours du combattant. Une mort. Une horreur.

Quitte à pleurer, quitte à me liquéfier.

Mais j'aime le voir, le toucher, le goûter, le digérer. Ce terrain, vous savez ? Cette montagne folle et démesurée. Cette impossibilité. Alors je la mesure, alors je la vis. Je la subis : me la mange dans la poire. (Et jusqu'au bout.) La montagne ? Je la laisse m'engloutir. (Elle est lourde.) Et l'enjeu me recouvre, me morcelle, me tue et me dit en vrai : Tu as bien raison, c'est impossible. (Ça sussure.) Alors je meurs - C'est douloureux, de mourir. Je meurs à mes illusions de toute-puissance. À mon manque de réalisme. À mon infantilisme. À ma candeur.

Qui s'éboulent.

J'aime (non, je déteste : c'est plutôt un besoin), en clair je passe par une mort pour conquérir. Sabre au clair. (Quand c'est désespéré, comme ça se produit parfois.)

Ce qui me fait peur, je le regarde. Je le touche. C'est comme un loup. Loup féroce, ultime, fantasmatique, qui met en pièces, ravage le ventre. Dans ce qu'il a de factuel ou de fantasmatique, justement, je laisse l'échec travailler en moi. Travailler librement. C'est éprouvant (éprouvant oui et non, je suis également spectateur du vécu ; je peux en sortir, m'y replonger, j'en suis libre). Et comme ça, ça se fait : le pire passe. Le pire se passe. Et il le fait avant. Il le fait en moi. Une fois pour toutes. En avant-première.

Ce pire, il avance sur le chemin, dans le terrain : j'ai l'impression de plonger dans la matière, ce matériau de l'action. Ce pire, il dit la vérité. La vérité, c'est que j'ai peur. Peur de mourir. Voir (ressentir) que j'ai peur d'échouer (de mourir), ça me fait vivre la douleur. Une fois vécue, la morsure folle est là. Pourquoi la redouter ? M'a déjà tué. Déjà digéré. (Ok, je la re-digère en retour.)

Garce d'épreuve.

Ça me fait entrevoir non pas le pire (si : échouer, c'est le pire), mais le possible, la limite, le fracas, la panique. Ce que tout en moi occulte et fuit. La réalité. Mieux : la vérité (le vécu intime, brut). La vérité de la mort. Vérité du chaos (boule au ventre) :




Fig. 1 - Un bon guerrier, il est déjà mort,
alors il est disponible à la vie, ici au combat

[ Gladiator, Ridley Scott (2000) ]



En connaissant - par l'esprit [1] - ce que je risque en vrai, eh bien comme ça c'est fait : ça me communique le pire. Connaisseur de ça, j'enchaîne. Je renais. Je fighte. Je découpe. Je larde. (Terminé.) Action. Action forte. Confiance (confiance prudente : trempée de discernement). Courage, plutôt. Mmh, action (oui). Comme une force qui sort. Et qui connaît.

C'est ça.

Un mort n'a plus peur de mourir. Un mort s'en fout. Un mort peut tout. (Tout est accompli, déjà fait.) La résurrection, et son puissant cortège de floraisons (conscientes, inconscientes) parcourt et envahit le terrain : je deviens bon. Je suis bon. Je bondis. Je me surpasse.

Je vis.

Je parle évidemment là des grosses épreuves. Les rares.

Ces trois derniers jours, je les mets là-dedans. Catégorie plus-plus. Et deux livres m'ont tenu. Deux livres et un chant.

2. Les livres :



Le premier, c'est - toutes versions confondues - le recueil (et même l'écrit) le plus traduit au monde [2] et c'est de Josué, son sixième livre, que je compte ici parler.

Le second ? Une référence en matière de leadership. C'est un bouquin que Charles me fait passer, un don probable de la main du regretté Tremendous. Charles fait ça pour m'encourager. Lisez en particulier, je vous le conseille (en anglais simple et limpide) : How can a plane have an attitude? (p. 14).

Un régal.

Passons à Josué. Plusieurs passages enseignent la notion de combat spirituel [3]. Et il y en a un qui particulièrement me parle, il s'agit de celui de la colline (si !) aux Prépuces. Il parle (chap. 5) d'épées : Fabrique-toi des épées de silex, dit alors Yhwh à Josué, et retourne circoncire une deuxième fois les fils d'Israël. S'étant fabriqué des épées de silex, Josué circoncit les fils d'Israël sur la colinne aux Prépuces (traduction Bayard - autres versions, en ligne).

