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 Profils - 16e partieThu 24 Jan 2008
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Numéro un ou deux ? Allez, je reste dans la thématique biblique : je connais surtout Caïn et Abel (ici) pour s'intéresser à ça. Et s'inquiéter de savoir qui est un, de savoir qui est deux. Rajoutez à la rigueur Absalom... qui a mal fini.

René Girard est un bon guide pour comprendre à quel point mimétisme (cf. mimesis), jalousie, territoires, inquiétude et rang (place [1] et conquête), bref à quel point toutes ces modalités sont une seule et même chose. Et que c'est le ressort de bien des conduites.

Je me remémore aussi une conversation avec mon grand-père Marcel Bruel, tellement expérimenté quant à la dynamique de groupe. Il disait qu'un bon second charpentait et solidifiait les choses. C'est, en plus, un généraliste, un touche-à-tout, technique et émotionnel. De sorte que numéro deux, c'est bien. Autant que numéro un.

En outre, à l'en croire, l'orientation définitive d'un homme (accouchement intellectuel [2], moral et socioprofessionnel de lui-même) n'a de sens qu'au sein d'une équipe.

Oui.

Et le point commun que je retire de tout ça, du pionnier-défricheur et du concrétisateur-améliorant, c'est que les deux sont des créatifs (guide pour l'un et pragmatique pour l'autre). Et les deux sont des leaders, des gens proactifs, en proposition permanente de quelque chose.

En ferme capacité.
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[1] Tout cela diffère de la saine ambition : envie de faire des choses, de se sortir de soi (exister). C'est-à-dire de s'extravertir. Le blog d'Emmanuel Ferraguti a malheureusement disparu, mais son bref commentaire de l'entreprise (au sens de mettre et de conserver la main sur quelque chose) est superbe de réalisme. Comme d'hab'.

[2] Un homme est un être engagé. Ce qu'il fait de sa tête, de ses tripes, de son coeur, de ses jambes et de ses mains est un seul et même accomplissement de lui-même. Qu'est-ce que j'aimerais trouver des gens qui pensent ça, eux aussi !

[ Sur le rôle du guide, revoir Yves Enrègle et William Torbert | je connais bien cette distinction entre numéro un et numéros deux, entre leader (visionnaire ou stratège) et manager-animateur de troupes, mais j'y souscris peu : les réalités sont plus mélangées que ça, de sorte qu'un chef, un motivateur, un visionnaire, un boss, bref tous ces aspects-là sont des qualités (clarté cognitive, garantie d'équité, capacités socio-émotionnelles d'entraînement - regardez), des modalités qui sont aussitôt traduites et ressenties par la base (ou les ailes) comme des stimulations ou non, comme du pouvoir ou pas, comme du danger ou de l'opportunité, c'est à peu près tout (et tellement d'ailleurs) de ce qu'il faut en savoir ]  Read More


 Ensiler ou s'enliser - 16e partieFri 18 Jan 2008
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Ce billet est un hommage à mon grand-père Marcel Bruel, homme des grands dépassements, homme de conviction, agriculteur | au fait, mon père est en Afrique, je l'embrasse


Toute activité (pérenne) demande de la prospection. Demandez aux cultivateurs : chouchouter le maïs qui monte et mûrit, c'est bien. Encore faut-il préparer la génération d'après. Et alors vient une boucle, et une exigence de présence sur tous les fronts, à tous les stades - forcément simultanés : ce qui monte un jour ira sous la bâche (ou mourra sur pied) et ce que vous semez déjà (et demain) finira par remplir le stock. Stock qu'il faut d'ores et déjà optimiser (tasser) et protéger des parasites, des voleurs, des animaux. Le supply chain management (optimisation de la chaîne logistique) et le management de la qualité, c'est pas les consortiums qui les ont inventés. Ce sont les agriculteurs, véritables entrepreneurs, dès la préhistoire (sans leur ingénierie du quotidien, vous et moi serions... des concepts).

Et ce maïs, au final, il va nourrir vos animaux, votre famille et vos clients (ce qui est la même chose puisque l'argent de ces derniers rutille déjà - ou se ternit si votre roue-boucle connaît des cahots).

Ok. Tout ça est important : la vie est comme ça.

Mouais.

Semer, c'est entretenir la boucle capable de régularité formelle, de continuité, de montée énergétique croissante (ce qui est mesuré s'améliore, estime Hervé Gougeon). Bref, améliorer, c'est impulser de la nouveauté, de la semaille. Tout le temps.

Mais notre siècle naissant, pourtant si stimulant, oublie parfois les bases. Je veux évoquer les réseaux. Qui est assez naïf, en leur sein, pour penser se passer de prospection ? En quoi la force démultipliée du réseau dispense-t-elle de prospecter ? Connaissez-vous des moteurs de 1 000 ch qui fonctionnent d'amour et d'eau fraîche ? ou de délégation permanente ?

