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[ < 14e partie | thémas Pensée, Père, Leadership & Bon Manager | archivage automatique du billet sur graine de friture, le ROI, requin vorace et le vérouillage stratégique des clients ]
Mon père. C'est maintenant à lui que je songe. Et pourquoi ? Je suis assis, là, je rembobine et me revois marchant tout à l'heure en train de penser à lui. Et à ce que j'aime chez lui. Un rapport avec le leadership ? Oui et non. Une grappe de choses [1] survient au sujet de mon père. Ce sont ses qualités qui me viennent facilement. (Pour le leadership, on voit après.)
Ses qualités. (Oui.) Je hiérarchise tout ça, je fais des blocs. Et me dis : Qu'est-ce que j'aime le plus chez mon père ? C'est évident, ce sont ses qualités morales. Le primat ? Je le mets, j'admets, sur des choses qui touchent au caractère, à l'attitude, à l'éthique des gens (placement de soi dans le monde [2] et comportement). Et mon père, il a ça : il est fidèle, dévoué, confiant. Il est intelligent et il est là. Il connaît sa place : il sait ce qu'il a à faire. Il y a là un lien avec la sagesse et avec la connaissance de soi : pourquoi je suis là. Pourquoi je persévère aussi. En quoi j'ai confiance [3].
Ensuite ? Ensuite il y a les qualités émotionnelles. C'est-à-dire l'empathie, la finesse, la compréhension de l'autre, la capacité à rire avec autrui quand il rit ou à pleurer quand il souffre. Ma mère, par exemple, avait ça.
Je termine. Les qualités intellectuelles. C'est savoir bien y voir. C'est savoir cerner : savoir ce qui relève du détail (verticalité) ou - au contraire - du régime général, du système, de la grande mécanique, du vaste tissu des choses (horizontalité). Savoir switcher de l'un à l'autre [4] : détails ou bien globalité mobile (articulations).
Un, la morale. Voilà mon palmarès. Deux, la gentillesse [5]. Trois, le discernement intellectuel : la bonne focale, la juste appréciation des interconnexions, des répercussions, des lois de cause à effet. J'ajoute, si possible dans le temps (cf. scénarisations, comme en stratégie).
Est-ce que je vais loin en disant qu'un bon leader (fût-il - regardez - économique, émotionnel ou organisationnel), eh bien qu'un bon leader il a tout ça ? et dans cet ordre là ?
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[1] La grappe, c'est - à mes yeux - l'une des jolies trouvailles de la psychologie des profondeurs d'expression francophone. Vous savez ? Gilbert Durand ou Georges Romey. La grappe est, pour l'esprit humain, le mot qui désigne les bouquets de neurones qui s'agrègent autour d'une idée.
[2] Il y a toute une théma sur l'éthique... des affaires - look.
[3] Revoir Foi, même racine.
[4] Façon Blaise Pascal (esprits de finesse et de géométrie), Edgar Morin, Joël de Rosnay ou encore Edward De Bono. Mettre à profit les choses sur le cerveau.
[5] Me revient une expression du dessinateur Paul Renaud - Finesse (considération, diplomatie, prévenance) : capacité à ménager les susceptibilités.
[ Au sujet de la morale du leader, je vous mets le lien de Voiture-réalité (conversation) | photo, le travail sublime de Jon Madison | rouh, que c'est compliqué de taper avec un MacBook - Un avis là dessus ? ]
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Peu. Peu sont aussi touchants que Janusz Korczak (1878-1942). Des humanistes, des pédagogues ? Peu s'engagent comme lui, se dévouent [1], inspirent définitivement le genre humain.
Korczak... Ce pédiatre du ghetto de Varsovie, médecin de la misère, traverse le fracas nazi entouré d'une ribambelle de marmots, orphelins, qu'il aide, encourage, éduque et soigne. Fidèlement, généreusement, de manière construite (Korczak innove et modélise une pédagogie, intelligente et moderne). Puis vient l'enfer de la rafle. Quelqu'un intime au médecin de fuir. Mais il monte... L'homme accompagne ses petits protégés dans le convoi de la mort.
Il meurt à Treblinka (Pologne).
Il faut admirer cet homme. Digne, juste et humain. Il faut aussi lire son journal (posthume) du ghetto.
Korczak, en plus d'être un homme d'étude et de terrain (figure paternelle, éducateur, clinicien qui donc se penche [2] sur les cas personnels), Korczak est un penseur social et un métaphysicien de premier ordre.
Il se demande [3] pourquoi le collectif humain, si tant est qu'il évolue, se heurte systématiquement à la tentation de la violence massive. Comme pour accoucher de formes éthiques, organisées, fonctionnelles. L'épreuve est-elle obligatoire pour organiser la vie ? ramener l'homme social aux évidences ? le faire marcher ? D'ailleurs, l'homme - par sa cécité - a-t-il une destinée tragique, qui marque sa chair et engloutit fatalement ses enfants ?
Je veux dire combien Korczak, grand inspirateur, est nécessaire à tous.
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[1] Pédagogie - Quelques pionniers féconds, nécessairement hors-système (cf. homéostasie et logique organique des institutions) : Rudolf Steiner (1861-1925), spiritualiste post-romantique, inclassable, original (voir citations) quoique pétri des préjugés de son temps ; Maria Montessori (1870-1952) et aussi Célestin Freinet (1896-1966) ou Françoise Dolto (1908-1988). Voir d'ailleurs la théma.