Plusieurs choses sortent de là. J'en vois une (et vous me direz) : un guerrier doit peut-être se laisser consacrer (ici, sens de la circoncision - voir en corrélat Galates 6:15 et Colossiens 2:11), il doit encore et surtout permettre à Dieu de l'éprouver par l'épée. Fût-elle une réplique, en silex, ou une préfiguration de celle qu'il doit utiliser. Il doit donc mourir (et ici dans sa virilité) pour pouvoir vivre au combat. Subir le tranchant (avec la peur qui va avec) pour ensuite le manier : être ensuite efficace. Immunisé.

En fait, c'est perdre pour gagner. C'est d'abord avoir peur pour ensuite :

| gagner en réalisme (en préparation) ;

| gagner en liberté (en disponibilité, en courage au combat).




Fig. 2 - To live is to die
[ Metallica - And Justice for all, 1988 ]



Allez, j'en termine. Voilà le chant qui, depuis dimanche, me porte :





Et voilà que me reviennent les larmes...

(Un bien fou.)

God bless.

__


[1] Cf. Cinéma intérieur (PNL, théma).

[2] Cette Bible Bayard est belle. Et bien écrite (simple). Pour autant, beaucoup d'autres traductions ont de la valeur. Il faut simplement faire attention : les versions catholiques comportent des apocryphes que même saint Jérôme (v. 340 - 420) déconseille. Ce sont des ajouts tardifs, forts différents (donc bien en dessous) de l'originalité, de l'essence et du souffle bibliques.

[3] Ceux qui, ici comme ailleurs, voient là un encouragement au combat physique sont des bouffres. De pauvres gens. Des violents (relire d'ailleurs le grand Girard). Des personnes ignorant tout de la Bible. Ils vivent dans le trouble. Ou pire, ils lisent (donc interprètent) avec des fantasmes de violence, des penchants malsains que tout à leurs yeux (je dis bien tout), justifie quand même. Lire, pour se recentrer : Luc 10:21 et 1 Jean 4:8. (Des classiques.)


 Pandaloup - 2e partieThu 31 Jul 2008
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Loup !


Le loup. C'est, après le panda (et son ennemi le gros félin), un guide utile : voyons voir ce que l'animal à dents pointues nous dit des émotions, de ce qu'elles apportent, de leur vocation.

Il y a six émotions de base, un détour par le travail du prêtre et psychanalyste Jean Monbourquette nous permet, vous et moi, de voir ce que la dynamique du loup soulève. Gros contenus, juste après.

Bien sûr Antonio Damasio et Edward de Bono rappellent combien les émotions et combien les associations [1] entre idées et volitions (idées différentes, sensations, ressentis), bref ce que ces mélanges spontanés - ou pilotés - provoquent de fort. Pour la science actuelle (cf. cognition), c'est un fait. Le quotidien, par exemple en entreprise, est éloquent : une collaboration entre raison et intuition (entre hémisphères cérébraux) génère synergie, puissance, harmonie, dépassement de soi.

Pragmatisme et créativité sont là. Polyvalence humaine ? Son talent s'exprime à plein.

Dans l'indispensable Apprivoiser son Ombre, Monbourquette raconte cette légende de loup. Il y a un village, il y a saint François d'Assise (1182-1226), il y a ce traumatisme, qui lui fait vite appréhender la souffrance du village. Un loup, voilà ce que balbutient les habitants hagards. Un loup qui dévore, tapi près du village : il prend sa part d'humains, il met en pièces, il terrorise. Que fait saint François ? Prend-il une épée, ou une lance façon saint Georges ? Que nenni, le saint part à la rencontre du loup, le trouve et lui donne ce qui manque le plus aux saisons de misère : de la nourriture. Il rend la bête calme et docile, presqu'utile.

Eh oui.