Qui, de manière sensée, peut se figurer un monde cohérent sans prospection perso ?

Premier élément. Quand on intègre un réseau, on amène l'huile de coude avec. Un réseau offre puissance et vitesse (et circularité vertueuse) si et seulement si la transpiration sourd de partout. Ça nourrit et ça huile les rouages. Ça aide à se concentrer.

Le second élement est plus personnel. Et je veux vous demander votre avis. Quand je prospecte et que je sens quelque chose de superbe et de massif, je me protège. Qu'est-ce à dire ? J'ébauche toujours une solution de rabat. Mon tempérament enthousiaste et passionné me fait dépenser une énergie importante. Si, pour une raison x ou y, vient une déception, je veux déjà pouvoir enfourcher le destrier d'après. Au revoir tristesse, pour paraphraser Sagan.

La vie, c'est l'action.

Plus le débouché me botte, plus je construis le passage vers une sortie possible (prospection d'un autre débouché). Et je crois que ce travail s'envisage seulement pour les caractères impliqués. Quelqu'un de plus raisonnable (de plus posé), s'il fait ça, émousse son envie. Alors que pour moi, c'est une précaution vitale. Une prudence, adossée à une passion naturelle, à une mise de base déjà importante. De toute façon.

Ouais.

J'ai souvenance, lors d'un eurochampionnat de foot, d'un supporter anglais. À la télé. Son propos ? Je parie sur l'équipe adverse. Si c'est mon pays qui gagne, j'éclate de joie. Si ce sont les autres, je me console avec de l'argent.

C'est sage.

Et vous, alors : comment incubez-vous et comment extravertissez-vous vos projets ?

Tell me.
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[ Marcel Bruel, théma ]


 45 000 - 4e partieThu 3 Jan 2008
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Passer une année, c'est accueillir la vie : 2008 est là. Et c'est une belle venue. Ce sera mon année, celle des gens que j'aime, et puis l'année aussi d'Absara, de sa reconnaissance. 2008 sera aussi l'année sans Marcel. Mon grand-père était mon inspirateur, au même titre que les grands hommes de l'Antiquité ou du XXe siècle (visionnaires, mobilisateurs). Qu'est-ce qui m'a touché chez lui ? Tout. Son engagement titanesque, sa stature de bâtisseur, son autorité, son énergie, son bouillonnement d'idées. Et son affection bien sûr (nous étions très proches). Normal de voir, en novembre dernier, tous les officiels à ses obsèques. Plus étonnant : la foule de petites gens, terrassée par la nouvelle - Cet homme m'avait tellement aidé. Des anonymes...

Marcel avait la puissance (et l'influence) et le cœur.

Mais c'est du tribun que je veux vous parler aujourd'hui.

Qui en France, au XXe siècle, a su parler autant, aussi bien, de manière aussi inspirée ? Je me souviens des amorces de notes, sur papier volant, qu'il préparait avant un discours (il les laissait dans sa poche). Déferlaient alors le flot volcanique, magnétique, et l'empathie charnelle : cet homme était habité.

Qui savait attraper par les tripes [*] 45 000 âmes à la fois ? en direct ?

Marcel était un grand. Et la vraie vie c'est ça : c'est vibrer, c'est être. C'est incarner ses convictions.

C'est entraîner.

Viennent alors le fleuve. Et la construction.

God bless...
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[*] Rodez, place du foirail, septembre 1957. Discours de 4 heures de temps, face notamment aux factions poujadistes, pour l'occasion déculottées. Il faut aussi compter sur Saint-Brieuc en 1965-1966, toute la journée (vidé, aphone, Marcel Bruel a dit plus tard Si j'étais tombé dans le caniveau, je ne me serais pas relevé - imaginez la dépense nerveuse). Le préfet de l'époque a salué la prise en main de Marcel sur tous les paysans venus en découdre (barres de fer, etc.). S'ensuivra quelque chose de plus calme et d'ancré : la loi sur l'élevage de 1966.


 Vie - 3e partieSun 25 Nov 2007
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Exceptionnellement, ce billet est (c) - Merci de votre compréhension

L'on a tort de penser que la mort d'un proche dépouille et appauvrit : au contraire. Elle élague, elle enlève les pensées secondaires et rapproche de la nature vraie des choses, d'un centre éternel [*] profond. En ça elle construit, mais ça fait mal. Quand j'étais petit, j'avais mal dans les jambes et mes parents m'expliquaient ça par la croissance. S'adapter est une douleur. Mes jambes disaient : Attention, travaux.