[2] La clinique, en grec, c'est l'art de se pencher au chevet, à l'écoute de la détresse et des moyens possibles de soulager. Il y a, infuse, l'idée d'étude et de soutien de la personne.
[3] Précédant, en cela, René Girard, anthropologue et philosophe de la civilisation. Citation de Korczak (Journal du ghetto) : « Le monde est-il une transformation continuelle du mal, ou bien avance-t-il vers un idéal en allant toujours plus haut et plus loin au milieu de ceux qui tombent ? ».
[ Droits des enfants, la lumineuse contribution de Korczak | Korczak est un pseudonyme (personnage romanesque et nom de plume), il se prononce Yânouss Kortchâk | Korczak, l'hommage de Kurt Lewin (ici, théma Lewin) | sur la cécité de l'homme social, revoir le scénario noir - si fréquent - de la Tragédie des communs (Vaine pâture) | Apprentissage vicariant de Freinet, un modèle pour l'entreprise ? ] Read More
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C'est le café. C'est son odeur. Je me sens fatigué, c'est en buvant une troisième tasse de café ultra-dense que tout me revient. Je porte la tasse à ma bouche et là tout se déploie (il y a dix minutes). Tout ? Plutôt du petit format. De grandes sensations mais de l'intimité : du très personnel. C'est en ça que je dis petit. Et petit concerne mon âge aussi : je m'y revois (ou m'y sens, connecté par l'odeur du café). Une odeur... de doigts. Des gros doigts chauds, rassurants. C'est voisin de l'odeur du café, c'est une odeur, tendre, de cigarettes brunes : des Goldo.
Je dois avoir six ou neuf ans et mon père a cette odeur : des doigts de fumeur. (J'adore cette odeur, elle me rassure et m'émeut.) Odeur virile et protectrice. Quelle puissance, ces odeurs.
Mon père est un type à part. J'ai la trentaine aujourd'hui, je l'admire : il consacre sa retraite à Zóodo [*], sa promesse - devenue champs d'actions, devenue arbre chargé de fruits - d'aider son pote d'il y a longtemps (agriculteur du Burkina Faso, devenu père de beaucoup de mômes). Et mon père y parvient. Comme un bonhomme tranquille, qui fait les choses qui ont du sens. Son association comporte maintenant 160 membres et sauve régulièrement des vies. Le magazine Marianne l'a, lui et son épouse, montré sur le terrain (cf. théma). Le reporter a vu juste : le sérieux, la régularité, le pragmatisme de cette minuscule ONG qui déplace des montagnes. Simplement : comme si c'était normal.
L'odeur.
Comprenez que je me sente dans les années 1980. Cette odeur de Gauloises est une odeur d'homme à homme, de père à fils. (Complicité.) Il y a la voix de mon père aussi. Et sa tristesse de l'époque, et nos difficultés familiales. Mais j'aime (et j'ai toujours aimé) mon père. Et maintenant - en plus - avec les yeux du père que je suis devenu. La fonction ? C'est l'amour qui la permet. Mon père ? En plus du père, ou différemment je sais pas, j'aime l'homme qu'il est (avec ses doutes, son quotidien, son humanité normale, ses instants d'absence, sa foi).
Fig. 1 - Travail graphique de Jacno
Six ? huit ? neuf ans ? Je sais plus. Je me revois dans ma chambre, près de la sienne. Couché. La séparation d'avec ma mère a eu des effets sur nous deux. (J'aime ma mère aussi.) Papa (je crois que c'est lui) m'a offert un petit bouquin sur Le Bon Samaritain : brûlez-moi tous les bouquins du monde, mais gardez-moi celui-là. Ce truc m'a davantage remué les tripes, le cerveau, le cœur et le sang que n'importe quel ouvrage théorique, même (et surtout) des années après. Je m'endors avec ce livre et ma porte reste entrebâillée.
Dans la nuit, je sens la présence aimante de mon père, comme s'il me comprenait, comme quelqu'un qui vous borde ou vous regarde tendrement, par la porte (Étais-je triste ? Me voilà en paix. Étais-je serein ? Me voilà conforté.) Une chaleur rassurante - que je connais - me parle. Une chaleur sérieuse : de celles qui vous réchauffent l'âme.
Ça marque le cœur qui, maintenant, écrit ces mots.
Une virilité protectrice, informée. Elle me connaît (ça se sent). Discrète et appuyée, forte et tranquille : comme quand on aime.
Vous connaissez ça ?
Je parle de son passage à mon père le lendemain (Tu m'as dit quelque chose hier, dans la nuit ?). Non, me dit-il. Question à nouveau. Même réponse. Re-question. Pareil. Mon père est sérieux : il me répond honnêtement.
Puis l'épisode m'est sorti de la tête. Et j'ai grandi.
Il m'a fallu dix ou quinze ans pour faire un lien entre cette fameuse nuit et ce que je connais à présent de Dieu (personnellement, pas par le religare socio-traditionnel, superstitieux et lénifiant).
Le Bon Samaritain (le vrai) avait, cette nuit-là, la gentillesse d'un Père.
Je veux remercier le mien de ressembler si souvent, et depuis longtemps, à Celui qui me donne envie d'aimer mon prochain. De me dépasser. D'élever mes mômes. D'améliorer des trucs. De faire battre mon cœur. De vous écrire aujourd'hui.
Merci à vous deux, les papas ;)
Vous comprenez.
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[*] Vidéos ici. Zóodo, le blog.
[ 1 Samuel 3 | le Bon Samaritain | Mémorial de Blaise Pascal (Les Pensées) | au fait, ça fait longtemps que mon père ne fume plus ]
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