Les appétits sont des manques : saint François s'adresse à la bête en lui donnant à manger (cf. parallèle avec les strokes). Sa sensibilité naturelle, son empathie, lui permet de comprendre la souffrance. La souffrance ? C'est ce qui tenaille et anime le loup. C'est bien ça : quand une bête réclame son dû, c'est qu'elle rappelle qu'une fonction vitale (épanouissement, écologie), bref qu'une fonction sourde et nécessaire passe à la trappe. Famine, détresse et violence : l'animal, comme dans la lame du Mat, devient instinct mordant la chair. Ce retour - ici animal - du refoulé confirme que : 1. nous avons un corps, une chair parcourue d'instincts, 2. c'est bien elle qui nous rend vivants donc en capacité, donc en mesure de ressentir et d'être heureux (le bonheur, c'est avec et dans le corps, avec et dans le cœur, avec et dans le système nerveux), 3. le corps, temple de l'âme (l'intériorité), se respecte et se bichonne, sachant que c'est ce même lieu, cette même réalité qui fournit l'énergie, la frustration, l'envie d'atteindre d'autres états, d'autres sensations, d'autres apaisements (cf. changement et reconfigurations systémiques). Le corps permet de changer. Sensible, violent, mortel, il rappelle la nécessité de vivre, d'atteindre, d'évoluer. Tout est en mouvement, tout est passager, le corps est un véhicule, profilé pour pousser (cf. pulsions). Le corps, instance hydraulique, sort du confort, le corps rappelle, le corps fait changer.

Comme un loup.

La frustration motive.




Fig. 1 - Le loup inattendu de la belle série Fables,
comics disponible en français



Les besoins ? Des moteurs. Les besoins de la chair sont énergie pure (mise en mouvement). Or l'énergie instinctive engloutit, submerge, anéantit - agent de chaos (cf. Ombre). Ou elle propulse, favorise, fraie ses propres chemins d'évolution - agent d'accomplissement.

Que faire alors ?

Lâcher la bête et attendre bien sagement que la dévastation convoque en retour les pulsions de vie, d'organisation, de civilisation ? C'est coûteux, c'est passif, c'est cynique et c'est lâche. Dégotter un bouc émissaire et convaincre son prédateur d'épargner le village ? C'est affreux, c'est la tendance que le dynamicien de groupe Yves Enrègle relève en entreprise. C'est ce que déplore, en outre, l'anthropologue des civilisations René Girard.

Que faire ?

Apprendre à la bête à sublimer ? à collaborer ? à investir l'énergie autrement ? à construire un Surmoi (idéaux de réalisation, déconnexion des besoins primaires) ? à construire un Moi (projection dans le monde des conséquences, dans le monde des humains, dans le monde du socius) ? C'est utopique. J'ajoute que c'est se bander les yeux face à Milosevic, c'est abandonner Srebrenica en espérant que l'éthique et le droit internationaux vont arrêter les loups de Mladic et Karadzic.

Criminel.

Qui fait l'ange, rappelle Pascal, fait la bête : vouloir moraliser (civiliser) l'animal, c'est ouvrir le champ à la désolation. Seul l'arrête un estomac comblé (le sien propre). Et malheur aux victimes.

Il reste une voie.

Cette voie, c'est celle de l'écoute. Saint François comprend la bête, on l'a vu. C'est la compassion qui veut ça. Et en tant que saint, il la voit comme créature de Dieu, comme utile et comme partie-prenante du Tout. Elle a sa dignité d'agent : ce qui est enfoui, hurlant, brut et cru fait aussi son travail.

Qui écoute la bête alimente son ange. Et augmente sa part d'humain. Les ressentis violents rappellent qu'il faut certes vivre et ressentir pour être heureux (revanche de l'Anima). Ils montrent aussi comment être heureux. Là c'est précieux.

Passons par les émotions (ou affects ou ressentis ou feelings en anglais).

Regardons ça. Un modèle général [2] nous dit qu'il y a :

| la colère,
| la joie,
| le dégoût,
| la peur,
| la tristesse,
| la surprise.

Émotions primaires. Certes leurs effets sont-ils agréables ou non. Durables ou pas. Ils sont dévastateurs ou profitables.




Fig. 2 - Intensité & durée supposées des affects,
en appui sur les travaux de Carroll E. Izard,
Christian Derbaix (modèle Lisa Q) ou encore Michel Tuan Pham (modèle Gaim) -
image (c) Coralie Duval



Un point de vue spirituel se fait jour, qui donne à l'homme une vocation beaucoup plus large que celle de la pure animalité : et si les émotions nous servaient ?

Interroger le pourquoi des émotions, en contournant le cliché évolutionniste, bref donner un sens inédit et moral à tout ça, peut se révéler dur peut-être, passionnant sûrement.

Témoin, le questionnement des enfants. Si pressant.

