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 Mojo d'entreprise - 2e partieFri 12 Oct 2007
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Ce qui est équilibré, c'est la mort : la mort est stable. À l'inverse, tout ce qui vit est mouvant, dynamique et transformatoire en puissance. C'est-à-dire porteur de champignons, de problèmes, de germes, de décalages et de contrariétés. Étant entendu que le problème est un fossé, une frustration entre les rêves d'épanouissement (appelons-les des objectifs) et les réalisations-terrain (mmh, sans appel). Un peu comme si la réalité faisait en permanence la nique au principe de plaisir. C'est comme ça. Que voulez-vous : c'est propre à la vie.

Reparlons du problème. Le problème est là, qui peut certes mener à la vraie mort si rien n'est fait (imaginons que tout explose, se corrompe ou perde son mojo, sa cohésion, sa raison d'être).

Le problème ? Il peut tout autant, et il faut voir ça, forcer un collectif à changer. Il est chargé de vie. Je veux dire que par essence, il incite un système à se transformer, par opposition au bidouillage d'une ou deux bricoles (cf. changement de degré 1 ou 2). Le bidouillage est tentant, presque naturel. En un sens, il est conservateur et rassurant. La métamorphose, elle, est exigeante et consommatrice d'énergie [*], c'est un processus quasi biologique.

Tout ça pour dire que la peur de changer se cheville aux corps. Témoin, cette conversation interne entre commerciaux. L'un d'entre eux fait un boulot superbe, fidélise et rassure ses clients. Qui, du coup, reviennent vers lui, de peur d'aller vers les autres, jugés plus rêches. Alors le collectif perd son équilibre, se décentre et dérive en direction du good salesman. Beaucoup l'envisagent comme une avarie : risque de... risquer quelque chose. Risque de perdre.

Ce que je dis moi, c'est qu'il est en déséquilibre, ce collectif. Bien sûr. Mais de ce déséquilibre stimulant et dynamique qui fait qu'on marche, appui instable après appui instable (l'enchaînement de ces instabilités, pour peu qu'on soit fluide et engagé, est équilibrant). Marcher, c'est évidemment risquer de tomber, mais c'est aussi jouir de vivre, être content de soi et rendre la course (la vraie) un jour possible. Voire même tout de suite, là : right now. Il faut y penser.



La lenteur fait tomber les anxieux,
pour les sagaces il y a... le roller


Quid de la conquête ? C'est, par définition, perdre la terre d'origine, le juste-avant. C'est aussi faire mieux (puisqu'on sort de soi-même, puisqu'on existe). Qui plus est, au contact ou dans la direction de celui qui nous fait vivre : le client, le bizarre, l'Autre.

Alors messieurs...
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[*] Relire Henri Laborit. Ou mieux : Joël de Rosnay et son magnifique Macroscope, aussi indispensable à l'entreprise qu'une liasse fiscale.

[ Image (c) Placestosse @ Flickr.com | la peur de tomber, confirme Gilbert Durand, est un vieux schème, un vieil ensemble nerveux gravé dans nos têtes aux premiers âges de la vie, il est puissant (cf. héroïsme vertical et identitaire Vs mysticisme digestif et rentré en lui-même ou dynamique copulatoire, rythmée, mixte et circulatoire) | le mouvement mondial de la qualité, depuis 2000, insiste sur un lissage de tout en direction du client, celui pour qui les choses sont faites | dans le même registre - très parlant - la cale du PDCA (vidéo), une tentative de vérouiller les acquis (donc de rassurer une bonne fois pour toutes) mais aussi d'interdire le retour en arrière, donc d'autoriser la poussée d'évolution (cf. Romey) ]


 Mojo d'entreprise - 1e partieSat 11 Feb 2006
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Gosh, peu d'articles cet an-ci. Alors, je fais dans la qualité : je vous confie le coeur de ce qui fait mon métier. C'est-à-dire l'expérience directe et les à-côtés, forcément parlants. Infiniment plus intéressants que les outils en tant que tels. Pourquoi ? Pour parler de la vie, le mieux c'est avant tout de la vivre [1]. Les outils se greffent dessus, comme des tissus, comme des améliorateurs. L'expérience ? Une grappe de cellules-souches. Le reste vient après... Et se conjugue avec. La vie est un torrent : les gens ou les structures qui en doutent vivent dans des verres d'eau. (Glou.)