Ce qui harasse et mine, c'est le message que les neurones se transmettent à tous : Psst, il est mort, fais passer (le cerveau se reconfigure). Ce qui fait mal, c'est aussi le constat de la perte : Je ne le verrai plus (c'est le chagrin). Et il y a encore autre chose : Bon sang, je suis mortel moi aussi (débrouille-toi avec ça).

Ouais.

Je suis dans ce procédé de changement profond. Un deuil est un changement forcé. Mais ce qui force ramène toujours à la réalité, qui est le vrai siège de la vie. Réalité du moment, si dure, et réalité de la nature des choses en général. Il n'y a de vie que parce que la mort retire du monde des choses et des gens, vivre demande de la place et des ressources. C'est vrai. Par ailleurs, la mort donne un éclat à la vie : la vie n'a d'intérêt que parce qu'elle s'arrête un jour. Alors être soi-même et jouir devient une nécessité urgente. Gandhi, cité par Edgar Morin dans La Méthode, l'humanité de l'humanité, aurait dit que l'interdépendance de soi aux autres, en clair le religare, était un but en soi. Quelque chose de souhaitable et de sain. L'autonomie complète (d'origine grecque) est un leurre. Le vivre-ensemble, une bénédiction. L'enfer, c'est l'absence de l'autre.

Dernier truc, la mort met à plat les vanités (celles de l'Ecclésiaste) et oblige à avoir une spiritualité, elle interroge le fil de la vie : vie, tu t'arrêtes à la mort ou la transformation que tu procures par la mort est un tremplin vers autre chose ? Qu'est-ce que je vais devenir ? et les autres ? et ce mec qui me parle, ce prochain, qui me ressemble un peu (beaucoup) ?

Vivre c'est justement se régler avec les autres, c'est donner un parfum au tissu (complexus) qui nous nimbe et c'est s'harmoniser soi-même : tenir une place typique, dynamique, jouissive et vraie.

C'est vrai, ouais. Mais ça fait mal.

Beaucoup de témoignages parlent de comment ne pas être malheureux, un grand nombre de comment être satisfait, très peu de comment être heureux, en cohérence et en jouissance avec la nature profonde de ce que nous sommes.

En vrai : mortels.

Je me souviens des superbes conversations avec mon grand-père. Le vieil homme allait à l'essentiel. Celui qui avait été si plein était alors simple. Et sage.

Merci, Marcel : ça aussi c'était exemplaire. Peut-être autant (ou plus) que tout ce que tes mains avaient bâti.

Tes mains, elles vont nous manquer, mais on va faire avec.

God bless.
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[*] C'est Jodorowsky qui rappelle que le cerveau fonctionne au présent : le passé, par la mémoire ou par l'intervention constante de l'inconscient, est en permanence effectif (influent) donc occurrent, donc présent. Quant au futur, il n'existe pas, c'est le fruit - tardif dans la psychogenèse individuelle - de l'imagination. En cela les bébés sont proches du temps cérébral originel, de l'intense présent, si voisin de l'éternité. L'éternité serait donc la mesure originelle de ce que nous sommes en dehors des conditionnements. De ce que nous sommes en vrai.

[ L'intelligent sait réduire la morsure de la gêne et de la contrariété : il sait résoudre des problèmes, il améliore (il crée) ou rétablit ; le sage, lui, a trouvé des actes ou des réponses à la mort, il vit en profondeur ]


 Définitive orientation - 2e partieThu 22 Nov 2007
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« L'homme seul ne peut rien. C'est au sein d'une équipe qu'il se forme, apparaît et prend son orientation définitive. »

Marcel Bruel,
tribun et leader syndicaliste de premier plan, organisateur de la modernisation du monde rural dès l'immédiat après-guerre, et de la représentativité des branches généraliste et d'élevage, instigateur et structurateur de la filière viande à l'échelon mondial


 Marcel - 1e partieMon 19 Nov 2007
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Le fils de paysan a travaillé. Il a cru de toute son âme et avec ses tripes, il a entraîné des forces avec lui, et tellement. Il a bâti, il a vécu - si ardemment. Et il a tellement fait. Résistant ? Bien sûr. Ministre ? Bien sûr que non. Combattant visionnaire ? Évidemment.

C'était un constructeur. C'était une stature, c'était un homme.

Son caractère va nous manquer. Je l'aimais comme je l'aime. Je l'aimerai encore et toujours.

Il était audacieux. Il était direct, ferme et subtil. Cet homme m'a aimé. Cet homme m'a marqué, ces choses-là sont éternelles.

Cet homme-là, c'était Marcel Bruel (1922-2007).

Mes engagements ont du sens grâce à lui, du sens avec lui et maintenant sans lui. Son coeur bat en moi (je suis du même sang).

Il est mort ce dimanche.

Cette nuit, c'est le Psaume 139 qui m'a tenu.

Adieu, à bientôt, au revoir : je t'ai toujours aimé. Grand homme. Grand-père.  Read More