Qu'est-ce qui loupe ? hein ? Dans ma vie, ce qui loupe est évident : c'est ça. Parce que c'est de la foutue chair [1] : imagination, religions, rêves impossibles, mysticisme à trois francs, infantilisme à la gomme, paradoxes en cascade, délires divers, confusion, injonctions étouffantes du psychisme, particulièrement en période de deuil ou de surchauffe (foutue honte ; et foutus Tu dois).
Et la chair, c'est ça. La mienne à moi.
Il y a autre chose ? Un truc qui loupe encore ?
Mouais : d'après la Bible. Il y a la nature humaine, en tant que telle : y'a le sarx [2]. Et ça c'est universel.
Ce sarx ? Choix d'Adam (ce sol inerte qui, par l'amour et le modelage, vient à la vie) et d'Eve (vie, en hébreu). Tout le monde s'en souvient : les premiers humains choisissent de faire le business eux-mêmes (bienvenue au club). Et dans le libre arbitre, eh bien la grâce s'efface. Communication breakdown (cf. drame de Caïn et Abel). La vie disparaît. (Ouais.) Seule vient la conscience : la conscience du bien et du mal. Conscience plus que trouble (culpabilité, hyper-religiosité, absence criante d'empathie à l'égard du prochain — ce qui, d'ailleurs, se marie très bien avec l'obscurantisme).
Vrai bordel.
Voilà le coeur. Voilà le mien. Voilà où tout commence : nature humaine. Condition anthropologique. Constat de départ. Bon sens. Tutti quanti.
La vie, la vraie ? Nada. Juste un bordel.
Et alors, il faut en appeler à Dieu ? Oui et non. Le non, c'est quand on a la tentation (moi, c'est toutes les quatorze secondes) de regarder derrière le rideau :
Et ça, c'est super naze. (Un bordel.) Bordel qui prive de souffle, qui prive de liberté, qui prive de vie.
Mon ami David Ballantyne dit que s'imaginer pouvoir ployer la puissance, la vision, l'amour, la souveraineté bienveillante (et l'implication) de Dieu sous notre besoin de contrôler, de voir, de vérifier, en clair que tout ça mène à une (je le cite) certaine mort (revoir le cas emblématique de cet homme qui est fort par la chair). Cet esprit de maîtrise ? Une privation de vie pour le coeur, qui — lui — a besoin de sources vives, de clarté, de confiance et de grâce (communion réelle).
Ce que Dieu donne, je le confirme, change vraiment de ce qu'on Lui demande : j'en suis témoin.
Mais je préfère une vraie vie qui vient de Lui qu'une illusion. Qu'une douce et agréable conscience. Qu'un infantilisme. Qu'une bouche pleine de rapines. Que des mains dégueulasses avec une auréole au dessus du bulbe. Qu'un principe de désir plein de rêves bleus et de religiosités douçâtres. Qu'un bordel de pharisien. Que ce que tu veux...
Je suis incapable de supporter ce qu'Il me demande d'endurer. Mais je Le préfère à toute illusion : ce que j'aime, c'est son côté trash et paternel. Religieusement incorrect. Asskickin'. (Là ouais.)
Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira. (Ca, ça pète.)
Alors je fais quoi ? Je suis sincère : Mon Dieu, ce que Tu me fais m'écoeure, c'est du niveau du premier ... [ censuré ] venu — Excuse-moi mais c'est Toi qui conseilles la sincérité.
Crois-le ou non, ça me soulage. (Parfois.)
Je sais, encore une fois, que Dieu vomit les tièdes.
Moi aussi : je maudis ma tiédeur.
Et moi aussi j'ignore tout de tout.
Je sais juste (quand la lucidité me fait le plaisir de demeurer dix minutes) que je veux Sa vie. Celle qui réchauffe comme un soleil. Ou donne la fraîcheur de la magnifique eau vive.
Le reste n'a qu'à se regarder les fesses. Et sans moi, les cocos. Sans moi.
(Moi je veux boire du frais.)
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[1] & [2] Sarx en grec. Plus que le corps humain (ou une quelconque sensualité, ou encore les pulsions), cette chair est souvent celle... du coeur. Le coeur discerne mal où Dieu veut en venir. (Le coeur, c'est l'intériorité dans la Bible.) Plan de Dieu ? Impossible à saisir. Pourquoi ? Parce que le coeur a des attentes, une logique, une intelligence, des expériences et un vécu qui troublent tout. Le coeur est confus : La perfection n'est pas de ce monde, rappelle l'adage populaire.
Un homme averti en vaut deux. C'est pareil pour une équipe ou une entreprise. Que font les entreprises pour prévoir les risques ? En tant que Toulousain, l'explosion d'AZF m'a fait pleurer. Et là, sept ans plus tard, je m'amuse, m'agace et m'interroge sur ce cas Société générale, plus léger [1], presqu'édifiant.
Mouais. Qu'en dire ?
