Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: mythologie

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 Le Métaprospecteur - 17e partieMon 18 Feb 2008
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[ < 16e partie | thémas De Bono, Profilage et Archétypes | catégorie Management | archivage automatique du billet sur la démarche bottom-up en organisation, en marketing, en management | mots-clés, permalien, ainsi que vos commentaires ]

Beaucoup. C'est la quantité d'angles par laquelle vous et moi pouvons aborder le travail du psychologue Edward de Bono. Mon préféré ? L'axe du Trickster (Maverick, lateral thinker), figure forte et mythologique, tellement présente dans le tréfonds des cultures, des groupes. Certes. Et puisque nous parlons mythologie [1], je veux vous dire à quel point le Chapeau bleu de Bono (le Métaprospecteur dirait Flemming Funch) me frappe. Je le trouve proche du maître de jeu, dans les jeux de rôle, et du narrateur détaché (Personnage principal), façon Melanie Anne Phillips et Chris Huntley, spécialistes de la fiction et des ressorts de la narration (cf. Dramatica Theory).

Le Chapeau bleu, m'expliquait Flemming en 2004, c'est quelqu'un qui plane au dessus des débats. En méthodologue, il suit la ligne de temps (planning), rappelle les enjeux et grosso modo le cahier des charges propre aux échanges. Il incarne la mémoire objective (les étapes, les seuils, les moments forts) de la vie du groupe.

Et parce qu'il est au dessus et même au delà (meta en grec) des défis immédiats, le Chapeau bleu inspire la distance, le sentiment de fiabilité, voire le respect.

Un autre nom, à mon avis, lui convient [2] : l'Ancien.

Oui.

Je repense au Panorama des profils. Vous serez d'accord, je présume, si j'y ajoute les apports de Phillips et Huntley.

Les voici :

[ Personnage principal (baromètre subjectif, référent déployant le fil narratif) | Protagoniste, Meneur de l'intrigue (élément moteur, sur qui et avec qui les événements surgissent) | Héros (rencontre des deux précédents, cumul des potentiels de narration et d'action) | Opposant (symétrique et adversaire du Protagoniste, comme un jumeau d'ombre) | Compère (assistant, ami) | Obstacle ou Individualiste ou Franc-tireur (élément moteur, parfois forte tête, perturbant - volontairement ou non - la progression du Protagoniste) | Rationnel (calme, sage et froid, parfois flanqué d'un boute-en-train pour faire des étincelles dans le récit) | Spontané (contrepartie du Rationnel) | Sceptique (critique) | Guide (maître) ]

Il existe une multitude de ces modèles, tous aussi passionnants les uns que les autres.

Be seeing you.
__

[1] Étude des interactions entre personnages fondateurs - imaginaires, ou symboliques c'est-à-dire fixant des règles psychosociales - des civilisations et des cultures.

[2] Le grand Georges Romey actualise la figure de l'Ancien par la dynamique du Vieillard ou de l'Étoile. Deux formes pour parler de l'accomplissement de soi : lâcher-prise, réalisation des potentialités, intégration de l'ambivalence des choses, ouverture au monde et placement confiant d'une personnalité dans un futur incertain.

[ L'Amérique n'a pas Thor, la nouvelle effrayante - et fascinante - de David Brin, à l'origine de la BD D-Day, Le jour du désastre - Les Mangeurs de vie | D-Day, un travail sur les archétypes et le magnétisme qu'ils exercent (attrait numineux, d'après Carl Gustav Jung) | la France découvre, bien naïvement, l'usage - pourtant culturellement ancré - que font les hommes politiques anglosaxons du storytelling (art narratif, ici rhétorique) | Flemming Funch et le théoricien d'art dramatique Georges Polti ]  Read More


 Le Métaprospecteur - 17e partieMon 18 Feb 2008
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Beaucoup. C'est la quantité d'angles par laquelle vous et moi pouvons aborder le travail du psychologue Edward de Bono. Mon préféré ? L'axe du Trickster (Maverick, lateral thinker), figure forte et mythologique, tellement présente dans le tréfonds des cultures, des groupes. Certes. Et puisque nous parlons mythologie [1], je veux vous dire à quel point le Chapeau bleu de Bono (le Métaprospecteur dirait Flemming Funch) me frappe. Je le trouve proche du maître de jeu, dans les jeux de rôle, et du narrateur détaché (Personnage principal), façon Melanie Anne Phillips et Chris Huntley, spécialistes de la fiction et des ressorts de la narration (cf. Dramatica Theory).