Mmh. Oh, j'y pense. Avant d'aborder cette question de mojo, le sex apeal un peu magique de l'agent secret le plus crétin qui soit, je vous parle de James Newton, l'animateur du réseau toulousain bilingue le plus intéressant du moment. Je suis fan. C'est Flemming qui m'en a parlé : j'ai testé, j'adore.



Re-parlons du premier Britannique : l'espion cinématographique le plus kitsch de ces trente dernières années. Qu'est-ce qui fait courir Austin Powers ? C'est son mojo, bien sûr. Il s'agit de son moteur personnel. Son glamour (supposé) le propulse. Et le fait réussir. Self-confidence diront les gourous du management anglo-saxon. Moi, je dis qu'il croit et par conséquent concrétise. Le réel lui obéit. Et les conquêtes (sexuelles) pleuvent. La pensée et les croyances (en milieu systémique, mais tous le sont) impacte les choses. Et les gens. La croyance détermine le cours de beaucoup de choses humaines, en témoigne le modèle de la prophétie autoréalisatrice du sociologue William Isaac Thomas (1863-1947), qui montre que celui (ou ceux) qui croient en quelque chose conditionnent leur milieu. En bien comme en mal (les religieux brûleurs d'ambassades amorcent des cercles vicieux à bien triste impact - or, en systémique, une projection de boue finit toujours par éclabousser [2] tout le monde). Que dire alors ? Plein de choses bien sûr. Mais revenons au métier de conseil. Et au mojo. Oui, les entreprises ont un mojo, un sort, une recette, un truc, un charme, une potion magique à la fois puissante et fragile. Puissante ? A l'évidence : une structure qui vend au moyen d'une formule précise (un format de vente, une façon de faire, un discours - cf. marketing mix) a tendance à sacraliser l'outil. Même si ce dernier est perfectible. Donc optimisable. Fragile, la recette ? Comme tout ce qui est magique. Nul n'est à l'abri de se faire voler l'idée, la croyance, la baguette magique. Nous sommes typiquement dans l'idée de boîte noire : ce qui entre, c'est l'envie de vendre, la boîte magique et mystérieuse fait son travail (ex. : elle structure votre discours comme elle l'a toujours fait, des générations de vendeurs avant vous) et cela marche. Vous mettez votre foi dans la recette et la recette vous le rend. C'est une idole. Un truc ancestral : Ici, mon/ma jeune arrivant(e), nous avons toujours vendu comme ça. Et c'est ce qui nous fait gagner des parts de marché. Que dire, y compris si la recette est moyenne et coûteuse en énergie donc en argent ? Rien. Laissez-la comme ça. Elle fait partie de la culture de l'entreprise. De ses fondations idéologiques, plus solides que des piliers. Nous parlons d'ADN. Pire, de mojo. Don't change the mojo. Sinon, Austin Powers se transforme en Austère Powers. Voire en Hostile Powers. La culture, on ne rigole pas avec : faire du conseil, c'est envisager cela dès l'amont.

Excellent week-end à tous :-)
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[1] C'est l'attitude de la phénoménologie, école de l'expérience directe et de l'induction libre (assembler soi-même des lois) à partir de ce qui est constaté.

[2] Il faut absolument lire ce que l'économiste et sociologue Alain Caillé dit de la progression systémique (synergie à la clé) de l'histoire humaine. Cf. progression en spirale croissante : tout s'accumule et s'enfle. Et circule avec plus de force à chaque passage.

[ Image (c) Gendarme.com | culture d'entreprise, toucher ou ne pas toucher aux piliers secrets, tout un boulot | William Isaac Thomas, contribution | les classiques des sciences sociales | parmi les croyants (communauté de présupposés, de principes et de pratiques) qui conditionnent leur milieu, il y a les minorités persuasives (pdf) du psychosociologue Serge Moscovici | Qu'est-ce qui motive les gens ? | la recette magique d'une entreprise, à l'instar de la potion magique d'Astérix (voir ici), amène son lot de superstitions, dont la peur irrationnelle de se la voir confisquer, altérer, affaiblir, voler - avec, à la clé, la malédiction des dieux ou de la Fortune, qui vous rejettent pour agréer des gens plus dignes que vous | les archétypes nous travaillent - ceux qui rompent un ordre symbolique ou sacré le paient souvent cher, témoins Prométhée ou Caïn (qui, fort de l'amour de Dieu) revient heureusement dans la bonne grâce du Seigneur ]  Read More