Il y a, chez les 20-40 ans admirateurs de ce trader devenu célèbre, une solidarité générationnelle. Il personnifie - au moment où j'écris ces lignes - le bras d'honneur revanchard. Les générations X et Y le voient comme un formidable décullotage de l'establishment financier donc institutionnel. À travers ça, il y a la conquête momentanée d'un carré de pouvoir, d'une solidité professionnelle (en symétrique de la précarité), d'une reconnaissance des trentenaires, noyés dans la sur-représentation éco-démographique de la classe d'âge sexa. Un individualisme fou, une persévérance monstre, une intelligence pragmatique (la mètis) ont motivé le bonhomme pendant des mois, des mois, des mois.
Les sexagénaires ont mangé leur chapeau.
Et qu'est-ce que j'entends ce matin, sur Radio BFM ? Les propos de Philippe Tesler, directeur commercial d’Enablon, société de management du risque financier. Pour lui, c'est sûr, parmi les quatre types de risques [2], le facteur humain est le plus important.
C'est là que je veux vous emmener.
Qu'est-ce qu'un risque ? Mathématiquement, c'est ce que décrit l'outil Amdec : c'est un phénomène qui combine gravité (importance des dommages), probabilité (réalisme de la menace et de sa survenue possible), coût de la négligence (amplification des dégats si le phénomène progresse en zone grise, ignoré ou - pire - négligé voire laissé libre), à quoi j'ajoute l'effritement des défenses immunitaires (trop d'accidents à un même endroit sapent la confiance en soi et occasionnent beaucoup de travaux, c'est-à-dire beaucoup de vulnérabilité, beaucoup d'exposition pendant ce temps-là ; un phénomène qui enfonce toujours le même flanc peut créer la panique et même la « psychose », tellement consommatrice d'énergie et de lourdeurs diverses, tellement focalisée sur un aspect et négligeante des autres, alors exposés aussi, cf. le jeu d'échecs).
Quelque chose de grave, de très probable, de pernicieux si non-détecté à temps (synergie dévastatrice), de fragilisant s'il se produit et se reproduit encore, bref un tel risque est un cauchemar. Tout ça se calcule.
La particularité, quand on touche à l'humain (c'est-à-dire tout le temps, à quelque échelon que l'on soit), c'est qu'il est à l'origine, ou au contrôle, ou à la fin de la chaîne ou dans le champ d'impact (victime possible) du risque. Quelqu'un d'avisé dira que le fait humain est ici juge et partie : nous sommes dans la complexité, où l'humain influence l'humain, où l'humain envisage l'humain, où l'humain qui change évalue l'humain qui change aussi. Relativité ? Certes. Chaos ? Sûrement. Complexité ? À l'évidence.
C'est là qu'interviennent la modélisation et la logique floue, je veux parler de celle qui touche aux humains.
Celui qui envisage le risque comme quelque chose de compliqué (comprenez mécaniste, réductible à des processus statiques, décomposables, compréhensibles point par point) a toutes les chances de se planter.
Le risque est d'essence complexe : il est changeant. Il faut l'envisager comme un flux permanent de choses en interaction constante les unes avec les autres.
C'est pour ça qu'il faut modéliser les choses. Au lieu de les envisager à partir des origines (incertaines), il vaut mieux faire l'inverse : retrousser la question et se demander quels peuvent être les grands dommages. Quels qu'ils soient. Par familles (envisager une cartographie mentale). Par impacts. Chaque scénario-catastrophe reçoit une note-Amdec (un score). Filtrez l'ensemble aux 20/80, conservez le plus détonnant et accordez à chaque item les moyens préventifs (façon 5M : main-d'œuvre, méthodes - y compris novatrices -, machines, milieu physique, topographique et ergonomique, matières premières et intrants logistiques, management-motivation des troupes, management de la qualité en continu, etc.). Déclinez ces couples danger-moyens pour les tuer dans l'œuf dans un planning3QO2CP. Et branchez sur votre système de management des risques tout ce qui peut le rendre autonome et facilement évolutif : boucles, retours, moyens de rectification, de réactivité et de proactivité [3], pour prévoir... l'imprévisible (boîte à idées, téléphone sur site pour les signalements, etc.). Restez vigilant.
Nous parlons de systèmes vivants : là encore c'est l'eccéité qui prévaut.