Le Chapeau bleu, m'expliquait Flemming en 2004, c'est quelqu'un qui plane au dessus des débats. En méthodologue, il suit la ligne de temps (planning), rappelle les enjeux et grosso modo le cahier des charges propre aux échanges. Il incarne la mémoire objective (les étapes, les seuils, les moments forts) de la vie du groupe.

Et parce qu'il est au dessus et même au delà (meta en grec) des défis immédiats, le Chapeau bleu inspire la distance, le sentiment de fiabilité, voire le respect.

Un autre nom, à mon avis, lui convient [2] : l'Ancien.

Oui.

Je repense au Panorama des profils. Vous serez d'accord, je présume, si j'y ajoute les apports de Phillips et Huntley.

Les voici :

[ Personnage principal (baromètre subjectif, référent déployant le fil narratif) | Protagoniste, Meneur de l'intrigue (élément moteur, sur qui et avec qui les événements surgissent) | Héros (rencontre des deux précédents, cumul des potentiels de narration et d'action) | Opposant (symétrique et adversaire du Protagoniste, comme un jumeau d'ombre) | Compère (assistant, ami) | Obstacle ou Individualiste ou Franc-tireur (élément moteur, parfois forte tête, perturbant - volontairement ou non - la progression du Protagoniste) | Rationnel (calme, sage et froid, parfois flanqué d'un boute-en-train pour faire des étincelles dans le récit) | Spontané (contrepartie du Rationnel) | Sceptique (critique) | Guide (maître) ]

Il existe une multitude de ces modèles, tous aussi passionnants les uns que les autres.

Be seeing you.
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[1] Étude des interactions entre personnages fondateurs - imaginaires, ou symboliques c'est-à-dire fixant des règles psychosociales - des civilisations et des cultures.

[2] Le grand Georges Romey actualise la figure de l'Ancien par la dynamique du Vieillard ou de l'Étoile. Deux formes pour parler de l'accomplissement de soi : lâcher-prise, réalisation des potentialités, intégration de l'ambivalence des choses, ouverture au monde et placement confiant d'une personnalité dans un futur incertain.

[ L'Amérique n'a pas Thor, la nouvelle effrayante - et fascinante - de David Brin, à l'origine de la BD D-Day, Le jour du désastre - Les Mangeurs de vie | D-Day, un travail sur les archétypes et le magnétisme qu'ils exercent (attrait numineux, d'après Carl Gustav Jung) | la France découvre, bien naïvement, l'usage - pourtant culturellement ancré - que font les hommes politiques anglosaxons du storytelling (art narratif, ici rhétorique) | Flemming Funch et le théoricien d'art dramatique Georges Polti ]  Read More


 Mètis, mélange des couleursTue 23 Oct 2007
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[ Thémas Mythologie & Qu'est-ce qu'un bon manager ? ] Mètis [ Catégorie Management-Sc. humaines | mots-clés, permalien, commentaires ]

Article (c), merci

Zeus est un bon manager. Ce mec-là (il en a tous les attributs) est un malin. Manipulateur ? Certes oui, et ça le dessert. Là où l'imaginaire mythique et littéraire en fait un bon chef, c'est quand il doit réguler puis canaliser les égos de ses collègues pour les faire tendre dans un ensemble à forme vivante, où l'énergie de chacun peut se glisser dans un vivier finalisé commun : une projection, un projet. Car le coco sait générer la collaboration conditionnelle. On regarde ensemble ?

Voyons voir. Zeus, c'est la condensation d'au moins cinq traits managériaux. C'est le leader qui donne une vision (il promet un mieux, qui se révèle séduisant, fascinant, mythique et terriblement concret : c'est-à-dire engageant, magnétique), c'est le chef qui sécurise le climat d'équipe en affirmant son rôle central et régulateur dans les échanges (strokes amenés tôt ou tard à devenir frictions, batailles autour de la place des uns et des autres), c'est aussi l'organisateur qui priorise les actions, le pédagogue qui les explique à chacun dans sa propre langue, c'est - si j'extrapole - le manager qui décline le plan d'actions collectif en objectifs individuels et motive chacun par là-où-ça-lui-fait-du-bien. Et qui réagit aussitôt qu'un collègue fait une sortie de route. Ou bien calcule, au calme, comment le re-fidéliser (le calme est meilleur conseiller que le coup de sang).