Si tout ou presque a un sens, et si tout ou presque est agent de dépassement, d'évolution, pour soi, pour les autres, pour le tissu dans lequel nous vivons, alors :

| la colère préfigure la reconnaissance et le respect de soi (tempérament, valeurs, priorités), en ça elle annonce le détachement par rapport aux figures parentales (autonomie),
| la joie favorise la spontanéité, l'espièglerie, le naturel,
| le dégoût augmente le discernement, la sagesse, la juste appréciation des choses,
| la peur facilite la prudence, elle mène à la lucidité puis - quand les débouchés sont prometteurs - au courage, à la volonté, à l'audace,
| la tristesse (expérience du deuil) enseigne le lâcher-prise, la réalité de la transformation permanente du monde (vie-mort), et donc - par contraste - la profondeur,
| la surprise, c'est plus compliqué, c'est peut être le maître intérieur (la cohérence de l'inconscient) qui encourage l'offre de soi au monde (confiance, bienveillance, curiosité, concentration, disponibilité pleine).

Quand la sensibilité s'exprime, c'est qu'elle dit qu'il faut la reconnaître, l'écouter, la regarder.

La chérir.

L'énergie de l'émotion sert un dessein spirituel. Comprise et surfée, elle permet de s'accomplir.
__

[1] Les volitions, c'est l'ensemble des événements mentaux qui appellent une réaction ou - plus spécifiquement - une décision volontaire. Les bouddhistes regroupent tous ces schèmes nerveux sous l'appellation de sixième sens : un sens de saisie, d'épreuve, de ressenti des choses, internes ou venant de l'extérieur.

[2] Les études les plus connues sur les expressions du visage et l'affect qui les produit proviennent de Paul Ekman, Wallace V. Friesen et Phoebe C. Ellsworth (1972).

[ Damasio décortiqué | si quelque chose ou quelqu'un se sent frustré, il se sent tout de suite mieux si : 1. quelqu'un lui donne de la considération, par exemple en parlant la même langue de perception privilégiée du monde (cf. style ou langue intello-émotionnels), 2. cette personne, avec plus ou moins de délai, lui indique à quelles conditions de réciprocité elle peut collaborer avec lui, si toutefois cette collaboration est agréable ou utile aux deux à la fois (sinon, gare aux déséquilibres de dignité, gare à Karpman) | les émotions primaires, tableau récapitulatif des différents modèles | l'excellent mémoire de Coralie Duval sur le marketing et la réponse émotionnelle | les émotions que les jeunes enfants appréhendent le plus vite et le mieux sont, dans l'ordre : colère, joie, tristesse et peur (théorie de l'esprit, Marcelle Ricard) ]  Read More


 Pandaloup - 1e partieSun 27 Jul 2008
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Pourquoi ? Interrogation reine. C'est, en Occident, la porte d'entrée dans la vie. Chez nous, tout a (ou doit avoir) un sens, une explication. Pour le meilleur, la connaissance, porteuse de clarté, d'autonomie. Et pour le pire, l'intolérance et le conditionnement qui enferme (cf. paradigmes). L'intellect est un drôle de maître, qui guide et limite à la fois. Comme l'émotion, d'ailleurs. C'est seulement quand l'intellect est pur, innocent dirait Alexandro Jodorowsky (c'est-à-dire bien orienté, au service de la créativité personnelle et de l'ouverture au monde), bref c'est quand l'intellect est de cette qualité qu'il est porteur de positivité. Ce sont les bénéfices d'un Animus volontaire, structurateur, garant de la concrétisation des talents. L'Anima ? C'est quand elle s'écoute elle-même, se respecte et se combine à l'Animus qu'elle crée l'intuition, la profondeur naturelle, la fulgurance, l'intensité du ressenti. Tout ce qui vient du dedans et connecte et reçoit.

Ensemble, les deux procréent (cf. synergie), donnent un aboutissement, une réalisation à l'âme - nécessairement enfantine - que nous avons.

Une graine pousse.

Alors, dans nos pays, le pourquoi est important.

Vient ce pourquoi, le premier pourquoi, le pourquoi de l'enfance. C'est le pourquoi de ma progéniture [1], l'autre jour, au cinéma. Devant le dessin animé (étonnamment bon) de Kung Fu Panda.

- Pourquoi, Papa, il est méchant [2] le gros chat ?