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[1] Il y a deux écoles. Une école du péché (le fameux louper sa cible - moi je dis se prendre les pieds dans le tapis de ses courtes vues ou plus clairement se croûter la tronche - si on transcrit l'esprit du terme biblique hébreu) et puis ce que j'appelle l'école de la conséquence. Elles peuvent d'ailleurs s'interpénétrer. Dans le premier cas, l'éthique (placement de soi dans le monde, façon d'être et d'agir, style personnel) met l'accent sur l'intentionnalité. Désirer tuer est aussi important que le faire, ce qui s'interprète : bien sûr il vaut mieux désirer la chose que la faire, c'est plus anodin dans les faits, mais au plan de l'éthique, ça participe d'une même nécessité aiguë de réformer le cœur, l'intériorité, le rapport aux autres, la volonté de puissance, la place de soi et de son vis-à-vis : le prochain. (Approche du judaïsme, du bouddhisme et du christianisme.) Deuxième école : la conséquence prime sur l'intentionnalité. C'est celle que mon père m'a transmis. Il s'agit de relativiser les actes en fonction de leur gravité factuelle, de leurs conséquences. Le cœur ? Il apprend avec les erreurs : un cœur peut toujours se réformer. L'irréparable ? Non, il reste gravé dans le monde, qu'il casse et modifie. Avec mon père, quand j'étais petit, il y avait les petites bêtises, souvent faites par les enfants, souvent récupérables (par l'enfant lui-même, sous la supervision, le regard aimant et le discernement des parents, voire par les parents eux-mêmes, avec explications édifiantes). Et puis les grosses bêtises : les adultes, à des moments, commettent des actes engageants et définitifs. Ils peuvent, comble de la vie (en tant que pratique du libre arbitre et en tant que flux continu d'événements, d'opportunités), bref comble de la vie que de permettre sa suppression. Un adulte peut tuer. Avec ou sans malice (peu importe à la rigueur) : les conséquences sont à prendre au sérieux. Elles prévalent. En entreprise, pour autant, les choses sont plus ambivalentes : c'est souvent l'intentionnalité qu'il faut distinguer (récompenser ou recadrer). Pourquoi ? Parce que c'est un ressort motivationnel. La personne qui commet une grosse boulette doit juste être recadrée. Et remise en confiance. Si c'est un acte intentionnel, il faut sévir (d'un peu - clin d'œil du je suis pas dupe -, à beaucoup - bye bye, buddy). Voilà ce qui distingue la simple erreur (même à gros effets) de la faute. Voir théma, lire Hervé Gougeon. Eh oui, le manager a un rôle moralisateur (au sens d'agent de progression du collectif). Ceux qui l'oublient, et campent un management gagnant-gagnant, de négociations constantes, s'ouvrent à la dimension du jeu interpersonnel, du rapport de force, du clash, de la manip', de la recherche maladive de coopération conditionnelle (déséquilibre constant, angoisse). Un boss n'est pas un copain. Problème du management entre associés égalitaires. Qui fait quoi n'a pas de sens (qui fait quoi, on peut l'organiser en continu, et le coucher sur papier). Ce qui compte c'est : qui est le boss ? qui tranche ? qui endosse la responsabilité d'un échec ? qui encourage ? qui sanctionne ? qui a le discernement pour interpréter en live les conduites de ses collègues ? qui a les moyens de faire progresser humainement (intellectuellement, socioprofessionnellement, moralement) son équipe ? Un manager est toujours un leader, c'est pour ça que mon point de vue diverge de la distinction que font certaines écoles de management entre rôle de motivateur-dynamicien de groupe et rôle de chef, garant de la direction du navire et de l'équité des traitements. Le bon manager sait (doit) tout faire. J'ajoute qu'il doit savoir s'adapter, comme un bon généraliste, selon les profils qu'il a en face : c'est sa responsabilité. Revoir Paul Hersey et Kenneth Blanchard.
[2] Probablement les 4 risques classiques : risques naturels, risques technologiques, risques de guerre, risque de défaillance ou de malice humaines.
[ Une mission en qualité, à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, m'a laissé une forte impression de distinction entre sécurité et sûreté | la sécurité, c'est la modélisation du risque enironnemental, matériel ou lié à la distraction humaine (un arbre tombe, une nuée d'oiseaux percute et brise une vitre, un ouvrier distrait introduit un mégot près du fuel) | l'absence de sécurité, c'est Tchernobyl : négligence et baisse biologique de l'attention des équipes de nuit (chute naturelle de la température interne du corps et relâchement consécutif de l'attention) - Samouraï !, auraient crié les enfants de Jodo | la sûreté, c'est autre chose, c'est la modélisation de la malice humaine, de la volonté de nuire (pulsions de mort, terrorisme, etc.) | l'absence de sûreté, c'est le Onze-septembre | ce qui est compliqué demande un effort d'atomisation, d'isolement des éléments, ce qui est complexe demande un effort de liaison, de recherche des finalités, des frictions, des relations interactives des phénomènes entre eux, donc d'amplification ou d'écho possibles (cf. larsens, en accoustique), bref d'augmentation vertigineuse des dégâts (cf. progression géométrique et non arithmétique, faite de simples ajouts) | revoir ici la distinction, par Blaise Pascal, entre esprit de géométrie et l'esprit de finesse | modéliser, c'est tout admettre, à plus ou moins tant de pourcents, c'est encore et surtout se mettre à la place de celui qui veut faire un maximum de dégâts et donc profiler tout ce qu'il peut avoir envie de produire comme effets | modéliser, c'est anticiper un impact, un résultat (et non des moyens, qui sont combinables, ré-arrangeables et infinis) ] Read More