Alors tout ça pour quoi ? Pour dire que le modèle de la mètis est opérant. Mètis (nom propre) était la première épouse de Zeus, le nom de ce personnage signifiant ruse. Vous savez ce que son mari fit de la dame, sitôt enceinte ? Il la goba. Un peu comme son père Chronos le fit de lui-même et de sa fratrie. Il l'avala donc et ingéra du coup les qualités de la nénette. Et comme elle était enceinte, c'est Zeus lui-même qui porta l'enfant dans son corps et en accoucha... par la tête. Athéna était née.

On reprend. Zeus, chef par excellence (ambitieux, intelligent, limite coquin), intègre la ruse au plus profond de lui-même pour engendrer par le mental (la tête) la sagesse, cette vertu qui donne le discernement et la façon d'être au monde (ethos).



Je continue pour parler de ce pied de nez au destin. Un vrai bon chef est souvent un visionnaire, c'est quelqu'un qui déteste ce qui est préconçu et qui recherche un résultat. Les entorses lui vont bien. Il se bat pour un idéal, pour une équipe, pour lui-même et pour les siens. Quitte à inventer.

Car inventer c'est ça, c'est étrangler la fatalité, c'est retirer ce qu'il y a de plus pragmatique ou de plus inspirateur dans les modèles établis, c'est adapter tout ça à la réalité. C'est faire l'amour, c'est coller à la vie.

Et Zeus, en bon trickster fait tout ça à merveille. Il joue des tours. Être bien au monde, dans sa mentalité, c'est s'adapter. On retrouve bien chez Napoléon ce Il ne va pas bien loin celui qui sait d'avance où il va. Les improvisateurs de génie (souvent gros bosseurs) sont des mavericks en puissance, des inventeurs de mondes. Quand ils n'aiment pas les règles du monde ancien, ils les changent.

Alors le mot mètis, qui conduit à terme à la sagesse, je crois qu'il convient de le connecter à la notion de ruse, de pragmatisme et d'audace.

Dans le sillage d'Edgar Morin, le père de la complexité, cette façon de sentir le réel, je crois qu'on peut dire que la vraie sagesse c'est d'être fou (c'est-à-dire créatif).

Inverser le conservatisme, c'est accoucher du vrai rapport aux choses, c'est libérer le discernement, l'intensité, l'esprit pratique. Ajoutez à cette passion de réussir une chaleur humaine, une gentillesse et une capacité à conduire les gens (quiétude et clarté), vous avez là le boss tel qu'on le rêve : multiple et lisible.


 Druon, la tête de lion et les puissants - suiteThu 20 Jul 2006
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[ << Flou comme la logique | Terra incognita | Un bon manager, proposition de synthèse ] Druon, la tête de lion et les puissants - suite


Le chef est l'animateur d'un collectif, l'administrateur des prérogatives de chacun, le gardien de valeurs constamment actualisées. La mythologie de Maurice Druon l'éclaire étonnamment bien.


Mais c'est incroyable : tous les étés (allez savoir pourquoi), je découvre une perle. Un bouquin jouissif. Il y a quelque dix ans, c'est Charles Bukowski qui inaugurait mon firmament [1]. Et c'était à la plage. La plage était fadasse. Buko ? Piquant, percussif, impactant. Il y eut ensuite les Beatniks, Ernst Jünger et tant d'autres [2]. Là, je découvre... Maurice Druon. Le père des Rois maudits. C'était à la maternité, il y a quelques jours. Estampillé Secours populaire, un stand de bouquins était là, sur la placette, devant l'hôpital. Je me suis dit : Tiens, les Mémoires de Zeus. De qui ? De Druon ? Allez, je prends. Cinquante centimes d'euros plus tard, j'ai fait : Ouah, la claque ! (Je contiens le récit, vous invitant à vous procurer cette merveille.) Et quelle surprise, quelle suprise mes aïeux. Saviez-vous que Druon approchait à merveille la logique floue ? et le leadership ?