Je réfléchis, bafouille, connecte mon ressenti à ce que je sais des sciences humaines (certains modèles abordent ça). Et finis par dire que je médite là dessus, c'est promis. Il fait chaud, nous buvons une granita (je suis pensif car je veux faire une réponse du cœur et non pas de la tête - une vraie, en somme). Puis je réponds que ce gros félin, il est méchant parce qu'il veut que son père le reconnaisse et alors lui permette d'être un individu autonome, comme quelqu'un qui se regarderait dans un miroir (cf. regard), quelqu'un capable d'accomplir son destin, de réaliser ses désirs. D'être heureux.



» Pourquoi ? fait encore la petite voix.

- Mmh, réponds-je. Nous sommes nombreux comme ça. Nous avons besoin de savoir que quelqu'un nous aime et veut qu'on soit heureux.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est une sécurité. On sait comme ça qu'en cas de problème, quelqu'un est là pour nous.

- Pourquoi ?

- Parce que nous avons peur d'être seuls et que la mort nous saisisse parce qu'on devient tout faibles. Et tout seuls.

- Pourquoi ?

- Parce que la mort, on sait pas bien ce que sait. Alors on croit comme ça que c'est pas bien, que ça fait mal, comme ça il y a quelque chose en nous qui est sûr de faire ce qu'il faut le moment venu. Et même avant. Comme si on se préparait à repousser la mort ou à lui faire face. Bref à faire ce qu'il faut. Au cas où. Parce que la mort, c'est quelque chose de sérieux, qui touche définitivement.

À suivre...
__

[1] Les enfants sont des amoureux de sagesse, des philosophes dans ce qu'il y a de plus pur et de plus puissant. Leurs questions sont les vraies, les bonnes, celles qui font qu'on se trouve une place (un ethos) dans le monde. Leur répondre demande de se plonger dans ce que nous avons d'essentiel : l'innocence, l'expérience, la créativité. Un vrai bonheur, ces mômes... De vrais humains. Des moteurs spirituels, qui veulent capter l'essence du monde et en faire quelque chose de bien, qui ressemble à l'âme (à la vitalité plus ou moins organisée) qu'ils sentent palpiter au dedans d'eux.

[2] Tai Lung, léopard des neiges.

[ La méchanceté, ça pourrait être une férocité de vivre - Reconnaissez-moi, reconnaissez mes besoins -, une pulsion qui oublie les autres, qui écarte toute empathie, qui manque de cette connaissance essentielle que l'Autre et moi-même sommes liés par le regard et, plus généralement, par la condition humaine | le fin du fin, le Royaume des cieux, dit Jésus, est pour ceux qui ont un cœur comme les petits enfants | la peur de la mort, de l'éparpillement, de l'entropie est ce qui nourrit l'homéostasie, cette énergie qui bloque, fait corps et se défend contre les différences émanant de l'extérieur | tiens, dans les archives, une correspondance entre profils stratégiques et animaux emblématiques du kung fu ]


 Fourberies de Scapin - 3e partieSat 16 Dec 2006
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~
La main qui fait mal


C'est Anna Freud, la fille de son père, qui - dixit Cyrulnik - disait qu'il y avait deux sortes de déflagrations dans un choc psychologique. Bien sûr la brusquerie blessante, le argh, et puis l'image sociale du traumatisme. Vous savez : le regard des autres. L'expérience montre que c'est davantage cette deuxième violence, diffuse et décevante, qui fait du mal. Ok. J'ajoute que dans l'économie c'est pareil. Et là, c'est Nietzsche qui vient à l'esprit : On a mal observé la vie si l’on n’a pas vu aussi la main qui, avec mille ménagements, assassine. Qu'est-ce-à-dire ? Que le pessimisme est roi ? Quelle horreur. Le pessimisme est une gnangnanterie chronophage : il vaut mieux la joie de vivre (tous azimuts) et la lucidité. Un coeur et une tête, une tête et un coeur. (Et du rythme, et de la vibration.) Coeur, tête et puis mains. Parlons des mains. La main, vous savez ? Cette main que l'on serre, professionnellement. L'on a déjà vu en quoi les fourberies professionnelles, venant par définition de collaborateurs proches, pouvaient heurter. L'entreprise est un milieu qui dérouille. Et, pire, qui trahit. Croyez-moi ou non : ces quelques derniers jours, trois professionnels [1] que j'estime m'ont confié les coups de poignard que leur ont donné ces mêmes mains qu'ils ont sérrées. C'est incroyable. Et c'est parlant.

