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 Jeux !Sun 18 May 2008
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Les jeux, kesako ? Toutes les sciences humaines en parlent, le management aussi. Il y en a de quatre sortes. Leurs sens ? Fort distincts : regardons.

1. Il y a les jeux qui structurent le temps, dixit Eric Berne [1]. Ces jeux nous situent dans un cours (une frise chronologique, un ressenti de ce qui passe et qui se passe), ces jeux ritualisent notre occupation du temps. Ils mettent des étapes, des processus, des seuils d'introduction, de prise en main, d'achèvement à ce que nous entreprenons tous les jours. Ils rendent les choses granuleuses, préhensiles, actualisables. Un peu comme des poignées sur l'épine dorsale du temps. Je me sens vivre, en maîtrise (à tort ou à raison) du cours de ma vie, de mes relations, de mes actions. Je sens bien les choses et mon emprise dessus. Ces jeux-là, d'ancrage temporel, de génération de rituels (passages de seuils virtuels) et de maîtrise du cours des choses rassurent.

2. Les jeux sociaux. Ils rendent compte d'une existence, d'une façon d'être avec et au milieu des autres. Je peux voir et côtoyer des vis-à-vis [2], éprouver leur retour (feedback) sur ce que je suis. Sans eux, l'hospitalisme - et donc la mort - me guettent. Ces jeux d'interaction ? Nécessaires à ma vie nerveuse, à ma vie sentimentale, à ma vie tout cours. Je vis parce que d'autres interagissent avec moi. Je suis dans un tissu dynamique et vivant, qui me rend conscient de moi-même et sensible à mon existence. Ces jeux-là me renvoient des signes du monde, des strokes. Je peux, grâce à eux, épanouir ma créativité, que ce soit au contact de résistances (donc de possibilités), ou d'amitiés et de relations. Je ressens, je communique et crée du lien, je bouge.

3. Il y a des jeux malsains. Des jeux morbides. Quand je me fais prendre dans les filets inconscients d'une course à plusieurs, je subis. Ces jeux-là sont les jeux psychologiques de Steve Karpman. Je pers mon énergie, mon temps, mes ressources et ma foi aux autres ou en moi-même. Je perds même le fil de ce que j'étais venu faire. Une boucle s'enclenche entre les autres et moi où nos inconscients, toujours avides de strokes précis - et malheureusement coûte que coûte -, s'enferment et s'enferrent dans des enjeux troubles, violents et parfois durables. Sado-maso, Bourreau-Victime (ajoutez un Sauveur, pour bien terminer le Triangle). Des bénéfices secondaires, intermédiaires, me font perdre le sens de tout : je ressens quelques satisfactions et pourtant frappe et suis frappé. Je souffre vite. Mon profil et celui de quelques autres s'affrontent dans une pagaille en chaîne. On dirait qu'un scénariste sadique nous manipule. Ce scénariste, c'est le tissu de nos inconscients. La Gestalt de nos dépendances réciproques à quelque chose, à quelqu'un, à un ensemble de signes recherchés [3].

4. Les jeux de coopération. Il y a là une grosse théma. Ce qu'il faut retenir, c'est que ce champ d'investigation mobilise mille disciplines [4] : économie (étude des rapports de force ou de confiance autour de la notion de ressources, de territoires et de partage), stratégie (modélisation des prises d'avantage dans le temps), psychologie (étude de la vie intérieure et du comportement humains), psychosociologie (étude des influences entre les individus, les groupes et les groupes entre eux). Le jeu de coopération est une relation dynamique qui se joue par coups, par étapes, par périodes précises. Et, la plupart du temps, j'ignore ce que va jouer l'autre. Donc j'envisage à l'avance (et en aveugle) les coopérations ou les percées d'égoïsme (donc de défection) possibles.

Conclure là dessus ? Mmh, après nous, il y a jeux.

Bon dimanche à vous.
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[1] Lire Que dites-vous après avoir dit bonjour ?

[2] Le philosophe Emmanuel Levinas (1906-1995) fait du visage un point central de l'éthique, capacité et façon typique d'être au monde. Le visage est ce qui me renvoie à ce que l'autre (le vis-à-vis) a de semblable avec moi. En filigrane, le visage me renvoie résistances et agréments (acceptations). Encore et surtout, il est le symbole de cette passerelle possible entre la différence et ce qu'il y a de commun.

[3] Cf. la préoccupation existentielle (leitmotiv) de chacun des profils PCM.

[4] Son maître à penser ? Pour moi, c'est Robert Axelrod.