Fig. 1 - Maurice Druon, dans son bel habit vert


Rappelons-nous. Le cerveau humain, fort prudent, indique un danger potentiel là où il n'y a que brumes. Pour lui, la vie s'approche avec retenue - lire le coup du parapluie. Laissons la parole à Druon, qui va loin : Le rire, de même que l'épouvante, explique son personnage de Zeus, naît de l'insolite, d'une rupture de rythme, d'une erreur dans l'agencement des nombres [ndlr - structures] de la nature ou de la pensée. Or l'épouvante vous vient lorsque vous vous sentez menacés par cette erreur. Qu'on vous montre un homme à tête de lion, vous voilà tout tremblants parce que vous redoutez le lion. Mais l'on vous présente un homme affublé d'une tête d'âne, vous allez être secoués de rire, parce que vous vous sentez plus forts que le derrière de l'âne, parce que l'insolite joue à votre profit.

Face à l'incertitude, il y a la tentation du repli, vers un système, vers un état mieux maîtrisé [3]. C'est la régression, c'est la peur, c'est l'homéostasie plombante. Sitôt que l'inconnu, ou plutôt l'inattendu, baisse la garde (se révèle juste grotesque), c'est le rire. Le rire comme un triomphe : le relâchement libère la tension. Voilà que revient la main rassurante de la maîtrise, la maîtrise de ce qui se passe. Une chape vient à nouveau coiffer les choses.

Il faut aussi lire ce que Druon fait dire à sa Thémis, cette fois-ci sur la dynamique de groupe (ici, la synergie) et sur la désignation d'un animateur et d'un gardien du système. Bref, d'un chef : Nos gestes seraient sans efficacité ni fruits s'ils n'étaient pas complémentaires, et si chacun de nous agissait sans se soucier ni s'aider des gestes du voisin. Or pour que nos gestes soient complémentaires, il faut qu'ils s'inscrivent dans un ensemble concertant, dans une ordonnance générale ; et pour qu'une telle ordonnance soit possible, il faut que nous reconnaissions une autorité qui la définisse et la fasse respecter ; il faut que nous nous dessaisissions tous d'une fraction de nos pouvoirs individuels de décider et d'agir, pouvoirs qui resteraient stériles si nous voulions les conserver entiers, afin de constituer un pouvoir directeur commun.

Question lucidité sur l'émergence des comportements groupaux, je dois dire que Druon rejoint le grand Girard.

Pour mieux pénétrer la rigueur observatrice de Druon, lisez donc comment Zeus remporte le pouvoir face à sa cousine Aphrodite ou son rival Prométhée. Passionnant.

Le chef ? Poséidon et Thémis en brossent le contre-portrait. A partir des écueils. Druon est fin psychologue, qui fait dire : Le plus riche [...] ne peut tirer sa fortune que du dépouillement des autres [...]. Le plus beau [...] est mal préparé pour penser à autrui, et juge des mérites sur l'adulation dont on l'entoure. Le plus sage peut manquer de décision pour imposer ses arrêts, car il comprend trop les raisons de chacun. Le plus fort, pour terminer, est enclin [...] à gouverner par contrainte sans entendre les raisons de personne. Résultat ? Un beau syndrôme Apollo en perspective : non pas le dieu, mais la navette.

Le riche possède ou convoite le territoire (les prérogatives) des uns et des autres. Il les spolie, les conduisant à la soif de vengeance et au complot. Le beau (narcissique) fonctionne à l'égo, en cela il loupe le bien-être collectif. Le sage, trop prudent, se focalise sur les gens et manque la nécessaire réalisation de quelque chose, la 'centration tâche'. Le fort, pour finir, fait cas de son désir et de son désir seulement. Son expertise le coupe des désirs des autres ('centration personnes'). A la clé : coup d'état violent.

Eh oui, la légitimité c'est tout un art.

Regardons ensemble, et terminons. Logique floue, tentation homéostatique, coopération, dynamique de groupe, autorité, animation managériale : tout y est. Druon, vous êtes un roi béni.
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[1] Avant Buko, il y avait K. W. Jeter, rejeton du grand Philip K. Dick.

[2] L'été dernier, c'était - rayon psychologie - Anne Ancelin Shützenberger.

[3] Cf. Perfectionnisme (besoin de clarté cognitive et recherche de félicitations, de strokes de satisfaction, bien documentés) et la croyance en la maîtrise, voire au progrès indéfini.

[ Ma formation | Paul Ricoeur et ceux qui lisent Kerouac (vidéo) | racines méditerranéennes du management - les très beaux masques | les qualités du manager | les qualités de son symétrique, le travailleur de sape | Druon, psychosociologue ? A l'évidence, et c'est ici ]  Read More