Il y a, je crois, deux catégories de mains. Celle qui, fait étrange, vous donne envie - sitôt empoignée - de recompter vos doigts à la fin, pour voir si l'individu ne vous a rien volé. Ca c'est facile : le gars respire le vol et le coup tordu, comme une manipulation qui se sent de loin. Ok. Il y a, à l'inverse, la main du joueur : celle-là est plus difficile à palper. Franche et volontaire, cette main vous inspire... pas grand chose. Ou alors quelque chose de professionnel. (Sympathique ? Pas sûr.) Que dire ? Cette main affiche des voyants collaboratifs au vert : cela peut marcher. Mais c'est vite (ou pas vite, c'est selon) une triangulation qui vous tombe dessus. Et un truc à trois angles, ça fait des bosses.

Vous vous souvenez de Stephen Karpman ? Oui, c'est lui. Son ménage à trois est un classique : une victime, son bourreau, le sauveur de la victime. Et à chaque endroit du triangle une fonction puissante, que les trois parties-prenantes incarnent à tour de rôle. Chacun connaît les cartoons, ce reflet drôlatique des passions humaines (projections, rêves, pulsions - érotiques ou agressives). Eh bien, les changements de rôles (la valse) qu'opèrent Titi, Grosminet et le bouledogue chargé de veiller sur Titi sont une illustration correcte de ce que Karpman désigne comme une machine à souffrir, un système morbide.

Alors que dire ? Eh bien que la main fourbe, celle qui passe son temps à combiner, à exploiter les failles d'un sauveur potentiel (ou d'une belle gueule de victime) sait tout à fait vous paraître fiable, dans un premier temps. Puis fragile peu de temps après (elle incarne la victime) : vous aidez ou accordez de votre temps (c'est pareil) ou vous ouvrez à elle (c'est encore pire) et là, paf elle se fait bourreau-étrangleur. Elle vous dépèce. Sous l'oeil d'un sauveur, bien sûr, qui est décontenancé puisque vous incarnez, en réaction, le bourreau-qui-se-défend-bec-et-ongles. Résultat : la vilain, c'est vous. La victime c'est l'autre. Et le sauveur vous sanctionne moralement, devenant à son tour un bourreau (le zozo du départ jubile). La boucle se boucle. Sauf qu'elle ne se boucle jamais : c'est un jeu. Le jeu tourne, c'est sa vocation. Sa vocation, c'est de servir les intentions manipulatoires d'une, de deux, voire de trois parties-prenantes (même une victime peut jouer de sa vulnérabilité - c'est le cas, dans les contes, du Petit Chaperon rouge qui sait tout à fait "vendre" sa sauce au chasseur-persécuteur de loups). Les parties-prenantes de ce carrousel de la souffrance ? Elles sont toujours liées. Cherchez une victime, vous verrez toujours - dans son nuage relationnel - un persécuteur et un chevalier blanc, qui veille avec son épée.

Rien de tel qu'un associé pour prendre une place là-dedans. Un conseil : méfiez-vous. Plus que le palmarès, regardez l'âme. Et quand vous serrez une main, prenez le pouls du coeur de chair qui bat dessous. Et regardez l'oeil [2], qui est la fenêtre de l'âme. Le discernement. Voilà la vertu cardinale.

Reconvoquons Anna Freud. Et concluons sur la double-peine, ce morceau de souffrance en deux fois. Vous savez ce qui fait le plus mal, en plus du regard des autres ? La honte et la confusion : quand on a été "joué", l'on se déteste. Et le pire, pire, pire de tout, c'est qu'on estime avoir été - à un moment ou à un autre - à la place du bourreau. Place que la "victime" à poil de loups vous avait si chaudement préparée.

Ah, la main assassine. Vous auriez dû garder la vôtre dans la poche. Un signe de tête (lucide et poli) aurait mille fois suffi...
__

[1] De trois secteurs différents.

[2] Citation biblique.

[ Comment se sortir des griffes du loup ? En lui montrant que vous avez tout compris, finement (ce qui est une sorte de jeu). Vous savez ? Par le sourire narquois, qui montre que vous êtes - vous aussi - de cette pseudo-race des seigneurs que les manipulateurs affectent tant. Montrez-lui en outre que vous avez des alliés. Non pas des sauveurs, mais des troupes fraîches. Capables elles aussi d'en découdre. Dernier conseil : gardez la tête froide et rationnelle tout le long. L'individu va peut-être vous pousser à la faute, ou bien vous bousculer, vous menacer. Vos atouts définitifs : force, lucidité, maîtrise, alliances. Et dissuasion : Cherche-toi un vrai pigeon, moi je suis tout l'inverse... et je tire gros. Tout en gardant le sourire, bien sûr : le chef, c'est celui qui tient bon. Et c'est celui qui a de l'humour. Point de morale, là-dedans (jamais !). Que de l'humanité, et du rapport de force. Le jeu n'en valant plus la chandelle, l'animal va se trouver un autre plateau de cinéma psycho-émotionnel, un peu plus loin. Observez-le se ruiner la santé. Et si l'on vous demande votre avis sur l'individu, donnez-le : sans fard, sans pincettes. En vrai. Seulement les faits. | Lisez absolument ce qui se joue dans un groupe, au plan psychologique - Anne Ancelin Schützenberger (sociométrie, psychodrame et projections diverses), Sigmund Freud (tensions de l'oedipe réinvesties dans le groupe - cf. Claude Pigott) et Taibi Kahler (les drivers du Promoteur, par exemple) font des éclairages fiables et précieux sur la question | cinq idées fausses, tellement fréquentes, tellement douloureuses : 1. il va bien changer un jour, 2. je vais l'aider à sortir de sa morbidité, 3. ma blancheur de colombe (ou ma réputation) va m'aider - aux yeux des autres qui me jugent - à m'en sortir tout seul, 4. je reste tranquille, il va bien finir par se lasser un jour, 5. il va respecter mon intégrité de personne humaine, responsable ou noble, fiable et droit(e) dans mes bottes (que nenni, il interpète cela comme de la faiblesse - et la faiblesse, ça l'excite) | en prévention - je suis sérieux - déjeunez avec un candidat au rapprochement, l'on y voit beaucoup de choses ; et ne payez que si vous êtes obligé(e) | quelqu'un qui intrigue est quelqu'un qui a du mal à trouver sa propre chaise, alors il en vole une, en tire les bénéfices, jouit ensuite du jeu dans lequel se lancent les autres, puis vole une autre chaise, ici (c'est mieux), ailleurs (au besoin) | dès qu'il y a rivalité (absence de chaises enracinées), il y a vol, il y a jeu | quand il y a manipulation, il faut se poser la question de la place (la chaise, incarnation du regard positif des autres, du territoire donné et du statut solide et reconnu de la personne), du sens (ce qu'exister veut dire - croyances et valeurs) et aussi de la trajectoire puisque le défaut de chaise se traduit par l'errance et la rapine, avec son corrolaire, le jeu (la manip') | il y a dans la manipulation, l'errance, le vol et le travail de sape la même énergie désespérée à se hisser quelque part, par manque chronique (ou subjectif) de place : les manipulateurs sont des coucous, vous savez l'oiseau qui, faute d'en avoir un, vole le nid des autres | toute guerre larvée est une tentative de (re)trouver une place quelque part, de se fixer... en vain | c'est un travail sans fin | ah, Bad Lieutenant - vous vous souvenez sûrement de cette figure cinématographique de l'amour, cette religieuse, qui explique à Harvey Keitel que ce que les violeurs lui ont fait, c'était une façon pour eux de se servir faute d'avoir (à tort ou à raison) été servis en sécurité affective, en amour | ce que les parents font de bien en comblant les besoins (et pas forcément les attentes) de leurs enfants | les manipulateurs recherchent une limite (un père, une Loi, un stop, les frontières de la vie s'arrêtent ici, maintenant vis dedans), une affection indeffectible (une maman) et une sécurité statutaire plus une reconnaisance (une chaise) - sinon, c'est l'insécurité, l'angoisse sourde, la faim morbide (qui coupe la sensibilité aux autres), l'envie de razzia et le rapport de force interminable | voilà pourquoi il faut un chef dans une entreprise | le chef garantit la concorde, la protection des faibles contre les manipulateurs, et la direction générale de ce bateau vivant et parfois discordant qu'est l'entreprise | le chef coupe les petits potentats à la racine, les leaderships spontanés du P'tit D | de son côté, le manager, c'est le pivot charnel, c'est celui qui anime et mobilise les troupes au moyen de strokes positifs et négatifs ]